Le porno a une foule de conséquences nocives – nous devons faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard.

par Thain Parnell, le 8 avril 2019, sur le site Feminist Current

 

Non seulement la pornographie a-t-elle un impact sur les femmes de l’industrie du sexe, mais elle nuit aussi à la société dans son ensemble, ce que nous constatons à une très vaste échelle.

Le porno est considéré comme un droit, non seulement par le lobby de l’industrie du sexe, mais aussi par beaucoup de progressistes. Malgré le nombre de gauchistes qui se disent sensibles aux enjeux de justice sociale, on les voit continuer à soutenir une industrie fondée sur une exploitation incroyable et qui aggrave les inégalités auxquelles sont confrontées les femmes dans la culture patriarcale. Produire et regarder de la pornographie est présenté comme libérateur pour les deux sexes, et plus particulièrement pour les femmes auxquelles il est souvent dit que la pornographie est un moyen autonomisant d’exprimer leur sexualité. À cet égard, l‘industrie du porno agit comme un puissant lobby, mais il en va parfois de même pour des femmes ordinaires — qui se disent pourtant « féministes ».

Dans un documentaire britannique intitulé Mums Make Porn, on voit des spectateurs insulter une mère qui renonce à tourner un film porno après avoir réalisé qu’elle s’en sentait incapable, que cela la mettait trop mal à l’aise. Au contraire, la réalisatrice pornographique « féministe » Erika Lust, qui prétend placer les femmes « au premier rang du cinéma adulte », est régulièrement applaudie dans les médias de son pays. Pour sa part, l’actrice Rashida Jones, productrice d’un documentaire critique de l’industrie du porno, et qui a critiqué publiquement « la pornification de tout », a été sauvagement attaquée en ligne. En conséquence, elle est revenue sur ses propos. Critiquer la pornographie n’a plus la cote. Au contraire, les femmes sont encouragées à l’adopter et à se l’approprier. L’avenir est dans la « pornographie féministe », nous dit-on. Et les femmes qui s’inquiètent à l’idée que leurs partenaires masculins consomment de la pornographie sont accusées d’être coincées et prudes. « Tous les hommes le font — ce n’est pas grave », nous dit-on.

Mais tandis que les avantages de la pornographie sont vantés sur toutes les tribunes, on passe sous silence des arguments légitimes et scientifiquement étayés qui révèlent son impact néfaste sur la société.

Le lien entre la pornographie et la prostitution, constamment occulté, en est un exemple évident. Une étude financée par le ministère américain de la Justice a révélé que les hommes ayant regardé de la pornographie au cours de la dernière année sont plus susceptibles de payer pour avoir des rapports sexuels que les autres. L’étude a montré que les hommes qui vont voir des prostituées ressentent « un sentiment de droit au sexe » et considèrent avoir un « droit à l’accès sexuel ». Lorsque ces clients se présentent, ils amènent souvent des images pornographiques, pour montrer aux femmes qu’ils exploitent ce qu’ils attendent d’elles.

Dans une étude de Rachel Durslage et al. menée en 2008, Deconstructing The Demand For Prostitution (Déconstruire la demande pour la prostitution), un client de Chicago est cité ainsi : « Je veux payer quelqu’un pour faire quelque chose qu’une personne normale ne ferait pas. Pisser sur quelqu’un ou payer quelqu’un qui n’est pas ma petite amie pour faire quelque chose de dégradant ». Un autre : « Tout ce que tu ne peux pas obtenir de ta copine ou de ta femme, tu peux l’obtenir d’une prostituée. »

Mais la pornographie n’a pas qu’un impact sur les femmes du commerce du sexe — elle nuit à la société entière, et nous en constatons les effets à grande échelle.

La pornographie est l’un des piliers du patriarcat — dans une société où les femmes sont déjà massivement réduites à l’état d’objets, le porno renforce leur statut d’infériorité. En exposant constamment les femmes comme des objets de plaisir hyperféminins, hypersexuels et hypersoumis, plutôt que comme de véritables êtres humains ayant leurs propres émotions et besoins, la pornographie creuse le fossé entre les sexes, détruit l’intimité hétérosexuelle, déprécie le statut des femmes et sape la confiance interrelationnelle.

Étant donné que certaines des catégories les plus populaires du porno montrent des femmes sur qui on crache, qui ont des rapports sexuels avec des animaux, que l’on étrangle ou que l’on gifle, ou qui pleurent lors de relations anales douloureuses, ainsi que des agressions sexuelles et de l’inceste infligés à des adolescentes, il est difficile de comprendre comment quiconque pourrait conclure que la pornographie ne contribue pas à la violence sexuelle, à la maltraitance d’enfants ou aux attitudes des hommes envers les femmes.

Nous sommes apparemment surpris par la prévalence continue du harcèlement sexuel, mais quand 90 pour cent des hommes ont déjà visionné du porno avant l’âge de 18 ans, est-ce vraiment si étonnant que les agressions sexuelles prolifèrent au stade épidémique sur les campus universitaires ? Tandis que la société peine à encaisser le #MeToo, la pornographie continue de normaliser la violence sexuelle envers les femmes.

Dans le porno, les femmes sont dépeintes comme des jouets qui n’existent que pour satisfaire les désirs sexuels masculins, aussi extrêmes ou dégradants soient-ils. La pornographie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que beaucoup d’entre nous peuvent imaginer — nous sommes loin des images classiques de Hustler, Playboy ou Penthouse. Sur les ordinateurs portables et les smartphones du monde entier sont diffusés en continu des clips vidéo préenregistrés de femmes et de filles étouffées, fouettées, battues, brutalisées ou sur lesquelles des hommes urinent. Ces images abusives sont téléchargées dans l’esprit de millions de personnes, dont beaucoup de garçons et filles mineurs.

Le porno bénéficie aussi d’un passe-droit en termes de clichés racistes, qui seraient inacceptables dans tout autre contexte. C’est par centaines de milliers d’abonnements que fonctionne un site comme Latina Abuse — un portail de pornographie qui propose des vidéos de femmes latino-américaines avilies sexuellement devant une caméra, soumises à des actes comme la « violence faciale » (principalement des fellations imposées au pont de les étouffer et de les faire vomir), ainsi qu’à d’autres formes de violence physique, verbale et sexuelle. Des catégories comme le « porno de réfugiées » enregistrent des millions de clics sur des sites comme PornHub. Alors que le réseau Twitter bannit des féministes pour crime de pensée, il continue d’autoriser de la pornographie explicite, raciste et violente sur sa plateforme.

La façon dont les femmes sont représentées dans la pornographie a un effet néfaste manifeste sur les idées qu’entretiennent les hommes au sujet des femmes, ainsi que sur celle des femmes envers elles-mêmes et leurs partenaires. Dans une étude intitulée Pornography’s Impact on Sexual Satisfaction (L’impact de la pornographie sur la satisfaction sexuelle), les chercheurs Dolf Zillmann et Jennings Bryant ont interrogé plus de 2000 personnes et ont constaté qu’après avoir visionné du contenu sexuel uniquement érotique léger, les hommes et les femmes étaient beaucoup moins satisfaits de leur relation. Ils ont découvert une corrélation entre la détérioration des relations intimes et le visionnage de pornographie.

Les mêmes questions ont été posées aux participants de l’étude en 2006 et en 2012, et les chercheurs ont constaté que le simple fait de « visionner de la pornographie à l’occasion ou plus fréquemment en 2006 » était suivi d’une diminution de la « qualité de la vie conjugale » en 2012. Les chercheurs ont déterminé que « le visionnage précoce de contenu pornographique » et la fréquence des habitudes de visionnage constituaient le « deuxième indicateur le plus fiable » de la « qualité de la vie conjugale » ultérieure, après les niveaux de satisfaction des relations antérieures.

Dans un article intitulé Pornography’s Effect on Interpersonal Relationships (Les effets de la pornographie sur les relations interpersonnelles), la Dre Ana J. Bridges, professeure de psychologie et rédactrice en chef de la revue Sexualization, Media and Society (Sexualisation, média et société), rend compte de plusieurs études dans lesquelles les consommateurs de porno déclarent moins aimer leur partenaire ou conjointe que les personnes qui ne consomment pas de pornographie.

Bridges se réfère à une étude de 2002 montrant que « les personnes heureuses dans leur mariage étaient 61 % moins susceptibles de déclarer avoir visité un site Web pornographique au cours des trente jours précédents », et à une deuxième étude de 2002 montrant que « les femmes sont réticentes à entrer en relation avec des utilisateurs réguliers de pornographie ».

Une étude de 1988 que cite Bridges porte sur le contenu des 50 films pour adultes les plus vendus à l’époque, dans lesquels plus de la moitié des 304 scènes analysées présentaient des agressions verbales, et plus de 88 % des agressions physiques. 70 % des actes d’agression étaient perpétrés par des hommes, et 87 % de ces actes étaient commis contre des femmes, dont les réactions filmées étaient très largement représentées comme positives.

Bridges souligne également une étude de 2004 sur des femmes qui participent à un programme de lutte contre la violence conjugale, qui montre que le visionnage de matériel pornographique double presque le risque qu’une femme soit agressée sexuellement par son partenaire.

 

Bridges écrit :

« 46 % [des femmes] ont déclaré avoir été victimes de violence sexuelle, et 30 % ont déclaré que leur partenaire consommait de la pornographie. 58 % ont identifié l’utilisation de la pornographie par leur partenaire comme ayant joué un rôle dans leur agression sexuelle. »

The Porn Phenomenon (Le phénomène du porno), un rapport rédigé par le Barna Group, a montré que sur 1 188 adultes consommateurs de pornographie interrogés, 46 % pensaient que les images « d’actes sexuels qui peuvent être forcés ou douloureux » n’étaient pas « mauvaises ». En associant la douleur au plaisir sexuel, les pornographes ont désactivé l’empathie que les humains éprouvent naturellement les uns envers les autres. Ils exploitent des contenus violents et extrêmes pour court-circuiter nos instincts naturels et susciter une excitation à effet addictif.

L’industrie du porno encourage ses adeptes à rechercher du contenu de plus en plus extrême pour s’exciter puisqu’avec le temps, ils y deviennent insensibles. En 2012, NoFap, un groupe de soutien communautaire sur le réseau Reddit, qui aide les hommes à se libérer des habitudes de masturbation et de consommation pornographique, a mené une enquête auprès de 1500 hommes : 56 % d’entre eux ont déclaré que leurs habitudes de visionnage pornographique étaient devenues « de plus en plus extrêmes ou déviantes » à mesure qu’ils consommaient davantage de pornographie. D’autres études montrent que le porno crée une forte dépendance, en raison de sa capacité à remodeler nos circuits neuronaux cervicaux en tirant profit de leur plasticité, et qu’il condamne ses adeptes à une recherche de contenu de plus en plus violent ou bizarre. Les pornographes ne sont que trop heureux de répondre à cette demande du marché par des contenus toujours plus extrêmes.

En outre, le porno a un impact important sur la capacité des hommes à réagir avec désir à de vraies femmes, en chair et en os. Les médecins sont aujourd’hui confrontés à une épidémie de jeunes hommes accros au porno et qui en sont pratiquement devenus impuissants.

Comment cela se produit-il ?

Le porno influence fortement nos cerveaux malléables. Il reconfigure nos connexions mentales — particulièrement lorsqu’un acte physiquement agréable comme la masturbation est associé à la pornographie. À l’instar des muscles, les connexions cérébrales que nous utilisons plus fréquemment deviennent plus dynamiques, tandis que celles que nous n’utilisons pas s’affaiblissent et peuvent finir par s’atrophier. Comparer l’affection physique et l’intimité du monde réel à un muscle atrophié peut sembler exagéré, mais la comparaison est pertinente lorsque les hommes deviennent fortement dépendants du porno.

Si les connexions mentales qui lient l’excitation sexuelle à des choses comme voir, toucher ou câliner un ou une partenaire ne sont pas utilisées à cause d’une consommation croissante de pornographie, l’excitation naturelle deviendra impossible.

Compte tenu de la popularité de la pornographie, il n’est pas étonnant que des centaines de milliers d’hommes soient aujourd’hui incapables d’être excités sexuellement par leurs partenaires réelles, ou par des femmes qu’ils rencontrent hors ligne. Comment peuvent-ils l’être alors que ces femmes ne peuvent pas ressembler aux corps qu’ils voient en ligne, retouchés par ordinateur ou modifiés par la chirurgie plastique ? Comment peuvent-ils se lier à des femmes en tant qu’êtres humains lorsqu’ils ont grandi en apprenant que les femmes sont des objets à maltraiter et à avilir par des actes ignobles comme la torture par l’eau — une technique d’interrogatoire interdite par des organismes internationaux et reconnue comme un acte de torture, mais qui refait surface dans le monde du porno.

De plus, comment les femmes peuvent-elles conserver de l’affection pour les hommes de leur vie alors que ces hommes exigent de plus en plus leur avilissement? Quand les hommes qu’elles aiment humilient des femmes pour atteindre l’orgasme ? Comment cela peut-il éviter de détruire la confiance et, par la suite, l’amour ? Nous n’avons pas encore observé le plein effet de cette consommation accrue de pornographie, mais il semble très probable qu’elle entraîne une dissolution des relations amoureuses entre hommes et femmes. Certains signes indiquent que cela se produit déjà.

De nombreuses études montrent que le visionnage régulier de matériel pornographique diminue la satisfaction sexuelle et relationnelle, ainsi que la proximité affective. De nombreuses femmes sont d’ores et déjà sexuellement insatisfaites de leurs relations hétérosexuelles. L’augmentation du nombre de femmes qui choisissent aujourd’hui de rester célibataires peut être, sans exagération, lié aux exigences sexuelles de plus en plus abusives des hommes, et à leur incapacité relationnelle, apprise du fait de leur consommation de pornographie.

Nous sommes au beau milieu d’une importante crise sociale, et pourtant beaucoup trop refusent d’admettre l’évidence : le porno a une influence extrêmement négative sur notre société. Une modification de la Digital Economy Act britannique (Loi sur l’économie numérique) doit bientôt imposer des contrôles d’âge sur les sites pornographiques (même si sa mise en œuvre vient d’être reportée), ce qui constitue un bon début pour réduire l’accès à la pornographie. Il reste cependant encore beaucoup à faire avant qu’il ne soit trop tard.

Si nous continuons à refuser de tenir compte des ravages de la pornographie, nous ne devrions pas être surpris par son inéluctable résultat : la mort de l’amour, et un déclin dramatique des relations intimes saines et satisfaisantes entre femmes et hommes.

Plus les hommes se tourneront vers des scènes fictives de viol et d’agressions qui exigent une déshumanisation des femmes, plus on verra de femmes se détourner des hommes qui cherchent à leur refuser le statut de personne.

Thain Parnell est une blogueuse féministe qui écrit actuellement un livre sur les raisons pour lesquelles le féminisme radical est une alternative plus saine pour les femmes et les personnes trans-identifiées. Tous droits réservés à Thain Parnell, 2019.

Version originale : https://www.feministcurrent.com/2019/04/08/porn-has-wide-ranging-ramifications-on-society-we-need-to-do-something-before-its-too-late/

Traduction: Ana Minski pour TRADFEM

photo Thain ParnellThain Parnell a aussi signé des textes sur la plate-forme MEDIUM et, sur Feminist Current, un article à propos de l’importance de tenir compte du vécu des « detransitioners« : les femmes et les hommes qui sont revenus d’un « changement de sexe »: Transition is no casual matter; we need to talk about regret.

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Une réflexion sur “Le porno a une foule de conséquences nocives – nous devons faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard.

  1. Certaines scenes de viol ne sont pas fictives . Sur internet apparaissent
    parfois les images de vrais tortures de femmes ou d’enfants sans qu’on sache comment même si elles disparaissent assez vite .
    J’ai assisté au viol d’une petite fille par deux asiatiques et ce n’était pas une mise en scène.

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