Atteinte injustifiable aux droits humains des femmes piégées dans l’industrie du sexe

Par Jessica Neuwirth, d’Égalité Maintenant

 

NEW YORK, 11 décembre 2018 (IPS) – Il y a soixante-dix ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) était signée au Palais de Chaillot à Paris. Après deux guerres mondiales dévastatrices, l’Assemblée générale des Nations Unies définissait une toute nouvelle vision des droits humains que le monde entier pourrait accepter d’adopter. C’est encore aujourd’hui la référence pour la plupart des organisations de défense de ces droits.

 

La première ligne de la Déclaration affirme de manière claire et convaincante que tous les êtres humains naissent libres et égaux. Dans la pratique, la liberté et l’égalité sont les fondements sur lesquels reposent tous les autres droits humains fondamentaux.

 

La Déclaration universelle reconnaît également que nul ne doit être tenu en esclavage ou en servitude. Cela comprend les millions de femmes et de filles qui sont captives d’une industrie du sexe dévastatrice.

 

Malgré la clarté de cette question dans l’esprit des défenderesses des droits des femmes et des survivantes de la prostitution, certains organismes des Nations Unies – dont ONUSIDA et le PNUD, ainsi que certains groupes de défense des droits de l’homme de premier plan comme Human Rights Watch et Amnesty International – ont ignoré ce principe fondamental et ont plutôt réclamé la décriminalisation du proxénétisme, de la tenue de bordels et de la consommation de sexe par les prostitueurs.

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Au cours des vingt dernières années, les preuves du caractère nocif de la décriminalisation de tous les aspects de l’industrie du sexe sont devenues beaucoup plus claires. Les Pays-Bas, l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande ont levé les sanctions sur l’achat de rapports sexuels et ont soit décriminalisé soit légalisé le proxénétisme et la tenue de bordels.

 

Depuis, l’Allemagne a été qualifiée de « bordel teutonique géant » par la revue The Economist tandis qu’Amsterdam fait aujourd’hui marche arrière après sa tentative ratée de protection des personnes prostituées.

 

Entre-temps, les données de plus en plus nombreuses sur l’intervention efficace désignent le modèle Nordique ou d’égalité, mis au point par la Suède en 1999 et adopté depuis par l’Islande, la Norvège, le Canada, l’Irlande du Nord, la France et la République d’Irlande.

 

Israël et d’autres pays étudient également cette approche. Ce n’est pas un hasard si nombre de ces pays se classent au premier rang en termes d’égalité des sexes.

amnesty penisBien que les organisations internationales énumérées ci-dessus soutiennent le droit des hommes à acheter des rapports sexuels, ils ont inexplicablement passé sous silence les preuves du succès du modèle d’égalité.

 

Nous appuyons tous la décriminalisation des personnes prostituées, mais il est difficile de justifier la décriminalisation des gens et des organisations qui les exploitent délibérément et systématiquement.

 

Le fait que les inégalités entre les sexes et d’autres inégalités structurelles soient la cause première de la prostitution semble également avoir été ignoré, comme par hasard. Lorsque de tels groupes hautement cotés tolèrent officiellement l’achat de sexe et les horribles violations de droits humains subies par les femmes piégées dans la prostitution, ils créent un voile de légitimité inexcusable, derrière lequel les personnes contraintes au commerce du sexe par la pauvreté deviennent des dommages collatéraux, sacrifiées pour enchâsser les « droits » des hommes à acheter des relations sexuelles.

 

Malheureusement, Human Rights Watch et Amnesty, deux organisations dirigées par des hommes, ont, dans les faits, renié la Déclaration universelle des droits de l’homme en ce qui concerne cette subjugation contemporaine moderne des femmes.

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Mickey Meji, survivante de l’industrie du sexe en Afrique du Sud. Photo : http://wowwoman.com

Comme l’a écrit Mickey Meji, survivante sud-africaine de l’industrie du sexe, la prostitution n’est pas seulement l’incarnation du sexisme et de la violence contre les femmes et les filles, c’est aussi un reflet profond du racisme, de la pauvreté et d’autres inégalités : « Ce n’est pas un hasard si la grande majorité des personnes prostituées en Afrique du Sud sont des femmes noires pauvres. »

 

Parlons très clairement : la prostitution s’en prend aux personnes vulnérables, qui sont en grande majorité des femmes, et continue d’exister parce que les hommes qui choisissent librement d’acheter du sexe veulent exercer leur privilège d’une manière dominante et violente. Je n’ai entendu aucun contre-argument de la part d’Amnesty ou de Human Rights Watch pour contrecarrer ce concept fondamental.

 

Nous ne parviendrons jamais à une quelconque forme d’égalité dans la société tant que cet abus extrême de pouvoir d’un être humain sur un autre sera légitimé comme une « transaction commerciale ». Ces organisations devraient relire l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

 

Jessica Neuwirth est fondatrice de Donor Direct Action, une organisation internationale qui s’associe à des groupes de femmes œuvrant à mettre fin à l’exploitation sexuelle commerciale sur les lignes de front partout dans le monde. Elle a aussi fondé Égalité Maintenant, un organisme qui, depuis 1992, utilise une combinaison unique de plaidoyer juridique, de partenariats régionaux et de mobilisation communautaire pour encourager les gouvernements à adopter, améliorer et appliquer des lois qui protègent et promeuvent les droits des femmes et des filles dans le monde.

 

Version originale : http://www.ipsnews.net/2018/12/undermining-human-rights-women-trapped-sex-trade/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=undermining-human-rights-women-trapped-sex-trade

Traduction : TRADFEM

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