Il est temps de cesser de fréquenter les hommes consommateurs de porno.

Ouais, je l’ai dit!

Par Mary Kate FAIN, le 24 septembre 2019

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Il y a deux ans, quand j’ai demandé à mon copain de cesser de consommer de la porno, j’avais peur. Je ne voulais pas rompre, mais dans les 15 mois ayant suivi notre rencontre, c’était devenu un facteur de rupture pour moi.

J’avais peur qu’il le prenne personnellement, qu’il considère cela comme une attaque contre lui-même plutôt qu’une condamnation de cette industrie en général.

J’avais peur de perdre de la valeur à ses yeux, qu’il pense que j’étais trop prude, trop critique ou trop contrôlante. Après tout, ce n’est pas comme s’il avait une habitude particulièrement envahissante de la porno. Qu’est-ce qui me donnait le droit de lui dire quoi faire de son temps ?

J’avais peur qu’il se mette en colère, comme le font les hommes.

Au début, il n’était pas d’accord avec moi. Il avait beaucoup de questions et a tenu à reparler de chaque point en détail, encore et encore pendant des semaines, ad nauseam.

Finalement, après avoir réfléchi aux faits, il a accepté.

Deux ans plus tard, notre relation, notre vie sexuelle, et l’amour et le respect que nous avons l’un pour l’autre n’ont jamais été aussi forts. Je ne peux m’imaginer fréquenter à nouveau un consommateur de pornographie.

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Je me rends compte que dans une culture qui nous dit constamment que la pornographie est saine, normale, autonomisante et qu’elle peut améliorer notre vie sexuelle, cette opinion est controversée. En fait, mon partenaire est le seul homme de notre âge que je connaisse qui n’utilise pas de pornographie. Tous les autres hommes, et la plupart des femmes, de notre groupe d’amis progressistes utilisent de la porno – gaie, hétéro et tout ce qui se trouve entre les deux. La recherche laisse entendre que presque tous les hommes dans la vingtaine consomment de la porno, en moyenne à partir de 13 ans.

On voit même des féministes céder au lobbying intensif de l’industrie pornographique. Aujourd’hui, une femme qui refuse de consommer de la porno ou qui prend position contre le commerce du sexe est considérée comme prude, ou pire, comme ce qu’on appelle maintenant une « SWERF » (pour Sex Worker Exclusionary Radical Feminist).

Pourtant, aucune de ces deux insultes n’est justifiée. Les femmes qui veulent jouir d’une sexualité saine et de relations non abîmées par l’une des plus grosses industries de la planète n’ont rien de prude, et celles qui s’élèvent contre les violences de l’industrie du sexe ne pratiquent aucune « exclusion ».

Au contraire, chaque individu·e a le droit à des relations saines et aimantes, à la dignité sexuelle, et à vivre sans être traitée comme un objet – autant de valeurs que sape l’industrie de la porno à la seule fin d’accumuler des profits.

Le porno ruine les relations saines

Fight the New Drug, une organisation non religieuse et non partisane qui affronte l’industrie de la pornographie, a recueilli et analysé des recherches qui documentent les impacts de la pornographie sur la sexualité et les relations :

« La consommation de pornographie amène beaucoup de gens à devenir moins satisfaits de l’apparence physique, de la performance sexuelle, de la curiosité sexuelle et de l’affection de leur partenaire [4]. Ces chercheur·e·s ont également constaté qu’avec le temps, beaucoup de consommateurs de pornographie deviennent moins réceptifs aux femmes en général, moins enclins à valoriser la monogamie et le mariage, et plus susceptibles de développer des perceptions déformées de la sexualité [5]. D’autres chercheur·e·s ont confirmé ces résultats et ajouté que les consommateurs de pornographie ont tendance à être beaucoup moins intimes avec leurs partenaires [6], moins engagés dans leurs relations [7] … »

Malgré la poussée générale visant à normaliser l’utilisation de la pornographie, il appert que la plupart des femmes ne considèrent pas vraiment le recours à la pornographie comme appropriée dans le cadre d’une relation engagée. Et la recherche suggère que les femmes ont de bonnes raisons d’adopter cette position.

L’utilisation de porno dans les relations intimes implique souvent du secret et de la trahison, les femmes faisant état de réactions traumatiques lorsqu’elles découvrent que leur partenaire consomme de la pornographie. Même quand les partenaires ne cachent pas leur utilisation de porno dans la relation, les consommateurs de pornographie signalent moins de satisfaction auprès de leur partenaire, puisque leur cerveau se reconfigure pour ne répondre sexuellement qu’à la pornographie. Les consommateurs de porno sont également plus susceptibles de tromper leur partenaire.

Pourquoi la pornographie a-t-elle un effet aussi marqué sur la psychologie de ceux qui la visionnent ?

La réponse est simple : la porno crée une dépendance.

La pornographie détourne le système générateur de dopamine du cerveau et donne au consommateur masculin l’impression fausse d’accomplir son but évolutif : répandre sa semence et multiplier les chances de survie de ses gènes.

Dans son exposé, « The Great Porn Experiment », l’auteur américain Gary Wilson explique comment l’effet Coolidge attise la consommation de pornographie. L’effet Coolidge est un phénomène biologique observé chez beaucoup d’animaux où les mâles « manifestent un intérêt sexuel renouvelé chaque fois qu’une nouvelle femelle leur est présentée en vue de relations sexuelles, et ce même après la cessation de leurs relations avec des partenaires sexuelles antérieures mais encore disponibles ».

Coolidge Effect

L’effet Coolidge, extrait d’un « TED Talk » donné à Glasgow par Gary Wilson

La porno détourne le désir évolutif des hommes de féconder le plus grand nombre possible de femmes. Mais finalement, le simple fait d’être exposé à de nouvelles femmes ne suffit pas, et les hommes doivent visionner des contenus de plus en plus violents et obscènes pour en tirer le même effet – tout comme les toxicomanes qui doivent prendre des doses de plus en plus fortes pour vivre la même défonce.

Cet effet d’escalade explique ce pour quoi, à mesure que les hommes consomment de plus en plus de porno, leurs préférences deviennent de plus en plus extrêmes.

Ces attitudes en viennent à filtrer dans leurs relations réelles. Une méta-analyse réalisée en 2015 à partir de 22 études provenant de 7 pays différents a démontré que la consommation de pornographie est liée aux comportements d’agression verbale et sexuelle.

Les hommes eux-mêmes commencent à réaliser qu’ils ont été dupés par la pornographie. Des communautés entières d’hommes, comme le réseau en ligne r/nofap, commencent à s’encourager mutuellement à rompre avec leurs habitudes en matière de pornographie et à se réapproprier leur sexualité.

La porno forme les hommes à traiter les femmes comme des objets

Il n’existe aucune preuve que les hommes naissent misogynes. Le cliché selon lequel « les garçons seront toujours des garçons » met les hommes à l’abri des conséquences de leur comportement et leur rend le mauvais service de suggérer que les hommes sont simplement esclaves de leurs instincts primaires et ne pourraient jamais être meilleurs.

Si nous voulons créer un monde où les sexes sont égaux, il est essentiel de contester les systèmes sociaux qui entraînent actuellement les garçons et les hommes à la misogynie. En appuyant la consommation de porno par les hommes, nous faisons exactement le contraire.

Les preuves que la pornographie mène à des croyances misogynes sont accablantes :

*             Une recherche menée en 2011 dans des fraternités universitaires montré que la consommation de pornographie entraînait une volonté moindre d’intervenir en voyant une femme être agressée sexuellement, une augmentation de la proclivité au viol, et une croyance accrue aux préjugés pro-viol (comme « Quand les filles se présentent à des fêtes en portant des vêtements sexy, elles cherchent les ennuis »).

*             Les garçons qui sont exposés à la pornographie au cours de leur jeunesse sont plus susceptibles de désirer du pouvoir sur les femmes, d’appuyer la domination masculine et de convenir d’énoncés comme « les choses ont tendance à aller mieux lorsque des hommes sont aux commandes ».

*             Les hommes et les femmes qui visionnent de la pornographie sont moins susceptibles d’appuyer les programmes d’action positive pour les femmes en milieu de travail.

*             Une étude danoise de 2013 a révélé qu’une plus grande consommation antérieure de pornographie était liée à des attitudes moins égalitaires envers les femmes, plus particulièrement en ce qui concerne le sexisme hostile. Cette tendance se vérifiait même pour la pornographie non violente.

*             La pornographie est profondément liée aux crimes sexuels, puisqu’on la trouve sur les lieux de 80 % des crimes sexuels violents ou aux domiciles des auteurs de ces crimes. Le département de police de l’État du Michigan a constaté que la pornographie est utilisée ou imitée dans 41 p. 100 des crimes sexuels sur lesquels il a fait enquête. Une étude réalisée en 2015 a révélé une forte corrélation entre l’augmentation de l’accès à Internet en Inde et les taux de viols de filles mineures ainsi que d’autres formes de violence sexuelle.

Il n’est pas surprenant que les hommes absorbent ces attitudes de la pornographie. Une analyse datant de 2010 a révélé que 88,2 % de l’ensemble des scènes de pornographie comportaient des agressions physiques telles que du bâillonnement ou des gifles, et 48,7 % des scènes de pornographie s’accompagnaient d’agressions verbales telles que des injures. La violence était presque toujours perpétrée par des hommes contre des femmes, et les femmes affichaient habituellement des réactions de plaisir à ces violences.

Ce récit est dangereux et perpétue la culture du viol par le biais de préjugés mensongers comme « les filles veulent être violentées » et « les salopes méritent cette violence », deux clichés qui pourraient eux-mêmes servir de titres à des vidéos pornographiques.

La porno communique également aux hommes et aux femmes des attentes irréalistes sur l’apparence et le comportement que devraient avoir les femmes pendant les rapports sexuels.

COV PORNLAND

Gail Dines, militante anti-porno et universitaire et autrice de PORNLAND, fait état de l’impact qu’une culture pornographique a présentement sur les jeunes femmes :

« Certains partenaires ont même refusé de faire l’amour avec des jeunes femmes non épilées car elles « avaient l’air dégoûtantes ». Une élève a raconté au groupe comment son copain lui avait acheté une trousse d’épilation à la cire pour la Saint-Valentin, tandis qu’un autre avait envoyé un courriel à ses amis en plaisantant au sujet de la « chatte hirsute » de sa copine. Non, elle n’a pas rompu avec lui, elle s’est plutôt fait épiler. »

Les femmes qui ne regardent pas de porno elles-mêmes, ou qui n’en consomment que très peu, ne réalisent souvent pas à quel point le caractère extrême des contenus que visionnent leurs partenaires. Alors que les pages centrales de Playboy constituaient autrefois le summum du genre, une pornographie dite « gonzo » les ont remplacées, avec des représentations extrêmement violentes et haineuses de la sexualité. Madame Dines écrit :

« Quand j’ai interviewé des producteurs à l’Adult Entertainment Expo qui a lieu chaque année à Las Vegas, ils m’ont dit que l’industrie était de plus en plus à court de nouvelles idées. Le dernier film de ce producteur particulier montrait une femme que l’on sodomisait alors qu’elle était allongée dans un cercueil. »

Alors que l’industrie du porno intensifie les actes violents qu’elle dépeint pour maintenir les hommes dans la dépendance, les femmes en sont les victimes inévitables. Par exemple, on a constaté une hausse du nombre des étouffements non consensuels, dans le contexte d’une pornographie de l’asphyxie, qualifiée de « breath play ».

L’industrie du porno violente les femmes

Même s’il n’y avait pas de conséquences réelles sur les consommateurs de porno et leurs partenaires, il existe toujours une raison majeure de s’abstenir de participer à cette industrie : les victimes de la pornographie elles-mêmes.

Alors que l’industrie de la porno poursuit son lobbying et mène une campagne massive pour que participer à ses productions apparaisse comme un acte d’autonomisation (ou même une pratique féministe), de fuites révèlent sans cesse la vraie nature de cette industrie.

La pornographie, dont certains estiment la valeur à quelque 97 milliards de dollars par an (des estimations plus réalistes la situent entre 6 et 15 milliards), travaille main dans la main avec l’industrie de la traite à des fins sexuelles – et les spectateurs n’ont aucun moyen de déterminer quelles « actrices » ont été victimes de la traite ou non. Le Rescue Freedom Project signale que 49 % des victimes de la traite des personnes ont été pornographiées en cours de leur vente à des acheteurs de sexe. La pornographie contribue également à orienter des jeunes vers la traite à des fins sexuelles :

Les jeunes filles, y compris les adolescentes, sont également contraintes ou amenées frauduleusement à la pornographie par divers moyens – même si elles n’y sont pas physiquement forcées.

Même lorsque les femmes « choisissent » de participer à de la pornographie pour gagner de l’argent, cette activité sexuelle ne peut toujours pas être considéré comme pleinement consensuelle, en particulier pour celles qui sont les plus vulnérables et les moins assurées sur le plan financier. Une vision moderne du consentement sexuel reconnaît que des relations sexuelles vécues sous une contrainte ne sont pas vraiment libres. Dans notre système capitaliste actuel, l’argent est une forme inhérente de coercition, de sorte que les relations sexuelles qui n’ont pour motif que la survie ne sont pas consensuelles.

La réalité brutale de l’industrie du porno émerge de plus en plus aujourd’hui, notamment par ce qu’en disent ses anciennes victimes; et pourtant les comptes rendus les plus diffusés sont la propagande émise par des stars du porno qui demeurent à la solde de l’industrie. Écouter les travailleuses du sexe, c’est écouter même quand on ne veut pas entendre ce qu’ont à dire celles-ci – y compris celles qui ont échappé à l’industrie.

Comme l’a dit le militant Jonah Mix : « La pornographie ne cause pas la violence sexuelle. La pornographie EST de la violence sexuelle. »

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Ce n’est pas aux femmes que devrait revenir la responsabilité d’appeler les hommes à renoncer à la pornographie. Les hommes alliés aux féministes doivent commencer à tenir les autres hommes responsables de leurs actions qui perpétuent le patriarcat – et de plus en plus d’hommes font précisément cela, en se parlant les uns les autres des raisons pour lesquelles il est temps de tourner le dos à la pornographie.

Mais en tant que personnes les plus affectées par l’utilisation masculine de la pornographie, les femmes devraient se sentir à l’aise de demander aux hommes de leur vie de cesser de consommer de la pornographie. La porno nuit à la relation, risque d’accroître la misogynie et perpétue la violence contre les femmes et les filles; demander à son copain d’arrêter d’en consommer n’est donc pas une exigence déraisonnable. C’est plutôt une preuve de confiance envers votre relation et de l’engagement de votre partenaire envers l’égalité.

S’il refuse, même après qu’on lui aura eu présenté les faits et qu’il ait eu le temps de faire ses propres recherches, vous aurez au moins appris quelque chose sur ses priorités et ses valeurs.

photo MK Fain rit.jpgMK Fain

Mary Kate Fain est journaliste féministe et autrice pigiste. Elle est fondatrice et rédactrice en chef de du média 4W et l’autrice d’un livre présentement sous presse, HERETIC. On peut également lire ses textes sur la plate-forme Medium.

Ingénieure-informaticienne en rétablissement, M. K. a aussi fondé Spinster.xyz, un média social. Elle fait du travail bénévole pour la Women’s Human Rights Campaign en gérant leur site Web et s’implique dans une foule d’autres intiatives féministes et du movement de libération des animaux.

VERSION ORIGINALE DE CE TEXTE: « It’s Time to Stop Dating Men Who Use Porn » – https://psiloveyou.xyz/its-time-to-stop-dating-men-who-use-porn-dc1d73db3d60

Traduction: TRADFEM

TOUS DROITS RÉSERVÉS À MARY KATE FAIN.

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