Meghan Murphy: Calomnier Andrea Dworkin après sa mort est de la pure misogynie

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Meghan Murphy, publié le 9 avril 2015 sur son blog : Feminist current 

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Andrea Dworkin est morte il y a dix ans aujourd’hui, et son héritage perdure chez bon nombre de mes sœurs féministes, en dépit d’efforts massifs pour la réduire en lambeaux, alors qu’elle n’est plus là pour se défendre.

Andrea Dworkin, 1966. Crete.

Il y a eu tant de mensonges à son sujet, ancrés pour la plupart dans les stéréotypes antiféministes, mais curieusement repris par beaucoup de gens qui se qualifient de « féministes », mais de la variété troisième vague, libérale ou d’études queer.

Dworkin, comme la plupart d’entre nous qui critiquons les représentations misogynes, violentes et oppressantes du sexe et de la sexualité, est surnommée « anti-sexe» par des hommes et des femmes, faussement citée comme ayant dit que « tout rapport hétérosexuel est un viol », et étiquetée comme « transphobe » malgré l’absence de preuve à l’appui de ces allégations. Comme la plupart d’entre nous, elle est accusée d’haïr les hommes, de croire que les femmes sont biologiquement supérieures aux hommes, et d’être essentialiste en pensant, prétend-on, que les hommes sont tous des violeurs naturellement violents.

En fait, la vérité – qui s’applique également à la plupart des féministes – est qu’elle croyait profondément à l’humanité des hommes et à leur capacité de changer, en réclamant, dans un discours célèbre : « Je veux une trêve de 24 heures durant laquelle il n’y aura pas de viol ».

« [Je] ne crois pas que le viol soit inévitable ou naturel. Si je le croyais, je n’aurais aucune raison d’être là. Si je le croyais, ma pratique politique serait différente de ce qu’elle est. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi nous ne sommes pas en conflit armé avec vous ? Ce n’est pas parce qu’il y a une pénurie de couteaux de cuisine dans ce pays. C’est parce que nous croyons en votre humanité, malgré toutes les preuves du contraire ».

Je ne cesse jamais d’être étonnée que des gens pensent que le féminisme a pour objet de vilipender les hommes comme autant de violeurs brutaux. Le féminisme n’existerait pas sans la conviction des femmes que les choses peuvent être différentes – que les hommes peuvent être différents. Nous savons que la masculinité n’est pas innée et nous savons que les hommes n’ont pas besoin de violer et de frapper. Des hommes font ce choix. Ils choisissent de prendre les femmes de force, ils choisissent d’acheter des actes sexuels auprès de femmes et de filles désespérées, ils choisissent de traiter ces femmes et ces filles de façons inhumaines, ils choisissent de nous lorgner et de nous intimider dans les lieux publics, ils choisissent de nous insulter et de nous agresser. Ils choisissent aussi d’intimider d’autres hommes – leurs amis, leurs camarades de classe, leurs fils – pour les amener à perpétuer et reproduire ce comportement : la masculinité, comme on dit.

La façon dont Andrea a été calomniée jusque dans la mort est ancrée dans une et une seule chose : la misogynie. La haine des femmes. « Le féminisme est haï parce que les femmes sont haïes. L’antiféminisme est une expression directe de la misogynie ; c’est l’argumentaire politique de la haine des femmes. » Et je n’en ai cure si ce sont les femmes qui le font – même des femmes qui prétendent être féministes. C’est encore une manifestation de l’antiféminisme et, par conséquent, de la misogynie. Haïr Andrea Dworkin équivaut à haïr les femmes. Et vous ne pouvez pas justifier vos sévices à son égard et vos fausses allégations et attaques contre le féminisme qui en découlent à moins d’être également prêt.e.s à défendre la misogynie.

La vérité sur Andrea et sur son travail est partout. Choisissez de la trouver ou restez complices du système qui empêche les femmes d’échapper à la poigne violente du patriarcat.

Repose en paix ma sœur. Nous nous souvenons.

*

Original : http://feministcurrent.com/11440/maligning-andrea-dworkin-in-death-amounts-to-little-more-than-misogyny/

Adaptation : Collective de traduction féministe TRADFEM.

Tous droits réservés à Meghan Murphy, 9 avril 2015.

Meghan Murphy est écrivaine et journaliste indépendante, secrétaire de rédaction du soir pour le site rabble.ca, et fondatrice et directrice du site Feminist Current. Elle a obtenu une maîtrise au département d’Études sur les femmes, le genre et la sexualité de l’Université Simon Fraser en 2012.

Meghan a commencé sa carrière radiophonique en 2007, dans une caravane installée au milieu d’un champ de moutons. Son émission s’appelait « The F Word » et était diffusée à partir d’une toute petite île au large des côtes de la Colombie-Britannique. Elle a pleinement profité de la liberté que lui laissait cette radio pirate  : buvant de la bière à l’antenne, lisant des passages d’Andrea Dworkin, et passant du Biggie Smalls. Elle est revenue à Vancouver, où elle a rejoint l’émission de radio nommée, coïncidence, elle aussi « The F Word », qu’elle a produite et animée jusqu’en 2012. Le podcast de Feminist Current est le projet « radio » actuel de Meghan, une façon de communiquer une analyse critique féministe progressiste à quiconque s’y intéresse. Feminist Current est une émission syndiquée à Pacifica Radio et hébergée par le réseau de podcasts Rabble.

Meghan blogue sur le féminisme depuis 2010. Elle n’hésite pas à penser à contre-courant et a été la première à publier une critique des défilés Slutwalk, en 2011. C’est l’une des rares blogueuses populaires à développer en public une critique à la fois féministe radicale et socialiste de l’industrie du sexe. Les critiques adressées par Meghan au #twitterfeminism, à la mode du burlesque, à l’auto-objectivation des selfies, et au féminisme du libre choix lui ont valu une foule d’éloges et d’attaques, mais surtout une reconnaissance comme écrivaine qui n’a pas peur de dire quelque chose de différent, en dépit de ce que le féminisme populaire et les grands médias décrètent comme ligne du parti.

Vous pouvez trouver ses écrits en version originale dans les médias Truthdig, The Globe and Mail, Georgia Straight, Al Jazeera,Ms. Magazine, AlterNet, Herizons, The Tyee, Megaphone Magazine, Good, National Post, Verily Magazine, Ravishly, rabble.ca,xoJane, Vice, The Vancouver Observer et New Statesman. Meghan a également participé à l’anthologie Freedom Fallacy : The Limits of Liberal Feminism.

Meghan a été interviewée par Radio-Canada, Sun News, The Big Picture avec Thom Hartmann, BBC Radio 5, et Al Jazeera, ainsi que dans de nombreux autres médias.

Isabelle Alonso a publié une interview d’elle sur son blog.

Vous pouvez la suivre sur Twitter @MeghanEMurphy.

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Une réflexion sur “Meghan Murphy: Calomnier Andrea Dworkin après sa mort est de la pure misogynie

  1. Les femmes qui sont ant-feministe,c’est pas la peur d’être elles-aussi d’être harceler par les hommes violemment, d’être victime d’eux ,de même les femmes qui sont complices de prédateurs sexuels pour les aider à piéger leur victime, c’est pour éviter d’être leur victime

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