Qu’est-ce qu’une « TERF » et pourquoi est-ce important de le savoir dans le climat politique actuel ?

Par Kara Dansky, 15 juillet 2022, sur sa plate-forme Substack

Après plusieurs années de lutte en coulisses, largement ignorée par les politiciens et les grands médias qui ont fermement occulté le fait qu’il existe une critique féministe de gauche de la notion d’ « identité de genre », les femmes que l’on qualifie de « TERF » font enfin leur entrée dans le débat public pour savoir si cette « identité de genre » existe réellement et si elle mérite les mêmes protections juridiques que celles légalement accordées au sexe biologique.

Mais qu’est-ce qu’une « TERF » ? Je veux dissiper certaines idées fausses sur la signification du terme et sur ce que nous sommes réellement en tant que mouvement politique.

On ne sait pas exactement quand le terme a été inventé, mais la signification d’origine de cet acronyme était « Féministe radicale trans-exclusive ». Une caractérisation plus précise serait « Male Exclusionary Radical Feminist », puisque la seule catégorie de personnes que nous cherchons à exclure des espaces basés sur le sexe, comme les toilettes, les prisons et les équipes sportives, sont les hommes. De nombreuses femmes ciblées par ce terme (qui s’accompagne souvent de menaces de viol et de torture – demandez-le à l’autrice J.K. Rowling) s’en offusquent. Mais d’autres l’ont adopté et rebaptisé « Tired of Explaining Reality to Fuckwits » (« Fatiguées d’expliquer la réalité à des crétins ».

Ces dernières années, les idéologues du genre ont élargi l’étiquette TERF pour l’étendre aux féministes radicales qui comprennent que le sexe biologique est ancré dans la réalité matérielle. C’est également inexact, car de nombreuses personnes qui comprennent cette vérité ne sont pas des féministes radicales. Certains sont des conservateurs. Certains sont des gauchistes modérés. En fait, la plupart des gens comprennent que le sexe est ancré dans la réalité, mais ce ne sont pas nécessairement des féministes radicales.

Enfin, il est courant de caractériser les TERF comme étant essentiellement conservatrices ou « réactionnaires de droite ». Cette caractérisation n’est pas exacte non plus. Les féministes radicales viennent de la gauche politique et ont généralement des valeurs libérales traditionnelles. La plupart des féministes radicales américaines sont soit des Démocrates ou des Verts, soit elles sont devenues indépendantes ces dernières années parce qu’elles sont fatiguées de l’adhésion du Parti Démocrate à la notion d ‘« identité de genre » (entre autres choses). Je ne connais aucune féministe radicale qui soit républicaine et aucun républicain qui prétende être une féministe radicale.

Alors qu’est-ce que nous sommes, exactement ? En bref, une TERF est une féministe radicale de gauche qui reconnaît la réalité matérielle du sexe.

Je me suis toujours considérée comme une féministe, même si je n’ai jamais ressenti le besoin d’y ajouter un qualificatif comme « radicale », « socialiste », « écologiste » ou « marxiste » (il existe des femmes dans le monde entier qui se reconnaissent dans ces étiquettes). J’ai étudié le féminisme radical à l’université et à la faculté de droit et j’ai été convaincue par beaucoup de ses arguments, mais je n’ai pas ressenti le besoin de me situer dans un sous-ensemble particulier du mouvement féministe. De toute façon, j’ai fini par adéhrer à un domaine professionnel différent, donc ce n’était tout simplement pas nécessaire.

Cela a changé en 2014, lorsque je parlais avec une amie et que j’ai dit quelque chose à propos des « droits des trans ». Mon amie m’a arrêtée dans mon élan et m’a dit que tout le champ du « transgenre » était pétri de misogynie. Je n’avais jamais entendu cela auparavant, alors je me suis renseignée et éduquée. J’ai appris les efforts déployés par ce mouvement pour permettre aux hommes qui prétendent être des femmes d’envahir des espaces intimes comme les salles de bain, les refuges contre la violence conjugale et les prisons pour femmes. Les femmes se sont battues pendant des siècles pour obtenir des avancées comme le droit de vote, celui de siéger sur des jurys et d’obtenir des cartes de crédit, et la deuxième vague du mouvement de libération des femmes a remporté d’énormes succès dans la lutte pour protéger les femmes en butte aux violences physiques et sexuelles masculines, entre autres choses. J’ai également repris la lecture de tous mes livres féministes radicaux et j’ai passé le reste de l’année 2014 à me plonger dans la théorie et les valeurs féministes radicales. J’étais furieuse quand j’ai compris ce qui se passait.

Je vais être parfaitement claire : les objections féministes radicales à la notion « d’identité de genre » et au « transgenrisme » ne sont pas de droite. Je me suis inscrite au parti Démocrate lorsque j’ai eu 18 ans en 1990 et la seule fois depuis lors où je n’ai pas été démocrate a été une très courte période en 2007 lorsque je me suis inscrite au Parti Vert, après quoi je me suis réinscrite en tant que Démocrate afin de pouvoir voter lors de l’élection primaire présidentielle de 2008. Mes valeurs fondamentales s’alignent sur la gauche politique. Je suis toujours démocrate aujourd’hui, malgré mon dégoût pour l’adoption par mon propre parti de « l’identité de genre », une notion misogyne au plus haut point.

Pour les TERF (aussi qualifiées de « transphobes » pour les discréditer), l’enjeu se résume ainsi : indépendamment des comportements bénins de tout homme individuel, les femmes en tant que classe ont toujours été opprimées par les hommes en tant que classe – sur la base du sexe – et nous sommes toutes très en colère à ce sujet. Ce n’est pas pour rien que les suffragettes ont dû se battre pour obtenir le droit de vote après se l’être vu refuser durant des siècles, et que d’innombrables hommes et institutions ont lutté pour les en empêcher. Il y a une raison pour laquelle, partout dans le monde, les hommes battent, violent, torturent et assassinent des femmes et des filles à des taux astronomiques. Il y a une raison pour laquelle les lesbiennes sont régulièrement ciblées pour être harcelées ou pire. Il y a une raison pour laquelle les hommes brûlaient autrefois les femmes pour avoir prétendument pratiqué la sorcellerie. Ce n’était pas sur la base de « l’identité » : personne n’a pris la peine de demander à ces femmes quels pronoms elles préféraient. C’était sur la base du sexe. Et maintenant, tout le mouvement de « l’identité de genre » nie que le sexe existe même réellement ou qu’il puisse avoir de l’importance.

Le récit dominant actuel veut que s’afficher « pro-trans » ou « trans inclusif » soit une position progressiste. Mais ce n’est pas le cas. Tout ce qui est « identité de genre » et « transgenriste » signale une adhésion à des stéréotypes politiquement régressifs, sexistes et homophobes. C’est l’idée la plus politiquement régressive que les Démocrates aient embrassée de mon vivant. Les TERFs voient clair dans tout cela.

Les TERFs sont des gauchistes politiques engagées qui se consacrent à la protection des droits, de la vie privée et de la sécurité des femmes et des filles, et notre lutte est là pour rester. En fait, nous ne faisons que commencer.

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Kara Dansky est la présidente de la section américaine de Women’s Declaration International et l’autrice du livre « L’abolition de la notion de sexe : Comment le programme « transgenriste » nuit aux femmes et aux filles » (Bombardier). Elle est titulaire d’un diplôme en droit de l’Université de Pennsylvanie et d’une licence de l’Université Johns Hopkins. Suivez-la sur Twitter et Facebook et abonnez-vous à sa plate-forme Substack.

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Traduction : TRADFEM

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