« Tante, il va me tuer! » : La femme assassinée alors que la police lui demandait un document.

Après une série de menaces et d’agressions de la part de son mari, Raneem Oudeh et sa mère ont été brutalement assassinées dans un prétendu « crime d’honneur ». Comment cela s’est-il produit ?

Par Julie Bindel 31 Octobre 2022, The Telegraph

« Raneem s’épanouissait. Elle était belle, très intelligente, drôle et joviale. »

Lorsque Raneem Oudeh a migré de Syrie pour rejoindre sa mère Khaola Saleem au Royaume-Uni en 2014, elle était pleine d’espoir pour l’avenir. Réunie avec sa famille aimante qui s’était installée à Solihull, Raneem avait hâte d’apprendre l’anglais et de se lancer dans une carrière. Elle se sentait en sécurité, ayant échappé à un pays déchiré par la guerre.

Quatre ans plus tard, à l’âge de 22 ans, elle est morte.

Le mari de Raneem, Janbaz Tarin, a assassiné à la fois sa femme et sa mère, après une horrible succession de violences conjugales envers Raneem. Lorsqu’ils se sont mariés en avril 2017, Tarin, un musulman afghan, avait prévenu Raneem : « Le divorce n’existe pas dans notre culture. Le jour où tu seras libre de moi est celui où je te tuerai. »

Seize mois plus tard, le 27 août 2018, Tarin a mortellement poignardé Raneem et sa mère dans ce qui était clairement un « crime d’honneur ». Comme l’explique la Dre Hannana Siddiqui, du groupe Southall Black Sisters : « Les croyances religieuses et culturelles ultra conservatrices de Janbaz considéraient les femmes comme la propriété des hommes. Il aurait considéré ces meurtres comme la restauration de son soi-disant « honneur » après le refus de Raneem de se plier à sa volonté. »

L’enquête sur ces meurtres s’ouvre aujourd’hui [lundi 31 octobre]. Nour Norris, qui était la tante de Raneem et la sœur de Khaola, est l’un des témoins de l’enquête.

Je rencontre Nour à son domicile du quartier de Solihull, à Birmingham, où elle me parle de sa nièce : « Raneem s’épanouissait. Elle était belle, très intelligente, drôle et joviale. »

Raneem et Tarin se sont rencontrés lors d’un cours d’anglais au Solihull College, peu après l’arrivée de celle-ci au Royaume-Uni. Il a essayé de la harceler pour qu’elle sorte avec lui, mais elle a refusé. Le comportement de Tarin est alors devenu si menaçant et obsessionnel qu’en 2015, Raneem l’a signalé au collège. Il a été suspendu pour défaut d’assiduité.

« Je pense que c’est alors qu’il a décidé qu’elle allait devenir l’une de ses possessions », dit Nour.

Janbaz Tarin a assassiné son épouse alors qu’elle était au téléphone avec la police.

La famille de Raneem a organisé un mariage islamique (religieux et non contraignant) avec un autre homme dans l’espoir que cela mette fin à son harcèlement par Tarin. Elle est tombée enceinte mais la relation a pris fin avant la naissance de leur fils.

En 2016, Tarin a recommencé à poursuivre Raneem de ses avances – et elle a cédé. « Elle était déprimée et seule avec un bébé, raconte Nour. Tarin lui a d’abord montré de l’amour, puis lui a dit « Tu sais, je peux te faire du mal, à toi et à ta famille, si jamais tu me quittes ». »

Raneem et Tarin se sont mariés en avril 2017 et ont emménagé dans l’appartement de Raneem. Sa famille n’était pas heureuse de cette union, considérant que Tarin était trop contrôlant et obsessionnel, mais Raneem avait été broyée par son harcèlement et se sentait stigmatisée par son statut de parent isolé.

« Nous avons appris plus tard que la détermination de Raneem [à consentir au mariage] était fondée sur la peur qu’elle avait de lui », explique Nour.

Pendant toute la durée du mariage, Tarin a violé, agressé violemment et contrôlé Raneem de manière coercitive. Bien qu’il n’ait jamais été arrêté ou inculpé, la police avait été informée d’une série d’incidents violents et de menaces de mort de sa part envers Raneem. Il y a également eu de nombreux appels à la ligne d’urgence concernant des violences conjugales, mais la police prenait peu de mesures à cet égard.

Deux mois après leur mariage, un agent du service du logement communautaire a effectué une visite de routine à l’appartement et a remarqué des ecchymoses sur Raneem et son fils. Terrifiée à l’idée que Tarin devienne encore plus violent si elle révélait les violences subies, Raneem a prétendu que ces blessures étaient le résultat d’un accident.

Quelques semaines plus tard, la police a été appelée par un voisin qui a déclaré avoir entendu des adultes crier et un enfant pleurer. Mais Raneem et Tarin ont dit à l’agent que rien de fâcheux ne s’était produit et aucune mesure n’a été prise. En octobre 2017, à la suite d’une blessure à la main qui, selon elle, a été causée par un accident, Raneem s’est rendue à l’hôpital, mais aucune inquiétude n’a été notée par le personnel.

En décembre 2017, Tarin a annoncé qu’il devait se rendre en Afghanistan pour renouveler son passeport, mais Raneem s’est méfiée. Elle a parlé au père de Tarin qui lui a dit que son fils était marié avec trois enfants et que sa première femme attendait un autre bébé. Elle a également découvert qu’il lui avait volé toutes ses économies – 2 000 £ – pour ce voyage.

« C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, dit Nour. C’est là qu’elle a décidé de le quitter pour de bon. »

Nour Norris : « La douleur est comme un mal de dents constant. »

Raneem a emménagé chez sa mère et, lorsque Tarin est revenu au Royaume-Uni en janvier 2018, il a continué à la harceler, exigeant qu’elle lui revienne.

Dans le cadre de sa campagne d’intimidation, Tarin a envoyé à Nour une photo de son avant-bras sur lequel il avait gravé le nom de Raneem. « Quand je lui ai montré, elle est immédiatement revenue vers lui, raconte Nour. Raneem a compris que c’était un message qu’il lui adressait, que s’il était capable de se faire ça à lui-même, alors que pouvait-il lui faire ? »

« Je me souviens qu’elle m’a dit « Tante, je crois que mon heure arrivera bientôt – il va me tuer », » se souvient Nour.

Finalement, Raneem a pris la décision courageuse de demander une ordonnance de non-molestation (ONM), accordée par le tribunal dans les cas de violence conjugale afin d’empêcher tout nouvel harcèlement et intimidation. Cette ordonnance, qui prévoit un pouvoir d’arrestation par la police en cas de violation et une peine de prison maximale de cinq ans, a été signifiée à Tarin le 17 août. Pendant quelques jours, il est resté à l’écart. 

« Raneem et ma sœur étaient très heureuses, très contentes qu’il semblait les laisser tranquilles », raconte Nour.

Mais l’avocat de Raneem ayant tardé à afficher l’ordonnance, celle-ci n’avait pas été officiellement traitée au moment où les meurtres ont été commis.

Le Centre for Women’s Justice, une organisation caritative à mandat juridique qui a soutenu et défendu la famille, a déposé une super-plainte contre les services de police en 2019, soulignant les échecs généralisés de la police à prendre des mesures dans les cas où un agresseur dérogeait à un ONM. Dans un certain nombre de ces cas, des femmes étaient mortes aux mains de l’agresseur.

Le jour des meurtres, Khaola et Raneem se sont rendues dans un bar à chicha local pour rencontrer une amie. Les caméras de vidéosurveillance ont filmé Tarin passant devant l’établissement en voiture à plusieurs reprises avant qu’il ne s’approche de Raneem et l’agresse. Lorsque Khaola est intervenue, elle a également été attaquée.

Après avoir été éjecté du bar à chicha, Tarin a ensuite été vu en train de simuler un égorgement. Les femmes ont décidé de retourner à l’appartement de Raneem car, bien qu’elles aient appelé la police depuis le salon de chicha, les suppliant d’arrêter Tarin pour violation de l’ONM, celle-ci n’est pas venue.

Khaola Saleem, 52 ans, a perdu la vie en essayant de protéger sa fille.

Les femmes se sont rendues en voiture à l’appartement de Raneem, terrifiées à l’idée qu’il vienne les chercher, et, découvrant qu’elles n’avaient pas les clés, elles se sont garées à l’extérieur pendant que Raneem appelait la police à trois nouvelles reprises. Mais ils ne sont pas venus, conseillant aux deux femmes d’aller plutôt chez Khaola et de verrouiller les portes. Elles ont accepté, terrifiées, sachant que la police n’allait pas intervenir en cas d’urgence.

Alors que Raneem sortait de sa voiture chez Khaola, la police a appelé pour convenir d’une visite le lendemain matin. Raneem a demandé : « Est-ce qu’il va être enfermé ce matin-là ? », mais on lui a répondu qu’ils ne pouvaient pas le faire tant qu’ils n’avaient pas consulté l’ONM. Alors que Raneem parlait encore à la police, Tarin l’a attaquée, et l’agent a entendu ses cris d’agonie.

« [Khaola] avait déjà atteint la porte, a déclaré Nour. Mais elle a fait le choix de courir jusqu’à sa fille pour essayer de la protéger. » Tarin a retourné le couteau contre elle et, lorsque la police est arrivée quelques minutes plus tard, les deux femmes étaient mortes.

Tarin a fui la scène mais a été arrêté trois jours plus tard, sous deux chefs d’accusation de meurtre. Il a plaidé coupable et, en décembre 2018, a été condamné à la prison à vie et incaréré pour un minimum de 32 ans.

Mais pour Nour, sa vie a été dévastée. « La douleur est comme un mal de dents constant », dit-elle, en ajoutant qu’elle veut s’impliquer davantage dans la campagne pour mettre fin à la violence conjugale une fois l’enquête terminée. « Je veux que quelque chose advienne de cette terrible tragédie, dit-elle. Je veux empêcher que cela n’arrive à d’autres femmes. »

Julie BINDEL

Version originale: https://12ft.io/proxy?q=https%3A%2F%2Fwww.telegraph.co.uk%2Fwomen%2Flife%2Fauntie-will-kill-woman-murdered-police-asked-paperwork&fbclid=IwAR0RlmPU1f931-FjLFbsIdogNapD47lCiBK921Y7RXl6OmyEVIv3ycsMgDc

Traduction : TRADFEM

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