Julie Bindel : Les femmes ne devraient pas avoir à toujours être sur le qui-vive. C’est aux hommes d’en finir avec la violence masculine

[article de Julie Bindel publié en mars 2021, traduit sur le blog Scènesdelavisquotidien.com]

La disparition et le meurtre présumé de Sarah Everard ont mis en lumière la façon dont la vie des femmes et des jeunes filles est entravée par la peur et la réalité de la violence masculine. La violence létale contre les femmes est aussi régulière qu’elle est horrible. Tous les trois jours, en Angleterre et au Pays de Galles, une femme est tuée par son ancien ou actuel partenaire à la suite de violences domestiques, et nous vivons aujourd’hui dans une société imprégnée de misogynie et de droit phallocrate, où la pornographie hardcore est considérée comme un « divertissement » et où les filles sont bombardées de propagande sur les joies de l’étranglement durant les rapports sexuels.

Il est relativement rare de se faire enlever dans la rue, mais malgré tout, les femmes restent dans un état d’anxiété constant face à la violence masculine. Il n’y a rien d’étonnant à cela : la plupart d’entre nous sommes éduquées à nous considérer seules responsable de notre propre sécurité. Nous vivons dans une culture de culpabilisation des victimes, où l’on s’intéresse davantage à notre façon de nous habiller et à notre consommation d’alcool qu’aux raisons qui expliquent pourquoi les hommes commettent des crimes aussi odieux à notre encontre.

Les hommes sont majoritairement les auteurs de crimes violents et sont aussi majoritairement les victimes de crimes violents, mais perpétrés par d’autres hommes. Ce fait est souvent utilisé contre les féministes lorsque nous parlons de l’ampleur et de la prévalence des abus sexuels et domestiques, mais le féminicide – le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme – se nourrit de la haine des hommes envers les femmes.

La peur du viol et des violences létales est une chose que toutes les femmes de la planète connaissent. Il y a nulle part où nous nous sentons totalement en sécurité. Le foyer est l’endroit le plus dangereux pour les femmes puisque c’est là que la plupart des violences ont lieu, mais comme elles se produisent derrière des portes closes, elles peuvent souvent être considérées comme une affaire interpersonnelle privée, et engageant encore moins l’intervention de l’État. Le nombre de viols et d’agressions sexuelles commis quotidiennement est ahurissant, et pourtant la grande majorité d’entre elles ne sont pas signalées et restent impunies. Actuellement, moins de 1 % des viols signalés à la police aboutissent à une condamnation.

Une enquête commanditée par la coalition End Violence against Women en décembre 2018 a révélé que plus d’un tiers des plus de 65 ans ne considèrent pas les rapports sexuels maritaux forcés comme des viols, de même que 16 % des personnes entre 16 à 24 ans.

Avec de telles approches, les dés sont pipés contre les femmes, trop souvent considérées comme « l’ayant bien cherché », en partie parce que les hommes qui commettent ces crimes ne sont presque jamais traduits en justice. En fait, il apparaît qu’on s’efforce davantage d’excuser le viol que de condamner les violeurs.

La violence masculine est devenue si normalisée que nous en arrivons presque à l’accepter. Qu’il s’agisse d’un violeur rôdant dans les rues, d’un nouveau cadavre de femme découvert à son domicile, ou d’un prédateur sexuel s’attaquant aux filles en ligne, il est évident que la violence masculine est une pandémie mondiale.

On m’a dit que ce sont les féministes, et non les hommes, qui créent la peur chez les femmes en faisant croire que des hommes sont en permanence accroupis dans des ruelles, à attendre de violer et de tuer. Ce sont donc les féministes qui restreignent la vie des femmes et les empêchent de vivre en tant que citoyennes libres et égales. Dans ce domaine, les violeurs et les meurtriers ne jouent apparemment aucun rôle.

Ce serait une hérésie de restreindre la liberté des hommes, alors à la place nous limitons le peu d’espace public disponible pour les femmes à qui l’on dit de « faire preuve de prudence ». Pourquoi devrions-nous nous dépêcher de rentrer chez nous le soir avec nos clés serrées entre nos doigts ? N’est-il pas injuste que ce soient les femmes qui doivent être constamment vigilantes ? J’en arrive à tenir compte des façons de réduire le risque d’agression lorsque je choisis comment rentrer chez moi après une soirée. Devrais-je vraiment prendre un taxi seule quand j’ai bu, par exemple ?

Il y a des choses que les hommes peuvent faire s’ils se soucient des femmes qui vivent dans la peur. Par exemple, comme a twitté Stuart Edwards – qui vit près de la zone où Everard a disparu – : « A part de donner autant d’espace que possible dans des rues plus calmes et où l’on peut garder le visage découvert, y a-t-il autre chose que les hommes peuvent raisonnablement faire pour réduire l’élément anxiété/frayeur ? »

À l’heure où j’écris ces lignes, ce tweet a été liké 16 000 fois et retweeté 2 000 fois. La question naïve d’Edwards a eu un tel retentissement car, ici je présume, il est tellement rare que les hommes se préoccupent des craintes bien fondées des femmes.

La violence masculine est un problème auquel les hommes doivent s’atteler. Les femmes ne sont pas victimes de violences parce qu’elles rentrent seules chez elles le soir, ni à cause de leur comportement ou de leurs choix. Les violences surviennent parce que les hommes choisissent de commettre ces crimes contre nous. Et il est grand temps de se concentrer sur les auteurs de ces crimes.

Version originale : https://www.standard.co.uk/comment/julie-bindel-women-vigilant-male-violence-men-fix-b923532.html?fbclid=IwAR2St2XDGtW2LKOJAV3C-zMBZoDMaJjh1iUbRyVeKmi6ZJ2VyFe5GeSPV2U

Traduction : Yeun L-Y pour TRADFEM

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