Rebecca Mott : « Putophobe ! »

Par Rebecca MOTT (le 14 décembre 2015)

Je veux écrire sur un mot inventé dont se sert l’industrie du sexe pour réduire au silence les femmes sorties de la prostitution et les abolitionnistes.

Il s’agit du mot « putophobie », qui désigne une peur irrationnelle ou une haine des personnes prostituées.

Ce mot gagne en popularité chez les féministes libérales, dans les médias, et auprès d’une trop grande partie de la gauche – sans la moindre remise en cause de sa fonction.

Dans ce message, je vais surtout parler de l’impact de ce mot sur plusieurs femmes sorties du milieu, et de mon propre vécu, pour montrer que l’accusation de putophobie est une arme servant à nous faire taire.

C’est un mot qui n’est devenu à la mode que récemment – et qui est surtout lié à un autre mot inventé, « transphobie » – puisque l’un et l’autre sont souvent utilisés ensemble comme propos haineux visant surtout à censurer les féministes radicales et les abolitionnistes.

Être qualifiée de « putophobe » équivaut en effet à passer pour quelqu’un d’irrationnel, haineux, probablement intégriste et prude, et pour un assassin.

Et ce ne sont que quelques-uns des préjugés qui sous-tendent cette insulte.

Son utilisation a donc pour effet de faire de toute abolitionniste ou femme sortie du milieu un monstre d’intolérance – alors que parler de putophobie confère une aura d’angélisme.

Eh bien non – comme tout le discours du lobby prostitueur, ce n’est qu’un nouvel artifice diabolique.

Regardez qui promeut l’utilisation de ce mot – constatez que ce sont surtout les gens qui souhaitent profiter de la normalisation du commerce du sexe.

En utilisant le mot déshonorant de « pute », le lobby de l’industrie du sexe dévoile ses vraies couleurs.

« Pute », c’est le mot qu’utilisent les hommes pour déshumaniser les personnes prostituées en les réduisant à des marchandises sexuelles à vendre, consommer et rejeter.

« Pute » est un mot qui place les personnes prostituées dans un environnement où elles n’ont d’autre existence que le fait d’être un objet baisable, sans passé et sans perspectives d’avenir.

En d’autres termes, le mot pute sert à maintenir les personnes prostituées dans leur condition – celle de savoir que leurs vies sont sans valeur, si ce n’est d’accumuler encore plus d’argent pour l’industrie du sexe.

Alors, qui manifeste ici une haine irrationnelle des personnes prostituées – les abolitionnistes ou le lobby de la prostitution ?

Qui facilite les millions de viols, de tortures et de meurtres des personnes prostituées ?

Qui s’enrichit à même l’interminable utilisation d’hommes, de femmes et d’enfants ultra vulnérables et amochés pour nourrir la cupidité sexuelle des prostitueurs ?

Si vous pensez que la faute en revient au mouvement abolitionniste, c’est que vous fermez délibérément les yeux sur le mal institutionnalisé qu’est l’industrie du sexe.

Cette industrie est hautement organisée et contrôle depuis des siècles la plupart de l’exploitation sexuelle, qui cible surtout des femmes.

Le commerce du sexe fonctionne en prétendant que tous ses éléments sont indépendants l’un de l’autre.

Que la pornographie dite d’amateurs est simplement fabriquée par des couples, et non reliée à l’industrie du porno ou exploitant des femmes prostituées.

Que le strip-tease n’a aucun lien avec la prostitution ou l’industrie du porno.

Que le porno n’utilise que des femmes adultes qui n’ont aucun lien avec la prostitution.

Que la prostitution pratiquée à l’intérieur est un monde distinct de la prostitution de rue, que ces femmes ne changent jamais de places.

On voit sans fin l’industrie du sexe se dire composée de groupes distincts et isolés, alors qu’ils forment en réalité une institution de profiteurs hautement organisée.

Être prostituée, c’est savoir que vous pouvez migrer à tout moment vers n’importe quel secteur de l’industrie du sexe, habituellement marqué par plus de violence.

Être prostituée, c’est savoir qu’il n’y a aucun secteur sécuritaire dans l’industrie du sexe, parce que la violence masculine y est à tout moment la norme.

La voilà donc, la haine flagrante des personnes prostituées – c’est l’essence même du fonctionnement de l’industrie du sexe.

Le lobby de la prostitution ne manque donc pas de toupet quand il accuse de putophobie les abolitionnistes et les femmes sorties du milieu – alors qu’il fonctionne lui-même comme une machine à tuer.

Ce mot n’a donc aucun sens, car nous sauvons des vies et redonnons de l’espoir.

Rebecca Mott

Version originale : http://rebeccamott.net/2015/12/14/whorephobic/

Traduction : TRADFEM

[D'autres traductions des textes de Rebecca Mott sont sur 
le site incontournable Ressources Prostitution]
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Une réflexion sur “Rebecca Mott : « Putophobe ! »

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