Le Japon découvre « TRANS » d’Helen Joyce

L’espoir incarné par TRANS: When Ideology Meets Reality, Feminist Current, 6 novembre 2021

par Morita et Caroline Norma

Un mouvement idéologique en rupture avec la réalité a balayé le monde, prenant le contrôle des gouvernements, des institutions publiques, des politiques progressistes, d’organisations internationales comme les Nations unies et d’ONG comme Amnesty International. Les grands médias, dont le New York Times et le Guardian, sont devenus ses prédicateurs, tout comme des revues scientifiques prestigieuses, telles que Nature et Scientific American. On ne peut imaginer une idéologie qui ait connu un tel succès en aussi peu de temps.

Selon cette idéologie, le sexe d’une personne n’a rien à voir avec les chromosomes, les gènes, la structure biologique du corps ou la fonction de reproduction, mais est déterminé par le sentiment d’être une « femme » ou un « homme » (ou un « non-binaire », un « genderfluid », un « pangender », un « demigender » ou l’un des quelque 100 autres genres inventés dans ce nouveau système de croyances).

Cette idéologie est appelée « identité sexuelle » (ou « gender identity« ), et on dit que tout le monde en possède une. Certains en sont conscients dès l’âge de trois ans, mais d’autres ne réaliseront leur « véritable identité » qu’à l’âge mûr. Lorsque les sentiments internes d’une personne concernant son « genre » diffèrent de son sexe biologique, on dit que la personne est « transgenre« . Lorsque l' »identité sexuelle » d’une personne correspond à son sexe, on parle de « cisgenre« . Selon ce système de croyances, lorsqu’on observe le sexe d’un bébé à la naissance, selon ses organes sexuels, il s’agit simplement d’une « assignation » commode et temporaire, qui est imposée, et son « genre » peut nécessiter une « correction » plus tard dans la vie.

Dans le cadre de cette réaffectation, l’individu transidentifié se donne un nouveau nom qui correspond à son genre « correct ». Au lieu de « Jack », il devient « Jill ». L’idéologie trans affirme que le genre est « fluide » et non « binaire », mais les personnes trans insistent pour avoir des noms féminins et masculinisés, fermement conformes aux normes de genre traditionnelles. Ne pas utiliser le nouveau nom et le pronom préféré d’une personne trans est traité comme une insulte de premier ordre.

Parmi les nombreuses incongruités de cette croyance, on peut se demander pourquoi, si le sexe et le genre sont si flexibles, il est nécessaire que nous adhérions tous aux stéréotypes binaires du genre lorsque nous nous adressons aux personnes transgenres ?

Si cette doctrine était simplement une question de croyance privée, il y aurait moins de raisons de s’inquiéter, mais elle stipule que des traitements hormonaux et des « bloqueurs de puberté » doivent être administrés aux jeunes, ce qui a un impact sur leur développement et les met sur la voie d’une transition chirurgicale. Elle stipule également que les hommes qui prétendent être des femmes peuvent participer à des sports féminins et gagner des médailles ; et que les violeurs masculins qui s’éveillent à leur « véritable genre » en prison – annonçant qu’ils sont des femmes – doivent être transférés dans des prisons pour femmes, où ils violent les détenues.

Le mot « femme » lui-même est jugé inutilisable, au motif qu’il exclut les hommes qui sont des femmes et les femmes qui ne sont pas des femmes, ce qui signifie que les personnes de sexe féminin doivent maintenant être appelées « menstruatrices » et « personnes enceintes« . Le mois dernier encore, l’une des revues médicales les plus prestigieuses du monde, The Lancet, a été critiquée pour avoir décrit les femmes comme des « corps avec des vagins ».

Les adeptes de ce système de croyances sont connus sous le nom de « Trans Rights Activists » (transactivistes) et, comme les Templiers d’autrefois, ils sont militants, agressifs et n’ont aucune tolérance pour les infidèles. Ces croisés du genre et leurs alliés qualifient de « transphobe » toute personne qui conteste, remet en question ou trouve des failles dans leur doctrine, y compris les personnes lesbiennes, gaies ou bisexuelles (LGB). Les transactivistes cousent une étoile jaune virtuelle sur la poitrine des blasphématrices, via l’étiquette « TERF« , acronyme de « Trans Exclusionary Radical Feminist« , qui a presque la même signification fonctionnelle que « Satan » ou « sorcière » dans le vocabulaire chrétien (d’ailleurs, le mot « sorcière » est régulièrement lancé contre ces prétendues « TERF » par les transactivistes).

L’auteure mondialement connue, J.K. Rowling, a été massivement attaquée pour s’être exprimée au sujet de cette doctrine. Des transactivistes ont partagé des vidéos de ses livres brûlés sur Youtube et Twitter, et ont menacé de la « battre, de la violer, de l’assassiner et de la bombarder ». Des femmes moins célèbres ont été licenciées, menacées, battues, ou arrêtées et accusées de crimes haineux pour avoir désobéi aux mots d’ordre transactivistes.

Des attaques ont été lancées contre des enseignantes à l’emploi d’universités d’élite, telles que Kathleen Stock, Holly Lawford-Smith et Donna Hughes, dont le harcèlement public sert d’avertissement à d’autres femmes qui ne bénéficient pas d’un revenu aussi sûr, de l’estime du public et d’une plateforme pour se défendre. Lawford-Smith et Hughes n’ont pas été soutenues par leurs universités dans l’exercice de leur liberté d’expression et d’érudition, et le syndicat de Stock a publié une déclaration la condamnant. Mme Stock a été victime de harcèlement de la part de collègues et d’étudiants, ce qui l’a obligée à requérir une protection policière. La semaine dernière, elle a démissionné de son poste à l’Université du Sussex, expliquant sur Twitter : « Cela a été une période absolument horrible pour moi et ma famille. Je mets cela derrière moi maintenant. J’espère bientôt passer à des choses plus sereines. »

Beaucoup de gens sont au fait de cette situation, mais choisissent de se taire ou de se plier aux critiques par peur des représailles et des attaques. Les valeurs occidentales de « liberté d’expression » sont mises de côté et le bon sens biologique est considéré comme un discours haineux. Si Galileo Galilei revenait à la vie, il serait étonné de voir à quel point l’humanité a peu progressé depuis son époque.

Dans une situation orwellienne, une journaliste nommée Helen Joyce a osé défier ce règne de terreur médiévale en publiant l’ouvrage Trans : When Ideology Meets Reality (TRANS – Quand l’idéologie se heurte à la réalité) — en cours d’adaptation française par TRADFEM pour M Éditeur. Partant des origines historiques de l’idéologie de l’identité sexuelle, elle met systématiquement au jour sa nature foncièrement contradictoire, ses fondements illogiques et les conséquences de sa normalisation.

TRANS fait déjà sensation dans le monde entier : il a été recensé dans le Times britannique en août et dans le New York Times en septembre, et est devenu le livre le plus téléchargé sur Kindle UK en septembre. Une traduction russe est déjà en cours. Au Japon, le livre a fait l’objet de nombreuses discussions sur les médias sociaux, et la demande de traduction en japonais est croissante. TRANS est actuellement disponible en version reliée et en livre électronique. Il est endossé par des personnalités telles que Richard Dawkins, biologiste évolutionniste de renom et auteur de plusieurs best-sellers, et par Jenni Murray, journaliste et animatrice radio britannique, qui a été écartée de son poste de présentatrice de l’émission féministe de la BBC, « Women’s Hour« , après 33 ans de tentatives continues de censure de ses opinions critiques du genre.

Helen Joyce est titulaire d’un doctorat en mathématiques et est devenue journaliste à The Economist en 2005. Elle est aujourd’hui l’une de ses rédactrices en chef à Londres. Grâce à sa formation scientifique, ses écrits sont fondés sur des preuves et conservent une facture sereine et humoristique. Elle se préoccupe surtout des jeunes qui « transitionnent à un jeune âge » et en viennent à le regretter. Joyce témoigne dans sa préface avoir écrit ce livre à leur intention.

Son enquête montre comment les parlements, le système judiciaire, le monde universitaire et l’industrie médicale de pays occidentaux comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada ont popularisé et institutionnalisé la croyance selon laquelle le sexe humain peut être modifié par simple auto-identification. Joyce se tourne vers les États-Unis pour trouver les origines historiques de cette croyance, montrant qu’elle a été promue à la fois comme un défi idéologique aux idées existantes sur le sexe biologique des humains et par les industries pharmaceutiques et médicales, qui profitent de la promotion de la transition sexuelle.

Après avoir retracé l’histoire de la montée du transactivisme dans le monde occidental, Joyce consacre des chapitres à chacun des « dommages collatéraux » causés par le transactivisme, notamment les dommages corporels infligés aux enfants, la perte de la vie privée des femmes, la destruction des sports féminins et le sabotage du langage. Joyce estime que le mouvement a finalement deux objectifs : Premièrement, donner aux hommes l’accès aux espaces réservés aux femmes, et deuxièmement, supprimer les obstacles à l’hormonothérapie et à l’intervention chirurgicale transsexuelle (désormais appelée « chirurgie de réassignation sexuelle ») dès l’enfance. En d’autres termes, le mouvement transactiviste est avant tout une menace pour les droits humains et la sécurité des femmes et des enfants.

Alors que l’on suppose au Japon que les femmes occidentales sont beaucoup plus « égales » et « libérées » que les femmes d’autres pays, TRANS brosse un portrait concret et choquant de la manière dont les transactivistes ont subverti les intérêts sociaux des femmes en un peu plus d’une décennie. Les droits et l’égalité des femmes ne sont pas acquis et se désintègrent lorsque nous abaissons notre garde. Le développement rapide et la domination du mouvement transactiviste en Europe et aux États-Unis en sont l’illustration.

Bien que le transactivisme ne soit pas encore très répandu au Japon, certains collèges féminins ont déjà décidé d’accepter les hommes qui s’identifient comme « femmes », et les événements féministes organisés par les universités et les groupes communautaires s’annoncent comme « réservés aux femmes, mais incluant les personnes dont l’identité sexuelle est « féminine » ». Le système d’auto-identification (dans lequel une personne est socialement reconnue comme femme dès qu’elle s’identifie comme telle, ou se déclare telle, sans diagnostic médical ni intervention chirurgicale) s’est déjà imposé dans la société japonaise, même s’il n’a pas encore force de loi.

Pour les lecteurs et lectrices japonaises préoccupé-e-s par la progression de l’idéologie de l’identité sexuelle dans leur pays, le dernier chapitre sur les efforts acharnés des féministes britanniques et des organisations « critiques du genre » pour résister au mouvement transactiviste sera particulièrement intéressant. Joyce y décrit décrit les contestations judiciaires, les efforts déployés pour contrôler le respect des lois qui font du sexe un attribut protégé, et les initiatives visant à persuader les organisations sportives de prendre en compte la sécurité et l’équité des femmes. Jusqu’à présent, l’Angleterre est la seul territoire où la résistance au transactivisme a été partiellement couronnée de succès, en termes d’arrêt de l’escalade de la reconnaissance légale de l’identité sexuelle, et Joyce nous fournit une leçon précieuse en observant cette dynamique de l’intérieur.

Joyce s’oppose à l’insularité et à la violence du mouvement transactiviste, en proposant un renouveau de « l’engagement sociétal envers les valeurs des Lumières, à savoir l’enquête ouverte et le débat robuste ». Le style mesuré et raisonné du livre, qui exprime une préoccupation réelle pour le bien-être des personnes trans, ouvre la porte à un tel débat. Il adopte l’approche opposée au mantra des transactivistes (« No Debate » – « pas de débat », ce qui signifie, pas de débat avec les hérétiques). Ainsi, dans sa tentative de délibération démocratique et d’engagement équitable sur les questions critiques au cœur de la politique publique, TRANS est un exemple du type d’ouvrage intrinsèquement libéral et rawlsien qu’il est de plus en plus difficile de trouver dans le monde de l’édition anglophone du 21e siècle.

L’espoir, donc, de l’ouvrage d’Helen Joyce, Trans : When Ideology Meets Reality, est de modéliser la critique raisonnée, la rationalité et l’argumentation fondée sur des preuves pour ceux qui résistent à ce nouveau maccarthysme.

Morita enseigne l’économie politique marxiste à l’université Kokugakuin de Tokyo et est membre du groupe de recherche sur la pornographie et la prostitution. Il a traduit en japonais les travaux de Catharine MacKinnon, David Harvey et Sheila Jeffreys.

Caroline Norma enseigne la traduction et l’interprétation à l’université RMIT de Melbourne et est membre de la Coalition Against Trafficking in Women Australia.

Version originale: The Hope of Helen Joyce’s TRANS: When Ideology Meets Reality

Traduction: TRADFEM

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.