Rebecca Mott : Autres réflexions à propos des mensonges de l’English Collective of Prostitutes (ECP)

Publié le 25 avril 2017 par Rebecca MOTT, sur son blogue http://rebeccamott.net

Je viens de passer du temps à lire les prises de position publiques de l’ECP, en particulier ce qu’ils appellent leurs « faits » et leur réfutation de « mythes ».

Je vais m’adresser aux opinions les plus couramment véhiculées par l’ECP et dire pourquoi elles sont fausses et souvent très préjudiciables à la classe prostituée.

« LA TRAITE ET LA PROSTITUTION SONT DEUX RÉALITÉS DISTINCTES »

L’ECP prétend que la traite des femmes n’a pas de lien avec la prostitution, et que faire ce lien équivaut à appuyer des lois et des activités policières racistes.

L’ECP prétend que la traite ne concerne que le fait d’être violemment déplacées d’un pays à un autre, ce qui inclut seulement le travail forcé ou l’asservissement pour dette, l’enlèvement, le kidnapping, le faux emprisonnement, le viol, les blessures graves et l’extorsion.

Notez que cette définition exclut la traite intérieure (commise à l’échelon national), le bris du moral des femmes par des violences psychologiques et des menaces constantes, ou la destruction des résistances de la femme ou de la jeune fille prostituée en la faisant transiter par divers domaines de l’industrie du sexe.

Notez que l’ECP exclut également l’exploitation sexuelle des jeunes en la qualifiant de distincte de la prostitution – et ce malgré des preuves évidentes que la plupart des mineures prostituées l’étaient dans des conditions de traite.

De quoi peut-il s’agir d’autre quand une jeune adolescente est persuadée ou contrainte par un « petit ami » d’avoir des relations sexuelles avec des inconnus en échange d’argent ?

Nous ne devons pas accepter de nous en tenir à une définition étriquée de la traite – une définition qui exclut les mineures, exclut les femmes et les jeunes filles de la classe moyenne, et exclut les femmes prostituées qui semblent être en sécurité.

La majorité de la prostitution correspond à des conditions de traite.

Les personnes prostituées sont toutes dépouillées du droit humain fondamental à la sécurité de la personne, ainsi que du droit d’accès à un consentement libre et entier.

En effet, être prostituée, c’est vivre sous la menace constante et la réalité que les prostitueurs feront usage de violence à tout moment et en tout lieu – et qu’aucune prostituée n’a droit à un espace sûr, alors que les prostitueurs sont autorisés à la considérer comme une marchandise sexuelle sous-humaine.

Dans ces conditions, les prostituées vivent toutes dans une réalité de viols en série, une réalité comprenant toutes les formes de torture et une réalité où on les force à disparaître.

Toutes ces conditions sont celles de la traite.

L’ECP passe sous silence la violence des prostitueurs ; il n’est donc pas étonnant que cette organisation ait une définition aussi étriquée de la traite, pas étonnant qu’elle ait abandonné les femmes prostituées aux prostitueurs et à leur violence.

« LA PROSTITUTION DES MINEURES EST RARE »

L’ECP affirme que la majorité des personnes prostituées y entrent lorsqu’elles ont 19 ans, et que la prostitution des mineures est un phénomène exceptionnel.

Ce n’est pas vrai et ce mensonge sert à cacher la haine et la violence des prostitueurs, ou au minimum le fait que la plupart d’entre eux consomment des jeunes sans le moindre souci de leur bien-être mental et physique.

Le refus de prendre en compte la prostitution des mineures prouve que l’ECP lutte pour les intérêts des profiteurs commerciaux et des prostitueurs, et non pour le bien-être des personnes prostituées.

Les prostitueurs veulent que l’industrie du sexe les alimente en jeunes filles nouvellement prostituées, car cela contribue à leur image personnelle de conquérants qui déflorent des femmes.

L’industrie du sexe vise essentiellement à briser des filles vulnérables pour les mouler au rôle de la putain qui n’a plus aucun droit.

L’ECP rend invisible la prostitution des mineures en refusant de reconnaître la prostitution comme une question de droits de la personne.

Au lieu de cela, en disant que seules des femmes adultes peuvent être prostituées – et dans leur vision imaginaire, ces femmes contrôlent les comportements des prostitueurs et ont librement choisi d’être prostituées – l’ECP en fait un simple enjeu de droit du travail.

Là encore, l’ECP trahit les personnes prostituées afin de protéger les prostitueurs et les profiteurs du commerce du sexe.

« LE TRAUMA EST UN MYTHE »

L’ECP semble croire que les femmes et les jeunes filles prostituées ne subissent pas de trauma du fait d’être achetées et vendues comme des marchandises sexuelles.

Il est clair que ces gens refusent d’entendre les multiples voix et preuves venant des femmes sorties de l’industrie.

On sait que le fait d’être violée une fois est habituellement traumatisant – mais le fait de vivre des années de viols en série n’aurait en quelque sorte aucun effet…

On sait que le fait de vivre avec un partenaire qui vous bat est traumatique – mais le fait de vivre dans un environnement où les prostitueurs ont la liberté de vous torturer et de vous amener constamment au bord de la mort ne serait pas traumatisant…

Voilà la logique de l’ECP.

L’ECP refuse de tenir compte de la dissociation qui est la réaction normale des femmes prostituées au fait de vivre à l’intérieur d’un monde d’agression sexuelle, viol après viol après viol.

La plupart des prostitueurs ne se contentent pas de violer, ils infligent aux femmes prostituées des tortures sexuelles.

Pour survivre, il devient essentiel pour elles de se fermer, de devenir un robot et une morte vivante.

Pour sortir de la prostitution avec une certaine santé mentale, la dissociation est un outil essentiel ; mais si la prostituée a la chance d’échapper au processus de dégel de cette dissociation, elle encourt des traumatismes extrêmement complexes.

La plupart des femmes sorties de la prostitution prennent des mois, sinon des années, à retrouver des émotions vraies, à retrouver le chemin leur permettant de devenir un être humain complet ; c’est seulement alors qu’elles connaissent les séquelles d’avoir survécu à la torture.

C’est alors que le traumatisme nous frappe fort.

La prostitution en tant qu’institution crée ce traumatisme, car son objectif est de rendre les personnes prostituées tellement sous-humaines que l’on peut tout leur faire impunément au plan sexuel, mental et physique.

Il est tordu que l’ECP passe sous silence ces traumatismes ; cela témoigne encore une fois d’une profonde trahison des femmes prostituées.

« LES PROSTITUEURS NE SONT PAS VIOLENTS. »

L’ECP semble vouloir interdire toute référence à la violence des prostitueurs et même toute référence à ces hommes lorsqu’on parle des dommages causés aux femmes prostituées.

Elle aborde n’importe quel sujet, mais passe sous silence le fait que les prostitueurs choisissent de violer, choisissent de traiter les personnes prostituées en sous-humaines, choisissent de torturer, choisissent de violenter psychologiquement – et choisissent de traiter les femmes prostituées comme jetables après usage.

L’ECP parle de la violence de la police, de la violence des lois qui criminalisent les consommateurs des prostituées, de la façon dont une stigmatisation peut augmenter la violence envers les personnes prostituées.

Mais l’ECP ne dit rien de la façon dont les prostitueurs paient pour violer, paient pour torturer et paient pour faire des prostituées leur poupée porno vivante.

Au lieu de cela, l’ECP parle comme si les prostitueurs pouvaient être respectueux envers les prostituées et qu’ils étaient prêts à signaler toute violence si on ne faisait pas d’eux des criminels.

Penser que vous avez le droit d’acheter quelqu’un au nom de votre avidité sexuelle – eh bien, cela fait réellement de vous un criminel.

Vous êtes un violeur, car l’argent n’est pas le consentement.

Tous les prostitueurs peuvent choisir de ne jamais plus consommer de personnes prostituées.

Pourquoi inventons-nous des excuses aux prostitueurs – lorsque nous disons qu’il est mal de violer, mal de frapper, mal de violenter mentalement, mal de tuer –, mais que, d’une manière ou d’une autre, nous normalisons ces comportements dans le cadre de la prostitution ?

« LA PAUVRETÉ EST LA SEULE CAUSE DE LA PROSTITUTION »

L’ECP semble considérer la pauvreté comme la seule contrainte qui pousse les femmes dans la prostitution, et elle semble penser que ce n’est que sous un gouvernement Tory que l’on peut reconnaître cette poussée négative.

Cela repousse dans l’ombre une foule de personnes prostituées qui ont pu entrer dans l’industrie du sexe en raison de diverses pressions et facteurs de vulnérabilité.

Cela repousse dans l’ombre le fait que le commerce du sexe est florissant, quelles que soient les conditions économiques ou la situation politique qui prédominent.

L’industrie du sexe s’adapte à toutes les conditions, car son but est de générer d’énormes profits en ouvrant des marchés à tous les hommes qui choisissent d’être prostitueurs ou consommateurs de l’industrie du sexe.

Pour alimenter ces marchés, les profiteurs du commerce du sexe cherchent des filles vulnérables de toutes les origines, de toutes les cultures, et de toutes les classes sociales – puisque l’industrie peut casser toute femme ayant des vulnérabilités antérieures pour en faire une marchandise sexuelle sous-humaine.

Les contraintes poussant les femmes vers le commerce du sexe peuvent être des violences antérieures mentales, physiques ou sexuelles, un manque d’accès à la confiance et à l’amour des autres, le racisme, la pauvreté, des catastrophes naturelles ou créées par l’homme, y compris les guerres, la famine ou la récession, et infiniment d’autres facteurs.

Les profiteurs du commerce du sexe créeront un marché pour n’importe quel fantasme porno des prostitueurs, alors si vous pensez pouvoir définir qui sera prostituée, pensez le contraire et ces deux réalités seront vraies.

Je vais m’arrêter ici, en espérant que ces réflexions vous seront utiles.

Version originale : https://rebeccamott.net/2017/04/25/more-on-the-lies-of-ecp/

Traduction : TRADFEM

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