Pourquoi les espaces réservés aux femmes doivent-ils encore être défendus ?

Karen Ingala Smith semble être trop subversive pour avoir droit à un lancement de livre…

par Julie Bindel, sur Unherd, le 30 novembre 2022

La bataille pour la création de refuges contre la violence conjugale au service de femmes vulnérables a été longue et difficile. Après des années de militantisme, les féministes ont finalement obtenu gain de cause au début des années 70. Quelques années plus tard, des centres d’aide aux victimes de viols ont été créés. Mais aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard, les taux de condamnation pour viol n’ont jamais été aussi faibles et les signalements de violence conjugale sont en augmentation. Le besoin d’espaces réservés aux femmes est donc plus grand que jamais. Et pourtant, les féministes sont à nouveau obligés de se battre pour en obtenir.

« De nombreuses femmes ne se sentent à l’aise pour parler des détails intimes et dévastateurs de la violence masculine que dans un environnement sûr. Et un environnement sûr signifie un espace réservé aux femmes », écrit Karen Ingala Smith dans un nouveau livre intitulé Defending Women’s Spaces. Il s’agit de son premier ouvrage, mais elle travaille déjà d’arrache-pied à la rédaction d’un second, consacré au féminicide. Smith a passé 32 ans à travailler dans des organisations de femmes qui luttent contre la violence masculine. En tant que PDG de nia, un service destiné aux femmes et aux jeunes filles victimes d’agressions sexuelles et conjugales, et que fondatrice des projets Counting Dead Women et UK Femicide Census (qui analyse les cas de femmes et de jeunes filles tuées par des hommes), personne n’est mieux placé qu’elle pour commenter les besoins des femmes victimes de la violence masculine.

Cependant, la simple existence du livre Defending Women’s Spaces est jugée si dangereuse que le géant de la billetterie en ligne, la corporation Eventbrite, a supprimé son lien vers le lancement de cet ouvrage il y a quelques semaines et a commencé à effectuer des remboursements. Selon l’équipe du service Trust and Safety d’Eventbrite, l’événement risquait de déroger à leur politique en matière de « contenu haineux, dangereux ou violent ». Protéger les femmes et les filles de la violence masculine et leur permettre de s’en remettre – les principaux sujets abordés dans ce livre – sont donc désormais considérés comme des activités haineuses, selon ceux qui pensent que l’exclusion des hommes transidentifiés relève du sectarisme…

Les féministes se sont battues pour l’introduction de la Loi britannique sur l’égalité de 2010, qui autorise la mise en place de services séparés ou non mixtes dans certaines circonstances, par exemple, dans les toilettes, les vestiaires, les refuges et les services hospitaliers. Alors pourquoi nos droits durement acquis doivent-ils encore être défendus ?

Ces dernières années, les organisations du lobby transactiviste comme Stonewall, ont fait campagne pour mettre fin aux services réservés aux femmes. Par exemple, en 2015, la soumission de Stonewall à une audience de la Commission d’enquête sur l’égalité des transgenres (Women and Equalities Select Committee Inquiry on Transgender Equality) a inclus des revendications de révision de La loi sur l’égalité afin d’y inclure « l’identité de genre » plutôt que « le changement de sexe » comme caractéristique protégée. Les requérants ont également plaidé pour la suppression de toutes les circonstances dans lesquelles les espaces non mixtes sont autorisés.

L’organisation caritative Gendered Intelligence a également indiqué clairement son intention de supprimer notre droit à des espaces non mixtes en réclamant « une révision complète de la législation concernant les personnes trans (et les personnes intersexuées) dans le but de supprimer les exceptions prévues [dans la Loi sur l’égalité] ». Ces deux organisations, ainsi que des partis politiques tels que les Verts, le Parti pour l’égalité des femmes et certaines sections du parti travailliste, sont également favorables au principe de l’auto-identification sexuelle, qui permettrait aux hommes de s’identifier comme femmes sans avoir à subir d’intervention médicale. Cela leur permettrait d’avoir légalement accès aux services non mixtes dédiés aux femmes.

Ingala Smith se défend. « Il ne s’agit pas de transgenres dans les espaces dédiés aux femmes, précise-t-elle. Il s’agit d’accepter des hommes dans les espaces dédiés aux femmes. Se déclarer femme ne change rien au fait que vous êtes un homme. » Elle est en phase avec la Rapporteure spécial de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, qui a écrit la semaine dernière à la première ministre écossaise Nicola Sturgeon pour l’avertir qu’adopter l’auto-identification sexuelle prêterait le flanc à des abus de la part de délinquants sexuels masculins, et mettrait ainsi des femmes et des jeunes filles en danger. La Commission britannique pour l’égalité et les droits de la personne a également soulevé un certain nombre de préoccupations concernant une telle politique.

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Néanmoins, la semaine dernière, le Parti pour l’égalité des femmes est devenu la plus récente entité politique à prendre le train en marche, en adoptant une motion préconisant l’auto-identification sexuelle. (Cette motion a été proposée par sa cheffe, Mandu Reid.) Que pense Ingala Smith du fait qu’un parti politique censé défendre les droits des femmes adopte cette ligne politique ? « Reid vient de signer l’arrêt de mort du parti », répond-elle.

Pour celles et ceux qui veulent comprendre pourquoi les féministes font campagne contre l’autorisation d’hommes transidentifiés à s’imposer dans les espaces féminins, Defending Women’s Spaces est extrêmement utile. La plupart des transsexuels titulaires d’un certificat de reconnaissance de genre conservent des organes génitaux masculins et, comme l’explique Ingala Smith, « les comportements criminels des hommes qui ont effectué une transition légale et médicale d’homme à transsexuel sont conformes aux modèles de la délinquance masculine ».

Ingala Smith examine des cas tels que celui de « Karen White » – un transsexuel aux organes génitaux intacts qui a agressé sexuellement plusieurs détenues après avoir été incarcéré dans un établissement pour femmes – et celui du transsexuel Katie Dolatowski, un agresseur sexuel d’enfants qui a donné un faux nom au personnel d’un refuge pour femmes et s’est retrouvé pendant 71 jours parmi des femmes et des enfants vulnérables.

Elle souligne également que rien n’empêche les transgenres de mettre en place leurs propres services. « Certaines femmes aideraient les transgenres à mettre en place des services leur permettant d’échapper à la violence des hommes ou de s’en remettre. Mais certains hommes transidentifiés ne voudront pas utiliser de tels services car leur objectif est d’être validés en tant que femmes. » Ils veulent que leur idéologie soit validée, même si cela passe par l’inconfort physique de femmes vulnérables.

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L’éditeur d’Ingala Smith, Polity, l’a approchée pour écrire Defending Women’s Spaces, après avoir constaté la popularité des livres remettant en cause l’orthodoxie trans. Cependant, cette publication n’a pas été sans obstacles. Alison Phipps, ancienne professeure d’études de genre à l’université du Sussex, a annoncé sur Twitter : « Je retire mon travail d’évaluation par les pairs aux éditeurs qui donnent à la transphobie un vernis de légitimité intellectuelle en publiant des livres ‘critiques’ sur le genre. Très triste que mon ancien éditeur Polity se retrouve sur cette liste. »

« Il s’est trouvé des transactivistes pour me tirer dessus avant même que je sois en mesure de parler ouvertement de mon point de vue sur les espaces réservés aux femmes », commente Ingala Smith. « À mesure que je m’exprimais de plus en plus sur les espaces dédiés aux femmes, ce qui a été dur, c’a été un boycott subtil de la part de certaines autres leaders d’organisations féminines, des commentaires voilés sur le fait d’être ‘agressive’, des accusations ‘d’insensibilité’ et de ‘causer du tort’ au mouvement. Mais au bout du compte, ma priorité, ce sont les femmes qui ont subi la violence des hommes et je fais de mon mieux pour défendre leur bien-être. »

Ingala Smith est l’une des deux seules PDG dirigeant des services pour victimes de la violence masculine qui placent la sécurité des femmes au-dessus de l’idéologie genriste. Elle applique ouvertement les exceptions autorisées par la Loi sur l’égalité pour offrir un refuge réservé aux femmes et d’autres ressources non mixtes.

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Heureusement, les femmes qui se battent pour les droits liés au sexe commencent à l’emporter. Les dispositions juridiques confuses en matière d’auto-identification sexuelle ont été mises au clair grâce aux actions en justice menées, par exemple, par Maya Forstater et Allison Bailey. Ceux qui font campagne pour l’auto-identification sexuelle prétendent souvent que la loi exige que les employeurs et les prestataires de services doivent traiter une personne qui s’identifie au sexe opposé comme étant de ce sexe. Mais ce n’est pas le cas, et les employeurs qui adhèrent à l’axiome du lobby Stonewall selon laquelle « les femmes trans sont des femmes » peuvent être poursuivis pour discrimination illégale envers les femmes. Ingala Smith célèbre les victoires de ces féministes qui intentent des procès contre leurs employeurs, les universités et les centres d’aide aux victimes de viol.

« Les femmes de l’île TERF se défendent, écrit-elle. Nous résistons à l’idéologie qui menace de faire reculer les droits […] et les services que nos aïeules ont obtenu de haute lutte. »

Julie Bindel

Traduction: TRADFEM

Julie Bindel est une journaliste d’enquête, une autrice et une militante féministe. Son plus récent livre s’intitule Feminism for Women : The Real Route to Liberation. Elle écrit également sur la plateforme Substack.

Sur Twitter : bindelj@twitter.com

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