L’ONU évalue à 45 000 le nombre de femmes et de filles tuées par un membre de leur famille en 2021.

Qualifiant d’« alarmantes » les données mondiales sur le féminicide, l’ONU fait valoir que plus de la moitié de ces victimes ont été tuées par leur mari, leur partenaire ou un autre membre de leur famille.

Par Sarah Johnson

The Guardian, le 23 novembre 2022

Plus de cinq femmes et filles ont été tuées à chaque heure par un membre de leur famille en 2021, selon les nouvelles statistiques de l’ONU sur le fémicide.

Un rapport, publié mercredi dernier, établit que 45 000 femmes et filles – plus de la moitié (56%) des 81 100 assassinées l’année dernière dans le monde – ont été tuées par leur mari, leur partenaire ou un autre membre de leur famille.

ONU Femmes et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime ont déclaré que ces chiffres étaient « alarmants », mais que le nombre réel de fémicides – où les femmes sont tuées en raison de leur sexe – est probablement beaucoup plus élevé. En 2021, environ quatre décès sur dix n’ont pas été comptabilisés comme des fémicides en raison de l’insuffisance des données. Les chiffres officiels sur les fémicides sont donc restés pratiquement inchangés au cours de la dernière décennie.

L’année dernière, c’est en Asie que le nombre de fémicides commis par des proches a été le plus élevé, avec 17 800 décès. Toutefois, les recherches ont montré que les femmes et les filles d’Afrique étaient plus exposées au risque d’être tuées par des membres de leur famille. Le taux de meurtres liés au sexe au sein du foyer était estimé à 2,5 pour 100 000 pour la population féminine en Afrique, contre 1,4 dans les Amériques, 1,2 en Océanie, 0,8 en Asie et 0,6 en Europe.

Le début de la pandémie de Covid en 2020 a coïncidé avec une augmentation significative des fémicides en Amérique du Nord et en Europe occidentale et méridionale, selon cette recherche. Les données provenant de 25 pays d’Europe et des Amériques indiquent que ces augmentations ont en grande partie le fait de meurtres perpétrés par des membres de la famille autres que les maris et les partenaires.

« Aucune femme ou fille ne devrait craindre pour sa vie en raison de ce qu’elle est », a déclaré Ghada Waly, directrice générale de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. « Pour mettre fin à toutes les formes de meurtres de femmes et de filles liés à leur sexe, nous devons compter chaque victime, partout, et améliorer la compréhension des risques et des moteurs du fémicide afin de pouvoir concevoir de meilleures et de plus efficaces solutions de prévention et de justice pénale. »

Bárbara Jiménez-Santiago, avocate spécialisée dans les droits de l’homme et coordinatrice régionale pour les Amériques de l’organisation internationale de défense des droits des femmes Equality Now, a déclaré que des données complètes sur le fémicide devaient être rendues disponibles, et que les statistiques devaient inclure les décès résultant d’autres formes de violence. Elle a cité en exemple les cas de femmes qui se suicident après un viol, ou celui de jeunes filles enceintes à la suite d’un viol et qui meurent pendant l’accouchement.

De nombreux pays possèdent encore des lois discriminatoires à l’égard des femmes et des filles, a ajouté Mme Jiménez-Santiago, notamment celles qui autorisent le viol au sein du mariage ou qui permettent aux violeurs d’éviter toute sanction en épousant leur victime.

« La violence conjugale est encore communément considérée comme une affaire privée et ‘familiale’ dans certaines parties du monde, a-t-elle ajouté. La police et les procureurs ne prennent souvent pas ces affaires au sérieux, et la culpabilisation des victimes est très répandue. Cela dissuade les femmes et les filles de signaler ces agressions. Les délinquants restent impunis et cela favorise une culture de l’impunité qui perpétue d’autres sévices. »

Anne Quesney, conseillère principale en matière de défense des droits des femmes chez ActionAid UK, a déclaré que ces résultats correspondaient aux recherches menées par sa propre organisation. Elle a ajouté : « Nous avons besoin de politiques et de législations qui s’attaquent aux causes profondes de la violence sexiste, ainsi que d’un investissement gouvernemental adéquat dans les services publics. »

Une forte majorité (81 %) des meurtres commis dans le monde ciblent des hommes et des garçons, mais ces victimes risquent surtout d’être tuées par une personne extérieure à leur famille. Sur l’ensemble des hommes victimes de meurtre en 2021, seuls 11% environ ont été tués par un partenaire ou un parent.

Version originale : https://www.theguardian.com/global-development/2022/nov/23/un-femicide-report-women-girls-data?

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