Le transgenrisme et son tour de passe-passe (doublethink)  

Par Janice G. Raymond, 28 août 2022

Personne, qu’il s’agisse d’une femme, d’un homme, d’un enfant ou d’une personne transgenre, ne devrait être soumis à quelque forme d’exploitation ou de discrimination. Les personnes transidentifiées ont droit aux mêmes droits humains et civils que les autres.

Reconnaître ces droits ne signifie toutefois pas que nous devons accepter que les hormones et la chirurgie transforment des hommes en femmes et des femmes en hommes, ou que les personnes qui s’autodéclarent membres du sexe opposé sont ce qu’elles prétendent être subjectivement, ou encore que les hormones et la chirurgie sont des « traitements vitaux et nécessaires » pour les personnes en quête de transition.

Les transactivistes défendent un soi-disant « droit » aux hormones et à la chirurgie pour chaque enfant qui se présente comme « dysphorique », traitements qu’ils définissent comme des « soins médicaux d’urgence ». Cette présentation rhétorique de la dysphorie permet aux accusateurs d’affirmer que leurs opposants privent les enfants de soins de santé essentiels, comme si les hormones étaient une question de vie ou de mort, comparable à l’insuline dont ont besoin les diabétiques.

En définissant ces traitements comme « un droit », les transactivistes peuvent faire passer les opposants à une politique d’affirmation automatique et les parents qui s’interrogent à ce sujet pour des personnes partiales, qui priveraient les enfants de leurs libertés civiles. Au lieu de soutenir le droit de chaque enfant à être protégé des risques sanitaires liés à ces procédures, les transactivistes prétendent que priver les enfants d’un traitement d’affirmation hâtive met leur vie en danger et peut provoquer des suicides.

Ce chantage au suicide est utilisé comme une massue pour imposer les axiomes transgenristes comme autant de vérités. Le nombre de suicides réels est gonflé hors de toute proportion et largement invoqué dans les cercles trans, notamment pour défendre certaines procédures médicales prescrites à des jeunes.

Keira Bell, la courageuse jeune Britannique qui a récemment intenté une action en justice contre la clinique de genre Tavistock, a écrit :

        « J’étais inflexible sur le fait que j’avais besoin d’une transition. C’était le genre d’affirmation effrontée typique des adolescent·es. En réalité, j’étais une fille peu sûre de son corps, qui avait été abandonnée par ses parents, se sentait aliénée par ses pairs, souffrait d’anxiété et de dépression et se débattait avec son orientation sexuelle. »

En grandissant, Bell a compris une chose : « J’ai reconnu que la dysphorie de genre était un symptôme de mon mal-être général, et non sa cause. »

Après une série de « conversations superficielles » avec des travailleurs sociaux, Keira s’est vu prescrire des agents bloqueurs de puberté à 16 ans, des injections de testostérone à 17 ans et, à 20 ans, elle a subi une double mastectomie. Cinq ans plus tard, elle a « détransitionné ». Les conséquences de la transition sur sa santé ont cependant été loin d’être superficielles : infertilité, perte des seins avec impossibilité d’allaiter, organes génitaux atrophiés, et une voix définitivement modifiée.

L’écrivaine Max Robinson cite une amie qui soutient que [:]

        « … si la priorité absolue de tous les prestataires de services de santé pour les transgenres était vraiment d’aider les gens à se sentir au mieux de leur forme, ils iraient frapper à la porte des nombreuses femmes qui parlent de stratégies alternatives pour faire face aux sentiments actuellement ou autrefois diagnostiqués comme une dysphorie de genre. »

Le traitement d’affirmation rapide de genre prescrit à des enfants abolit le principe médical d’Hippocrate de « ne pas nuire » lorsque des cliniciens soumettent ces jeunes patient·es à des risques iatrogènes, c.-à-d. induits par la médecine, qui incluent la stérilité ou la stérilisation chimique, l’atrophie vaginale chez les filles et des problèmes cardiaques. Même la notion de préjudice est inversée lorsque les activistes et les cliniciens transgenristes affirment que le préjudice réel causé aux jeunes patients est dû aux parents et aux autres personnes qui rejettent le traitement d’affirmation rapide, un rejet qu’ils qualifient de maltraitance des enfants.

Le transgenrisme a même pris racine dans les écoles de médecine américaines. Des professeurs, assiégés par des étudiants se disant progressistes, s’excusent, par exemple, d’utiliser le terme « femme enceinte » au lieu de « personne enceinte ». Certaines écoles concèdent que « la notion de sexe … n’est qu’une création humaine », une prétention qui peut avoir des effets désastreux si les médecins et les patients ignorent la réalité matérielle du sexe et ses conséquences sur le diagnostic et le traitement.

Le transgenrisme sape les bases de la formation médicale. Une étudiante, Lauren, donne un exemple : « Prenez les anévrismes de l’aorte abdominale… Ils sont quatre fois plus susceptibles de se produire chez les hommes que chez les femmes. » Mais lors des discussions, cette différence entre les sexes n’est plus soulignée. D’autres différences entre les sexes, comme les symptômes de la crise cardiaque, se manifestent différemment chez les hommes et les femmes. Mais les différences entre les sexes qui ont un impact sur les traitements ne font plus partie du programme. Lauren poursuit : « Je ne suis même pas sûre de ce qu’on m’enseigne, et à moins que mes camarades de classe ne soient aussi sceptiques que moi, ils n’en sont probablement pas au courant non plus. »

Malgré ce que Lauren voit se passer dans les écoles de médecine, elle est « à la fois pleine d’espoir pour l’avenir mais parfois désespérée. » Elle voit le mouvement transgenriste « être présenté comme un mouvement de défense des droits civiques… il semble vertueux… Alors comment peut-on lutter contre quelque chose qui est commercialisé comme un combat pour les droits des personnes ? ».

Comment se fait-il que les personnes critiques du transgenrisme aient été diabolisées, menacées et attaquées pour avoir dénoncé des mensonges et rappelé des vérités ? D’une part, les femmes autoproclamées, étant des hommes, n’écoutent pas les femmes qui reviennent sur une démarche de transition. Au contraire, les transactivistes cherchent à minimiser le nombre de détransitions et à qualifier ces personnes de « traîtres ». Les hommes qui s’identifient comme femmes et leurs allié·es se sont emparé·es de la scène publique et ont mis en place une police transgenriste tournée contre les personnes qui ne sont pas de leur avis, harcelant et attaquant à la fois les transsexuel·les et les femmes de naissance.

Les jeunes femmes qui s’identifiaient auparavant comme « transhommes » et qui sont maintenant en train de détransitionner posent des questions perspicaces qui remettent en question le dogme transactiviste. Les hommes qui s’identifient comme des femmes pourraient s’inspirer de leurs homologues féminines et entamer eux aussi ce type de réflexion personnelle et politique.

Le transsexualisme et son incarnation plus récente, le transgenrisme, propagent des demi-vérités qui mettent en lumière la situation sociale de ces individus qui se sentent uniquement liés au corps par les contraintes du genre – mais la détresse individuelle n’est pas toute la vérité. Bien que le transgenrisme pose la question de l’insatisfaction liée au genre, il n’offre pas de réponse sociale et politique. Au contraire, il renforce la société et les normes sociales qui ont produit le transgenrisme au départ. Et trop souvent, il n’offre aucune solution à l’insatisfaction individuelle en matière de genre.

Comme je l’ai écrit ailleurs, de nombreuses personnes, notamment des féministes, ont été confrontées à l’insatisfaction de leur corps. Cependant, les féministes ont soulevé des questions et donné des réponses à l’insatisfaction liée au genre qui vont bien au-delà du contexte transsexuel et transgenriste – des questions sur la mutilation et l’intégrité du corps, les priorités de la recherche médicale, les définitions du masculin et du féminin, et l’industrialisation croissante du genre. Toute femme qui a connu l’agonie de ne pas pouvoir s’intégrer dans une société où « le genre fait mal » n’est guère insensible à la détresse des personnes transidentitaires.

De nombreuses personnes transidentitaires parlent de leur propre expérience de manière convaincante. Nombre d’entre elles éprouvent une insatisfaction corporelle aiguë. Cependant, le fait d’avoir connu une insatisfaction corporelle ne fait pas de quelqu’un une autorité sur les contextes sociaux, politiques et médicaux plus larges qui génèrent l’identification au transgenrisme. Ce type de réflexion nécessite de regarder, au-delà du soi individuel, la manière dont les structures sociales et politiques influencent l’identité.

Étant donné les dommages que le transgenrisme cause aux jeunes qui sont traité·es dans les cliniques d’identité de genre, en cherchant à changer leur corps par des hormones et des interventions chirurgicales, la position la plus honnête, informée et sensible que l’on puisse adopter est d’être ouvertement critique du genre. Sinon, nous nous engageons dans une tolérance passive, une attitude de laissez-faire qui renforce une société définie par le genre et une industrie du genre qui prolonge le mal.

Une sympathie mal placée ne fera que renforcer une société dans laquelle les nouveaux rôles sexuels sont la norme, où les crises de genre sont médicalisées et où l’autodéclaration du sexe devient une épidémie. Une telle tolérance encourage les enfants et les adultes à modifier leur corps ou leur apparence plutôt qu’à s’unir pour modifier les normes sociétales. À long terme, ce type de tolérance, de sensibilité ou de sympathie n’aide pas les personnes souffrantes, mais crée plutôt davantage de victimes.

Ce qui est en jeu dans l’affrontement transgenriste n’est pas seulement le « sentiment » d’individus. Au contraire, cette idéologie anti-femme et anti-féministe a un impact considérable sur la législation qui normalise le fait que les hommes puissent être des femmes, souvent sans aucune contribution des femmes qui seraient lésées par cette législation. Malheureusement, lorsqu’une législation sur les transgenres se voit inscrite au registre, l’opinion publique est gagnée de vitesse par la politique.

Les transactivistes ont poussé leur idéologie et leurs pratiques jusqu’à l’absurde, et les gens ont joué le jeu en donnant leur soutien à tout ce qui passe pour transgenre. Nous sommes en proie à une répudiation de la réalité qui est responsable de nombreux préjudices, notamment pour les jeunes. On voit apparaître chaque jour de nouvelles révélations sur les intrusions du transgenrisme dans le système éducatif et les sports féminins, sur la prolifération des cliniques d’identité de genre, et sur les législations en cours ou déjà adoptées qui institutionnalisent le transgenrisme. Les personnes qui ont des principes doivent être prêtes à s’exprimer et à dire « ça suffit ».

J’espère que davantage de personnes en viendront à considérer l’insatisfaction liée au genre non pas comme un trouble nécessitant un traitement médical, ou comme une question d’auto-identification, mais comme un problème qui ne sera pas résolu tant que nous ne remettrons pas en question la culture traditionnelle et soi-disant « progressiste » de définition du genre, ainsi que le déni qui la perpétue. J’espère que le mouvement des survivant·es au transgenrisme deviendra un mouvement politique fort qui contribuera à transformer ce qui est aujourd’hui un mouvement masculiniste (axé sur les droits d’hommes) en un mouvement abolitionniste du genre qui honore les femmes et les droits des femmes.

Doublethink : A Feminist Challenge to Transgenderism de Janice Raymond est maintenant disponible chez Spinifex Press.

Janice G. Raymond est professeure émérite d’études féminines et d’éthique médicale à l’université du Massachusetts à Amherst, où elle a été membre du corps enseignant dès 1978. Son livre L’Empire transsexuel  (Éditions du Seuil, 1981) est considéré comme le texte fondateur de la critique de l’idéologie du genre.

Version originale : Transgenderism and its Doublethink, https://reduxx.info/raymond-transgenderism-and-its-doublethink

Traduction: TRADFEM

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