Les femmes de la génération des milléniaux n’ont pas été biberonnées au discours débile de l’identité sexuelle. Comment avons-nous pu tomber dans ce panneau ?

Nos corps n’étaient pas censés avoir de signification

par Eliza Mondegreen

9 novembre

Je suis toujours stupéfaite – lorsque je vais sur un campus ou que je rôde aux abords d’une fête – de voir combien de jeunes femmes se sont fait amputer les seins au cours des dernières années. (Si vous avez du mal à trouver cela dérangeant, imaginez une tendance où les jeunes sacrifieraient un œil ou un membre à une mode identitaire… vous vous demanderiez ce qui se passe, n’est-ce pas ?)

Et je ne parle pas seulement de la cohorte de très jeunes femmes les plus sévèrement touchées par les nouvelles croyances sur le genre et l’identité. Je parle aussi de femmes qui ont entre 20 et 30 ans.

Les femmes de mon âge n’ont pas été nourries du discours débile de l’identité sexuelle. Comment avons-nous pu tomber dans ce panneau ?

Si ce système de croyances est omniprésent dans votre groupe d’appartenance, comme c’est le cas pour les milléniaux (sans même parler de la génération Z), vous avez essentiellement deux options :

*    Rejeter ce système de croyances et devenir un paria social.

 *   Accepter ce système de croyances et en subir l’insulte ou mettre à jour votre propre identité sexuelle.

Il existait autrefois une troisième option, mais elle disparaît rapidement : rejeter en privé ce système de croyances et éviter le sujet en public. C’est presque impossible lorsqu’on vous demande constamment d’énoncer vos pronoms et que chaque fois que vous essayez de dire quelque chose sur les femmes ou de créer quelque chose pour les femmes, quelqu’un vous demande si votre définition de la femme est ou non « inclusive« .

Si l’on adhère à ce système de croyances axé sur les termes « cisgenre » et « transgenre », aucune femme qui se respecte ne pourra conserver très longtemps une identité « cisgenre ». Même si elle commence par être la plus effacée des alliées « cis », elle ne pourra pas continuer à se rabaisser ainsi. Elle finira par s’opposer au sexisme ambiant alors même qu’elle en joue le jeu. Elle va inévitablement en arriver à une prise de conscience profonde et personnelle sur son identité sexuelle. Elle maudira les autres femmes tout en s’exemptant de ce jugement.

Ecoutez, si je croyais vraiment que quelqu’un comme Andrea Long Chu (un transfemme journaliste .étasunien) faisait autorité sur ce que sont les femmes (des trous en attente et au regard vide), je ne m’identifierais pas non plus comme une femme. On ne peut pas prendre à moitié au sérieux des cinglés du porno comme Long Chu et continuer à s’identifier comme une femme. (Il s’avère donc que les femmes ne sont pas aussi masochistes que les hommes qui s’identifient comme des femmes le pensent, après tout. Certaines femmes sont prêtes à prendre ces hommes au mot sur ce que sont les femmes, mais en fin de compte, elles ne peuvent pas accepter l’insulte elles-mêmes. Elles vont éventuellement se défiler.)

Mais pourquoi ces conneries débiles ne peuvent-elles pas être rejetées en bloc par la génération qui a créé les slogans Affirme ton Avortement ! (j’ai des scrupules avec celui-là), Fuck le Patriarcat (certaines de mes paires l’ont pris au pied de la lettre), L’Avenir est Féminin? Pourquoi n’avons-nous pas réussi à nous rassembler autour d’un retentissement « Fuck Off » ?

D’une certaine manière, nous sommes tombés dans un fossé intergénérationnel. Nous n’avons pas profité de l’assouplissement des rôles sexuels dont a profité la génération X. On nous a dit que le travail du féminisme était terminé et que les femmes plus âgées n’avaient rien de valable à nous apprendre. Nous avons eu droit à tout le baratin du « girl power ». Mais c’était vide, un masque lourdement peinturluré sans rien derrière. Au lieu du féminisme, nous avons eu droit à « l’identité », au « libre choix » et au « girl power ».

Les constantes invocations rose bonbon du « girl power » ressemblaient plus à de la dérision : « Les filles peuvent faire des maths ! Les filles peuvent briller en sciences pures ! Les filles peuvent rédiger du code informatique ! » Qui a suggéré que nous ne le pouvions pas ? Je n’ai pas perdu de vue que personne ne célébrait le « boy power », que personne n’avait à rassurer les garçons – avant qu’ils n’aient rencontré le moindre obstacle ou exprimé la moindre hésitation – qu’ils pouvaient faire des maths, des sciences ou quoi que ce soit d’autre.

Le message était: « Persistez dans votre autonomie, votre sérieux, votre amour des maths et des sciences, et vous serez traitée comme une fille exceptionnelle ». Comme un garçon honorifique, en d’autres termes. Les adultes vous féliciteront parce que vous n’êtes « pas comme les autres filles ». Ils veulent dire par là que vous ne vous êtes pas tranché la tête. (Peut-être n’avions-nous pas été aussi loin qu’on nous l’avait dit).

« Pas comme les autres filles » devient le plus grand compliment possible, une marque de distinction, portée fièrement. Jusqu’à ce que la puberté arrive et que votre corps se retourne contre vous, se moquant bien de vos prétentions.

Il s’avère alors que vous êtes tout à fait comme les autres filles.

Et vous n’y étiez pas préparée. Toute solidarité entre filles avait été dissoute dans l’acide. Nous n’étions pas censées faire face à des obstacles en tant que filles. Nos corps n’étaient pas censés avoir de signification. Nos corps pouvaient être gérés durant toute notre vie – avec des contraceptifs, des antidépresseurs, des stimulants.

Est-ce que ce modèle fait partie du problème ? Je me le demande. Sommes-nous toujours à la recherche de cette plus haute forme d’éloge : ne pas être comme les autres filles ? Refusons-nous toujours de devenir nos mères, avec leurs compromis, alors même que nous avons aujourd’hui nos propres enfants ? Le corps féminin est-il encore simplement un problème à régler, et non notre seule façon d’être au monde ?

Nous avons été les premières à grandir en ligne et les premières à nous répandre sur les médias sociaux à l’adolescence. Nous avons été les premières à grandir – pour beaucoup d’entre nous – sous l’effet de médicaments pour gérer toutes les sortes de désagréments que nos corps ou nos psychés pouvaient présenter : nos règles, nos humeurs, des émotions que nous aurions peut-être mieux fait de ressentir.

Il est difficile de se réconcilier avec un corps dont l’on est si souvent détachées, que ce soit en ligne ou à travers le regard d’autrui. Ainsi, beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience d’une rupture à la fois idéologique (« tu peux choisir ») et réelle (sous l’effet de divers produits) d’avec notre corps féminin. Avec des conséquences.

Nous avons été élevées avec un nouvel ensemble de messages contradictoires sur les statuts de jeune fille et de femme. Contrairement à nos soeurs plus jeunes, nous avons échappé à l’endoctrinement voulant que grandir en tant que femme soit un choix. Mais tout le reste a été réduit à un choix personnel, dépourvu de conséquences et d’analyse : choisissez de vous auto-objectiver, c’est valorisant ! Choisissez d’être maltraitée au lit, c’est libérateur ! Choisissez votre marque !

Tout ce qui avait trait à la féminité a été présenté comme un choix – et pas n’importe quel choix, mais un choix étrange et dénué de poids : soyez vous-même.

Par conséquent, être une femme ne signifie rien de ce que vous ne voulez pas qu’il signifie, et aucun choix n’est meilleur ou pire qu’un autre (et pour qui vous prenez-vous, à juger les choix d’autres femmes ?)

Il s’avère que c’est une façon solitaire et déroutante de grandir. Il est difficile de comprendre ce que « vos choix » vous ont coûté, alors que tous les choix sont également valables et que toute idée de ce qui rendrait un choix bon ou mauvais pour vous a été vidée de son sens. Lorsque nous avons souffert de nos choix – parce que ces choix n’étaient pas si dénués de poids après tout – nous n’avions aucun recours, aucun cadre pour comprendre ce à quoi nous faisions face.

L’idéologie genriste a été la première analyse, aussi toxique et erronée soit-elle, que beaucoup de femmes de mon âge ont approchée. Pas étonnant que tant d’entre elles s’y soient désespérément accrochées.

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Eliza Mondegreen mène des études avancées sur l’identité sexuelle.

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Version originale de cette publication : https://elizamondegreen.substack.com/p/millennial-women-werent-bottle-fed?utm_source=substack&utm_medium=email

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Fil Twitter de Mme Mondegreen: https://twitter.com/elizamondegreen?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Eauthor

“The enemy is the gramophone mind, whether or not one agrees with the record that is being played at the moment.”—Orwell

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