Graham Linehan – Mon discours au souper « Battle of Ideas » du 30 novembre

J’ai été invité à prononcer quelques mots lors de la soirée Battle of Ideas qui a lieu ce soir. Voici le texte complet de ce que j’espère être un discours assez bref.

C’est la première fois que j’assiste à la Bataille des Idées, c’est donc un honneur particulier d’être invité à prendre la parole cette année. Avant toute chose, j’aimerais dire à quel point je suis reconnaissant à Claire Fox et à son équipe de l’Academy of Ideas pour m’avoir offert cette occasion.

L’un des thèmes centraux de cet événement est le bénéfice que nous pouvons tirer d’une pollinisation croisée avec d’autres disciplines, si tant est que l’on puisse qualifier de « discipline » le fait d’écrire des textes humoristiques et d’afficher des messages sur Twitter. Il nous démontre l’intérêt de sortir parfois de nos chambres d’écho, de nos bulles personnelles. À cette occasion, j’espère vous persuader, chères et chers camarades d’évasion, qu’en dépit de l’existence d’un certain nombre de prétendants sérieux à ce poste, l’idéologie de l’identité de genre est présentement la plus grande menace pesant sur la rationalité, la créativité et la liberté de pensée à laquelle nous sommes toutes et tous confrontés aujourd’hui, et que nous devons nous unir pour la détruire.

Historiquement, le problème de l’irrationalité a pris diverses formes. Mais le déni de l’Holocauste fait largement partie du passé dans les pays civilisés, le mythe d’une terre plate n’a jamais vraiment décollé après le départ de la première mission Apollo, les dégâts causés par la panique satanique ont été en grande partie limités à quelques endroits du Midwest américain, et les horreurs des procès des sorcières de Salem et du maccarthysme ne subsistent qu’à travers l’éternel chef-d’œuvre théâtral d’Arthur Miller.

Mais peut-être sommes-nous devenus complaisants, car avec l’arrivée d’Internet, en un laps de temps terriblement court et sous nos yeux mêmes, une idéologie incohérente, homophobe et surtout misogyne a pris racine dans nombre des institutions les plus vitales du Royaume-Uni. Le National Health Service, la BBC, l’administration pénitentiaire, la police, le secteur caritatif, l’édition, le journalisme, le théâtre, la science, le monde universitaire et, pire que tout, notre sphère politique ont collectivement succombé à ce que nous pourrions qualifier de coup d’État idéologique sans effusion de sang. Avec le résultat tragique qu’une génération d’enfants vulnérables, rendus plus vulnérables par le pouvoir apaisant et distrayant de l’Internet corporatif, se retrouve aujourd’hui mutilée et trompée.

Ces patients à vie sont créés au profit d’une industrie médicale rapace, incarnée par des personnages tels que la grotesque Dre Sidhbh Gallagher, qui annonce ses services sur le réseau Tik Tok, une plateforme de média social où se retrouvent de nombreuses adolescentes malheureuses. L’activité lucrative de la bonne docteure consiste à pratiquer des doubles mastectomies inutiles. Ou, comme le dit son slogan, de « trancher les tétons » à ces jeunes femmes désespérées.

Au cours des cinq dernières années, celles et ceux qui partagent ma bulle – c’est-à-dire qui s’inquiètent comme moi de la détérioration soudaine et dramatique des droits des femmes et des enfants à cause de cette folie à la mode – vivent au son d’une étrange bande sonore, une sirène d’alarme que nous semblons être les seul-es à pouvoir entendre. Mon effort pour y répondre m’a coûté mon mariage et l’annulation d’une comédie musicale que j’avais passé plusieurs années à rédiger pour une scène du West End londonien. Je me suis souvent demandé pourquoi ma position n’a pas reçu plus de soutien. Je pensais que la menace de l’idéologie transgenriste était évidente.

Par exemple, je pensais qu’il était évident que l’on ne peut pas « naître dans le mauvais corps », et vous n’avez certainement pas raconté aux jeunes enfants ce mensonge odieux et déroutant.

Je pensais qu’il était évident qu’il ne fallait pas médicaliser ou traumatiser les jeunes avec des opérations chirurgicales et des médicaments sur ordonnance simplement parce que vous avez l’intuition que vous pourriez poser un geste nécessaire.

Je pensais qu’il était évident que les espaces non mixtes sont nécessaires pour la dignité, la sécurité et l’intimité des femmes et des jeunes filles.

Je pensais qu’il était évident que l’on n’envoie pas de menaces de viol ou de mort aux autrices de livres pour enfants.

Et toutes ces choses étaient évidentes, jusqu’à ce que soudain elles ont cessé de l’être. L’idéologie de l’identité de genre s’est échappée de ses propres bulles – celles des universitaires postmodernes, des adolescent-es qui se diagnostiquent mutuellement en ligne, des militants des droits de la personne qui pressentent une bonne occasion et celle des prédateurs qui la saisissent – pour, en quelque sorte, prendre silencieusement le contrôle du monde.

Posez-vous la question : comment cette idéologie a-t-elle pu remporter autant de succès, aussi rapidement ? Après tout, elle est tissée d’idées erronées. Le transhumanisme, la théorie queer, la croyance en des « âmes » sexuées, l’idée corrosive que les interventions pharmaceutiques et chirurgicales sont la voie du bonheur, l’introduction du porno extrême et fétichiste dans le grand public… C’est un puzzle qui n’aura jamais de sens. Comment tout cela a-t-il pu tomber en place en aussi peu de temps ?

Je pense que c’est parce que ces universitaires frauduleux, ces hommes prédateurs, ces adolescents malheureux et ces chirurgiens sociopathes ont trouvé sur Internet un moyen de se coordonner et de collaborer, et parce que les adeptes et les victimes du grooming (conditionnement mental à l’exploitation) ont commencé à se fournir mutuellement des réponses toutes faites à des questions délicates, créant ainsi une traînée de décombres dans leur sillage.

Je pense qu’une autre raison est que cette idéologie profite à un groupe en particulier à tous les niveaux de la société: le groupe des hommes. Du pédophile emprisonné qui est capable de se rapprocher un peu plus d’une unité pour mères et bébés simplement en adoptant des pronoms féminins, jusqu’aux concurrents médiocres qui prennent la place de femmes exceptionnelles sur les podiums et les listes de sélection. Ce simulacre de diversité profite bel et bien aux hommes, et il y a beaucoup d’activistes sur le pont pour s’assurer que cette situation absurde perdure aussi longtemps que possible.

Les occasions de s’y opposer sont rares, et la guerre menée contre moi a servi d’exemple pour dissuader les rares personnes à tenter de le faire. Néanmoins, malgré les risques, ou peut-être à cause d’eux, je vous implore de mettre en pause la bataille contre toute forme d’irrationalité à laquelle vous êtes confronté-es dans vos propres domaines, et de vous joindre la guerre contre celle-ci. Car celle-ci est la plus cruciale.

Si, ensemble, nous accordons toute notre attention à cette grave menace pour les valeurs d’une prise de conscience collective, si, ensemble, nous brisons le mur du silence et de la peur qui sévit sur cette question, pour rejeter les tabous et les codes d’expression auxquels nous sommes toutes et tous soudainement soumis, alors, ensemble, nous serons peut-être mieux à même de combattre la menace inattendue et virale que l’Internet nous réserve pour l’avenir. Merci.

Graham Linehan

Traduction: TRADFEM

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