Le test de pureté transgenriste a perdu contact avec la réalité

par Lionel Shriver, The Times, 6 août

La dérive vers des attitudes toujours plus progressistes conduit à un déni généralisé de l’existence des corps masculins et féminins.

En concevant Trans : When Ideology Meets Reality, Helen Joyce s’attendait à un accueil mouvementé. Comme de fait, un agent littéraire d’abord intéressé, qui a jugé sa proposition « bien argumentée », « convaincante » et « opportune », a fini par battre en retraite, reconnaissant que Joyce aurait besoin d’un défenseur pour « traverser la tempête que la publication de ce livre va créer. Je suis désolé de dire que je ne suis pas cette personne. »

Un éditeur britannique sceptique a écrit : « Le débat sur les questions transgenres est incroyablement polarisé et cloisonné, et si nous devons sacrifier notre réputation en tant que membres en règle de l’industrie, nous préférerions le faire pour un livre qui a une certaine chance de se vendre. »

Un représentant plus audacieux a finalement vendu cette patate chaude à la petite maison d’édition indépendante Oneworld, en Grande-Bretagne. Pourtant, à ce jour, aucun éditeur américain parmi la douzaine de maisons approchées (un rédacteur en chef a qualifié le manuscrit de « radioactif ») n’ose approcher ce tubercule incendiaire avec une perche.

Avant la publication, des détracteurs en ligne ont accusé Joyce d’être une néo-nazie antisémite. Même si des personnalités aussi en vue que Jenni Murray et Richard Dawkins ont fourni au manuscrit des commentaires enthousiastes, d’autres écrivains établis, craignant d’être contaminés par association, se sont abstenus d’approuver un livre qu’ils admiraient.


Les critiques de TRANS sont pourtant élogieuses, une première pour Oneworld, TRANS a tout de suite gagné la liste des best-sellers du Sunday Times. Il a atteint le top 10 des ventes sur Amazon. Mais n’imaginez pas que les libraires établis en réclament à hauts cris. Contrairement à When Harry Became Sally, de Ryan Anderson, un livre tout aussi « radioactif », le livre terrifiant de Joyce est toujours disponible sur Amazon, mais des acheteurs potentiels protestent sur Twitter contre la suppression de ses ventes part leurs succursales locales de la chaîne Waterstones. Les magasins ne stockent qu’un ou deux exemplaires tout au plus, souvent rangés dans des endroits bizarres comme les études sur les médias ou cachés sous le comptoir. Les clients sont obligés de passer des commandes spéciales ou on leur dit que le tirage est minuscule (un mensonge ; les entrepôts n’ont jamais manqué d’exemplaires de TRANS, qui en est déjà à sa troisième impression).

Des diffuseurs grand public comme la BBC ont refusé d’interviewer l’auteure. L’émission « Intelligence Squared », qui se targue d’aborder les controverses contemporaines, lui a a retiré une invitation à son podcast le jour même de l’enregistrement. Journaliste de guerre primé, son PDG a couvert des terroristes en Irak et en Afghanistan mais ne pouvait pas, a-t-il expliqué, tenir tête à son propre personnel.

Quelles affirmations grotesques de l’auteure pourraient justifier ce blocus ? Que les êtres humains sont soit des hommes, soit des femmes. (Même la rare anomalie congénitale des êtres « intersexués » regroupe des personnes ayant une anatomie masculine ou féminine reconnaissable). Que le sexe n’est pas « assigné » mais observable à la naissance. Que nous devrions réfléchir à deux fois avant d’autoriser des personnes nées de sexe masculin, encore dotés de leur panoplie génitale, à investir les prisons pour femmes, les centres d’aide aux victimes de viol, les refuges contre la violence conjugale, les vestiaires pour femmes et les sports féminins. Joyce n’a rien contre les trans, mais s’en prend uniquement à l’idéologie radicale du mouvement. Sa voix est urgente, mais tempérée.

Pourquoi la question du transgenrisme est-elle devenue l’enjeu sensible par excellence ? Pourquoi rédiger cette rubrique me cause-t-elle tant d’anxiété ? Dans la hiérarchie inversée de la politique identitaire, les transgenres sont en équilibre au sommet du totem. De tous les groupes ostensiblement « marginalisés », les transgenres sont censés être les plus persécutés, bien que cette minuscule cohorte (néanmoins en pleine expansion) bénéficie depuis une décennie d’un degré unique d’attention culturelle célébratoire, apparaissant dans un déluge de documentaires, de films, de romans et de fictions télévisées acritiques. Un envahissement également irrésistible, puisqu’il s’agit d’un groupe de victimes auquel peuvent se joindre même les hommes et les Blancs.

En outre, on doit comprendre que les jeunes sont actuellement plongés dans un enfer de complaisance. Leurs parents ont probablement eux-mêmes pris de la drogue, sont d’accord avec les relations sexuelles prémaritales et approuvent souvent une grande partie du programme de conscientisation qualifié de « woke ». Comment un pauvre enfant peut-il se rebeller ? Le fait d’embrasser avec ferveur la furia du « changement de sexe » leur offre une rare occasion de rompre avec des parents infernalement permissifs et exaspérants de sympathisme.

Les mouvements successifs d’instauration de droits civiques ont abouti à la légalisation généralisée du mariage gay. Du jour au lendemain, être gay est devenu vieux jeu. L’homosexualité était rasoir et la bataille était gagnée. Mais les croisés prennent rarement leur retraite. Un activisme énergique leur procure une identité, un sens de l’objectif et souvent un moyen de subsistance. S’emparant de ce qui semblait être le dernier combat pour les droits civiques, les militants ont poursuivi la cause transgenriste avec un esprit de revanche inégalé.

Plus largement, le progressisme est victime de son propre succès. Les mots d’ordre de la gauche sur l’égalité des femmes, l’environnementalisme, la santé et la sécurité au travail, le harcèlement sexuel, l’accès des handicapés et la discrimination raciale sont devenus des normes. D’où l’accélération de l’extrémisme de la gauche. Pour maintenir sa distinction directionnelle, alors que le centre se déplace vers la gauche, la gauche migre encore plus de gauche.

Dans l’anglosphère, le succès de la gauche est également institutionnel. Les grands médias, le monde universitaire, les organisations culturelles et civiques, le monde de l’édition et des arts, ainsi que la classe dirigeante des grandes entreprises, partagent désormais une monoculture politique qui a même conquis des pans entiers du parti Conservateur. Ces personnes, souvent qualifiées d' »élite » – un mot qui désignait autrefois l’excellence, mais qui connote aujourd’hui la condescendance aristocratique – rivalisent entre elles pour savoir qui peut paraître le plus moralement immaculé.

Après avoir documenté la descente vers le cannibalisme idéologique dans des niches aussi improbables que les cercles de tricotage en ligne, le critique Gavin Haynes a inventé l’expression utile de « spirale de pureté », selon laquelle le test de la sainteté politique au sein d’un groupe autrefois uni devient de plus en plus strict, jusqu’à ce que les initiateurs mêmes d’une école de pensée soient dévorés par les leurs. La Révolution française, les accusations lancées contre les « sorcières » de Salem et la révolution culturelle de Mao ont toutes été aspirées dans des spirales de pureté. Notre soi-disant élite est prise dans le même procès d’autodestruction qui ne fait pas de quartier et descend en spirale vers l’autodestruction.

Avoir raison en matière de transgenrisme est maintenant devenu le test de pureté ultime. Un « woke » loyal ne doit donc jamais mentionner les conséquences médicales inconnues à long terme des hormonobloquants de puberté et des hormones transsexuelles, le nombre croissant de « détransitionneurs » des deux sexes qui regrettent aujourd’hui une défiguration chirurgicale irréversible, la menace de dysfonctionnement sexuel et d’infertilité de la transition, ou le doute moral de pousser de façon « affirmative » des mineurs dans une voie dont elles et ils sont trop jeunes pour saisir les implications à vie. Le simple fait d’aborder ces sujets revient à se démarquer comme un.e paria et à être rejeté.e par les fidèles.

Presque tout le monde souhaite que les personnes transgenres soient traitées avec respect et se voient accorder leurs droits civils. Mais pour les transactivistes, l’objectif est tout autre. Ce n’est pas une coïncidence si les sous-titres de trois livres récents sur ce sujet foudroyant, – Hidden Agender: Transgenderism’s Struggle Against Reality, de Gerard Casey, Material Girls : Why Reality Matters for Feminism, de Kathleen Stock, et Trans: When Ideology Meets Reality, d’Helen Joyce – utilisent tous le même mot : réalité.

Ce qui fait de ce test de pureté une transgression suicidaire (NDT: « a Bridge Too Far »), c’est l’exigence de nier ce que nous savons et voyons. L’organisation caritative ActionAid UK affirme de manière déconcertante qu’il n’existe « aucun corps biologiquement féminin ou masculin ». En affirmant que la masculinité et la féminité sont entièrement dans nos têtes, les transactivistes visent à effacer l’existence du sexe biologique humain de la vie, du langage et de la loi, justifiant ainsi le placement de délinquants sexuels avec des pénis fonctionnels dans les services hospitaliers féminins du National Health Service.

Mais une rupture psychique d’avec la réalité est la définition classique de la folie. N’allons pas là.

Lionel Shriver est chroniqueuse et auteure du livre Il faut qu’on parle de Kevin (Belfond, 2006).

VERSION ORIGINALE: https://www.thetimes.co.uk/article/trans-purity-test-has-lost-touch-with-reality-qw5vkzmtp

Traduction: TRADFEM

Tous droits réservé à l’auteure.

10 réflexions sur “Le test de pureté transgenriste a perdu contact avec la réalité

  1. Lu dans un commentaire du TIMES en novembre dernier à propos d’un autre texte de la polémiste Shriver: « (…)Still, I yearned for something more. The issue I would love Shriver to “Shriverise” next? Transgender. I know she would be perfectly unsparing (…) »
    C’est fait.

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  2. Ce n’est pas parce que les gens de droite disent parfois des choses exactes, comme une horloge cassée indique quand même l’heure juste deux fois par jour, que la totalité de leur discours est juste.
    En l’occurrence cet article critique le transactivisme pour de très mauvaises raisons.

    « Le fait d’embrasser avec ferveur la furia du « changement de sexe » leur offre une rare occasion de rompre avec des parents infernalement permissifs et exaspérants de sympathisme. » : réduire le transactivisme à des révoltes d’adolescents, c’est se condamner à ne pas comprendre le phénomène, et donc à se laisser déborder par lui. Le transactivisme est un problème collectif, qui résulte de la souffrance causée par le patriarcat, sur laquelle capitalise le lobby pharmaceutique, appuyé par la bêtise de cercles de libéraux qui s’imaginent de gauche. Pas un problème d’éducation laxiste. Ce n’est pas quelques crises d’ado qui provoquent des changements aussi rapides, mondiaux, institutionnels, contre les droits des femmes.

     » Pour maintenir sa distinction directionnelle, alors que le centre se déplace vers la gauche, la gauche migre encore plus de gauche. » : j’ignore ce qu’il en est en Angleterre, mais en France l’évolution sexiste transactiviste va de pair avec une droitisation des politicards de tout poil (et même une extrême-droitisation), certainement pas avec une gauchisation quelconque.

    « on doit comprendre que les jeunes sont actuellement plongés dans un enfer de complaisance » : analyse de droite, et fausse, de la situation. Ce genre d’analyse politique est non seulement fausse, mais en plus indécente dans le contexte actuel du covid, où les jeunes se sont sacrifiés sans aucune contrepartie, mentalement et physiquement, pour sauver la portion vieillissante de la population. Plus précisément, pour sauver les vieux bourgeois, car on sait bien qui arrive à l’âge canonique de 80 ans de nos jours… Certainement pas les ouvriers, qui meurent bien plus tôt, toutes les statistiques le montrent.

    « La Révolution française, les accusations lancées contre les « sorcières » de Salem et la révolution culturelle de Mao ont toutes été aspirées dans des spirales de pureté » : comme si les mouvements révolutionnaires avaient l’exclusivité des dérives violentes. Pourquoi l’auteur de cet article oublie-t-il de parler des dérives conservatrices ? Celles qui tuent, qui rendent fous, qui enferment, qui esclavagent, qui colonisent, celles qui causent génocides sur génocides ? Si on veut se livrer au calcul morbide de qui tue le plus, les mouvements réactionnaires, traditionalistes, nationalistes, la droite donc, gagnent sans contredit.

    Ce journaliste met sur le dos de la gauche les conséquences d’un système de pensée de droite. Le transactivisme est un mouvement de droite qui infiltre le mouvement féministe pour mieux le détruite, comme d’autres mouvements progressistes en ont vu. Dire que le corps n’est rien et que l’esprit est tout est intrinsèquement lié à la pensée de droite, celle des religieux, pour qui le corps n’est qu’un vaisseau et pour qui l’âme est tout.

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  3. « Plus largement, le progressisme est victime de son propre succès. Les mots d’ordre de la gauche sur l’égalité des femmes, l’environnementalisme, la santé et la sécurité au travail, le harcèlement sexuel, l’accès des handicapés et la discrimination raciale sont devenus des normes. D’où l’accélération de l’extrémisme de la gauche. Pour maintenir sa distinction directionnelle, alors que le centre se déplace vers la gauche, la gauche migre encore plus de gauche. »

    Ah ? L’égalité entre les sexes est réalisée: première nouvelle. La santé et la sécurité au travail: c’est fichtrement réel, etc. etc. Quant aux handicapés, non, ils ne sont plus discriminés. Et le racisme ou l’antisémitisme ne sont que de lointains souvenirs…Ben, désolée mais c’est faux de même que l’homophobie et la lesbophobie n’ont pas disparues comme par enchantement.

    Le « progressisme » du transgenrisme n’en est pas un, c’est une idéologie récente et agressive qui n’a rien à voir avec la gauche mais tout à voir avec l’individualisme et l’atomisation de la société.

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  4. La prétention du transactivisme d’être un mouvement de gauche me semble en effet factice, pour diverses raisons,, mais leur style de confrontation « antifa » des féministes et leur posture libérale de défense d’une minorité sexuelle leur achètent bel et bien une crédibilité progressiste, surtout parce que ce ne sont exclusivment que des voix centristes et conservatrices qui leur tiennent tête. Il ne suffit pas, je crois, de leur refuser entre nous le blason d’une politique de gauche. Comment faire mieux?

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    • Le problème à mon sens, c’est que les journaux et autres médias « progressistes » auto-proclamés dont Libé, est l’emblème en France, ne publient ou n’ouvrent leurs antennes qu’aux féministes libérales qui ne défendent plus les femmes mais qui veulent être incluses dans un microcosme élitiste. Qui parle de la situation des femmes en Afghanistan, parmi les féministes, alors que les talibans regagnent du terrain si ce n’est Phyllis Chesler ? Qui est rejetée par la plupart des féministes radicales de la seconde vague à cause du soutien qu’elle apporte à Israël (mais qui a été mariée à un Afghan et connaît la situation des femmes là-bas; » A bride in Kabul »…
      Faire mieux c’est de ne pas avoir peur de dire que les « progressistes » sont intolérants, dogmatiques, misogynes, et obligent les femmes et surtout les féministes radicales à s’allier à des courants plus « conservateurs » ne serait-ce que pour publier une tribune contre la GPA. Les centristes sont très progressistes sociétalement, certains sont pro-GPA, pro-prostitution, pro-transgenre etc. etc.
      Pour résumer: je suis socialement de gauche mais, en tant que féministe radicale, je suis perçue comme réactionnaire, hé bien, je le revendique. La notion de progrès est très relative surtout quand il s’agit d’éthique et de l’invisibilisation « progressive » des femmes.pour mieux les exploiter.

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    • Il ne suffit pas de rappeler que les transactivistes ne sont pas de gauche, certes.
      Mais c’est déjà une étape importante, qui n’est pas encore réalisée : expliquer à notre bord politique, celui qui se bat pour l’égalité entre humains, qu’il se fourvoie, lorsqu’il soutient ce sexisme. Ce serait déjà un grand pas de fait.

      Est-ce que le transactiviste a plus de soutien dans le camp progressiste que dans le camp conservateur ?
      Le député LREM qui twitte sur les « T*** aigries » n’était pas de gauche (son parti « centriste » a largement démontré qu’il était de droite, voire pire). Aux USA, le président Biden est un autre exemple d’un homme politique de droite qui soutient le transactivisme (sauf à dire que les démocrates sont de gauche, sans rire). Il me semble que TRADFEM avait aussi mis en ligne un article qui expliquait justement que des pays réactionnaires au niveau des moeurs, comme l’Iran, ne voyaient aucun problème à faire jouer des hommes transidentifiés femme dans leur équipe de football.

      Et surtout, ça dépend, en réalité. Si on imagine que les démocrates américains sont de gauche, que Le Monde est un journal de référence et non une feuille de chou libérale, et que Manuel Valls représente bien la gauche PS, oui, le transactivisme est soutenu par beaucoup à gauche. Si n’importe quel politicien de droite peut être reconnu comme de gauche, n’importe quoi peut-être de gauche, y compris le transactivisme.
      Mais si on pense au contraire, en partant des faits, que la plupart des médias est détenue (en France) par les puissances d’argent (la carte du Monde Diplomatique sur les propriétaires de médias, facilement trouvable sur internet, est sans ambiguïté), que les partis politiques sont monopolisés, pour la majorité, par les membres de la classe bourgeoise, et que démocrates et républicains états uniens sont les deux faces d’une même médaille capitaliste, là, on commence à voir que le transactivisme a surtout le soutien de la droite, pour l’essentiel.

      Y-a-t-il même un parti politique qui soutienne le féminisme, en France ? Je ne parle pas de la droite, qui accepte l’inégalité. Prenons la gauche. En France, la gauche rejette souvent le féminisme, depuis longtemps. Les militants (pour ce que j’en connais) ne sont pas formés au féminisme. Pire, ils voient le féminisme comme un facteur de division, face à la bourgeoisie libérale. Et ils sont confortés dans leurs préjugés par certains médias, qui donnent plus volontiers la parole à des femmes adeptes d’un féminisme en carton, où les femmes seraient des sorcières en adéquation avec la terre, les pierres, et autres divagations stériles pour le féminisme.
      Autrement dit, la gauche française est effectivement un terrain propice pour l’acceptation d’une idéologie sexiste (une de plus). Parce que la gauche n’est pas féministe, au fond (la droite est pire, attention).
      Les militants ne s’intéressent pas à la question, et au mieux, suivent la ligne féministe dictée par leurs « cadres », généralement des bourgeois blancs. Des hommes, qui n’écoutent que les militantes dont les idées leur plaisent. Les féministes veulent remettre en cause le système patriarcale ? Elles, les hommes blancs qui tiennent les partis ne les écouteront pas. Par conséquent, les militants n’entendront pas leurs idées.

      Il faut donc rappeler les faits aux gens de gauche, pour contrer cette mécanique :
      – que les transactivistes ont évacué complètement les questions sociales (et féministes) de leurs discours : ces militants ne se battent jamais pour les droits des pauvres et des femmes, mais pour les droits des hommes transidentifiés spécifiquement.
      – rappeler l’action des transactivistes : mutiler sexuellement les gens, bourrer d’hormones les humains, et jusqu’aux jeunes enfants, au lieu de se battre pour l’abolition du système d’oppression du genre. Individualiser un problème collectif, plutôt que de le résoudre (la solution de droite aux problèmes sociaux).
      – que c’est un mouvement qui est semble-t-il soutenu par les financiers : la preuve, ils bénéficient d’une couverture médiatique exceptionnelle, ce qui n’est pas le cas des mouvements de gauche « vraiment » de gauche. Leur mouvement a été très rapidement accepté dans les plus hautes sphères (les JO, par exemple), alors qu’il a fallut des décennies aux femmes pour avoir le droit de vote. Entre autres. Ça aussi, c’est étonnant pour un mouvement progressiste.

      Il faut aussi rappeler aux gens de gauche que le transactivisme présente beaucoup de points communs avec l’extrême droite, notamment ses moyens d’action militants, violents (harcèlement, menaces, violences à 10 contre 1, comme les militants extrême droite préfèrent aller taper les immigrés sans papiers plutôt que de se frotter aux services de sécurité de tel ou tel homme de pouvoir, malgré leurs discours soit-disant anti-système).

      Oui, c’est un travail de longue haleine. Le transactivisme est un sexisme contemporain, et il va être aussi dur de lutte contre que de lutter contre le sexisme traditionnel.

      Mais il y a reste plus d’espoir à tirer à gauche qu’à droite : la valeur de l’égalité entre humains prévaut chez les gens de gauche. L’inégalité est au contraire acceptée à droite.
      La valeur cardinale de la droite étant l’inégalité, la droite ne peut être un appui au féminisme à mon avis. Je ne pense pas que s’appuyer sur la droite permettra de lutter efficacement pour les droits des femmes sur la durée, et je crois qu’il vaut mieux convaincre ceux de mon bord que de m’allier à des anti-IVG et autres homophobes.
      Mais mon point de vue vient de ce que je considère que la gauche est largement minoritaire dans les médias, dans les partis, dans les lieux de pouvoir. Donc je ne suis pas surprise de constater que des journaux étiquetés à gauche agissent comme le feraient des sexistes : ils ne sont de gauche que sur le papier.

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  5. Vous avez raison… au plan des principes.
    Mais si vous côtoyez des gens et des organisations françaises de gauche, on vous dira tout de suite que vous êtes « transphobe » ou « transexclusif » (TERF) si vous faites valoir les critiques – pourtant les plus fondées – adressées au mouvement transgenriste. On vous accusera d’essentialisme si vous rappelez la définition biologique des femmes et si vous vous solidarisez des féministes de terrain dont les transactivistes jalousent les ressources et la crédibilité. Pire, on vous associera à la droite et au fascisme pour tenter de vous discréditer et pour ménager le tré-carré masculin traditionnel des « vrais » militants, masculins.
    C’est cette gauche de la rue — celle des « Black Blocks », celle des commentateurs méprisants, celle qui attaque les féministes qui manifestent, et celle des partis qui se réclament de sa rhétorique — à qui nous réclamons des comptes, faits à l’appui, comme de plus en plus de féministes de gauche, traduites dans nos pages.

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    • Je me fiche de ce quoi on pourrait bien m’accuser, je ne m’en prends pas aux personnes mais à une idéologie. Ceux qui me traiteraient de TERF ou de transphobe ne sont pas à une contradiction près puisqu’ils prétendent le droit à l’auto-identification mais s’arrogent le droit d’identifier les autres.
      La notion même d’essentialisme est à questionner. Il y a deux sexes, nous sommes des primates et même des mammifères, donc nous ne sommes pas hermaphrodites. L’idéologie trans réintroduit le dualisme corps/esprit, coupe l’humanité de ses racines animales et balaie d’un revers de main la théorie de Darwin.
      Pour répondre à mercredi qui évoque les sorcières, le lien entre les femmes et la terre, ce ne sont pas des divagations. Les féministes du Sud sont très attachées à l’indigénéité à l’agroécologie à revendiquer leurs terres qui leur ont été volées et à l’égalité entre les sexes. La Marche Mondiale des Femmes et La Via Campesina mettent ses exigences prioritairement à leur agenda.

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    • TRADFEM, je partage votre constat : de groupuscule minoritaire, les transactivistes ont commencé à être pris au sérieux dans les partis de gauche. Et effectivement, certains militants sont particulièrement convaincus par cette idéologie sexiste. Dans les groupes militants il y a de tout, et des personnes particulièrement virulentes aussi.
      Vous avez parfaitement raison de demander des comptes à la gauche, et ce n’est pas juste la gauche de la rue. Cela relève d’un problème que je déplore : les partis de gauche sont intellectuellement monopolisés par les bourgeois, qui ont des réflexes sociologiques de classe. Et qui les imposent à leurs bases.

      Il y a deux niveaux de militantisme à considérer je crois :
      – à grande échelle, dans le débat public (autrement dit internet)
      – à petite échelle, IRL, avec notre entourage, même militant où la violence terroriste des transactiviste est souvent plus rare, ou plus difficile à mettre en œuvre. D’expérience (certes limitée), on se prend plus rarement une insulte directe en soirée, autour d’un verre, que sur internet.

      Si on regarde la question qui se pose pour nous autres féministes, à grande échelle, il y a un problème de notre part :
      La force des transactivistes, c’est qu’ils sont mobilisés collectivement, par rapport à nous. Je m’explique : ils ont crée, organisé des espaces de discussion privée (par exemple en ligne, cela peut-être fait sur une plateforme comme mastodon), qui leur permet de venir réagir rapidement et en meute, quand l’un d’entre eux est en difficulté sur un forum lambda, ou sur twitter. Pas besoin dans ces conditions d’être très nombreux pour prendre de la place dans le débat public. C’est ça, leur force, et leur stratégie essentielle.
      Comme ils ont gagné en poids politique, ils sont appuyés par les politiques de certains journaux en ligne, qui censurent toute voix critique (Médiapart par exemple). Mais il y a d’autres espaces de discussions qui ne sont pas soumis à la censure des sexistes libéraux.
      Les transactivistes suivent une ligne solidaire, et ils sont organisés en collectif « réactif » : ils ne vont pas chercher l’argument, la nuance. Leur objectif va être d’enchaîner les commentaires publics pour écraser les voix critiques sous la masse. Peu importe qu’ils disent n’importe quoi (au hasard, que la « transphobie » serait un délit, donc une opinion punissable). Une féministe seule sur un forum, va se faire alpaguer par quatre, cinq personnes, dans le meilleur des cas, qui se sont passé le mot sur leur forum privé, et qui vont donner des coups en meute, donnant au final l’impression aux spectateurs (aux autres internautes) que le transactvisime est majoritaire, alors qu’en réalité ils ne sont que peu nombreux. Ils comptent sur l’instinct grégaire des internautes (la tendance à adhérer à ce qu’on imagine être l’idée majoritaire) et ce qu’il faut bien appeler le terrorisme. Faire peur à celle qui critique le dogme, faire peur à celles qui oseraient, elles aussi, prendre la parole. En cela, leur mouvement me fait penser à la stratégie mise en œuvre par les chasseurs de sorcières.
      La seule stratégie qui vaille, à mon avis, contre cette stratégie à grande échelle, est de faire la même chose : s’organiser en groupe collectif, pour faire masse en cas d’agression sur un forum. Lutter contre la violence collective par une résistance collective. Je ne vois pas de solution individuelle à un problème comme celui-ci.

      Du point de vue du militantisme à petite échelle (petit groupe ou individu) : discuter, à échelle réduite.
      L’agressivité de certains militants est bien l’une des choses qui m’a convaincue que le transactivisme était une forme de sexisme : la stratégie militante des transactivistes est violente, et elle cible les femmes.
      C’est peut-être un argument à souligner, dans le cas où on fait face à l’agressivité de certains militants. Ce sera un point d’ancrage, à défaut de pouvoir expliquer posément les choses. Cela permet de rattacher, pour les spectateurs de la « joute » oratoire, la violence qu’ils ont sous les yeux à l’idée que l’on veut faire passer. La comparaison entre la stratégie des mascu et la stratégie des transactiviste, qui saute aux yeux (attaquer une femme, des femmes, précisément des féministes, parfois violemment, les rendre responsables du malheur généralisé, déprécier leur raisonnement, comme le font les sexistes. On peut rappeler les faits, des collages sexistes appelant à traiter les T*** comme les inquisiteurs traitaient les sorcières, aux femmes agressées par des hommes en manifestation, au harcèlement en ligne…).
      Autre piste, on peut aussi expliquer (en deux mots, et plus si possible) que la théorie transactiviste est illogique, et que c’est pour ça que la stratégie n°1 de ces militants est d’éviter absolument tout débat (en agressant les voix discordantes, notamment).
      Mais ça, c’est si on pense que la meilleure stratégie est d’aller au casse-pipe face à des groupes à la ligne fixée. Je ne pense pas que, vu le contexte actuel, ce soit la meilleure manière de faire.

      Le mieux (à mon avis, qui vaut ce qu’il vaut) est d’adapter son militantisme aux interlocuteurs et interlocutrices. La stratégie de se confronter à un collectif constitué réuni en groupe est à mon avis mauvaise, vu le contexte actuel. D’abord parce que personne n’aime reconnaître publiquement qu’il a eu tort : aller dans un collectif quelconque pour expliquer, sans précaution, que les membres du collectif suivent une ligne sexiste, c’est sûrement inutile à court terme (à long terme ça peut faire réfléchir certaines, mais c’est trop difficile psychiquement à mon avis, pour des résultats immédiat trop faibles). Dans un groupe, les individues n’oseront pas contredire la ligne décidée par les « têtes pensantes », et ne pensent pas aussi librement que quand leur intelligence n’est pas enserrée par l’influence des figures d’autorité du mouvement. Ce serait un suicide peu constructif. Le dialogue en petit comité (à deux, c’est l’idéal) est aujourd’hui beaucoup plus avantageux. Surtout si la personne ne fait pas partie de ceux que j’appelle « les suiveurs » (les militants qui sont là par désœuvrement, ou pour se faire des amis, et qui suivront de toute façon la ligne dictée par le collectif, peu importe le fond).

      Le gros avantage que le féminisme a sur le transactivisme, c’est que c’est cette idéologie sexiste s’appuie sur le flou artistique pour susciter l’adhésion. Les termes ne sont pas définis, sous des prétextes divers (qu’est-ce qu’une femme ? un homme ? Le genre ? le sexe ? Mystère, pour les transactivistes, puisque c’est un ressenti interne, donc impalpable, et que leur théorie suppose de pouvoir confondre genre » et « sexe » à tout moment). Il leur faut absolument rester dans le vague, et donc ils habillent la vacuité de leur discours avec des grands mots creux, ou avec des « renseigne toi », qui ont pour but de couper court sans effort intellectuel à la discussion.

      Le but est donc, au contraire, de permettre la discussion, le débat, afin d’avoir le temps de leur montrer que le discours transactiviste est sexiste. Mais comme pour toute réflexion, il faut du temps.

      Si on arrive à discuter plus de quelques mots (en privilégiant les dialogues, à deux, et en évitant les groupes, (comme disait Brassens « le pluriel ne vaut rien à l’homme, et sitôt qu’on est plus de quatre on est une bande de cons »), on pourra alors expliquer facilement. Parce que dès qu’on gratte un peu, tout s’effondre dans leur théorie (et pour cause, la base est la foi (le ressenti) et le sexisme (homme = bleu, femme = paillettes)).
      Et si on ne veut ou ne peut pas discuter frontalement du sujet, simplement rappeler les bases du féminisme. En appuyant lourdement sur la différence entre « sexe » et « genre » (que le transactivisme confond, tout en faisant mine de les distinguer). C’est une manière de donner aux gens des outils pour ne pas se faire avoir, si ils n’ont jamais entendu parler de la question en détail, et de voir que le dogme transactiviste n’est pas féministe, en confrontant ce discours aux idées féministes. Car le problème, la plupart du temps, c’est qu’une partie des militants ne lisent pas les autrices, ne connaissent pas bien la théorie. Une partie sont là pour se faire des amis, pour sociabiliser… c’est bien, d’être nombreux, mais c’est aussi un inconvénient, inhérent à tous les grands groupes. Donc l’une des choses à faire, c’est de discuter, avec le plus de personnes possible.

      À mon avis, la situation appelle les mêmes solutions qu’habituellement face à un problème : échanger avec le plus de gens possible, donner les outils de compréhension féministe, et si la personne n’est pas agressive, expliquer qu’il s’agit d’un enfumage en règle. Insister sur les interventions vis-à-vis des enfants (en général l’argument est plus audible que quand il s’agit d’expliquer qu’une femme battue devra supporter un homme dans les maisons d’accueil). Il faut convaincre les autres que c’est une dérive sexiste, et si nous sommes nombreuses à le faire, alors cela changera.

      L’insulte T*** arrive effectivement assez vite sur le tapis. Généralement, les gens ne savent même pas ce que recouvre précisément ce mot. Il faut essayer de ne pas se formaliser, et d’expliquer les choses. Expliquer qu’il s’agit d’une insulte, et qu’il est dur de discuter dans ces conditions. Ça peut convaincre le public, et modérer les ardeurs de celui ou celle qui l’emploie. Certains savent que c’est insultant, mais sans mesurer exactement à quel point. D’autres pensent que c’est un mot d’ordre revendiqué par les féministes elles-mêmes. Là aussi, c’est l’occasion d’ouvrir le débat (les transactivistes ciblent les féministes, et leur insulte fait supposer que les féministes excluent les trans, ce qui est faux : les féministes peuvent exclure les hommes, donc les « transfemmes », mais certainement pas les femmes, donc certainement pas les « transhommes ».

      Mais il ne faut pas attendre que les hommes de ces mouvements prennent franchement parti sur le sujet : la majorité se moquent du féminisme, et le prennent pour un mouvement mineur, tolérable parce qu’il permet de faire nombre mais peu sérieux au fond. Cela montre encore à quel point le transactivisme est peu révolutionnaire, d’ailleurs : les hommes trouvent ce féminisme là parfaitement acceptable. Tandis que celui qui remet en cause, réellement, leur domination, celui-là doit être étouffé.

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      • Je précise un point important. Quand je dis que la transphobie n’est pas un délit en France, je parle bien de débattre de la question, ou de nommer une personne en lui attribuant son sexe (« mégenrer » selon la théorie transactiviste). Il est évidemment proscrit, et heureusement, d’agresser ou d’insulter qui que ce soit en raison de son orientation sexuelle. Mais les transactivistes peuvent tenter, comme je l’ai vu à plusieurs reprises sur twitter, de laisser penser (le fameux flou artistique) que la « transphobie » englobe tout ce qui ne contrevient à leur dogme (notamment, le « mégenrage »). C’est un genre de terrorisme intellectuel, pour faire peur aux femmes qui voudraient comprendre les faits quand il est question de transgenrisme.

        La loi n’interdit pas de dire, par exemple, que les transgenres sont des personnes « malheureuses » ou relevant de la psychiatrie (ce n’est pas mon expression, je ne fais que rapporter un article sur la question, qu’on peut lire sur le site Dalloz Etudiant, spécialisé en droit) :
        « les termes de « malheureux » et de « malades qui relèvent de la psychiatrie », qui font référence au malheur ou renvoient à la maladie physique ou mentale, ne peuvent être considérés comme outrageants ou méprisants (En ce sens, Crim. 7 janv. 2020, n° 19-80.796 : Dalloz actualité, 21 janv. 2020, obs. C. Lamy). »

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