Des projets de loi enchâssant « l’identité de genre » menacent les droits des jeunes dans tout le monde anglo-saxon

L’éditrice canadienne Meghan Murphy vient de donner une conférence à ce sujet qu’elle nous autorise à diffuser en français.

Les répercussions ignorées du projet de loi C-6, et pourquoi nous devons y faire échec avant qu’il soit trop tard

par Meghan Murphy

Vendredi le 13 novembre, l’organisation vancouvéroise #GIDYVR a organisé un panel en ligne pour discuter du projet de loi C-6, qui est actuellement débattu à la Chambre des communes, après avoir été adopté en 1e et 2e lectures.

Des femmes se mobilisent actuellement pour lutter contre ce projet de loi, préoccupées par ses impacts sur les enfants (en particulier les filles), les familles, les thérapeutes et les professionnels de la santé.

Notre panel était composé de la Dre Susan Bradley, fondatrice de la Gender Identity Clinic for Children and Adolescents à l’Institut de psychiatrie Clarke, Psychiatre en chef de l’Hospital for Sick Children et cheffe de la division de pédopsychiatrie de l’Université de Toronto; de Lisa Bildy, du Justice Centre for Constitutional Freedoms (JCCF) et de moi-même. Le panel et les questions-réponses ont été animés par Amy Hamm et Holly Stamer. Voici le texte de mon intervention.

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Le projet de loi C-6 prétend s’attaquer à un problème grave : la thérapie de conversion – une pratique qui a effectivement causé de la souffrance, des conflits, des torts et de la stigmatisation chez les gays et lesbiennes. Et si ce projet de loi visait simplement à garantir que les personnes homosexuelles ne soient pas soumises à une thérapie de conversion forcée contre leur volonté, je pourrais l’appuyer. Mais ce n’est pas le cas.

La Société canadienne de psychologie (SCP) définit toujours la thérapie de conversion comme « toute tentative thérapeutique formelle visant à transformer en hétérosexualité l’orientation sexuelle de personnes bisexuelles, gays ou lesbiennes ». Mais de nombreux groupes de pression, organisations professionnelles et, apparemment, le gouvernement canadien, ont pris sur eux de mettre à jour cette définition pour y ajouter « les méthodes qui visent à changer l’identité de genre ou l’expression de genre d’une personne ».

Cela s’est bien sûr produit au même moment où des militants et des groupes de pression se sont imposés dans le mouvement de défense des droits des personnes homosexuelles, créant ainsi l’expression « LGBTQ ». Cette manœuvre de marketing très réussie – celle d’imposer les « trans » dans le mouvement des droits des homosexuels – a fait que l’on ne peut plus faire ou dire quoi que ce soit sur les gays et lesbiennes sans y inclure – habituellement en place centrale – le mot « trans ».

Tout cela est complètement incohérent, car l’identité de genre et l’orientation sexuelle ne sont absolument pas du même ordre. Mais dans le présent contexte, l’inclusion de l' »identité de genre » dans la législation contre la « thérapie de conversion » est particulièrement erronée. Personne ne semble y avoir réfléchi le moindrement, ce qui me fait penser qu’il s’agit encore d’un autre texte législatif basé sur une « signalisation vertueuse », plutôt que sur une véritable tentative de protéger des groupes marginalisés. Les politiciens, comme ils l’ont fait avec le projet de loi C-16 en 2014, ne font que répéter des mantras que leur dictent des militants : l’amour est l’amour, célébrons la diversité, ces gens sont « nés comme ça », etc.

Bien sûr, les militants utilisent des stratégies de propagande et de marketing pour vendre leurs idées. C’est normal. Ils inventent des slogans pour faire pression en faveur du changement. Mais il est vraiment étonnant de constater à quel point le transactivisme a réussi à forcer les grandes organisations, les politiciens, les médias et les institutions du monde entier, en très peu de temps, à amalgamer  sans réflexion l’identité de genre et l’orientation sexuelle, et à changer les politiques et les législations sur cette base. Les militants ne devraient pas dicter à eux seuls les lois, les politiques et les pratiques médicales, mais lorsqu’il s’agit de trans, ils le font. Ces questions appellent un débat public rigoureux, ainsi que la contribution d’experts. Surtout lorsqu’il s’agit de quelque chose d’aussi grave que la transition sexuelle d’enfants.

Bien que la SCP ne semble pas encore avoir modifié sa définition de la thérapie de conversion pour y inclure l' »identité de genre », en 2018, le conseil d’administration de l’American Psychiatric Association (APA) a actualisé sa position pour ajouter que « l’APA recommande que les praticiens éthiques respectent l’identité de ceux qui ont des expressions de genre diverses ».

C’est une position très troublante pour une organisation professionnelle de psychiatres. Il s’agit d’une position militante, qui ne repose sur aucun élément probant, et l’activisme ne devrait jamais dicter la science, la médecine ou la thérapie.

L’APA déclare aussi que la thérapie de conversion « est ancrée dans l’hypothèse fausse et dépassée selon laquelle l’homosexualité et d’autres formes de diversité de genre et sexuelle sont des troubles mentaux qui peuvent être « guéris » ». Mais ce résumé est inexact et il y manque une compréhension de ce qu’est le « genre ».

Alors que l’homosexualité est une question d’attirance et de choix de partenariat, le « genre » est simplement un ensemble de rôles, de comportements et d’indices superficiels, appliqués aux personnes en fonction de leur sexe biologique. Le « genre » fait référence aux stéréotypes « masculins » ou « féminins », ou aux « rôles de genre ». Ainsi, par exemple, on présume que les hommes et les garçons sont intrinsèquement autoritaires, assertifs, dominants, non émotionnels, agressifs, rationnels et attirés par des choses comme le sport, les camions et le bricolage. En contrepartie, le genre qualifie les femmes et les filles d’intrinsèquement nourrissantes, passives, émotionnelles, irrationnelles, délicates et attirées par des choses comme les talons hauts, le maquillage, la couleur rose, le ballet, la tenue de maison, les sous-vêtements inconfortables, etc. Ces notions sont inculquées aux enfants dès leur plus jeune âge.

Les féministes ont longtemps rejeté l’idée que les hommes et les femmes doivent entrer dans ces catégories sexistes, et ont encouragé les enfants et les adultes à rejeter ce genre de stéréotypes. Dans un Canada progressiste, nous aurions toutes et tous dû accepter que les gens soient libres d’être eux-mêmes : les garçons peuvent jouer à la poupée et les filles aux camions ; les femmes peuvent être des leaders et les hommes peuvent être émotifs.

Pourtant, le concept moderne d' »identité de genre » a fait basculer tout cela. Selon l’idéologie de l’identité de genre, si une personne s’écarte des rôles stéréotypés, elle ne peut plus être du sexe qu’elle est, mais doit être du sexe opposé. Cela rappelle le « déterminisme biologique » – la notion selon laquelle le sexe biologique et les stéréotypes de genre sont rigides et inscrits à demeure dans l’organisme. Mais l’idéologie de l’identité de genre va plus loin, en insistant sur le fait que le « genre » (comportements, préférence vestimentaire, préférence pour les jouets, inclinations, compétences, etc.) détermine en fait le sexe de chaque personne. Selon l’idéologie de l’identité de genre, un garçon qui joue à la poupée et aime les robes n’est pas simplement un garçon qui joue à la poupée et aime les robes, mais est en fait, littéralement, une fille, et il a besoin d’hormones de l’autre sexe et d’interventions chirurgicales pour ressembler de plus près à son « vrai moi ». (Il est incroyablement étrange d’insister sur le fait que pour qu’une personne soit vraiment elle-même, il lui faut toute une vie d’hormones, prescrites non pas pour des raisons de santé ou médicales, mais pour des raisons superficielles, ainsi que des chirurgies esthétiques invasives…)

En d’autres termes, tout le travail acharné des féministes au fil des ans pour insister pour que les gens soient acceptées telles qu’elles sont, et non forcées à endosser des rôles sexistes, a été anéanti par l’idéologie de l’identité de genre. Et, plus inquiétant encore, des enfants sont maintenant soumis à des pratiques médicales et à des opérations expérimentales intrusives afin de s’adapter à ce qui est véritablement une idéologie à caractère religieux.

Je parle de religion parce qu’il n’existe pas la moindre preuve qu’un homme puisse devenir une femme ou vice versa – pas réellement. On peut modifier l’apparence de certaines parties du corps ou les enlever entièrement, mais une femme n’est pas simplement un ensemble de différentes parties du corps – elle est un système interconnecté et la façon dont elle se développe est complètement liée au processus de puberté qu’elle traverse en tant que fille. Ces processus existent pour une raison. Notre corps a besoin de ces hormones. Empêcher un enfant de passer par la puberté ne garantit pas qu’il  puisse devenir du sexe opposé. Cela garantit simplement qu’il ne se développera pas correctement en tant qu’être humain : cette poussée d’hormones sexuelles est nécessaire pour le développement du cerveau et des os, ainsi que, bien sûr, pour pouvoir reproduire et développer des caractéristiques sexuelles secondaires.

Nous avons déshumanisé complètement les gens au nom de cette idéologie, en agissant comme si un homme et une femme avaient des parties interchangeables – comme M. et Mme Tête de Patate : enlever un sein ici, fabriquer un « pénis » là. Les humains ne fonctionnent pas comme ça. Aucun animal ne le fait. Et même si nous aimerions imaginer que nous avons évolué au-delà de la nature et de la biologie, nous sommes toujours des animaux, en fin de compte.

Je parle aussi de « religion » parce que l’idéologie de l’identité de genre repose sur la notion qu’il est possible de « naître dans le mauvais corps ». C’est faux. Personne n’a le « mauvais corps », on a simplement le corps avec lequel on est né. Si une femme a de petits seins et veut de gros seins, cela ne fait pas de son corps « le mauvais corps », et si une personne a un handicap physique, cela ne rend pas non plus son corps « erroné ». Les personnes qui ont l’impression d’avoir « 25 ans à l’intérieur » mais qui en fait en ont 80 n’ont pas « réellement » 25 ans. Elles ont réellement 80 ans, quels que soient leurs sentiments ou leurs désirs.

On ne peut pas s’identifier en dehors de la réalité matérielle. Il est absolument inapproprié et, dirais-je, nuisible, de dire à un enfant que son corps pourrait être « le mauvais corps », ou que si une fille n’aime pas son vagin, elle doit transitionner pour devenir un garçon, et que cela la rendra plus heureuse. Ce n’est pas le cas. Il n’existe aucune preuve à l’appui de cette affirmation, malgré ce que prétendent les transactivistes. Une fille à qui des adultes disent qu’il est possible de « transitionner » pour devenir un « garçon » et que cela la réconfortera et la comblera, va en fait détruire son corps pour la vie, la rendant stérile et incapable d’éprouver du plaisir sexuel, sans aucun recours. Tout cela parce que des adultes auront imposé une idéologie aux enfants, et parce que des médecins et des thérapeutes auront été convaincus qu’ils doivent faire « transitionner » les enfants qui en font la demande, de peur d’être accusés de « transphobie », de perdre leur emploi ou leur pratique privée, et – maintenant – d’être éventuellement incarcérés (aux termes de la loi C-6).

Voulons-nous que les thérapeutes et les médecins puissent faire leur travail de manière éthique ? Ou voulons-nous qu’ils soient redevables à des activistes qui vantent une religion qui dit que les non-croyants doivent être réduits au silence, ostracisés, détruits, congédiés et même assassinés (ce que réclament certains internautes de réseaux sociaux)?

Nous – femmes et féministes – avons crié sur les toits, suppliant d’être entendues. Nous sommes très préoccupées par ces lois et ces pratiques et, jusqu’à présent, notre gouvernement ne nous écoute pas. Les personnes censées représenter nos intérêts, les gens pour qui nous votons, refuse d’entendre nos préoccupations, a fortiori de les prendre au sérieux. Nous avons essayé de nous exprimer lors de l’adoption du projet de loi C-16 en 2017, et nous avons été ignorées par les médias et les politiciens. Aujourd’hui, le monde entier constate les conséquences des lois sur l’identité de genre, puisque des hommes agressent des détenues en prison, que des femmes sont forcées de quitter les refuges à moins qu’elles ne soient prêtes à partager leur chambre avec des étrangers de sexe mâle, et que des prédateurs vexatoires traînent des esthéticiennes devant les tribunaux pour refus d’épiler leurs parties génitales. Les médias sociaux nous sont interdits et nos manifestations sont réprimées. Nos éditeurs nous lâchent, nous sommes chassées de nos tribunes et partis politiques et congédiées de nos emplois.

Nous ne sommes pas intolérantes mais inquiètes.

Nous voyons maintenant de plus en plus de filles piégées dans cette tendance, mises sous bloqueurs de puberté et bourrées d’hormones mâles aux effets irréversibles (malgré ce que prétendent les transactivistes). On les oriente en priorité vers des opérations qui ne sont absolument pas réversibles.

Donnez une chance aux filles. La puberté est difficile. Être une fille est difficile. Ce n’est pas confortable. Cela peut être effrayant. Mais la solution n’est pas de les transformer en garçons. La solution n’est pas de leur amputer les seins, de leur faire subir des hystérectomies, de leur prescrire de la testostérone, et de leur dire que cela résoudra d’une manière ou d’une autre leur angoisse.

En fait, parler de « thérapie de conversion » dans ce contexte est paradoxal. Beaucoup de filles qui tentent de transitionner pour devenir des « hommes », puis qui s’en désistent, se révèlent être des lesbiennes. La confusion et la peur d’être lesbienne dans un monde où l’homophobie demeure, combinée à la mode transgenriste, a pour effet de convertir des jeunes lesbiennes en garçons hétérosexuels…

Si le projet de loi C-6 est adopté, aucun thérapeute ou médecin ne se sentira en sécurité pour suggérer une approche d' »attente vigilante » – c’est-à-dire attendre de voir si les sentiments de « dysphorie de genre » persistent (dans 80 % des cas, ces sentiments disparaissent avec le temps) – ou suggérer qu’un enfant ou un adolescent essaie de se sentir à l’aise avec le corps qu’il ou elle a, avant de le défigurer pour la vie. Le transactivisme, l’idéologie trans et la législation sur l’identité de genre ont déjà un effet paralysant sur cette approche.

En 2015, le Dr Kenneth Zucker a été licencié de la Clinique d’identité de genre (GIC) du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto, qu’il dirigeait depuis plus de 30 ans, après que des transactivistes l’aient accusé de préconiser une « thérapie de conversion ». Son approche consistait simplement à « attendre avec vigilance ». Plutôt que d’initier immédiatement un processus de transition avec les enfants qui pensaient souffrir de dysphorie de genre, le Dr Zucker pensait qu’il valait mieux essayer d’abord d' »aider les enfants à se sentir à l’aise dans leur propre corps ». Si la dysphorie persistait, Zucker les soutiendrait dans leur cheminement vers la transition.

On voit même réprimés des spécialistes qui pensent qu’il peut parfois être utile de transitionner des jeunes (perso, je ne crois pas qu’un mineur puisse consentir à un tel processus). La criminalisation de ces personnes est-elle vraiment le meilleur moyen de progresser ?

Les mineurs ne peuvent pas voter, acheter d’alcool ou de cigarettes – le gouvernement du Canada pense-t-il qu’ils peuvent consentir à quelque chose qui a un impact beaucoup plus grave : quelque chose qui reste expérimental (même les défenseurs de la transition des jeunes admettent que ses impacts à long terme demeurent inconnus, car il n’existe pas d’études à long terme) et dont nous savons qu’il changera l’avenir de cet enfant de manière monumentale et peut-être dangereuse ? Les enfants ne sont pas équipés pour décider qu’ils ne veulent plus de certaines parties de leur corps, ni pour se reproduire, ni pour avoir des relations sexuelles à l’âge adulte.

Ce projet de loi, s’il est adopté, ne sera pas seulement une tache horrible dans l’histoire du Canada, lorsque nous regarderons en arrière avec honte et horreur, et que s’accumuleront les recours judiciaires de personnes ayant subi une transition regrettée, mais il aura pour conséquence de ruiner des milliers de vies – non seulement celles des thérapeutes, médecins et institutions qui promeuvent et proposent ces transitions, mais aussi celles de jeunes de partout au Canada, dont la vie sera marquée à jamais par cette pratique régressive, homophobe, sexiste et dangereuse.

Nous devons tous et toutes prendre la parole maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Meghan Murphy est éditrice du blog Feminist Current.

Version originale : https://www.feministcurrent.com/2020/11/17/the-ignored-repercussions-of-bill-c-6-and-why-we-need-to-stop-it-before-its- too-late/

Lecture complémentaire: « Ideology should not trump children’s health », Meghan Murphy – https://unherd.com/2020/11/ideology-should-not-trump-childrens-health/ (en cours de traduction)

Traduction : TRADFEM

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