Des trans féministes s’insurgent contre une proposition de réforme législative au Royaume-Uni

Debbie Hayton

Debbie Hayton, une transfemme, chez elle à Birmingham.

Un article de Lucy Bannerman, dans The TIMES de Londres, le 6 nov. 2017

« Cela a déjà été amusant d’être transsexuel, mais les gens ont perdu leur sens de l’humour. On n’entend plus que gémissements et pleurnichements. C’est un vrai merdier. »

Miranda Yardley parle à la blague, mais il est tout à fait sérieux dans son opposition aux projets du gouvernement britannique qui veut révolutionner la définition même de ce que sont un homme et une femme.

Au cours des prochains jours ou des prochaines semaines, le gouvernement publiera les résultats de sa consultation sur des amendements à apporter à la Loi britannique sur la reconnaissance du genre. Au lieu d’avoir à obtenir un diagnostic médical de dysphorie de genre, (la condition liée au sentiment de ne pas appartenir à sa classe de sexe biologique), de démontrer que vous avez vécu dans le sexe désiré pendant au moins deux ans et de fournir des éléments de preuve à un panel de spécialistes, les gens deviendraient autorisés à changer leur sexe légal par simple déclaration, aux termes de propositions du gouvernement visant à accélérer le processus.

Justine Greening, la ministre britannique des Égalités, a salué cette mesure comme étant « la prochaine étape » dans la promotion des droits des personnes transgenres.

YARDLEY ET CHAT

Miranda Yardley

Yardley, activiste transgenre, fait partie d’un nombre croissant de critiques qu’horrifie le manque apparent de réflexion des ministres sur les conséquences d’une telle réforme.

Pour Yardley, cette législation « profondément régressive » fera non seulement très peu pour lutter contre la discrimination que vivent les transsexuel·le·s comme elle, mais une telle politique rendra également les femmes incapables de tenir tête aux hommes opportunistes qui s’en serviront de mauvaise foi pour accéder à des domaines comme les refuges, les salles d’essayage de vêtements et les groupes de soutien pour survivantes d’agression sexuelle.

« Cela enlève aux femmes des droits pour en accorder à des hommes. C’est tout à fait pervers », a déclaré Miranda Yardley, 50 ans, comptable d’Essex, né de sexe masculin et qui a subi un changement de sexe il y a presque dix ans. Il se définit comme transsexuel, mais jamais comme une femme, « par respect pour les femmes. Je n’essaie aucunement de prétendre être une femme. Je n’ai pas eu la même vie. »

Lors d’une réunion au Parlement britannique la semaine dernière, Yardley s’est joint à un large éventail de cliniciens, parents, thérapeutes, universitaires et groupes de défense des droits des homosexuel·le·s et des femmes, toutes et tous unis dans leur frustration d’être incapables d’avoir la moindre discussion sur la politique gouvernementale concernant le transgenrisme – notamment sur des enjeux tels que l’opportunité de prescrire à des enfants des traitements qui transforment toute leur vie pour des conditions encore mal comprises, ou l’inquiétude de voir une politique d’auto-déclaration fausser les statistiques sur la criminalité féminine – sans se faire huer par un micro-lobby militant de transactivistes. Ces intervenant·e·s ont prévenu les parlementaires que la possibilité d’un contrôle légitime était actuellement réduite au silence par un seul mot : l’accusation d’être « transphobe ». (LIRE SON INTERVENTION AU BAS DE LA PAGE)

« Avez-vous vu mon fil de commentaires Twitter? C’est un véritable bain de sang », mentionne Mme Yardley. « L’utilisation d’un pronom féminin est une chose, dit-elle ; mais se sentir autorisé à détourner la condition féminine pour un caprice, au détriment des droits d’autres personnes, en est une autre. On nous dit qu’un transfemme est automatiquement une femme. Pas question d’en débattre. On dirait un culte. Obéissez aux règles du culte, appliquez les règles… et quiconque n’est pas d’accord se voit expulsée. »

« Jamais dans l’histoire du mouvement des droits civiques noirs, ou du mouvement lesbien et gay, les Noirs n’ont-ils réclamé d’être appelés Blancs, ou les lesbiennes ou les gays ont réclamé d’être appelés hétérosexuel·le·s. L’égalité transgenre ne devrait pas se faire au détriment de la justice. Il arrive que la chose la plus injuste à faire soit d’imposer le même traitement à tout le monde. »

Des critiques qualifient de politique identitaire devenue folle le fait de changer la loi pour protéger les personnes transgenres sur la base de notions vagues et indéfinies d ‘« identité de genre » plutôt que sur celle plus concrète de « changement de sexe ». « C’est aussi irréaliste que de tenter d’encadrer des agnostiques par une loi », afffirme Yardley. « Ces gens cherchent à légiférer mes pensées et mes sentiments, et c’est un non-sens. »

On estime qu’environ 650 000 personnes s’identifient comme transgenres au Royaume-Uni. Beaucoup d’entre elles ont appuyé les démarches visant à alléger le fardeau administratif lié au changement de sexe.

Un porte-parole de Stonewall, l’organisme le plus connu de défense des droits des personnes LGBT, a salué la consultation publique en déclarant : « Cette réforme est désespérément nécessaire car il est temps de faire évoluer la législation au-delà d’un processus bureaucratique long et compliqué, qui traite le fait d’être transgenre comme une maladie mentale. Nous croyons qu’une meilleure loi sur la reconnaissance du genre est une prochaine étape cruciale dans la réalisation de l’égalité pour toutes les personnes transgenres et qu’elle contribuera à réduire la discrimination et les violences qui sont trop répandues dans notre société. La transphobie en Grande-Bretagne atteint des niveaux épidémiques et cela doit changer. »

Toutefois, Debbie Hayton, 49 ans, professeure de sciences à Birmingham qui a changé de sexe il y a cinq ans, éprouve de graves inquiétudes. Pour elle, l’auto-déclaration constituerait un recul et non un pas en avant.

« À l’heure actuelle, nous avons la possibilité de dire, regardez, voici des documents qui démontrent que nous avons subi une évaluation sociale. Si vous remplacez ce processus par une simple auto-identification, ces personnes ne pourront alors compter dans les faits que sur leurs propres affirmations. D’autres gens [qui peuvent être hostiles aux personnes transgenres] pourraient simplement dire : nous ne vous croyons pas. Cela a pour effet d’affaiblir notre position », dit-elle.

« L’idée selon laquelle des gens pourraient, d’une façon ou d’une autre, vivre moins de discrimination s’ils peuvent s’auto-déclarer transgenres est fallacieuse et doit être contestée. Je ne vois pas comment cela va nous aider dans notre vie de tous les jours. Cela ne traite aucunement de la transphobie dans la société ou de comment dépasser la discrimination. »

Comment exactement, demande-t-elle, est-ce que le fait de pouvoir déclarer son nouveau sexe du jour au lendemain va empêcher les personnes transgenres de se voir refuser une promotion ou imposer de la discrimination au travail ?

« Comment cela empêchera-t-il des gens d’être confinés à l’arrière-boutique ? Ou comment cela changera-t-il l’attitude des employeurs qui pourraient penser : « Si je vous embauche, cela peut causer des problèmes. » »

« C’est le genre de discrimination qui m’inquiète. C’est ce que je veux voir abordé. Au lieu de cela, nous nous impliquons dans un affrontement totalement inutile. »

Madame Hayton éprouve de l’empathie pour les préoccupations des groupes de femmes et recommande des évaluations individuelles des risques en cause si une personne née homme, mais s’identifiant comme une femme, souhaite accéder à un espace protégé comme une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence masculine. « Oui, c’est une forme de discrimination, mais il faut parfois accepter cela si vous voulez respecter d’autres personnes dans la société. »

Le fait de débattre ne constitue pas de la discrimination, conclut Mme Hayton. « Si des gens ont des préoccupations, je préférerais de beaucoup qu’elles soient partagées et diffusées. Nous devons discuter de ces enjeux. Ce n’est aucunement être transphobe. »

Version originale: https://www.thetimes.co.uk/edition/news/transgender-women-criticise-reform-xtp9n6mn0

Traduction: TRADFEM

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Comment les transgenres sont-ils devenus « les nouveaux Noirs » : présentation faite au Parlement britannique le 31 octobre 2017

Par Miranda Yardley

Yardley and friends

Quelques gauchistes, dont Miranda Yardley, et une chercheure parlementaire montrent leur appréciation d’un député conservateur qui comprend à quel point la gauche a échoué à défendre les droits des femmes, des enfants et des homosexuels.

Voici une présentation que j’ai faite au Parlement le 31 octobre 2017. Les députés y ont été invités par David Davies, député conservateur de Monmouthshire. J’y étais accompagné par Judith Green, Stephanie Davies-Arai et James Caspian, dont les allocutions respectives peuvent être consultées aux hyperliens ci-dessus. L’objectif de ces présentations était de démontrer les faiblesses inhérentes aux propositions de « mise à jour » de la Loi de 2004 sur la reconnaissance du genre (LRG), notamment par l’introduction de l’« auto-identification » du sexe et en raison du remplacement du « changement de sexe » par la notion d’« identité de genre ». Nous voulions également souligner la façon dont ces réformes contredisaient des droits des femmes, des homosexuel·le·s et des enfants, et la manière dont tout le traitement médical de l’identité des personnes transgenres constituait la médicalisation imparfaite d’une condition auto-diagnostiquée et non diagnostiquable.

Le député Davies est un allié improbable de la cause que je promeus. Je suis d’avis que le Rapport 2015 sur l’égalité transgenre est un document déséquilibré, unilatéral, socialement régressif et profondément antifemme ; l’enquête dont il a résulté n’a tout simplement pas abordé le sujet sur lequel il porte, et le document est plus une œuvre de propagande qu’une enquête raisonnée. C’est un travail d’activistes qui ne reflète que cet activisme.

Ironie du sort, mise à part la députée Caroline Flint à l’occasion de la première lecture du projet de loi maintenant rejeté, le seul député à avoir montré la moindre compréhension des problèmes en cause et de leur impact sur les femmes est un député conservateur blanc de classe moyenne, dont la feuille de route en Chambre constitue un anathème pour les libéraux classiques comme moi. Je félicite toutefois M. Davies, car il comprend bien la conjoncture actuelle, et il a, par ses interventions durant notre rencontre, fait preuve d’une intelligence de la façon ces propositions affectent aussi négativement les droits des personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles. Mais on a l’impression d’entrer dans « La Quatrième Dimension » lorsqu’un député conservateur fait le travail de la gauche, parce que celle-ci se révèle édentée, inefficace, impuissante.

Cela me dit à quel point la gauche politique est complètement foutue, mais cela, nous le savons toutes et tous parce que nous, à gauche, sommes empêché·e·s d’avoir une conversation raisonnée sur le fait que « l’égalité transgenre » entraîne que des femmes qui ont vécu toute leur vie la réalité de ce que signifie être une femme dans un monde dominé par les hommes, sont censées accepter et célébrer comme l’une des leurs, sans la moindre réticence, tout homme qui, dans le cadre de sa crise de la quarantaine, décide d’investir dans une perruque de danseuse érotique, des vêtements inappropriés et un nom féminin anachronique. Faute de quoi, ces femmes sont stigmatisées comme « exclusionnaires » et condamnées, telles des sorcières, à être brûlées au poteau fumant de la justice sociale. L’égalité des personnes transgenres est un jeu à somme nulle, et s’avère fondamentalement inéquitable.

La première question posée a eu lieu après vingt minutes parce qu’un député devait partir pour la « période de questions ». Il a demandé si le Royaume-Uni était considéré comme progressiste dans ces domaines. Stephanie Davies-Arai a répondu, en expliquant que l’Iran avait une politique de transsexualisation de ses homosexuel·le·s qui en faisait la « capitale mondiale du changement de sexe », tellement ce pays était intolérant de l’homosexualité. Elle m’a incitée à répondre également, et j’ai expliqué que les pays considérés comme les plus progressistes sur les questions trans, comme l’Argentine, l’Irlande et Malte, ne permettent toujours pas aux femmes d’accéder librement au contrôle des naissances et à l’avortement. Sur une autre question, j’ai ajouté que dans les sports féminins, l’égalité transgenre se faisait au détriment de l’équité ; il arrive que la chose la plus injuste que nous puissions faire soit de traiter tout le monde de la même manière.

Bien sûr, il n’est pas surprenant que l’idéologie transgenre fasse aussi bon ménage avec des attitudes politiques régressives. Elle est elle-même une idéologie réactionnaire : la notion d’« identité de genre » est essentialiste jusqu’au trognon et, comme j’ai eu le plaisir d’en rire avec l’auditoire un peu plus tard, ce que nous désignons aujourd’hui « identité de genre » est exactement ce que nous appelions « sexisme » au cours d’une décennie mieux politiquement informée, les années 1980.

À la suite de ces présentations et sans aucune ironie apparente, un certain nombre de transactivistes se sont plaint·e·s de ne pas avoir été invité·e·s et que le panel était « déséquilibré » et non représentatif. Cet argument rate bien sûr l’objectif de la discussion, qui était de donner une voix à la majorité silencieuse : les femmes, les enfants et les transsexuel·le·s touché·e·s par ces propositions, et de dénoncer la couverture médiatique unilatérale du Rapport unilatéral sur l’égalité transgenre. Nos organisations LGBT concentrent maintenant sans discernement leur militantisme politique sur les droits sexuels d’hommes hétérosexuels, plutôt que de soutenir les droits humains des gens à des relations homosexuelles. Il est tout à fait tragique que sous la direction de Ruth Hunt, Stonewall UK prône un manifeste grotesque qui menace les femmes, les homosexuel·le·s et les enfants réticents aux stéréotypes du genre.

Quoi qu’il en soit, que la fête commence…

Bienvenue, mes ami·e·s, à l’interminable débat, nous sommes si heureux que vous ayez pu y assister ; entrez, entrez donc…

Miranda au Parlement

Je suis transsexuel : une personne née homme qui a subi un traitement hormonal et une chirurgie et qui essaie de vivre « en tant que femme ». J’aimerais remercier le député David Davies d’être notre hôte aujourd’hui, et remercier tout le monde réuni ici pour l’approche progressive et trans-inclusive donnée à cette réunion. Les problèmes dont nous parlons sont plus complexes qu’ils ne le paraissent d’abord, et moi-même et les autres intervenant·e·s sommes reconnaissant·e·s de cette occasion de vous venir en aide.

La complexité du « débat transgenre » n’est pas facilitée par l’utilisation d’un langage obscur. Je vais établir quelques définitions puis vous montrer ce que cela signifie d’entrer sous le « parapluie transgenre ».

Notre sexe biologique est matériel, basé sur notre rôle dans la procréation. Comme chez les autres mammifères, les femelles produisent de gros gamètes, et conçoivent et nourrissent les enfants. Les mâles produisent de petits gamètes, leur rôle est uniquement de féconder les femelles.

Compte tenu de la différence sexuelle, il existe pour les femmes certaines mesures de protection qui les mettent à l’abri de violences sexuelles et physiques et leur permettent de participer à la vie publique.

Le « genre » possède plusieurs définitions. Il est souvent utilisé comme synonyme du « sexe », ce qui devrait être évité, car le « genre » désigne en fait des coutumes ou des stéréotypes culturels. Si nous disions que les jouets sont genrés, notre coutume serait que les voitures, les dinosaures et les ensembles de construction sont destinés aux garçons, et que les poupées, les ensembles de dinette et les tenues de princesse sont destinées aux  filles.

Pourtant rien ne suggère que les filles n’aiment pas les dinosaures ou que les garçons n’aiment pas les ensembles de dinette. Les stéréotypes limitent nos possibilités.

Pourtant, ces stéréotypes s’étendent aux vêtements, aux cosmétiques et aux carrières : les professions lucratives de pouvoir sont dominées par les hommes, et les professions de soignantes sont dévolues aux femmes.

Les stéréotypes, ou traits de caractère, se combinent pour devenir des rôles de genre : les traits féminins sont associés aux femmes ; les traits masculins, aux hommes. Au sein des cultures, ces stéréotypes varient avec le temps. Par exemple, la dichotomie du rose pour les filles et du bleu pour les garçons a changé il y a moins d’un demi-siècle. Les stéréotypes de genre varient également d’une culture à une autre.

Bien que le sexe biologique ne détermine pas la personnalité, les stéréotypes culturels du genre présupposent que oui, et dictent injustement ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire.

Les personnes transgenres utilisent autrement la notion de « genre ». La transactiviste étasunienne Julia Serano définit le genre comme une collection d’« identités ou de classes sociales » basée sur le sexe, en parlant du genre ou du sexe auquel les personnes s’identifient. C’est ce qu’on appelle l’« identité de genre ».

Cette « identité » peut être ou non conforme au sexe de naissance. Même si l’« identité de genre » n’a pas de base matérielle en dehors de l’esprit, lorsqu’elle est exprimée, elle se conforme à des stéréotypes.

  • Pour les hommes qui s’identifient comme femmes : des vêtements, coiffures et cosmétiques féminins, et l’adoption d’un personnage féminin ;
  • Pour les femmes qui s’identifient comme hommes : des vêtements masculins, des coiffures de style « brosse », des tatouages ​​et un personnage masculin.

Bien sûr, il n’y a aucune raison pour que les femmes ne puissent pas avoir les cheveux taillés en brosse ou se montrer fortes et dynamiques dans leur propre carrière, comme les chanteuses Pink ou Bridget Nielsen. Il n’y a aucune raison pour que les hommes ne puissent pas porter de robes et de maquillage tout en restant des hommes, comme, par exemple les vedettes Boy George et RuPaul.

Donc, l’« identité de genre » est un rapport entre notre personnalité et les stéréotypes sexuels. Le changement proposé à la loi pour faire de cette identité une caractéristique protégée renforce les stéréotypes culturels et ne protège rien d’autre que des pensées et des sentiments. Cela ne protège en rien les transsexuel·le·s comme moi.

Rédiger une loi pour protéger des stéréotypes de genre est contre-productif : pourquoi créer une loi supplémentaire quand nous pourrions célébrer l’individualité, renforcer la loi existante et permettre aux personnes d’être elles-mêmes ?

L’identité de genre n’a presque aucun fondement scientifique, c’est un acte de foi ; or, nous avons déjà une caractéristique protégée pour la foi : la liberté de religion.

Le terme « transgenre » a remplacé ce qu’on appelait autrefois l’expression « travesti », c’est un mot fourre-tout, un parapluie. Beaucoup de transsexuel·le·s refusent de s’y abriter, car les besoins de nombreuses identités « transgenres » entrent en conflit avec les nôtres. L’existence du parapluie transgenre est politique, un enjeu de pouvoir. Il sert à prendre le contrôle d’organisations qui ont été créées pour aider les lesbiennes et les gays, par exemple GLAAD aux États-Unis et Stonewall au Royaume-Uni.

Le mandat de ces deux organisations a changé, passant de la défense des relations homosexuelles à l’affirmation de l’identité personnelle. Cela présente un conflit de droits et d’intérêts : dans le climat culturel actuel, des slogans comme « les transfemmes sont des femmes » ne peuvent être remis en question, et les lesbiennes qui refusent les relations sexuelles avec des « transfemmes » sont qualifiées de « transphobes ».

Cette pression est bien documentée dans la culture transgenre : on parle avec dérision du « plafond de coton ». C’est une conséquence de la proportion élevée de « transfemmes » sexuellement attirés par les femmes.

Une lesbienne est une femme attirée par les personnes de son sexe, elle n’est pas sexuellement attirée par le pénis. Se dire « femme » en vertu de l’identité de genre permet à des hommes dotés de pénis de s’identifier comme « lesbiennes ». Cela change la définition de l’« homosexualité ».

La Loi de 2004 sur la reconnaissance du genre est un processus médicalisé. Elle fonctionne par la modification de l’acte de naissance, et une protection s’en suit contre toute discrimination pour « changement de sexe » en vertu de la Loi sur l’égalité. Des hommes se voient accorder des droits en tant que femmes, y compris en matière de prestations de sécurité sociale et de mariage.

Entre 2004 et 2014, jusqu’à l’adoption de l’égalité dans le mariage, la seule façon pour deux personnes du même sexe de se marier était que l’une d’entre elles change légalement de sexe en vertu de la LRG. S’il y a un problème d’iniquité dans la loi, il est certainement possible d’y remédier, plutôt que de créer des distorsions inéquitables.

Accorder des droits à des hommes en tant que femmes compromet le droit des femmes à l’intimité lorsqu’ils envahissent leurs espaces. L’auto-identification est basée uniquement sur la parole du demandeur, elle risque d’éliminer le droit à l’intimité de toutes les femmes et affecte particulièrement les femmes qui sont économiquement défavorisées ou victimes de violence masculine.

De plus, après la puberté, les hommes bénéficient d’un avantage de taille, de force et de rapidité par rapport aux femmes, ce qui est particulièrement apparent dans le monde du sport. Des cas récents montrent que des hommes s’identifiant comme transgenres dominent maintenant des sports féminins. Aux États-Unis, le transgenre Rachel McKinnon a remporté la première place dans une épreuve cycliste féminine et a été finaliste dans un événement unisexe. En Nouvelle-Zélande, l’haltérophile Laurel Hubbard s’est approprié des records nationaux féminins. Le coureur en montagne Lauren Jeska a dominé cette épreuve chez les femmes.

Le droit à des espaces réservés aux femmes existe historiquement parce que sans ces espaces, les femmes se voyaient exclues de plusieurs secteurs de la vie publique. Il n’est pas exagéré d’envisager que ce genre d’exclusion puisse se reproduire. En quoi pourrait-ce être progressiste ?

Bien que les questions transgenres fassent régulièrement l’actualité, on trouve peu d’analyses de ce que signifie être transgenre. Pourtant, l’étiologie des comportements transgenres chez les hommes fait l’objet d’études scientifiques depuis plus d’un siècle. C’est là encore quelque chose que l’environnement culturel rend difficile à discuter.

On sait que les hommes qui font preuve de comportements transgenres peuvent être classés en deux groupes fondamentalement différents. La typologie est basée sur leur orientation sexuelle, définie par rapport à leur sexe de naissance ; ce sont des homosexuels (hommes attirés sexuellement par d’autres hommes) et des non-homosexuels, principalement hétérosexuels.

L’homosexuel est féminin et correspond à ce qui était autrefois l’image populaire du transsexuel. Le non-homosexuel est souvent typiquement masculin et constitue maintenant l’image la plus répandue de ce que signifie être transgenre.

La plupart des « transfemmes » sont principalement hétérosexuels ; des hommes sexuellement attirés par les femmes. Beaucoup d’entre eux ne sont pas opérés et restent donc physiologiquement masculins. Ces hétérosexuels sont beaucoup plus nombreux que les homosexuels chez les transfemmes et s’« identifient » souvent comme « lesbiennes ».

L’étiologie de l’homme transgenre non-homosexuel est complexe. Elle peut être comparée à une relation amoureuse à long terme entre un individu et l’idée qu’il se fait de lui-même « en tant que femme » ; ils « deviennent ce qu’ils aiment ». Connue sous le nom d’« autogynéphilie », c’est une orientation sexuelle hétérosexuelle dirigée vers soi-même « en tant que femme ».

Cette composante érotique des hommes transgenres hétérosexuels est reconnue depuis plus d’un siècle. Le schéma typique fait suite à des antécédents de travestisme, de mariage, de paternité et souvent d’une carrière « macho » à dominance masculine, par exemple celle de Caitlyn Jenner. C’est ce groupe qui pilote la campagne visant à imposer des traitements à de jeunes enfants, même si les garçons efféminés et les filles masculines sont plus susceptibles de devenir homosexuel·le·s.

Si vous rencontrez des transfemmes sur Internet, vous découvrirez que leur image est souvent très sexualisée. Beaucoup sont adeptes de dessins animés ou de pornographie, et certains sont impliqués dans le « travail du sexe » ; la culture transgenre est pro-prostitution.

Il n’existe pas une seule étude scientifique qui conteste cette typologie des hommes transgenres, mais aucun des groupes de soutien pour transgenres des cliniques Portman ou Tavistock, auxquelles on confie le soin des jeunes transgenres, ne se référent publiquement à cette typologie.

En 2003, le livre « The Man Who Would Be Queen » a inscrit cette typologie des hommes transgenres dans la science populaire. Son auteur, J Michael Bailey, a été intimidé, menacé et sa famille et ses enfants soumis à des agressions. L’activisme dans ce dossier se caractérise depuis par de l’intimidation, des agressions et des activités de censure pour bâillonner tout débat.

Le plus récent exemple de ce travail d’intimidation et de ces agressions est l’incident récemment survenu au Speakers’ Corner de Hyde Park. Une femme de soixante ans a été agressée par trois hommes. Cet incident violent était le résultat d’une déshumanisation systématique des femmes en qualifiant de TERFS celles qui ne croient pas que les « transfemmes sont des femmes » (l’acronyme « TERF » signifie « féministes radicales exclusionnaires des trans »).

Beaucoup de femmes de gauche et libérales ont été étiquetées « TERF » du fait de rejeter une idéologie basée sur un fantasme. L’insulte « TERF » est utilisée pour condamner, intimider et contraindre les femmes à nier leur propre expérience vécue. Elle les déshumanise et les expose à des agressions verbales et physiques présentées comme légitimes.

Il faut savoir que le changement de sexe n’est pas unilatéral : il y a toujours eu des personnes qui reviennent au genre qui leur a été assigné, c’est ce qu’on appelle la « détransition ». Au fur et à mesure que plus de gens changent de sexe, de plus en de gens vont rebrousser chemin. Comment pouvons-nous rendre le changement de genre aussi simple quand tant de gens changent d’avis ?

Je ne suis pas anti-transgenre, je suis transsexuel : mais je suis conscient de l’importance de reconnaître la réalité matérielle du sexe biologique. L’autodéclaration a un impact négatif sur la liberté, la sécurité et la protection des filles et des femmes. En tant que transsexuel, l’auto-identification s’en prend à ma propre protection en matière de « changement de sexe ».

La population, y compris les politiciens, semble ne pas être consciente des complexités et des nuances en cause ; sa compréhension des enjeux est simpliste au point d’être inexacte. Il existe un environnement culturel qui rend le débat extrêmement difficile en raison des tentatives de censure, des menaces portant sur les carrières et même des violences physiques.

C’est l’antithèse de ce que signifie vivre dans une société libre et démocratique. Les changements proposés à la LRG de 2004 nous sont vendus comme progressistes, mais c’est une mauvaise loi, portant sur les pensées et les sentiments des gens. Elle risque de compromettre les droits des athlètes féminines, l’intimité des femmes et les initiatives culturelles et économiques visant à uniformiser les règles du jeu pour les femmes. Je vous exhorte à voter contre cette réforme législative.

Version originale : http://mirandayardley.com/en/how-transgender-became-the-new-black-presentation-in-parliament-on-31-october-2017/

Traduction : TRADFEM

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