L’accusation de maltraitance d’enfant est-elle pire que cette maltraitance elle-même?

Beatrix Campbell se penche sur la crise de l’aliénation parentale dans les tribunaux aux affaires familiales

Beatrix Campbell, pour le bulletin Byline Times, 2 décembre 2022

L’autrice analyse la théorie controversée qui semble être un retour de bâton contre les allégations de violence conjugale et d’agression sexuelle déposées par des femmes.

Ce que beaucoup de gens considèrent comme la « pseudo-théorie » de l’aliénation parentale semble avoir le dessus dans certains tribunaux de la famille, exposant le désarroi du système judiciaire et la confusion, le désespoir et le choc qui règnent parmi les parents et les professionnels du droit de la famille.  

Cette crise n’est pas celle, bien connue, de l’incapacité des organismes officiels à protéger les enfants pauvres de foyers toxiques. Il s’agit plutôt d’un phénomène relativement nouveau qui implique souvent des parents très aisés, tels que des hommes d’affaires, des financiers de la City ou de riches héritiers, qui se retrouvent en litige après une séparation au sujet des dispositions concernant des enfants et qui prétendent que leur enfant a été « aliéné » d’eux par le parent chez qui réside l’enfant en cause. 

Des tribunaux ont rejeté le droit légal des enfants à ce que leurs souhaits et leurs sentiments soient pris en ligne de compte, au motif que ces jeunes sont « non crédibles » du fait d’être aliénés, et ils ont ignoré les directives exigeant que le tribunal aux affaires familiales prenne en ligne de compte compte les violences conjugales et le contrôle coercitif exercé.

Ce que beaucoup considèrent comme la « pseudo-science » de l’aliénation parentale semble avoir le dessus dans certains tribunaux de la famille, exposant le désarroi du système judiciaire et la confusion, le désespoir et le choc parmi les parents et les professionnels.  

Les recommandations issues de soi-disant « experts en aliénation parentale », parfois non qualifiés et non réglementés, ont conduit à retirer presque instantanément des enfants à leur mère pour les envoyer vivre avec un père accusé de violences et de contrôle coercitif. 

L’une des nombreuses tentatives de contestation d’un de ces experts non agréés se trouve actuellement devant la Cour d’appel, ce qui oblige Sir Andrew McFarlane, président de la Division de la famille au Royaume-Uni, à se pencher sur le rôle et les exigences d’accréditation de ces experts.

D’où vient cette théorie de « l’aliénation parentale » ? En quoi est-elle différente de ce que nous avons toujours su quant à la façon dont certains conflits parentaux empoisonnent la vie des enfants de ces couples ? Et pourquoi semble-t-elle offrir une solution ?

Une « épidémie de femmes vengeresses »

Cette théorie prétend que les enfants sont amenés par un « lavage de cerveau » à rejeter ou haïr un parent sans raison valable, et que la solution au problème consiste à le retirer du foyer pour le remettre au parent rejeté, à reprogrammer l’enfant et à faire cesser tout contact avec le parent chez qui l’enfant résidait jusqu’alors (la mère).

Le contact ne peut reprendre que si ce parent (qui est habituellement la mère) se soumet à un régime « thérapeutique », recommandé par l’expert en aliénation parentale, afin de l’amener à se repentir de son comportement. 

La genèse de cette théorie, aux États-Unis dans les années 1980, a fait suite à une mutinerie contre les témoignages de plus en plus emphatiques de femmes sur les violences conjugales et les agressions sexuelles subies dans la famille. Le mot d’ordre d' »accusations mensongères » fut le cri lancé par le psychiatre Richard Gardner, un auto-éditeur prolifique, et le psychologue luthérien Ralph Underwager. Ils se disaient scandalisés par ce que Gardner a qualifié d' »épidémie de femmes vengeresses », et ont témoigné pour la défense dans des centaines de cas d’agressions alléguées. 

Underwager proposait que ces enfants étaient amenés par un lavage de cerveau à porter de fausses accusations, et que les « faux souvenirs » d’abus étaient un désordre induit en thérapie chez des jeunes femmes. Gardner définissait « l’aliénation parentale » comme le résultat d’une « programmation (lavage de cerveau) de l’enfant, » et « les fausses accusations d’abus sexuels » étaient « une nouvelle façon pour les mères d’influencer les tribunaux ». 

La solution proposée par Gardner consistait à transférer l’enfant au père rejeté, suivi d’une « période de décompression et de débriefing au cours de laquelle la mère n’aurait plus aucun contact avec les enfants ». Il a averti que « le tribunal pourrait être amené à menacer de sanctions (telles que des amendes ou la perte permanente de la garde) et même de peines de prison les mères qui ne se conformeraient pas à la décision du tribunal ».  

Cependant, Gardner et Underwager ont compromis leur crédibilité au cours des années 1990 en se portant à la défense des relations sexuelles d’hommes adultes avec des enfants : Underwager a déclaré en 1993 à un magazine néerlandais, Paidika, que les pédophiles « pouvaient affirmer hardiment et courageusement leur choix », et Gardner a soutenu dans son livre de 1992, True and False Accusations of Child Sex Abuse, que la pédophilie était « répandue » et qu’elle favoriserait une sexualisation précoce des enfants et « la survie de l’espèce humaine ».  

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’une bonne mère devait faire si son enfant alléguait avoir subi une agression sexuelle, Gardner a répondu : « Vous pouvez parfois dire ‘je ne te crois pas, je vais te battre pour l’avoir dit, et ne dis jamais de telles choses de ton père’. »

Une pénurie de preuves empiriques

Bien que sa ligne politique en matière de pédophilie ait été expurgée par ses défenseurs, le fantôme de Gardner (il s’est suicidé depuis) demeure palpable dans de récentes affaires impliquant les experts les plus sollicités en matière d’aliénation parentale, dont certains sont non qualifiés et non enregistrés auprès de l’organisme de réglementation du National Health Service, le Health Care Professions Council, et qui ne sont donc redevables envers personne. 

Des tribunaux ont adopté leur modèle – retrait, reprogrammation et isolement de l’enfant, et bannissement effectif de la mère – en dépit du rejet du concept d’aliénation parentale par l’Organisation mondiale de la santé et par le Parlement européen, et vue « l’absence de preuves empiriques » de cette hypothèse. 

Ni le ministère britannique de la Justice ni le CAFCASS (Children and Family Court Advisory and Support Service) ne fournissent de statistiques sur l’issue de ces litiges, mais aux États-Unis, la professeure Joan Meier a analysé une décennie de jugements publiés et a constaté que les allégations d’abus de la part de la mère, en particulier d’abus physiques ou sexuels sur l’enfant, augmentaient leur risque de perdre la garde, et que les allégations croisées d’aliénation du père doublaient pratiquement ce risque.

Ces conclusions ont été reprises dans une enquête menée auprès des parents pour le documentaire Torn Apart sur les tribunaux de la famille. « Nous assistons à ce qui semble être une capture idéologique », a commenté un expert indépendant travaillant dans les tribunaux de la famille britanniques. Natalie Page, du Survivors Family Network, a également observé : « apparemment, l’accusation de maltraitance s’avère plus dommageable que la maltraitance elle-même ».

Byline Times a contacté plusieurs experts en aliénation parentale pour obtenir des commentaires, mais aucun n’avait répondu au moment de la mise sous presse de cet article.

Version originale : https://bylinetimes.com/2022/12/02/worse-to-accuse-than-abuse-the-parental-alienation-crisis-in-the-family-courts/

Traduction : TRADFEM

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