Recension de « Irreversible Damage » d’Abigail Shrier

Résister à l’engouement pour la mode transgenre

Un ouvrage intrépide montre comment le corps des filles est devenu un dommage collatéral dans les guerres culturelles que livrent des adultes.

par Janice Turner, The London Times, le 30 décembre 2020

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Une expérience théorique (thought experiment) . . .  Des spécialistes traitant une maladie rare observent un changement profond de leur clientèle habituelle. Historiquement composée à 90 % d’hommes, cette patientèle vient de connaître une augmentation soudaine du nombre de jeunes femmes qui, en l’espace d’une décennie, représentent maintenant trois cas sur quatre, alors que le nombre de patient-e-s a augmenté de plus de 3 000 %. Aujourd’hui, au lieu d’être des cas isolés, ils se présentent en groupes et, plus étrange encore, cette maladie qui se développe lentement frappe plus tard qu’avant et sans prévenir. On observe les mêmes changements dans le monde entier.

Qu’arrive-t-il maintenant ?

On s’attendrait à ce que les médecins, les épidémiologistes et des universitaires étudient les patients, explorent les données disponibles, publient des articles dans les revues savantes, se demandent s’il ne s’agit pas d’une nouvelle maladie nécessitant des protocoles de traitement différents. À tout le moins, des questions seraient posées.

Mais ce n’est pas le cas. On ne parle pas du pic mondial, indiqué plus haut, chez les adolescentes convaincues d’être « nées dans le mauvais corps ». En fait, poser de telles questions est maintenant considéré comme une censure, un « effacement » des personnes transgenres, la recherche est  de l' »intolérance » et les universités ou les revues qui en publient sont harcelées en réclamant des excuses. Ainsi, alors que des Californiennes de 13 ans à peine subissent des doubles mastectomies, les médias libéraux américains et britanniques jouent les meneuses de claque ou ne disent mot.

Sans surprise, Irreversible Damage, un livre sur « les adolescentes et l’engouement pour la mode transgenre », a provoqué une tempête. Un professeur d’anglais de Berkeley veut le voir brûlé sur la place publique, des activistes des droits civiques et des militants LGBT réclament son bannissement. Ils disent qu’il s’agit d’un discours de haine chrétien conservateur ou d’extrême droite. En fait, Abigail Shrier, journaliste renommée du Wall Street Journal, fait quelque chose de simple mais de dévastateur : elle expose rigoureusement les faits dans ce dossier.

Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, Shrier montre que les adolescentes présentent des niveaux records d’anxiété et de dépression clinique, qui s’expriment par une hausse en spirale des taux d’automutilation, d’anorexie et d’idéation suicidaire. La surprotection des parents modernes a rendu les filles moins résilientes, tandis que l’iPhone fourré dans leur poche leur dit que leur corps échoue aux idéaux féminins d’Instagram, tout en leur montrant une pornographie explicite dans laquelle les femmes sont avilies. Pas étonnant que les filles plutôt « geek » ou moins « girlie », celles que nous appelions autrefois des « tomboys » – et surtout celles qui prennent conscience qu’elles sont attirées par d’autres filles – « rejettent la féminité comme une maison en feu, écrit Shrier, leur esprit polarisé par la fuite, et non sur une destination particulière ».

Les filles qu’elle décrit – comme celles que j’ai rencontrées depuis que j’ai entamé ce reportage il y a trois ans – ne montrent aucun malaise face à leur corps féminin jusqu’à la puberté. Puis, au lycée, lorsque les rôles sexués deviennent nettement roses et bleus, ces filles non conformes se sentent perdues. En ligne, elles trouvent rapidement des forums qui diagnostiquent leur problème : leur « identité de genre » serait en fait masculine. Elles sont encouragées à prendre des pronoms et des noms de garçons, ce qui ne changerait rien au fait de se rallier à la sous-culture dite « gothique », sauf pour le récit auxiliaire qui insiste pour leur dire que ce n’est qu’après la prise de testostérone et des interventions chirurgicales qu’elles trouveront le bonheur en tant que leur vrai moi masculin.

portrait Keira Bell

Ce portrait de Keira Bell par l’artiste Birdy Rose est vendu à 10 livres pour aider Madame Bell à payer ses frais judiciaires de recours contre la clinique.

En novembre dernier, Keira Bell, 23 ans, a intenté une action en justice devant la High Court britannique. Adolescente dépressive et isolée, elle a reçu du Centre Tavistock de Londres des médicaments qui bloquent la puberté, puis de la testostérone, mais elle a regretté par la suite cette transition. Les juges ont statué (à la mi-décembre) que les enfants de moins de 16 ans n’ont pas la capacité de consentir aux médicaments bloquant la puberté, qui, lorsqu’ils sont suivis de testostérone (comme dans presque 100 % des cas), entraînent des effets secondaires irréversibles pour les filles comme Keira : pilosité du visage et voix masculine, plus l’infertilité et l’altération des fonctions sexuelles. Le National Health Service (ministère de la Santé) britannique a immédiatement invalidé ces prescriptions, tandis que le gouvernement a annoncé une révision de ses services à l’enfance.

Cependant, aux États-Unis, la médecine pédiatrique des enfants qualifiés de transgenres est privée, sans entraves, et guidée par le capitalisme et le militantisme trans. Cinquante nouvelles cliniques pédiatriques ont vu le jour pour fournir des hormones coûteuses et des chirurgies génitales « innovatrices » à une patientèle lucrative de patient-e-s à vie. Ces médecins sont soutenus par un mouvement de transsexuels adultes qui affirme que toute « surveillance » médicale est une mauvaise chose. Un patient ne devrait pas avoir besoin d’établir empiriquement ce qu’on appelle sa « dysphorie de genre » ; une personne trans sait qu’elle est trans, lance-t-on et doit être « affirmée » dans cet auto-diagnostic. même s’il s’agit d’une fillette de 12 ans en difficulté. Des cliniques se targuent d’approuver le traitement à la testostérone après un seul rendez-vous.

Viennent ensuite les opérations chirurgicales, que Shrier décrit sans détour. L’opération visant à créer un pénis (non fonctionnel) consiste à prélever de la peau de l’avant-bras jusqu’au muscle ; les infections sont fréquentes, l’orgasme devient peu probable. Il s’agit d’une médecine militante qui évolue à la volée, régie par une éthique plus bâclée qu’une simple opération des seins. Comme le dit un médecin critique de ce qu’on promeut comme « top surgery« , c’est-à-dire la double mastectomie radicale (qui supprime toute capacité future d’allaitement), « il n’existe aucune autre opération esthétique où il est considéré comme moralement acceptable de détruire une fonction humaine. Aucune. »

Pourtant, il y a seulement dix ans, les enfants présentant une dysphorie de genre étaient traités selon le principe d’une  « attente vigilante », une approche lancée au Canada par le Dr Kenneth Zucker, pour qui « un-e enfant ou un-e adolescent-e en détresse n’est pas réductible à un seul problème ». Il a constaté qu’avec le temps, cette angoisse s’estompait pour environ 70 % des patient-e-s. Mais Zucker a été chassé de la pratique par le lobby transactiviste, et la transition sexuelle est maintenant présentée comme une panacée universelle. Même dans une Grande-Bretagne plus prudente, sonder le traumatisme sous-jacent d’un enfant est classé par le protocole d’accord qui régit le traitement des sexes comme une « thérapie de conversion », semblable à la pratique barbare qui consiste à essayer de « laver le cerveau » d’un-e homosexue-le hétéro. Par contre, rappelle Abigail Shrier, l’homosexualité est innée, et répandue même dans les pays les plus répressifs, alors que ce qu’on appelle l' »identité de genre » est fluide, et extrêmement malléable sous pression des pairs ou par une contagion sociale.

Selon Shrier, cette vague de filles demandeuses de traitements est différente du très faible nombre d’enfants qui savent dès leur plus jeune âge qu’ils sont transsexuels. Ce que l’on a appelé le « trouble de genre à apparition rapide » (en anglais, ROGD pour rapid-onset gender disorder) n’est qu’une nouvelle manifestation d’une très ancienne condition, la peur et le dégoût de la puberté féminine. Vous avez les seins qui poussent, vous saignez, et soudain les hommes vous matent comme un objet sexuel. De plus, la grande majorité des personnes qui présentent le ROGD ont déjà reçu des diagnostics de santé mentale (un tiers sont autistes) et certaines ont été victimes d’agressions sexuelles. Des anorexiques bloquent leur puberté en se laissant mourir de faim, et maintenant ces filles peuvent la bloquer avec de puissants médicaments.

La question qui me rend à la fois triste et en colère est de savoir pourquoi les activistes LGBT refusent obstinément d’admettre que ces filles manifestent une psychopathologie différente. Au lieu de cela, on voit des groupes de pression comme Stonewall UK, « placer les caravanes en cercle » selon une image suggérée par le Dr Ray Blanchard, sexologue de renommée mondiale.  Pourquoi ? Parce que cette concession serait ébranler la croyance quasi-religieuse selon laquelle l’identité de genre est innée et incontestable ; a hausse prétendue du nombre d' »enfants trans » justifie des ressources plus importantes pour les trans adultes, et ce mouvement est dominé par les hommes s,identifiant comme trans et les hommes gays, qui n’ont aucune idée des turbulences de la puberté féminine. À quelques courageuses exceptions près, ces hommes dénoncent les féministes (dont de nombreuses lesbiennes) qui revoient dans ces filles torturées leur propre jeunesse.

Rien de tout cela n’aurait d’importance si la transition rendait ces filles heureuses. Mais si, au départ, la testostérone les rend intrépides et fanfaronnes, le rapport du GIDS de la clinique Tavistock (GIDS = Services de développement de l’identité sexuelle) ne reconnaît lui-même aucune amélioration à long terme de leur bien-être psychologique. Cette recherche exceptionnelle n’a été publiée qu’à contrecœur, il y a seulement quelques semaines. Ce délai indique peut-être qu’elle menace tout un ethos. Dans les cliniques, de la Finlande à l’Australie, les signaux d’alarme se multiplient. Les « détransitionnistes » – de jeunes adultes décidées à rebrousser chemin – s’expriment. De nouveaux recours collectifs pour négligence médicale sont déjà engagés (NdT: voir ci-dessous).

Espérons que les médecins souriants qui posent en souriant avec des tissus mammaires d’adolescentes versés dans des bocaux à cornichons seront relégués aux poubelles de l’histoire, aux côtés d’autres délires collectifs médicaux comme le prétendu « syndrome des faux souvenirs » ou les lobotomies des années 1950. Et espérons que le corps des filles, comme le révèle sombrement le courageux ouvrage d’Abigail Shrier, cessent d’être des dommages collatéraux dans les guerres culturelles que livrent des adultes.

Irreversible Damage : Teenage Girls and the Transgender Craze, par Abigail Shrier, Swift, 288 pp ; £16.99 au Royaume-Uni.

Abigail Shrier est écrivaine et journaliste d’enquête au Wall Street Journal.

Version originale : https://www.thetimes.co.uk/article/irreversible-damage-by-abigail-shrier-review-resisting-the-transgender-craze-8mzrt3gk9

Traduction : TRADFEM

Tous droits réservés à Janice Turner et The Times.

Lire également l’analyse que fait sur son blog Sister Outrider (Claire Heuchen) de la bataille menée par Keira Bell: https://sisteroutrider.wordpress.com/author/claireshrugged92/

DERNIÈRE HEURE: Nouveau recours d’une adolescente contre le National Health Service:

Girl seeks judicial review of Crown Prosecution Service transgender ‘bias’

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