PENILE IMPERIALISM (IMPÉRIALISME PÉNIEN), INTRODUCTION

[Note du traducteur: Au fil du temps, différentes choses m’ont amené à m’intéresser à une problématique majeure à laquelle j’étais, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, largement aveugle. Et à laquelle la quasi-totalité des hommes sont largement aveugles et/ou insensibles (ce qui constitue le principal facteur à l’origine de ladite problématique, dans laquelle les hommes sont le problème). Les hommes ont des préoccupations plus masculines, à droite comme à gauche, y compris dans le milieu militant et à l’extrême gauche, où il est mieux vu de soutenir les droits des trans que ceux des femmes. Quoi qu’il en soit, je suis en train de lire Penile Imperialism, un très bon (et très édifiant) livre de Sheila Jeffreys, ex-enseignante de sciences politiques à l’université de Melbourne, autrice et historienne féministe, paru au mois d’août de cette année chez Spinifex Press. Il serait bon qu’il soit publié en français. En attendant qu’une maison d’édition s’y intéresse, je vais tâcher d’en traduire un morceau quotidiennement (ou en tout cas régulièrement), en commençant du début et en espérant tenir jusqu’à la fin. Voici le premier fragment.]

Nicolas Casaux, sur sa page FB

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➡ Dans mon livre Gender Hurts (non traduit, « Le genre et ses ravages », 2014a), je critiquais le mouvement des droits des « transgenres » et son effet nuisible sur les droits des femmes. Dans les années qui ont suivi sa publication, ce mouvement, que j’analyse comme un mouvement de promotion des droits sexuels des hommes, a considérablement gagné en impact au niveau international, faisant reculer les droits des femmes. En réaction, un nouveau mouvement féministe s’est développé afin de contester les prérogatives que les hommes cherchent à s’arroger. Les gains obtenus par les militants des droits des hommes reposent sur le mythe selon lequel les hommes qui adoptent ce qu’ils considèrent comme des comportements féminins sont motivés par une sorte d’essence de genre ou d’« identité de genre » dont ils ont hérité et qui fait d’eux une catégorie de personnes opprimées.

Il n’est pas encore suffisamment compris que ce mouvement en faveur des droits des hommes a été initié et créé pour servir les intérêts de travestis, d’hommes qui éprouvent une excitation sexuelle masochiste en imitant l’oppression des femmes. Dans ce livre, je resituerai le travestisme dans l’histoire de la libération de la sexualité masculine qui a débuté avec la révolution sexuelle, afin de clarifier la motivation sexuelle du comportement qui a conduit à une situation dans laquelle le mot femme lui-même se trouve effacé du langage. Le travestisme, à l’instar d’autres formes de ce que les sexologues appelaient autrefois des perversions sexuelles et nomment désormais, par politesse, des « paraphilies », est une expression de ce que j’appelle ici le droit sexuel masculin.

Dans ce livre, je soutiens que les femmes vivent sous un impérialisme pénien, un régime dans lequel les hommes sont supposés avoir un « droit sexuel » d’accès au corps des femmes et des filles, un régime dont les contours sont élaborés par les sexologues (les scientifiques du sexe), qui est protégé par les gouvernements et la loi, et qui se perpétue culturellement. L’impérialisme pénien est un règne de terreur dans lequel les hommes exercent leur droit sexuel d’une manière qui porte profondément atteinte aux droits humains des femmes et des filles à la vie privée et à la dignité, à la liberté de mouvement et d’expression, à la représentation politique, à de justes opportunités et même à leur vie. Ce règne de la terreur est imposé par la violence masculine (Romito, 2008). Il s’illustre dans le fait que les femmes qui se rendent à pied au travail ou à la maison le soir doivent être attentives à la possibilité qu’un homme les enlève et les assassine. Dans le cas de Sarah Everard, au Royaume-Uni, en 2021, cet homme était un officier de police en service (Hawley, 2021).

Le fait que le comportement des femmes est façonné par la terreur était autrefois bien établi parmi les théoriciennes féministes radicales. Dee Graham, par exemple, dans son livre sur la similitude entre la psychologie des femmes et la condition psychologique des otages, le « syndrome de Stockholm sociétal », explique que la terreur est à la base de nombreux comportements féminins, y compris du besoin de ne pas consciemment percevoir cette terreur, qui constitue une stratégie de survie (Graham, 1994). Aujourd’hui, le règne de la terreur se manifeste dans le comportement des « incels », des célibataires involontaires, qui se vengent sur les femmes parce qu’elles n’ont pas su apprécier leurs charmes sexuels, et qui ont assassiné plus d’une centaine de femmes et quelques hommes ces dernières années (Bates, 2020). Le mouvement incel est de plus en plus perçu, par les agences gouvernementales, comme une forme de terrorisme (Gouvernement du Texas, 2020).

La sexualité de la domination masculine crée un régime de violence et d’abus qui contraint la vie des femmes, à la maison comme dans l’espace public. Elle façonne l’allure de nos rues (Rosewarne, 2014), la manière dont les femmes peuvent s’habiller et avoir des relations, et constitue le moteur d’une « culture du sadisme » (Barry, 1984) au sein de laquelle les femmes doivent vivre, travailler et voyager. Dans ce livre, je soutiens que la « révolution sexuelle » des années 1960 et 1970 a initié une libération sexuelle spécifiquement masculine, en faisant naitre chez un certain nombre d’hommes une pulsion selon laquelle ils devaient et pouvaient légitimement réaliser leur « liberté sexuelle », une liberté qui implique généralement la possibilité d’utiliser sexuellement les femmes et les enfants. De l’industrie mondiale du sexe aux relations sexuelles forcées au sein des relations, en passant par le harcèlement sexuel et les meurtres sexuels, jusqu’aux mouvements de libération créés par les paraphiles sexuels, ce livre détaille la manière dont l’expression du droit sexuel masculin crée un monde effrayant et exploiteur dans lequel les femmes doivent lutter pour se frayer un chemin.

Ce livre se fonde sur l’idée selon laquelle la forme que revêt la sexualité masculine est socialement construite à partir des relations de pouvoir issues de la domination masculine. La sexualité masculine est une sexualité de classe dominante. L’exercice ordinaire de la sexualité masculine est considéré comme naturel et inévitable, et soutenu par la science, la médecine, la loi et la culture. J’examinerai les manières les plus communes dont les sexologues, les scientifiques du sexe, ont expliqué le comportement sexuel masculin, lui prêtant une origine biologique ou le présentant comme le résultat des relations problématiques qu’ont les hommes avec leurs mères.

La condition des femmes dans les sociétés occidentales s’est améliorée à bien des égards au cours des cinq décennies examinées dans cet ouvrage. Une révolution sociale et économique a permis aux femmes d’accéder au marché du travail, aux parlements et aux gouvernements dans une mesure inimaginable à l’époque de la révolution sexuelle des années 1960. Je ne traiterai pas de cette révolution. Je me pencherai plutôt sur le domaine dans lequel il y a eu le moins d’évolutions positives : la sécurité des femmes face aux agressions sexuelles et aux meurtres à la fois au sein de leur foyer et dans les espaces publics. En la matière, on constate une régression considérable plutôt qu’un progrès. Ce que je me propose de montrer.


Sheila Jeffreys

Une réflexion sur “PENILE IMPERIALISM (IMPÉRIALISME PÉNIEN), INTRODUCTION

  1. A tout bout de champs des polémiques… Qui, même si elle partent de constats desolants, n’aboutissent qu’à des mises en cause…
    L’égalité homme-femme… Une utopie en marche, qui boîte !
    Les droits des femmes… Bafoués.
    Les droits des hommes… Bafoués.
    Les droits de leurs enfants… Bafoués.

    Il est deux mots que je n’entrevois guère en ces discours qui démarquent bien la division, volontairement générée, qui règne actuellement entre les hommes et les femmes :
    COMPLÉMENTARITÉ ET AMOUR…
    NE SOMMES-NOUS QUE DES TROUS OU DE BITES SUR PATTES ?
    Pardonnez la trivialité, mais à part les relations dominants/dominés, le pouvoir, l’argent et le sexe… RIEN…
    L’essentiel est occulté…

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