La prostitution est au cœur de l’oppression des femmes – alors pourquoi beaucoup de gens de gauche la défendent-ils ?

THAIN PARNELL s’interroge sur les défenseurs de la prostitution qui se disent marxistes et refusent de tenir compte de la position réelle de Marx sur la question.

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La prostitution est l’une des plus anciennes institutions capitalistes de la planète. Alors pourquoi beaucoup de personnes à gauche la défendent-ils aujourd’hui avec ardeur ?

 

Pendant des décennies, la plupart des gens de gauches admettaient que la prostitution était au cœur de l’oppression des femmes. Cependant, il y a eu un renversement brutal, au cours des dix dernières années.

À présent, de nombreux partisans de la gauche plaident pour une légalisation complète du commerce du sexe. Des expressions telles que « les droits des travailleur-euses du sexe » masquent le fait que ceux qui profitent de la vente et ceux qui violentent des femmes, des filles, des garçons et des hommes sont ceux qui sont protégés.

Parallèlement, même de puissantes organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, semblent s’être orientées en faveur de la prostitution.

Le plus intrigant est la toute récente tendance de défenseurs de la prostitution qui se disent marxistes et refusent de prêter attention à la position réelle de Marx à ce sujet.

« Il est évident, du reste, qu’avec l’abolition du régime de production actuel, disparaîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle. »[1]

Il y a plus d’un siècle, Marx a compris que, sans abolir l’industrie de la prostitution, la pleine libération des femmes ne pourrait jamais être pleinement réalisée.

Toute prise de pouvoir communiste a inclus, dans ses réformes gouvernementales, une suppression des autorisations légales à l’égard de la prostitution.

Pourtant aujourd’hui, alors même que l’industrie capitaliste est vigoureusement (et à juste titre) dénoncée par la gauche, la prostitution est en train d’être redéfinie comme carrière d’« émancipation » pour les femmes.

Celles et ceux d’entre nous, dont la politique est toujours ancrée dans une analyse de classe, se retrouvent rapidement qualifiés d’intolérant-es lorsque nous soulignons l’exploitation intrinsèque à ce commerce.

Comment la gauche actuelle peut-elle résoudre cette dichotomie embarrassante ? Pourquoi tant de nos camarades semblent-ils s’accorder sur la conviction que tout profit des entreprises est néfaste sauf en ce qui concerne l’industrie capitaliste du sexe ?

Le soutien à l’industrie de la prostitution est contradictoire avec la capacité à manifester toute résistance effective fondée sur la classe contre l’hégémonie de la suprématie blanche, patriarcale capitaliste.

Le commerce du sexe favorise les proxénètes violents, les clients violents et les capitalistes profiteurs, et touche de plein fouet de manière disproportionnée les femmes pauvres, les femmes de couleur et les femmes du tiers monde.

Pire encore, le secteur de la prostitution est inextricablement en lien avec le trafic d’êtres humains qui tire profit des conditions désespérées dans lesquelles se trouvent les femmes et les filles vivant dans la pauvreté.

Un grand nombre de filles et de femmes mises en vente en Grande-Bretagne et dans d’autres pays occidentaux ont été victimes de la traite par des passeurs et ont été retenues otage par des proxénètes violents et des propriétaires de maisons de passe.

Le commerce du sexe moderne n’est rien d’autre que de l’esclavage reconditionné dans de nouveaux habits soi-disant progressistes.

Il s’agit d’une entreprise raciste conçue pour tirer un maximum de profits des plus pauvres et des plus vulnérables, généralement des femmes et des filles démunies issues de pays dont l’économie est ravagée par des années de colonialisme occidental. Beaucoup de ces femmes n’ont pas d’autre moyen de subvenir à leurs besoins.

En tant que gens de gauche, nous ne devrions pas consolider leur oppression en permettant aux proxénètes et aux trafiquants de faire davantage de profit ; et nous devrions plutôt adopter des mesures qui aideraient ces femmes à abandonner le commerce du sexe, comme dans le Modèle nordique.

Au Brésil, les Occidentaux ratissent des quartiers à la recherche de mineur-es à exploiter forcé-es de se prostituer ; tandis que dans les rues de Liverpool, les femmes de la classe ouvrière touchées par la politique d’austérité des conservateurs sont obligées de faire des passes à 4 £ pour se nourrir, elles et leur famille.

En Allemagne, où le modèle de décriminalisation intégrale a été mis en œuvre, la violence des prostitueurs est montée en flèche ; et les femmes sont confrontées à des affiches explicites faisant la promotion de macro- bordels, chaque fois qu’elles quittent leur domicile.

Le racisme du commerce du sexe est documenté depuis longtemps – les prostitueurs se réfèrent généralement aux femmes des minorités ethniques en des termes les plus odieux.

Une recherche rapide sur n’importe quel forum conséquent de « prostitueurs » donnera accès à des commentaires sur des femmes immigrées et appartenant à une minorité ethnique dans un langage explicitement raciste, qui indique leur statut d’immigrante ou la couleur de leur peau par le biais de métaphores dégradantes et déshumanisantes.

Comment pouvons-nous prétendre être solidaires de nos sœurs de couleur lorsque nous prenons le parti de la dégradation de leur personne par la plus raciste des industries ?

Le soutien de la gauche au commerce du sexe à des fins d’exploitation doit cesser si nous voulons affirmer notre solidarité avec les opprimé-es – ce qui devrait inclure à juste titre la classe des femmes prostituées.

N’est-il pas clairement impossible d’affirmer d’une part notre opposition à l’industrie capitaliste, et d’autre part de nourrir cette industrie en approuvant un commerce violent qui profite de la misère et de la pauvreté ?

THAIN PARNELL

Traduction : Tradfem

Version originale : https://morningstaronline.co.uk/article/f/prostitution-central-womens-oppression-so-why-do-many-left-defend-it?fbclid=IwAR3jeesN0GHAarmq_0Ss21nrPf8G_ehwqcH3GjJTiYc21MPg1m2iUuCFZGY#.XILVapcpk9U.facebook

[1] Marx & Engels : Manifeste du parti communiste, éd. Mille et une nuits, 1994, page 39 (ndt).

2 réflexions sur “La prostitution est au cœur de l’oppression des femmes – alors pourquoi beaucoup de gens de gauche la défendent-ils ?

  1. Les gens de gauche et notamment les marxistes défendent la prostitution parce qu’ils sont misogynes depuis toujours, pour eux l’égalité signifie l’égalité entre tous les hommes, y compris dans l’accès aux femmes.

    • Il y a des femmes de gauche, comme Claudine Legardinier, Thain Parnell, Kajsa Ekis Ekman et Julie Bindel, qui dénoncent les prostitueurs depuis toujours… mais la gauche leur offre rarement ses tribunes, préférant fantasmer sur un accès généralisé des hommes aux femmes.

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