Il n’y a pas de « guerre contre les hommes » – nous savons maintenant que le féminisme est bon pour les garçons.

par Laura Bates, The Guardian, 8 novembre 2022

Un nouveau rapport démontre que les garçons gagnent à mieux connaître les limites des stéréotypes de genre et différents types de masculinité.

Nouvelle décevante aujourd’hui pour ceux qui accusent le féminisme d’être responsable des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes hommes : une étude démontre que la remise en question des stéréotypes de genre et de la misogynie aide également les garçons.

Au cours de la dernière décennie, la culture populaire et la politique ont donné naissance à un récit qui dépeint les hommes et les garçons (en particulier les blancs et les hétérosexuels) comme étant en « crise », victimes du féminisme et des mouvements de justice sociale, et désormais « laissés pour compte » ou souffrant d’une prétendue « discrimination inversée ». Depuis les mèmes misogynes que l’on a multipliés autour du procès intenté par Johnny Depp à Amber Heard, jusqu’aux députés masculins qui ont tenté de dénoncer la « mauvaise presse » dont les hommes faisaient l’objet, en passant par la description du mouvement #MeToo comme une « chasse aux sorcières » dans des émissions de radio à grande écoute, ce discours masculiniste n’a cessé de monter en puissance.

Cependant, le rapport The State of UK Boys publié aujourd’hui par la Global Boyhood Initiative montre qu’au lieu d’être victimes du féminisme, les garçons font face à une tout autre situation de crise. La violence et l’impératif de se montrer « durs » sont normalisés comme faisant partie intégrante de la vie d’un homme, ce qui encourage les garçons à considérer la violence (en particulier la violence entre hommes) comme un élément inévitable de la croissance. Cette nouvelle étude, qui comprend une analyse documentaire et des entretiens avec des spécialistes, révèle également que ces stéréotypes sont présents dès la naissance et que les familles, les écoles et les groupes de pairs y jouent tous un rôle.

Bien entendu, l’impact de ces stéréotypes est immense, et la lecture du rapport sur les garçons qui justifient la violence masculine par des notions de possession et de propriété des femmes par les hommes explique en partie les niveaux scandaleusement élevés d’agressions sexuelles constatés dans les écoles. Mais ces stéréotypes nuisent également aux garçons – regardez, par exemple, la tendance à sous-déclarer les diverses formes de violence infligées aux garçons et aux hommes.

Plutôt que de renforcer ces stéréotypes, les auteurs du rapport suggèrent que tous les enfants bénéficieraient d’une approche féministe de l’apprentissage (ce qui ne surprendra pas de nombreuses féministes, qui plaident en ce sens depuis des décennies). Par exemple, les garçons bénéficieraient d’un apprentissage des problèmes liés aux stéréotypes de genre, ainsi que d’une déstigmatisation des amitiés étroites entre garçons, qui sont souvent découragées par les idéaux homophobes de la masculinité. Selon l’étude, encourager les amitiés masculines permettrait aux garçons de mieux apprendre la réciprocité, l’empathie et l’intimité.

L’idée que les garçons blancs de la classe ouvrière sont négligés et « en situations d’échec » est « à la fois fabriquée et activement trompeuse », indique le rapport. Les garçons blancs sont en fait moins susceptibles que les élèves noirs caribéens, noirs africains et bangladais de bénéficier de repas scolaires gratuits, et moins susceptibles d’être exclus de l’école que les garçons noirs d’origine caribéenne. Les garçons blancs qui ne bénéficient pas de repas scolaires gratuits obtiennent également de meilleures notes que certains groupes minoritaires. Dans ce contexte, il convient de se demander à qui profite la diffusion de ces affirmations trompeuses, et pourquoi ? Peut-être s’agit-il des forces qui cherchent à maintenir le statu quo.

Pendant trop longtemps, nous avons été encouragé-es à considérer les défis auxquels sont confrontés les garçons et les hommes comme totalement distincts des besoins des femmes et des filles – et cet argument constitue une bouilloire qui atteint presque son point d’ébullition. Il y a quelques mois à peine, le magazine Harper’s Bazaar publiait un article intitulé « How Feminism Is Stifling Our Sons » (Comment le féminisme étouffe nos fils), et un livre de l’universitaire Nina Power affirmait que les hommes faisaient l’objet d’une guerre. Ce type de faussetés alarmistes est alimenté par le genre de propagande en ligne diffusée par des idéologues comme Andrew Tate, qui s’enrichit en propageant la notion d’une victimisation des hommes avec des vidéos visionnées des milliards de fois sur la chaîne TikTok, sur des chaînes YouTube de « militants des droits des hommes » et sur des forums Reddit. Comme la moitié des garçons de 15 et 16 ans estiment passer plus de six heures par jour sur internet, le fait de voir des contenus aussi alarmistes peut avoir un impact majeur sur leur vie et leur bien-être.

Au lieu que le féminisme nuise aux garçons, le nouveau rapport a constaté que c’est l’inverse qui se produit : remettre en question la violence et la misogynie masculines, encourager différents types de masculinité et considérer les femmes comme des alliées, tout cela contribue à améliorer la santé mentale et les résultats scolaires des garçons. Comme le souligne Gary Barker, l’un des auteurs du rapport et PDG de l’Equimundo : Center for Masculinities and Social Justice : « Les garçons ont besoin du féminisme et le féminisme a besoin du soutien des garçons. »

Les vieux récits « les garçons ne pleurent pas » qui disent que les hommes ne devraient pas être vulnérables à propos de leurs sentiments font partie du même système qui dépeint les filles comme « hormonales », « hystériques » et inadaptées à certaines carrières. Ce discours peut être démodé, mais avec Tate et ses semblables qui disent que les femmes devraient « fermer leur gueule, avoir des enfants, rester à la maison, se montrer discrètes et faire du café », ces clichés sont à nouveau terriblement présents. Reconnaître ce fait ne signifie pas saper ou ignorer les besoins des garçons, mais trouver de meilleurs moyens d’y répondre.

Nos garçons méritent mieux que de servir de bouclier humain à des provocateurs antiféministes qui cherchent davantage à alimenter des « guerres culturelles » qu’à aider réellement les jeunes.

Laura Bates est la fondatrice du Everyday Sexism Project et l'autrice du livre Men Who Hate Women.

Version originale: https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/nov/08/feminists-war-on-men-misogyny-boys-gender-stereotypes-masculinity?

Traduction: TRADFEM

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