« L’empire transsexuel » enfin réédité

Comme annoncé il y a environ un an, Les Éditions Le Partage republient à titre associatif la traduction française de l’ouvrage visionnaire de Janice Raymond, L’Empire transsexuel, une édition complète comprenant notamment la préface de 1979, la préface de l’édition de 1994 et une nouvelle préface inédite de l’autrice.

Ce projet a mis du temps à voir le jour car il a fallu réviser l’intégralité de la traduction originale qui comportait de nombreux écueils de traduction et de graves contresens.

Ce travail de relecture et de comparaison minutieuse avec le livre original est désormais terminé, ainsi que la mise en page, et nous nous apprêtons à lancer les impressions.

J’ai hésité à le publier via le site Books on demand (BOD), par facilité, pour ne pas avoir à gérer des stocks, des expéditions, et à avancer de trésorerie sans savoir si nous rentrerons dans nos frais…

Mais l’un des objectifs initiaux – au-delà du fait de rendre accessible ce livre plus que jamais d’actualité – était que les bénéfices puissent permettre la création d’une association de traduction et d’édition 100% radfem, et être réinvestis dans les droits d’autres livres importants, non disponibles en français. Nous nous devons donc de tenter l’expérience.

Pour cela, nous avons besoin de soutien : 50 préventes permettront de couvrir les frais d’impression, 25 de plus d’amortir les frais déjà engagés pour l’acquisition des droits. Aussi, si ce livre vous intéresse et que vous avez les moyens de soutenir ce travail, vous pouvez le précommander ici :

En attendant qu’il sorte des presses, voici un extrait de la préface inédite que Janice Raymond nous a fait l’honneur de rédiger pour cette nouvelle édition française.

De L’Empire transsexuel au monde de la Double pensée transgenre

L’Empire transsexuel, La fabrication du mâle-­femme (she-male) a été publié pour la première fois en 1979. En ce temps, la grande majorité des personnes qui sollicitaient l’aide des cliniques de genre en charge des chirurgies de transition sexuelle étaient des hommes. Le récit selon lequel les transsexuels étaient des personnes « piégées dans le corps du mauvais sexe » commençait à se faire entendre, et l’antidote à cet état consistait en la prise d’hormones du sexe opposé et ce qu’on appelait alors des « chirurgies de réassignation sexuelle ».

Quant aux causes du transsexualisme, deux écoles, respectivement psychologiques et biologiques, tentaient de les expliquer — les deux se basant en fin de compte sur le même modèle individualiste qui avait promu l’expression « dysphorie de genre » afin d’expliquer l’insatisfaction de genre ressentie par ceux qui s’identifiaient comme transsexuels. Les deux écoles situaient la cause du transsexualisme dans l’individu et en ignoraient les facteurs socio­politiques. Très peu évoquaient la hiérarchie du genre, les normes de la masculinité et de la féminité, en tant que facteur causal du transsexualisme.

Le fait de situer les causes du transsexualisme dans la psyché individuelle encourageait des types de traitements thérapeutiques qui mesuraient la conformité des transsexuels à l’aune du modèle traditionnel des rôles sociosexuels auxquels l’expression « identité de genre » se réfère aujourd’hui [en tout cas en partie, NdT]. Ces modèles thérapeutiques ont ouvert la porte à la prise d’hormones, aux chirurgies et au traitement intégral basé sur la capacité d’un transitionneur à « passer pour » le sexe opposé, laquelle était mesurée par des psychologues gardiens des stéréotypes de genre. Ce phénomène a généré une industrie du genre d’envergure internationale, avec ses hordes de psychiatres, chirurgiens, chirurgiens esthétiques, endocrinologues, gynécologues et urologues au service de ceux qui avaient besoin d’aide afin de passer pour l’autre sexe, tant convoité, qui avaient besoin d’aide, autrement dit, pour se conformer aux rôles sexuels patriarcaux. C’est ce conglomérat que j’ai qualifié d’« empire transsexuel ».

J’ai aussi exposé, dans ce livre, le fait qu’en dépit du soulagement que pouvaient offrir les hormones et les chirurgies à ceux qui souffrent d’un cas sévère d’allergie à la rigidité des uniformes socio­sexuels de la société patriarcale, ces traitements n’avaient rien à offrir aux millions de femmes qui, elles, ne pensent pas être dans le mauvais corps, mais dans la mauvaise société. Le modèle médical encourage les individus souffrant de « dysphorie de genre » à se changer eux-­mêmes au lieu de changer l’environnement patriarcal qui impose des rôles rigides sur la base du sexe. Le modèle médico-­pharmaceutique est devenu un instrument de contrôle et de modifications comportementales, un modèle qui encourage immanquablement les personnes atteintes de dysphorie à troquer un stéréotype de genre pour un autre, renforçant ainsi, au travers de son adhésion aux stéréotypes de genre, la fabrique de notre société sexiste.

Si les transitionneurs engagés dans des interventions de « réassignation de sexe » étaient alors majoritairement des hommes, je suspectais que le transsexualisme, de même que le transgenrisme, sa plus récente occurrence, risquait de changer la vie des femmes en promouvant leur effacement ainsi que l’emploi de nouveaux termes, rabaissant et offensant, pour les qualifier.

[…]

Janice Raymond

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