Gender Hurts, chapitre 4 – Sheila Jeffreys a décrit la vie des femmes dans la vie des hommes transidentifiés

« J’aurais tout aussi bien pu être une tache de sauce sur la table »

Texte co-écrit avec Lorene Gottschalk

NDT: La philosophe féministe australienne Sheila Jeffreys a publié en 2014 un ouvrage préfigurant les ravages que l’idologie genriste a généralisés aujour’dhui.

Notre amie Audrey Aard en a traduit un chapitre clé.

Le phénomène du transgenrisme est généralement discuté comme une quête héroïque individuelle des gens qui s’engagent dans un processus de transition. L’on ne fait mention des proches de ces personnes (partenaires, épouses, petites amies, mères, enfants, collègues de travail) que pour marteler l’importance de leur soutien inconditionnel aux transgenres. En réalité, le transgenrisme inflige de graves préjudices à la famille et aux proches des personnes transgenres. Même si des femmes comme des hommes s’engagent dans le transgenrisme, les proches qui en souffrent le plus sont dans les deux cas des femmes : leurs épouses, partenaires et mères.[1] L’on ne rencontre nulle mention des partenaires masculins dans la littérature scientifique, ce qui nous laisse à penser qu’ils sont très peu nombreux. La littérature de recherche sur cet aspect du phénomène transgenre est d’ailleurs très rare, aussi nous utiliserons à cette fin des écrits d’épouses et de partenaires d’hommes ayant transitionné, ainsi qu’un entretien avec une de ces femmes[2].

         Nous utiliserons donc ces écrits et cet entretien pour rendre compte de la manière dont les vies de ces femmes sont affectées par le transgenrisme de leur partenaire. Les épouses des hommes qui transitionnent et les partenaires des lesbiennes qui le font, ainsi que les mères, décrivent chacune des expériences similaires. Souffrances psychologiques, regrets, deuil, exclusion sociale, humiliation et problèmes financiers font partie du tronc commun de ces expériences. Ce chapitre sera ainsi consacré aux épouses, aux partenaires (femmes) et aux mères des hommes qui décident de changer de sexe*.

[*NdLT : il est impossible de changer de sexe. Jeffreys entend par là les hommes qui effectuent une transition sociale, avec ou sans médicalisation, c’est-à-dire qui se travestissent en public et parfois vont prendre des hormones de synthèse et subir des opérations cosmétiques féminisantes (pénectomie et double orchidectomie, aménagement d’une cavité au bas-ventre, augmentation mammaire, etc.]

Travestissement et transgenrisme

Les époux qui décident de changer de sexe ont souvent des précédents en travestissement. En raison de la visibilité et de l’influence grandissante sur Internet et dans les médias en général des possibilités de transgenrisme, ces hommes qui ont des partenaires et des épouses, et qui jadis se seraient contentés de travestissements occasionnels, se mettent aujourd’hui à transitionner (Lawrence, 2007). Par conséquent, il n’y a plus de frontières distinctes entre les pratiques de travestissement et de transsexualisme, maintenant rassemblées sous le terme parapluie de transgenrisme. Comme le fait remarquer Virginia Erhardt dans la présentation à son recueil de récits d’épouses de travestis et de transsexuels, ces pratiques ne constituent pas des catégories distinctes de « dilemmes remarquables de l’identité de genre » et s’inscrivent au contraire dans un continuum. Le recueil d’Erhardt s’ouvre sur les histoires de femmes dont les époux ne sont jamais allés plus loin qu’un travestissement occasionnel, pour se terminer sur les histoires de femmes dont les époux sont allés jusqu’à la transition médicale. Les similitudes frappantes entre les souffrances causées aux épouses et partenaires — tous cas confondus — confortent l’idée que nous nous trouvons bien en présence d’un seul et même phénomène.  Le problème cruel qu’éprouvent ces épouses de travestis est qu’elles doivent vivre en sachant qu’à un moment donné, leur partenaire peut commencer à vivre à plein temps comme ce qu’ils imaginent être des « femmes », ce qui risque d’imposer à leur épouse un état d’hypersensibilité et de stress permanent (Erhardt, 2007).

         Les travestis exposés aux contenus transgenristes en ligne par le biais de la communauté transgenre sur Internet sont plus à même de développer un désir allant au-delà du travestissement que lorsqu’ils ne sont pas exposés à de tels contenus. Helen Boyd, qui a publié deux livres sur le travestissement et produit avec son mari, Betty, une série de conférences à ce sujet, en explique l’évolution. Elle dit qu’après la publication de son livre My Husband Betty (Mon mari Betty), le mouvement transactiviste a immédiatement pris contact et mis le couple sous son égide. C’est alors que Betty a commencé à s’orienter vers la possibilité d’une transition : « Nous avons réalisé à ce moment que l’exploration de sa part féminine était un peu comme la boîte de Pandore qui, une fois ouverte, ne peut plus être refermée » (Boyd, 2007 :9). Boyd décrit sa situation en ces termes : « vivre avec quelqu’un qui a l’air d’avoir transitionné, et qui semble vouloir transitionner, mais ne l’a pas encore fait, c’est un peu comme vivre avec un syndrome de stress post-traumatique et être constamment sur le qui-vive, dans l’expectative de l’annonce, dans l’attente de la crise » (Boyd, 2007 :251). Rester dans un mariage qui « induit quotidiennement en nous une réponse de “fuite ou de combat” n’est pas une situation qui conduit au bonheur sur le long terme », dit-elle.

Héros de leurs propres vies.

La majorité de la littérature sur transgenrisme présente le processus de transition comme l’épopée d’individus en recherche d’eux-mêmes (Lev, 2004). Malheureusement, les partenaires, épouses et mères des transgenres subissent les impacts négatifs de ces aventures épiques. Si les transgenres se posant en héros de leur propre vie, les femmes qu’ils laissent ne partagent pas forcément cet enthousiasme. Christine Benvenuto compare le comportement de son mari à une quête héroïque : « Il perçoit la vie comme un récit épique de libération semblable à l’Exode d’Égypte » (Benvenuto, 2012a :22). Le récit de sa vie avec son mari transgenre, Sex Changes, a été accueilli en 2012 par une campagne de diffamation visant à la réduire au silence. Aux yeux des « fans » de son époux, celui-ci est, dit-elle, un « martyre, un saint patron, Notre Dame de la Variance du Genre. Dans la Vallée du Politiquement Correct[3], il s’attendait à une approbation et l’a obtenue » (Benvenuto, 2012a :237). Dans une conférence qu’il donna à leur synagogue, il « se présenta comme un héros » (Benvenuto, 2012a :259). Le rôle de l’épouse en relation avec le héros n’est pas d’émettre un point de vue critique et moins encore d’être un obstacle à sa quête, mais bien de demeurer à son service.

         Cependant, une nouvelle littérature clinique se développe et reconnaît les effets néfastes que la transition des hommes fait peser sur les femmes de leur vie. Jusqu’à très récemment, la littérature sur le transgenrisme excluait l’expérience des partenaires. Il s’agissait d’une littérature « centrée sur les TI » – TI signifiant « transidentifiés » selon les thérapeutes familiaux Donna Chapman et Benjamin Caldwell (Chapman and Caldwell, 2012 :37). Mais les partenaires et l’entourage familial des transgenres ne peuvent pas choisir d’être affectés ou non par le transgenrisme de ces hommes, car « les personnes TI ne font pas leur coming-out que pour elles-mêmes. Elles ne peuvent pas se contenter de rester au placard lorsqu’elles souhaitent actualiser leur sentiment d’identité » (Chapman and Caldwell, 2012 :39). Les familles n’ont pas d’autre choix que « de faire avec, qu’elles le veuillent ou non, et elles ont jusqu’ici été considérées comme étant extérieures au processus d’évaluation et de traitement de leur partenaire TI. Leurs besoins ont été marginalisés » (Ibid.). En réalité, un homme travesti n’a absolument aucun intérêt à annoncer son transgenrisme sans un public pour y assister, et la présence des membres de leur famille est susceptible d’être requise comme tout premier public, quelle que soit leur réticence à cet égard. La majorité des thérapeutes qui travaillent avec les transgenres, dont certains se sont fait une spécialité dans le domaine, adoptent le point de vue héroïque de leurs clients en ignorant les souffrances engendrées chez les partenaires, de peur d’entacher ce récit héroïque. Lisa Chase analyse la situation en ces termes : les médecins et compagnies d’assurances se confortent à penser que la transition est un processus thérapeutique pour les personnes transgenres. Dès lors, et dans cette perspective, « la simple idée que les partenaires des transgenres expriment clairement leur détresse et leur besoin de soutien psychologique représente un trop grand risque, celui de compromettre la capacité des trans à réussir leur transition », par exemple, en remettant en question le bien-fondé de leur demande de remboursement de la procédure à leur régime d’assurance-maladie (Chase, 2011 : 430).

         Arlene Lev est une thérapeute qui souscrit au récit de la quête héroïque de ses clients et qui ne manifeste que très peu d’empathie envers les souffrances des épouses. Son livre, Transgender Emergence (2004), présente un cadre de soutien thérapeutique pour les transgenres et leur entourage familial. Lev est absolument positive quant à ce que les partenaires ont à gagner à soutenir les transgenres. Elle explique que, traditionnellement, les thérapeutes attendaient de l’homme qu’il quitte sa femme, « sans jamais regarder la situation sous l’angle opposé et se demander si l’épouse pourrait être capable d’évoluer suffisamment pour soutenir les “besoins” transgenres de leur mari » (Lev, 2004 : 16). Les « besoins » de ces femmes ne sont en revanche pas reconnus. Elle encourage les thérapeutes des épouses et compagnes à envisager que « le fait d’avoir un partenaire transgenre pourrait être quelque chose de fascinant, d’excitant et de désirable » (Lev 2004 :17). Or, dans leurs récits, les partenaires et compagnes en question sont très loin de partager un tel optimisme (Benvenuto, 2012a ; Erhardt, 2007). Elles doivent au contraire lutter et survivre avec le traumatisme de voir leur vie entière s’écrouler.

         Virginia Erhardt, autre thérapeute spécialisée dans le soutien aux personnes transgenres, est à peine plus empathique envers les épouses que Lev. Erhardt a publié son recueil de témoignages des femmes parce qu’elle a reconnu que les partenaires et épouses de ces hommes avaient besoin de soutien : « Les femmes qui sont nées femmes ont tellement été conditionnées à porter attention aux besoins de leurs maris dans cette situation (…) qu’elles en oublient souvent d’écouter leur propre voix. » Mais elle n’en est pas moins fermement attachée à l’idéologie transgenriste qui veut que les maris transgenres n’aient pas choisi de l’être, et elle promeut l’idée que les pratiques de travestissement des hommes n’ont rien à voir avec un choix ou un style de vie : « Il est extrêmement important pour une femme de se rappeler que la condition transgenre est involontaire. J’ai entendu de la part de femmes quittant leur mari, qu’elles étaient convaincues que ceux-ci faisaient le choix d’un “style de vie transgenre” par frivolité » (Erhardt, 2007 : 6). Leurs récits publiés dans ce recueil sont ceux de femmes qui sont restées auprès de leur époux et ont soutenu celui-ci dans sa quête transgenriste ; mais leurs histoires représentent des ressources utiles pour notre chapitre en ce qu’elles témoignent du grave état de stress dans lequel vivent ces femmes.

         La petite minorité des thérapeutes qui commencent à s’intéresser aux souffrances causées aux compagnes prennent au contraire très au sérieux ces préjudices. Chapman et Cladwell appellent cette souffrance « blessure d’attachement. » La blessure d’attachement est engendrée par un type particulier d’évènement impliquant « la violation ou la trahison de la confiance couplée à l’inaccessibilité du partenaire » (Chapman et Cladwell, 2012 :44). Ces thérapeutes expliquent que la partenaire d’une personne en transition connaît un changement de rôle et d’identité « imprévu et incontrôlable » Chapman et Cladwell, 2012 : 37), tandis que leur partenaire s’embarque dans une quête longuement anticipée et planifiée. En réaction à cette transition, les souffrances vécues par les partenaires laissées pour compte « répondent à la définition d’un traumatisme » (Chapman et Cladwell, 2012 : 43). Les blessures d’attachement fonctionnent, pour ces spécialistes, « à l’instar d’un syndrome de stress post-traumatique, du fait d’émerger sous forme de flash-backs traumatiques, de comportements d’évitement, d’hypervigilance et d’anesthésie émotionnelle, et sont en ce sens accablantes » (Chapman et Cladwell, 2012 : 45).

L’égocentrisme des transgenres

L’une des plus grandes sources de souffrances de ces femmes est l’égocentrisme de leur partenaire transgenre. Épouses et compagnes souffrent parce que les transgenres agissent comme si leur quête seule avait de l’importance. Ils ne prennent pas au sérieux les souffrances qu’ils causent ou ne voient pas le problème. Chapman et Cladwell observent que les personnes transgenres ont de la difficulté à entendre les souffrances causées chez leurs partenaires à cause du « profond égocentrisme inhérent au processus de transidentification » (Chapman et Cladwell 2012 :255). Helen Boyd cite une amie qui parle même d’un « autisme masculin » (Boyd, 2007 : 255). L’une des épouses du recueil d’Erhardt fait une remarque semblable au sujet de son époux transgenre : « Dès le début de la transition, il n’était question que des rêves de Bobbi, de ses désirs et de ses besoins » (Erhardt, 2007 :120). Le transgenrisme des hommes est une prérogative masculine qui ne doit s’embarrasser d’aucune préoccupation étrangère. Les recherches sur les hommes agresseurs de conjointes dans d’autres contextes montrent qu’ils manifestent un même manque d’empathie (Harne, 2011).

         L’égocentrisme des hommes transidentifiés et leur manque d’empathie se reflètent dans la manière dont ils choisissent de faire leur coming-out à leurs femmes. La plupart des femmes interrogées par Erhardt (2007) n’étaient pas au courant des habitudes de travestissement de leur futur mari lorsqu’elles l’ont épousé. Elles les découvrirent après s’être mariées et parfois même, voire assez souvent, après 20 ans de mariage ou plus longtemps. Dans certains cas, comme celui de Benvenuto, le mari peut avoir mentionné une ou deux fois le travestissement au début du mariage, mais la femme était peu susceptible de prendre l’affaire au sérieux (Benvenuto, 2012a). Comme l’explique Benvenuto, elle ne pouvait pas savoir qu’il pouvait s’agir d’une activité qui s’intensifierait et aboutirait au transsexualisme plutôt que d’un passe-temps occasionnel. Les maris transgenres n’ont pas spécialement cherché à s’enquérir des sentiments de leur épouse lorsqu’ils ont décidé de révéler leur penchant.  

         La tactique qui consiste à apparaître entièrement « accoutré en femme » devant une partenaire qui ne se doute de rien et en est profondément choquée semble être assez commune d’après ce qu’en disent plusieurs de ces femmes. C’est ce qu’a vécu la créatrice d’un site Internet dédié au soutien mutuel des femmes aux prises avec un mari travesti. Elle exprime de manière poignante la détresse psychologique qu’elle a alors ressentie (crossdresserswives.com). Au cours d’un dîner prétendument romantique avec son mari pour le réveillon du Nouvel An, celui-ci lui annonça qu’il avait quelque chose à lui dire, mais qu’il devait d’abord aller à l’étage parce que c’était plus facile de le lui montrer que de lui dire. Au bout de dix minutes, il réapparut dans son « accoutrement ».

         Enfin, il descendit notre extravagant escalier vêtu de sa longue robe de chambre de soie rouge habituelle. En silence, il s’assit à côté de moi et entrouvrit son vêtement. Je cessai de respirer sur l’instant — incapable d’inspirer ni d’expirer. J’étais paralysée. Quelque chose dans son regard acheva de me convaincre que ceci n’était pas une blague. Il était d’un sérieux mortel, portant mes bas de soie noire avec les porte-jarretelles assortis, des accessoires dont il m’avait recommandé l’achat avec beaucoup d’insistance. Je m’efforçai très fort de comprendre avec compassion l’homme que j’aimais qui me révélait maintenant son désir le plus cher — porter de la lingerie. Après ça, il a voulu faire l’amour. (Crossdressersunves.com)

         Elle laissa s’installer entre eux ce qu’elle appelle un « jeu sexuel » « parce qu’elle l’aimait suffisamment pour l’aider à vivre cet étrange fétiche », mais n’en trouva pas moins l’expérience « choquante, perturbante, dérangeante, triste et glauque. » Alors que pour lui, ce fut « la meilleure expérience sexuelle de toute sa vie », ce fut en revanche pour elle « de loin la pire expérience qui soit, la plus exacerbée et la plus effrayante, » une expérience qui lui rappela le viol subi lors d’un rancard à l’âge de 18 ans[4], « la seule autre fois où je me suis sentie aussi impuissante ». Dans les deux cas, ces « actes sexuels non désirés » la « traumatisèrent », car il s’agissait d’« abominations, d’actes de trahison qui me laissèrent définitivement (bien qu’en silence) souillée, violée et horrifiée » (crossdresserswives.com).

         Les femmes des hommes transgenres passent généralement par toute une gamme d’émotions lorsqu’elles découvrent le travestissement de leur mari. Leurs premières réactions vont de la perplexité et de l’incrédulité au choc, puis à l’embarras à l’idée que d’autres personnes l’apprennent (Erhardt, 2007). Dans le recueil d’Erhardt, les femmes ont éprouvé la sensation d’être violées ainsi que de la répulsion (Ibid.). L’une d’elles avait trouvé répugnante l’épilation intégrale de son mari et ne parvenait pas à s’y faire ; une autre dit s’être sentie physiquement malade. Parmi les autres réactions, on note un profond sentiment de solitude et l’impression de ne pas être à la hauteur, de l’insomnie et des pleurs fréquents, ainsi qu’un sentiment de rejet sexuel qui a conduit certaines des partenaires à un sentiment d’inadéquation sexuelle (Buxton, 2006). L’une des femmes de l’étude d’Erhardt décida, après une nuit blanche, qu’elle allait se suicider, même si elle ne le fit pas en fin de compte. La réaction générale des femmes qui ne savaient rien des habitudes de travestissement de leur époux avant le mariage fut de se sentir trahies par cette tromperie et de perdre confiance en lui (Ibid.). La compagne d’un homme transidentifié, interrogée pour le présent chapitre, décrit à quel point celui-ci se souciait peu de la souffrance qu’il lui causait :

         C’était comme si j’étais tombée au fond d’un trou. Il écartait mes questions avec des « Hé, du calme! Il faut toujours que tu fasses tout un plat pour pas grand-chose — personne ne sait de quoi demain sera fait. » J’ai ressenti que ma détresse et mes craintes étaient minimisées et rejetées. Je me suis sentie complètement seule.

Un problème de confiance

Certains témoignages suggèrent que l’intensité de la détresse vécue par les femmes et compagnes est exacerbée par le moment choisi par leur mari pour son coming-out. Les femmes qui étaient déjà au courant du penchant au travestissement de celui-ci avant le mariage, ou assez tôt dans le mariage, avaient pu se montrer plus tolérantes envers sa pratique, mais furent néanmoins choquées lorsque le travestissement évolua jusqu’au stade où l’époux commença à remettre en question son sexe biologique et à s’identifier en tant que transgenre plutôt que travesti (Erhardt, 2007). D’autres recherches indiquent cependant que le moment du coming-out importe peu, car les partenaires se sentent toujours trompées, incapables de refaire confiance à leur partenaire ou de croire à nouveau en sa parole, et même, d’avoir confiance en leur propre jugement (Buxton, 2006). Les femmes qui n’en avaient pas été informées avant leur mariage ont refusé d’accepter l’explication de leur mari, qui prétendait avoir gardé le « secret » par crainte d’être rejeté. Pour elles, leur mariage avait été « une supercherie fondée sur de la malhonnêteté » (Erhardt, 2007 : 34). L’une des femmes souligna qu’elle avait le droit de décider si elle voulait se marier avec un travesti ou non, et que « cette décision n’aurait pas dû être prise à ma place » Erhardt, 2007 : 51). Christine Benvenuto décrit sa propre expérience comme celle d’une profonde perte, les décennies passées avec son mari semblant soudain n’avoir été qu’un mensonge. Leurs souvenirs partagés n’avaient plus aucun sens :

         Vous perdez votre partenaire ainsi que l’accès à ses souvenirs… Il vous dit qu’il s’est fait passer pour votre partenaire, un          rôle fictionnel de son cru, et peut-être même de votre invention aussi, tout au long de la relation. Il vous dit en somme          que chacun de vos souvenirs doit être réécrit. (Benvenuto, 2012a : 84)

De fait, dit-elle, Tracey (son mari) lui a annoncé que « ces vingt dernières années de ma vie n’ont pas réellement eu lieu » (Benvenuto 2012a : 888).

         La trahison de la confiance peut s’étendre au comportement du mari envers ses enfants. Benvenuto explique que son mari s’est servi de leurs jeunes enfants comme personnages dans sa performance de genre, et qu’il a tenté de le lui cacher : « L’expérience qu’ont faite mes enfants de la transformation de Tracey et de la rupture de notre mariage remporte la palme de l’aspect le plus sordide de toute cette douloureuse histoire » (Benvenuto, 2012a : 119). Il s’est accoutré en femme devant la plus jeune alors qu’elle était bambine et, lorsqu’elle l’a dit à sa mère, il n’a rien trouvé à répondre sinon qu’il n’imaginait pas que la petite serait capable d’en parler (Benvenuto, 2012a : 80). Il a ensuite enrôlé dans ses pratiques leur fille de 8 ans, lorsqu’elle allait lui rendre visite : « Quand je vais voir papa, il me donne ses chaussures et ses bijoux pour que je les essaie. Je le coiffe aussi. Parfois, on se maquille » (Benvenuto, 2012a : 142). Au bout d’un certain temps, la petite n’a plus voulu aller le voir, refusant de rester seule avec lui parce qu’elle avait, disait-elle, peur de lui. Il explosait de rage, rapportait-elle encore, si elle refusait de jouer au travestissement avec lui : « Il me disait que je devais lui montrer comment être une fille… ! Il me disait qu’il n’avait jamais pu être une fille, donc il voulait savoir ce que c’était en passant par moi ! » (Benvenuto, 2012a :150). Le mari de Benvenuto, écrit-elle, plaçait les intérêts de leurs enfants au-dessous de sa propre satisfaction.

Violence psychologique

Le comportement problématique des maris transgenres peut aller bien au-delà d’un manque d’empathie pour la souffrance de leur partenaire et devenir plus violent. Dans le cas de Christine Benvenuto, l’une des formes de violences psychologiques exercées contre elle fut de l’accuser de désordre mental : « “Tu es malade”, me disait Tracey à la moindre de mes protestations devant n’importe quel aspect de son comportement. “Tu es une malade mentale. Personne sur terre ne pense comme toi. Tout le monde pense que ce que je fais est génial” » (Benvenuto, 2012a : 85). Il s’est également livré à d’autres types d’intimidations et de menaces. Un nouveau Tracey vit le jour, a-t-elle signalé, celui qui intimide et menace, qui fait fi de la loi et s’attend à ce que je le cautionne. Si Tracey était en train de devenir une femme, il n’avait jamais semblé aussi masculin — une brute tyrannique qu’il n’avait jamais été durant notre mariage » (Benvenuto, 2012a :70). Les menaces employées pour obtenir sa soumission comprirent entre autres celle de lui enlever ses trois enfants si elle le quittait. L’une des femmes citées dans le recueil d’Erhardt a repris son mari à la maison après qu’il ait été hospitalisé à deux reprises suite à une dépression. Celui-ci (dont elle parle au féminin dans son récit) s’est ensuite adonné à des violences psychologiques sous forme d’insultes : « En mai, elle a commencé à me dire tout ce que je faisais pour la blesser. Elle me disait aussi que je sentais mauvais, alors même que je sortais du bain, et que c’était désagréable quand je la touchais » (Erhardt, 2007 :10).

         Dans certains cas, les maris n’ont peut-être pas l’intention de faire du mal à leur épouse, mais leur comportement provoque néanmoins une grande détresse. L’un des problèmes rencontrés chez les femmes de travestis, par exemple, est que lorsque ceux-ci sortent du placard, leur femme et leurs enfants sont maintenant requis d’y entrer. Dans le recueil d’Erhardt, plusieurs épouses utilisent précisément cette métaphore, l’une d’entre elles déclarant à propos d’elle-même et de sa fille : « Je lui en veux surtout de nous avoir poussées dans un placard » (Erhardt, 2007 : 126). Elles se retrouvent sans aucun soutien, puisque l’on attend d’elles qu’elles sortent avec leur mari accoutré « en femme » sans rien en dire à personne, n’étant pas autorisées à révéler ce qui se passe à leur entourage. Un autre aspect problématique causant de la détresse émotionnelle chez les femmes a trait au sentiment que leurs maris veulent devenir « elles », de manière parasitaire, en s’emparant de leur persona. L’une des femmes le formule ainsi : « Parfois j’ai l’impression que Jane veut fusionner avec moi et je me sens engloutie » (Erhardt, 2007 : 165). Benvenuto relate le problème assez similairement : « Il ne voulait pas être avec moi, il voulait être moi » (Benvenuto, 2012a : 43). Une autre femme explique :

         Il y a des problèmes de territoires : le fait de partager non seulement mes vêtements et « ma » cuisine, mais aussi mon          nom et mon sexe. Il m’a fallu plus d’un an pour comprendre et apprécier le fait que Diane me prenait comme modèle de          femme, que c’était en fait plutôt touchant. Elle avait même incorporé mon nom dans le sien : Dick + Anne = Diane.                   (Erhardt, 2007 : 197)

Un tel parasitisme peut causer beaucoup de détresse.

         La compagne interviewée dans le cadre du présent chapitre qualifie de manipulation cognitive (gaslighting) le comportement des hommes transgenres qui traitent leur femme de malade mentale et de folle dès que celle-ci remarque leurs manipulations et y tient tête.  Elle nous dit : « J’interprète comme une violence psychologique leurs incessantes manigances en ligne, leurs mensonges, leurs cachotteries et leur manipulation cognitive (“tu es folle”, “tu imagines des trucs”, “c’est toi qui as un problème”) ». Elle constate « qu’après avoir essuyé 4 ou 5 cycles de mensonges pour n’être confrontée qu’à encore plus de mensonges et de gaslighting, j’ai craqué » ; elle a commencé à trouver son mari « de plus en plus répugnant, physiquement et au plan affectif » et a dû « se construire une carapace pour survivre ». Elle constate que, sous de nombreux aspects, son expérience s’apparente à celles des femmes qui se trouvent dans des relations abusives « normales », et elle pense vivre avec un syndrome de stress post-traumatique : « Les relations sociales me sont devenues intolérables. Je n’ai plus que quelques rares ami.es maintenant. » Après avoir vécu en isolement social et souffert d’anxiété, c’est le féminisme qui lui a donné des outils pour retrouver sa force :

         J’ai redécouvert le féminisme au travers de blogs de féminisme radical et de livres que des femmes rencontrées sur                   internet (et quelquefois dans le monde réel) m’ont encouragée à lire. Ce fut un véritable soulagement de réaliser que je          n’étais pas folle.   

Elle fut heureuse de découvrir qu’il existait des mots pour décrire ce qu’elle avait traversé, c’est-à-dire, des « violences psychologiques », et que cette forme d’oppression ait été nommée. Une analyse féministe aussi réaliste peut apporter du soutien et du réconfort aux femmes victimes de telles violences. Dans cette perspective, les féministes qui soutiennent publiquement la pratique du transgenrisme peuvent être perçues comme coupables d’abandonner les épouses laissées pour compte. Le projet du féminisme devrait être de soutenir les femmes violentées par les hommes et non de soutenir les hommes responsables de telles violences. Sans cela, les pratiques transgenristes des hommes risquent de séparer les femmes et féministes les unes des autres.

Le détournement de la vie des femmes

Lorsque les hommes font leur coming-out travesti ou transgenre, les vies de leurs femmes risquent de se voir détournées. Peu importe la manière dont elles avaient envisagé leur avenir, elles découvrent, si elles cherchent à rester dans leur mariage, que les priorités établies par les désirs sexuels spécifiques de ces hommes vont mobiliser leur temps, leur énergie et leurs ressources financières. Les compagnes des hommes qui se travestissent et de ceux qui vont jusqu’à une transition permanente, se retrouvent ligotées aux pratiques de leurs maris. L’une des femmes commente : « Je ne voulais vraiment pas que cette histoire de travestissement prenne le pas sur ma vie et pourtant c’est arrivé — tout a fini par tourner autour de ça et beaucoup plus que je ne le voulais » (Erhardt, 2077 : 55). Une autre de ces femmes confie qu’elle se sent souvent obligée de jouer à ces jeux de travestissement alors qu’elle n’en a pas envie : « Aujourd’hui encore, lorsque je suis fatiguée, que j’ai faim ou que je suis simplement vidée émotionnellement, et que Lucy veut prendre le dessus, ma réaction est de lui dire “non” » (Erhardt, 2007 : 59).

         Les maris prennent très souvent leur épouse comme modèle, de sorte qu’incombent à celles-ci de nouvelles formes de corvées domestiques, soit faciliter la « féminité » de leurs maris. Ces hommes portent les vêtements de leur épouse et attendent de celle-ci qu’elle fasse d’eux une femme. Comme l’explique l’une d’entre elles :

         J’ai essayé d’apprendre à Tommy à se maquiller, mais c’était peine perdue. Il se faisait toujours des yeux trop sombres,          on aurait dit un gothique. J’ai décidé qu’il valait mieux que je le maquille moi-même. J’ai aussi essayé de lui apprendre à          marcher de manière plus féminine, mais ce fut un échec. Il avait toujours une démarche de mec. (Erhardt, 2007 : 74)

La charge de travail sera particulièrement conséquente quand le mari parvient à persuader sa femme de sortir en public avec lui, puisque l’humiliation sera d’autant plus grande que l’imitation s’avère affligeante. Faire du shopping est encore une autre corvée : « On fait les magasins ensemble. Je l’ai aidé avec le maquillage. Il s’habille en ma présence. Je l’accepte, je le soutiens et je l’encourage même » (Erhardt, 2007 : 90).

         Lorsque les femmes s’impliquent dans les groupes de soutien transgenriste auxquels adhère leur mari, elles écopent de toute une autre gamme de responsabilités et de travail. L’une d’entre elles explique qu’elle et son mari « se sont énormément impliqués dans des groupes de soutien. Diana a fini par fonder un groupe d’entraide dans notre région, et je suis devenue une activiste de soutien aux partenaires » (Erhardt, 2007 :66). Elle ajoute : « Parfois j’ai l’impression que tout ceci a trop d’impact sur nos vies. Mais Diana est prévenante et elle ralentit un peu lorsque je le mentionne » (Erhardt, 2007 :67).

         Les femmes sont censées partager la fascination de leur mari pour le travestissement. Une épouse raconte comment sa vie s’est entièrement organisée autour de l’intérêt de son mari à cet égard : « Nous nous sommes abonnés à Internet et notre vie entière a tourné autour du travestissement. On passait des heures dans des salons de chat et à surfer de site en site pour trouver des informations » (Erhardt, 2007 : 123). Une autre des femmes commente : « Ce qui est le plus stressant, c’est la quantité de temps et d’énergie qu’occupent la dysphorie de genre et la transition dans notre relation. Je suis souvent à bout de patience » (Erhardt, 2007 :144). Elle précise qu’elle a parfois l’impression que « son seul rôle dans la relation est d’être un soutien pour la “grande décision” » (Ibid.). Les recherches féministes sur le travail domestique non payé des épouses montrent que soutenir les loisirs et les passe-temps des hommes, par exemple, le lavage des maillots de football, est l’un des aspects non reconnus des tâches domestiques (Delphy et Leonard, 1992). Dans le cas du transgenrisme, la charge de travail requise sera plus importante. Les épouses peuvent constater qu’au lieu de prendre une part plus égale des tâches ménagères dans leur nouvelle personnalité féminine, leurs maris peuvent manifester une forme d’impuissance acquise qu’ils imaginent typique de la féminité, imposant ainsi un fardeau encore plus lourd à leur épouse. La femme que nous avons interviewée explique qu’elle devait toujours se rappeler qu’il était « de sexe féminin » et le traiter « comme une femme », ce qui allait pour lui « jusqu’au fait de refuser de porter les sacs lourds lorsque nous faisions du shopping, alors qu’il me dépasse d’une bonne trentaine de centimètres et qu’il est beaucoup plus fort des épaules que moi ». Elle relate aussi que son mari « a refusé de faire certaines choses pour ne pas risquer de se casser un ongle — je ne plaisante pas, il a littéralement dit cela. » Helen Boyd relate des comportements similaires et dit que les femmes des travestis enragent de voir leurs maris devenir soudain des choses fragiles et impuissantes quand ils commencent à imiter l’idée qu’ils se font des femmes, ce qui est d’ailleurs plutôt insultant envers les femmes, tout en imposant à celles-ci des tâches supplémentaires. Cela peut se traduire par le fait de se retrouver avec votre ex-mari qui vous dit qu’il ne peut assembler des étagères vu le risque de se casser un ongle, avec le sous-entendu qu’une femme née femme et élevée en tant que telle peut le faire sans problème » (Boyd, 2007 : 255).

Exploitation financière

Les épouses des travestis se plaignent souvent de l’impact des pratiques de leurs maris sur le budget familial. Cet argent est utilisé pour acheter des vêtements et du maquillage, pour payer des « week-ends travestissement », pour acheter des hormones et, chez ceux qui vont plus loin, pour payer un éventail de chirurgies qui va de la pénectomie et la création d’un faux vagin jusqu’à des chirurgies du larynx et de « féminisation faciale ». L’une des épouses du recueil d’Erhardt fait cyniquement la remarque suivante au sujet de la quête de son mari : « Gwen se sent obligé de dédier la quasi-totalité de son temps à une carrière militante qui ne paie pas les factures » (Erhardt, 2007 :176). Une autre dira : « Nous avons dépensé et aussi mis de côté des sommes d’argent astronomiques pour la nouvelle garde-robe de Theresa, pour les produits de soin des cheveux, l’épilation définitive, les hormones, et sans mentionner les chirurgies de réassignation sexuelle et aussi une transplantation de cheveux à venir. Tout ceci est un véritable gouffre financier » (Erhard, 2007 :132). Les épouses de « Stéphanie » et de « Trish » se plaignent des difficultés rencontrées à trouver de l’argent pour l’épilation définitive, les vêtements et accessoires, les hormones et les chirurgies de leur mari (Erhard, 2007 :139 ; 146). La femme de Trish fera le constat édifiant de n’avoir « jamais dépensé autant d’argent pour elle-même » (Erhardt, 2007 :152). Mais le sentiment d’entitrement masculin (masculine sense of entitlement) de leurs maris surpasse grandement leurs inquiétudes financières et leur gestion avisée des finances du ménage.

Déperdition de la communauté et du soutien

La détresse des épouses peut être aggravée par le fait que le comportement de leur mari risque de les scinder de leurs réseaux de soutien. Les membres de leur communauté peuvent se rallier au mari transgenre plutôt qu’à l’épouse abandonnée. Comme l’exprime Christine Benvenuto, « [L]e quotient de rectitude politique a fait qu’une grande partie de ce que j’avais considéré comme ma communauté est passée dans le camp de Tracey » (Benvenuto, 2012a : 81). Elle considère que c’est parce que soutenir un homme transgenre est beaucoup plus politiquement branché que d’être loyal envers sa femme. Benvenuto vit dans une zone universitaire pleine de personnes qui aiment se considérer comme politiquement progressistes : « Dans la Vallée du Politiquement Correct, il est facile de soutenir un ami ou une connaissance transgenre. Plus que facile. Cela donne une sorte de panache, pour certaines personnes une sorte de “frisson”. » (Benvenuto, 2012a : 170). De telles personnes trouvaient « impossible […] d’exprimer une sympathie humaine même élémentaire pour moi ou pour mes enfants » et leur désir d’être politiquement corrects signifiait qu’illes devaient « adhérer pleinement à son projet de genre ». » (Ibid.). Des femmes qui soutenaient son mari sont allées jusqu’à lui dire que « mon rôle de femme était de soutenir le changement de sexe de mon homme et de faire en sorte que mes enfants adhèrent à ce projet. Ma responsabilité était envers Tracey. La responsabilité de Tracey était envers Tracey. » (Benvenuto, 2012a : 62).

         Lorsqu’elle a publié son récit de vie, l’autrice a constaté que le manque de soutien de la communauté se doublait d’une véritable persécution. Contrairement à d’autres récits d’épouses qui soutiennent les penchants de leur mari, tout en déplorant les désavantages qu’elles en subissent (Rudd, 1999 ; Boyd, 2004, 2007), les souvenirs de Benvenuto sont un cri de rage qui révèle avec une grande clarté l’effet cataclysmique vécu par elle et par ses enfants. C’est peut-être pour cette raison qu’elle a subi un retour de bâton considérable pour avoir eu la témérité de l’écrire. Son ex-mari, Joy Ladin, un universitaire, a enrôlé des amis et des membres de la communauté transgenre pour faire campagne contre ses écrits. En novembre 2012, les partisans de Ladin se sont présentés lors d’une lecture publique du texte de Benvenuto pour exprimer leurs objections au livre, et leur comportement a été si problématique que l’on a dû faire appel à la police. (Pfarrer, 2012).

         Benvenuto a également essuyé des réactions négatives suite à un article qu’elle a publié dans un journal juif en ligne, Kveller, sur ce que c’est que de vivre dans la même petite ville que son ex-mari transgenre (Benvenuto, 2012b). Elle y a décrit des détails tels qu’un rendez-vous chez le médecin pour l’un de ses enfants avec son ex, au cours duquel elle et son ex-mari ont été considérés comme un couple de lesbiennes et l’enfant comme étant la progéniture d’un donneur de sperme. L’article n’est plus disponible en ligne parce que son ex s’est plaint qu’elle l’avait désigné par des pronoms masculins. La rédaction de Kveller a justifié son acte de censure avec les propos suivants :

         « Lorsqu’il s’agit de questions qui ont un impact sur une communauté historiquement (et actuellement) persécutée, il est          de notre responsabilité, en tant qu’éditeurs, d’être extrêmement sensibles au langage exact utilisé. Kveller et son                   organisation mère … s’engagent à honorer les identités et les expériences de vie de toutes les personnes, y compris les          personnes transgenres. » (Kveller, 2012)

Il est intéressant de noter que les maris qui transitionnent sont ceux qui sont considérés comme persécutés et ayant besoin de respect et de protection, et non les femmes qui ont subi de la violence psychologique de la part de leur mari. Benvenuto refuse que son ex-mari soit une femme au motif qu’elle a eu une longue relation sexuelle avec lui et qu’elle a porté trois enfants issus de son sperme. Mais son point de vue n’est pas respecté. Cela pourrait suggérer que ce comportement est chez les hommes l’expression d’un privilège masculin, qui suscite l’approbation des communautés et organisations patriarcales, ainsi qu’un blâme adressé aux femmes.

         Notre répondante s’est tournée vers un groupe de soutien en ligne pour les personnes transsexuelles et leurs partenaires alors qu’elle avait grand besoin de soutien et a trouvé ce soutien bien maigre. Ce groupe était censé être destiné aux « trans » et à leurs « personnes significatives », mais il comptait peu de membres féminins actifs. Les habitués étaient, selon elle, des « privilégiés, blancs, ayant transitionné sur le tard », beaucoup d’entre eux étant simplement des travestis qui voulaient simplement « figurer sous le grand parapluie et bénéficier d’une protection juridique. Ils adorent “l’identité de genre” ». Elle a participé à des événements sociaux réservés aux « trannies », qui s’avéraient tout le contraire d’un soutien apporté à leurs partenaires; ces événements servaient de lieux où les hommes pouvaient se montrer et « s’attifer » sur place. L’atmosphère y était très chargée sexuellement. « Il y avait des hommes “en chasse de travestis” qui étaient les types les plus inquiétants que j’aie jamais rencontrés. Ils nous zyeutaient de tous les coins de la pièce. Beurk! » Ces expériences ont accentué sa détresse : les trans qui y étaient ne semblaient pas vraiment intéressés par moi – ils voulaient parler à mon partenaire, et l’un d’entre eux, particulièrement voyeur et prédateur, n’arrêtait pas de le peloter. J’aurais tout aussi bien pu être une tache de sauce sur la table.

Ne pas accepter un changement de sexe

Les épouses et les partenaires des transgenres sont peu susceptibles d’accepter qu’un changement de sexe ait réellement eu lieu. Christine Benvenuto, par exemple, s’est déclarée incapable d’utiliser les pronoms féminins exigés par son mari : « Les pronoms, bien sûr, deviennent problématiques autour d’une personne qui franchit les limites du genre. J’utilise toujours des pronoms masculins pour désigner Tracey parce que même maintenant, je n’arrive pas penser, parler ou écrire autrement au sujet de cette personne » (Benvenuto, 2012a : 92). Elle est tout à fait certaine que Tracey n’est pas devenu une femme : « De plus, il n’était pas et ne sera jamais à mes yeux une femme » (Benvenuto, 2012a : 126). Il n’est sans doute pas surprenant que ce niveau de certitude soit courant chez les épouses et les partenaires. Après tout, elles avaient été attirées par leurs maris en tant qu’hommes, ont vécu et eu des relations sexuelles avec eux pendant des décennies en tant qu’hommes, ont eu des enfants avec eux en tant qu’hommes, et l’idée que ces personnes puissent devenir des femmes n’avait à leurs yeux aucune validité. Les pronoms posent également problème aux épouses de travestis, comme l’explique une femme : « Je n’arrive toujours pas à parler de mon mari au féminin » (Erhardt, 2007 : 76). Une autre épouse d’un travesti a déclaré : « L’une de mes bêtes noires, ce sont les travestis qui insistent pour que les femmes de leur entourage les appellent “elle”, “les filles” ou “les dames” par respect ou pour ne pas les blesser » (Erhardt, 2007 : 90). Elle explique qu’elle est « née femme » et qu’elle mérite le titre féminin et ne devrait pas avoir à le partager […]. Je ne veux pas que l’on s’attende à ce que je voie les travestis comme de “vraies femmes” » (Ibid.). Les maris peuvent chercher à imposer leur choix de pronoms à leur épouse par le biais du chantage affectif. Notre interlocutrice explique comment cela peut fonctionner : « Il était tellement hypersensible aux pronoms masculins que je devais surveiller mon langage à l’extrême pour éviter qu’il n’éclate en sanglots et ne s’enfuie de façon spectaculaire, me laissant seule dans un bar quelque part à l’autre bout de la ville. » [NdLT : ce qui allait être connu plus tard comme le « crime de haine » du nom de « mégenrage ». Le mégenrage tue, s’entendra-t-on dire]

         Les épouses sont souvent profondément gênées par les idées que se font leurs maris des femmes et de la « féminité », qui sont parfois en contradiction totale avec la personnalité de ces femmes. Le récit d’Helen Boyd sur sa vie avec son mari transgenre, Betty, en dit long sur la profonde incrédulité que les partenaires de ces hommes peuvent ressentir face aux versions extrêmes et fantastiques de la « féminité » que les hommes adoptent et s’attendent à voir acceptées comme constituant une essence de la féminité (Boyd, 2007).

         Boyd explique avoir été un « garçon manqué » dans sa jeunesse et n’avoir jamais su exactement ce que signifiait « se sentir femme »[5]  ; elle a rejeté la féminité comme étant socialement construite et contraignante. Elle a donc été surprise lorsque son mari lui a dit qu’il savait ce que c’était que de « se sentir femme », et que ce n’était certainement pas ce qu’elle avait ressenti. Elle explique:

         « Plus je l’encourageais à trouver une identité qui lui semblait confortable et naturelle, plus il me paraissait agir contre          nature. Ses manières ont changé, tout comme la façon dont il utilisait ses mains. Il rejetait ses cheveux vers l’arrière et a commencé à utiliser          une nouvelle voix (Boyd, 2007 : 78) »

Elle espérait que son comportement ne soit qu’une « phase », car « j’avais l’impression de vivre avec Britney Spears. C’était comme coucher avec l’ennemi (Ibid.) » Boyd n’appréciait pas du tout que les travestis lui fassent la leçon en lui disant qu’elle ne pratiquait pas correctement la féminité, parce qu’elle « ne vivait pas la glorieuse féminité (Boyd, 2007 : 79) ». Elle n’aimait particulièrement pas les critiques des travestis à l’égard de ses chaussures de ville : « Voir des hommes portant des chaussures à talons aiguilles de taille 12 se moquer de mes “chaussures de bibliothécaire” […] est probablement la pire expérience que j’aie vécue dans la communauté MTF (ibid.) ». Notre interlocutrice a également eu du mal à supporter que son mari « parodie » la gestuelle des femmes en rejetant ses cheveux vers l’arrière :

         « Je peux deviner quand il a passé du temps à s’imaginer en femme, ou qu’il fantasme à ce sujet… parce que sa voix                   devient un peu plus aiguë et qu’il fait ce truc de la main molle avec l’autre main sur la taille et renvoie souvent ses                   cheveux vers l’arrière. »

Son mari n’était pas intéressé par les vêtements de sa femme parce qu’ils ne nourrissaient pas son fantasme : « Il ne porte pas mes vêtements — ne les trouve pas assez “féminins”. Il aime porter des jupes courtes, des décolletés profonds, des bottes hautes. Il appelle ça un look “rock-chick”. [NdLT: Littéralement, une poulette rock] »

         Plusieurs des épouses ayant parlé à Virginia Erhardt expriment une frustration similaire face à la création par leurs maris d’une féminité à laquelle elles ne peuvent s’identifier, puisqu’elles n’ont jamais été intéressées par ces frivolités. L’une d’entre elles s’exprime ainsi : « Moi qui n’ai jamais été très portée sur les vêtements et qui n’aimais pas l’image de la femme comme “poupée Barbie”, j’avais un mari qui semblait obsédé par les vêtements et qui perdait ses moyens lorsque son vernis à ongles était encore humide. Cela me rappelait le “pomponnage” d’adolescente auquel j’avais toujours été réticente (Erhardt, 2007 : 193) ». De nombreuses femmes acceptaient en apparence le transsexualisme de leur mari ou partenaire, mais peu d’entre elles acceptaient complètement l’idée d’une femme dans un corps masculin. Une difficulté supplémentaire pour les épouses, si elles devaient accepter que leurs maris aient effectivement changé de sexe, est qu’elles devaient alors se considérer comme des « lesbiennes », et beaucoup trouvaient cette exigence inacceptable (Buxton, 2006).

         Notre interlocutrice explique qu’elle avait toujours été une « libérale bienveillante » qui acceptait simplement ce que les gens disaient d’eux-mêmes « sans examiner le contexte politique ou culturel de leurs affirmations », mais qu’elle ne pense plus ainsi. Néanmoins, comme elle le dit, elle n’a « jamais accoré foi aux courants new-age et autres pop-spiritualités ou aux esprits et aux essences magiques », et elle réalise maintenant que « beaucoup de ce qu’on lit aujourd’hui sur la « femme dans un corps d’homme » n’a aucun sens scientifique ou rationnel et est « complètement dépourvu de tout fondement physiologique ou neurologique crédible ». Il est intéressant de noter qu’elle dit avoir été « témoin » de la manière dont les transgenres masculins « ont développé et affiné leurs récits » à mesure qu’ils sont passés du statut de simples travestis, qui ne cachaient pas leur « fétichisme sexuel », à celui de se considérer comme trans, en disant : « Oh mon Dieu, je dois prendre des hormones ou je vais me tuer, car je suis une FEMME ! » Ils gagnent en respectabilité en s’identifiant comme transgenres plutôt que comme simples travestis : « La plupart des hommes ont honte de leur fétiche. Le fait de l’appeler “transgenrisme” et d’élaborer des théories sophistiquées à son sujet est un moyen de le rendre “respectable” et de gagner la sympathie des adeptes de l’alibi “I was born this way” [je suis né comme ça] ». Les récits des épouses peuvent être plus éclairants sur les motivations de cette variété de comportements masculins que la littérature clinique et populaire, qui tend à accepter l’idéologie transgenriste comme une vérité.

Le rôle des épouses dans la féminisation

Le travail non rémunéré que les épouses et les partenaires doivent accomplir pour soutenir le mime d’une féminité par leurs maris comporte souvent une composante sexuelle, qui peut impliquer de jouer la dominatrice dans des scénarios sexuels où elles sont censées « féminiser » de force leurs maris. Il existe en ligne une industrie considérable au service des transgenres masculins, qui leur fournit des équipements comprenant non seulement des vêtements, des prothèses mammaires et de fausses hanches, des pantalons rembourrés, des corsets, des perruques, du maquillage et des talons hauts, mais aussi des cours de formation à la voix et à la posture, ainsi que de la pornographie. Dans la pornographie, les hommes sont contraints d’adopter des vêtements et des comportements qu’ils associent à la caste sexuelle subordonnée, et le site Amber Goth’s Forced Feminization montre comment enrôler des épouses et des parentes dans ces scénarios de dressage. Goth explique ainsi le contenu de la pornographie de « féminisation forcée » [maintenant plus connu sous le nom de « sissification »] :

         « Certaines de nos histoires mettent en scène des mères, des tantes, des grands-mères, des épouses, etc. qui féminisent          des garçons ou de jeunes hommes et les transforment en filles. Il s’agit d’un thème courant dans les fictions transgenres          et d’une volonté de réalisation de leurs fantasmes de la part des transgenres, qui souhaitent réellement que cela puisse          leur arriver ! » (Goth, 2012)

Un autre exemple est le livre de Cindel Sabante, My Husband, My Panties (Mon mari, mes petites culottes), dans lequel le fantasme sexuel implique l’épouse, et peut aider à expliquer pourquoi les transgenres masculins aiment surprendre leur femme lorsqu’ils sont ainsi « accoutrés », s’attendant à une réponse enthousiaste dans laquelle la femme se transforme en dominatrice, comme ici :

         « S’attendant au pire, Annie trouve plutôt Mark dans une position embarrassante sur le sol de la chambre. Il s’est évanoui          en portant ses vêtements à elle !

         Y voyant une occasion de s’amuser un peu, Annie décide de transformer Mark en sa petite amie féminine, et teste les          limites jusqu’où Mark est prêt à se rendre (Sabante, 2013) »

Le rôle actif attendu des épouses est indiqué par le fait qu’elles sont qualifiées de « dresseuses » sur les sites Internet consacrés au volet du transgenrisme centré sur les sous-vêtements féminins. Une recherche sur Internet portant sur l’expression « Mon mari, mes petites culottes » révèle 6 010 000 occurrences et montre la popularité de ce thème pour les travestis (par exemple, My Husband’s Panties, 2005). Les échanges affichés sur ces sites incluent des hommes qui disent avoir porté pour la première fois des sous-vêtements de leur mère à l’âge de douze ans, ou avoir souvent volé des sous-vêtements de leur voisine. Les hommes parlent également d’acheter des sous-vêtements pour leur épouse dans le but de les porter eux-mêmes. Nombre de ces thèmes reviennent dans les récits d’épouses présentés au début de ce chapitre. Il est probable que les maris entraînés à répondre sexuellement à de tels fantasmes par la pornographie qu’ils consomment soient très déçus de constater que leurs femmes ne veulent pas jouer ce rôle de « dresseuses », qu’elles se sentent désemparées et qu’elles rejettent les occasions de services sexuels qui leur sont présentées.

         La version la plus explicitement sexuelle de la féminisation est la « sissification » (« chochottisation »), une effémination forcée qui est très clairement une forme de satisfaction masochiste pour ses adeptes masculins. Les hommes y sont forcés à se comporter en « sissies/chochottes » ou humiliés, en étant obligés de porter des vêtements qu’ils associent aux femmes, puis en étant fessés ou soumis à des scénarios sadomasochistes par des dominatrices, des maîtresses d’école et d’autres figures d’autorité féminines. (Sissification, s.d.a). Cette pratique est si séduisante pour les hommes qu’une recherche sur ce mot donne 744 000 résultats [NdLT : aujourd’hui, le 29.10.2022, nous obtenons 9 470 000 résultats]. L’utilisation du terme « sissy/chochotte » est éclairante, car il s’agit très clairement d’une expression péjorative, basée sur un statut de subordination des femmes. Ce terme a le mérite d’indiquer qu’il n’y a pas d’association positive avec les femmes liée à cette pratique, mais seulement un lien dégradant et avilissant. Le site web intitulé Sissy School se présente comme le « Royaume de la sissification, qui est très rose, très froufroutant et très féminin ». Il propose du matériel sur « le sexe par téléphone pour les chochottes, la domination des chochottes, la formation des chochottes au cocufiage ou la formation des domestiques chochottes » (Sissy School, s.d.). Une grande partie de ce matériel se présente toutefois sous la forme de vidéos pornographiques, qui n’ont pas été examinées dans le cadre des recherches menées pour cet ouvrage (Sissification, s.d.b.).

         Les conseils et le matériel visuel sur les « secrets du langage corporel féminin » sont des indications utiles du point de vue transgenriste sur ce qu’est la féminité « essentielle ». Ce « kit de féminisation » complet comprend des vidéos, des interviews de spécialistes, des « rapports spéciaux », des « antisèches », une « fiche de travail », un « guide de ressources », un « programme d’auto-hypnose » et des conseils sur la marche, le maquillage, les vêtements, les coiffures et la féminisation de la voix. L’idée d’une « essence féminine » est cependant quelque peu mise à mal par une telle industrie, puisque ce qui est « naturel » et biologiquement déterminé ne pourrait pas nécessiter des directives aussi détaillées. Le programme d’hypnose apprend à un homme à devenir « intérieurement une femme » en seulement quinze minutes : « Tout ce que vous avez à faire est de vous asseoir, de vous détendre et de laisser votre esprit vous emmener dans un itinéraire féminin. Avec le temps, vous vous retrouverez sans effort à penser, à ressentir et à agir comme une vraie femme (Sorella, s.d.) ».

         Les transgenres et les travestis qui tirent une excitation sexuelle de la subordination des femmes peuvent très bien connaître le fonctionnement de cette subordination, comme le montre la citation suivante tirée de conseils aux hommes sur la « posture féminine ». La directive s’intitule « Ouverte ou fermée » et explique que les femmes « occupent moins d’espace que les hommes. Cela peut sembler évident, mais je suis étonné de voir combien de filles oublient de garder leurs jambes jointes et leurs coudes rentrés. (Les filles génétiques [SIC] aussi !) (Sorella, n.d.) ». Les hommes tirent leur satisfaction du fait qu’ils pensent et agissent précisément en fonction des restrictions de mouvement que les femmes, nées et élevées comme telles, ont été tourmentées et piégées à adopter par une vie entière de conditionnement à la subordination, et ils comprennent très bien ce qu’ils font : « Les positions ouvertes du corps sont associées à l’affichage du pouvoir. En plus de vous faire paraître plus passive et féminine, une position corporelle fermée vous fait paraître physiquement plus petite (Sorella, n.d.) ». Dans cet exemple, la réalité de la subordination des femmes devient un jouet pour l’excitation sexuelle masculine. Bien que de nombreuses épouses ne soient pas conscientes de l’empire pornographique transgenriste qui sous-tend la pratique de leur mari, il est probable qu’elles trouvent déplaisant le rôle d’auditoire, d’assistante et de dominatrice qu’on attend d’elles, et certaines ripostent.

Le mouvement de résistance des épouses

De plus en plus d’épouses prennent la parole et l’on voit apparaître les germes d’un mouvement de résistance à ce qu’elles subissent. Il s’agit d’un mouvement qui n’est en rien comparable en taille et en influence au mouvement des activistes transgenres, auprès de qui leurs maris peuvent obtenir du soutien, des recours juridiques et des ressources. Les sites en ligne qui sont des ramifications de ce mouvement prétendent aider les épouses, mais ne le font pas nécessairement. Benvenuto a cherché du soutien sur un forum en ligne destiné aux transsexuels et aux membres de leur famille, pour découvrir que leur message consistait à apporter un soutien sans réserve à leur partenaire en transition : « Oui, ces situations peuvent être lourdes de violence psychologique. Mais ces maris ne vivent-ils pas une situation bien pire ? Le rôle d’une épouse n’est-il pas de les soutenir, quoi qu’il arrive ? (Benvenuto, 2012a ; 128) ». En revanche, un site de soutien en ligne pour les épouses, crossdresserswives.com, adopte une perspective très différente (Crossdresserswives.com, n.d.a). Il s’adresse spécifiquement aux épouses qui ont beaucoup de mal à survivre au comportement de leur mari et ne permettent pas à leurs maris de les « manager ». Le site propose une Charte des droits qui illustre les aspects de la pratique du travestissement chez les hommes qui posent le plus de problèmes aux épouses. Bien que cette charte s’applique ostensiblement aux épouses de travestis plutôt qu’aux hommes qui cherchent à vivre en tant que femmes à plein temps, tous les « droits » concernent précisément les aspects du comportement de leurs maris que les épouses des travestis (« personnificateurs ») les plus engagés dans cette pratique trouvent les plus pénibles (Benvenuto, 2012a). Cela commence par « un droit d’être informée de la situation avant le mariage/la cohabitation — de ne pas se faire mentir à l’autel, puis englobe le droit de parler du problème à d’autres personnes, d’avoir des sentiments négatifs à son égard, le droit de rejeter la pratique « y compris les actes sexuels », le droit de « refuser de participer ou d’être exposé à la pratique du travestissement », le droit de mettre fin à la relation, le droit de « réclamer une thérapie », et le droit de protéger les enfants des « traumatismes psychologiques » (Crossdresserswives.com, n.d.b) ». Le contenu du site est anonymisé, ce qui protège les participantes du type de sanction que Benvenuto a dû essuyer.

         La plupart des récits des épouses sont explicites quant au fait que le travestissement de leur mari est une pratique sexuelle que les épouses sont maintenant censées tolérer, ou à laquelle elles doivent prendre part, au motif qu’il s’agit d’une sorte de condition biologique que les hommes ne peuvent pas contrôler. Les sexologues et les sexothérapeutes ont traditionnellement attendu des épouses qu’elles supportent l’expression des prérogatives sexuelles masculines de leurs maris (Jeffreys, 1990 ; Tyler, 2011). Les femmes ont été culpabilisées par des sexologues tels qu’Alex Comfort, auteur de The Joy of Sex (Comfort, 1972 ; Jeffreys, 1990), afin de leur faire accepter des pratiques sadomasochistes qui les troublaient, entre autres, des corvées telles qu’avaler du sperme alors qu’elles trouvaient cela dégoûtant, et bien d’autres pratiques visant à satisfaire les hommes au détriment des femmes. Les exigences que les maris font porter sur les épouses augmentent à mesure de l’évolution de leurs intérêts sexuels, souvent en raison de leur consommation de pornographie et d’autres éléments de l’industrie du sexe, et cela reste un problème. La pénétration anale est désormais couramment exigée par les partenaires masculins, à tel point que les sexologues ont inventé un nouveau problème sexuel, « l’anodyspareunie », pour qualifier la réticence et la douleur des femmes et justifier la création de thérapies permettant aux femmes de surmonter ce problème (Stulhofer et Ajdukovic, 2011). Dans le cas du transgenrisme, il peut être encore plus difficile pour les femmes de s’y opposer, car la pratique est présentée comme inévitable et incontrôlable.

Les mères des transgenres

Toutes les personnes qui transitionnent ont eu des mères, et celles-ci subissent de nombreuses souffrances similaires à celles vécues par les épouses et les partenaires de ces hommes, mais ce groupe n’a pas du tout été étudié. Il existe un livre qui traite de leur vécu: Transitions of the Heart (Pepper (éd.), 2012). Il est composé d’histoires de mères, y compris celles qui ont identifié leurs enfants en bas âge comme étant transgenres et celles dont les fils ont transitionné à l’âge adulte. Ces récits sont présentés sans analyse, les mères ne critiquent pas le transgenrisme en tant que pratique et toutes soutiennent leur progéniture de tout cœur, mais les stress extraordinaires qu’elles subissent sont clairement exprimés[6]. Le livre fait appel à l’amour maternel de manière sentimentale, puisque les mères qui acceptent que leurs enfants soient transgenres et qui soutiennent un recours aux médicaments et à la chirurgie pour eux sont représentées comme particulièrement aimantes. Les mères qui ont identifié leurs enfants comme transgenres à un très jeune âge — dans un cas, dès l’âge d’un an — l’ont fait en raison de leurs préférences pour certains jouets ou vêtements. Leurs critères reflètent directement ceux de la définition du trouble de l’identité sexuelle dans l’enfance et reflètent les stéréotypes sexuels traditionnels que les féministes critiquent depuis longtemps.

         Les mères qui participent à l’imposition de rôles aussi rigides à leurs jeunes enfants ne devraient peut-être pas être considérées comme entièrement irréprochables dans le fait de transitionner des enfants, puisqu’elles y jouent un rôle actif. À l’autre extrême, certains des enfants sont maintenant eux-mêmes des retraités et ont révélé leur transsexualité à leur mère à un âge fort avancé. Les mères expriment généralement du chagrin d’avoir perdu la petite fille ou le petit garçon qu’elles ont mis au monde. Elles expriment leur deuil et parlent de pleurs incessants alors qu’elles tentaient d’accepter leur chagrin. L’éditrice, Rachel Pepper, exprime ainsi le dilemme de ces mères : « Car si les enfants sont en transition, leurs familles doivent l’être aussi (Pepper, 2012 : xviii) ». Les mères ont souffert d’une grave détresse psychologique, comme l’a décrit l’une d’entre elles : « […] Sentiments de confusion, d’insécurité, de peur et de tristesse (Pepper (éd.), 2012 : 84) ». Elles expriment un fort sentiment de perte face au transgenrisme de leur progéniture. Elles les aimaient comme appartenant à leur sexe biologique de naissance, et ont eu le sentiment de perdre ces personnes aimées lors de leur transition.

         Une femme décrit son chagrin de voir son fils adulte connaître une dysphorie corporelle extrême alors qu’il se lance dans de nombreuses opérations chirurgicales pour refaire son corps à l’image de son fantasme : « Encore une opération pour mon enfant…. Ma fille transgenre dit qu’elle n’est toujours pas bien, qu’elle ne ressemble toujours pas à cent pour cent à une femme. Elle a subi une opération de changement de sexe, un rasage esthétique de la mâchoire et du nez, et deux greffes de cheveux. Elle dit maintenant que les os de ses sourcils et la ligne de ses cheveux ne sont pas corrects. (Pepper, 2012 : 119) ». En décrivant son fils, elle dit qu’il « regarde toujours sans fin dans le miroir, voit toujours des choses que personne d’autre ne voit, et j’ai de la peine pour elle ». Observer cette automutilation a provoqué chez elle une grande détresse. Comme le Service national de santé du Royaume-Uni ne prend en charge que la chirurgie de changement de sexe, et non tous les traitements supplémentaires, la mère s’inquiète des coûts impliqués pour la famille de son fils : « s’agira-il d’encore 5 000 livres gaspillées ? (Pepper (éd.), 2012 : 118) ».

         Les mères souffrent également de l’égocentrisme dont peuvent faire preuve les hommes qui changent de genre. Cette même mère décrit l’inquiétant changement de personnalité qui s’est opéré chez son fils lors de sa transition :

         « Elle [il] fonctionnait encore comme un homme à ce moment-là. Elle [il] était tellement pleine de haine et de colère          envers les femmes. Je me demandais si c’était de la jalousie… sa personnalité est devenue remarquablement insensible.          Nous trouvons cet apparent manque d’émotion difficile à accepter. Elle [il] est très intelligente[], mais l’obsession de soi,          la paranoïa et l’évitement de la société qui semblent aller de pair avec son état ont fait des ravages. Nous espérons tous          qu’elle [il] pourra enfin tourner cette page de sa vie (Pepper, 2012 : 120) ».

Ces « tous » qui ont été si négativement affectés comprennent la mère, l’épouse et les jeunes enfants du fils en question.

         Certaines mères ont le malheur de devoir traverser de multiples expériences de perte de membres de leur famille à cause du transgenrisme. Dans un cas, une femme a perdu ses deux filles jumelles, qui avaient fait leur coming out en tant que lesbiennes au lycée, mais qui ont ensuite transitionné (Pepper (éd.), 2012 : 125). Dans un autre cas, une mère a perdu à la fois son mari et sa fille à cause du transgenrisme. La mère explique que le mari était un travesti qui a poursuivi sa transition, et a amené sa fille à suivre son exemple : « Mon mari voulait que notre fille de douze ans, Heather, vive une transition en même temps que lui, y compris la chirurgie (Pepper (éd.), 2012 : 155) ». Heather a changé de nom à seize ans et a subi une hystérectomie à dix-huit ans. Lorsque les parents permettent à leurs enfants d’effectuer une transition, les coûts financiers qu’ils supportent sont considérables. Les bloqueurs de puberté pour les enfants coûtent entre 4 500 et 15 000 dollars américains par an, et la thérapie ajoute d’autres coûts (Pepper (éd.), 2012 : 125). Alors que certaines mères sont clairement victimes de la pratique du transgenrisme, on peut dans certains cas considérer qu’elles sont de connivence avec le système patriarcal du sexe et peuvent même offrir leurs enfants en sacrifice sur l’autel du « genre ». Des recherches s’imposent sur les parents qui cherchent activement à faire transitionner leurs enfants.

Conclusion

Il est temps de réfléchir à la souffrance que les hommes qui transitionnent infligent à leurs épouses. Il faut peut-être y reconnaître une forme sous-estimée de violence psychologique à l’égard des femmes, une situation dans laquelle les femmes ont besoin des structures de soutien sérieuses considérées comme appropriées lorsque ces femmes sont victimes d’autres formes d’intimidation de la part de leurs partenaires masculins. Une compréhension des préjudices que les transgenres masculins infligent à leurs épouses devrait amener toutes les féministes, les femmes soucieuses du bien-être de leurs sœurs, à réfléchir sérieusement à l’éthique de l’acceptation inconditionnelle des identités et des pronoms des hommes dont les épouses vivent cette souffrance. Les féministes qui acceptent d’appeler un homme « elle », alors que son épouse, sa progéniture et sa mère en sont incapables et se sentent violentées par cette exigence, se trouvent à abandonner une part de plus en plus importante de la population féminine et expulsent celle-ci de la communauté de femmes qui méritent le respect, en faveur d’un soutien à des hommes dans l’exercice de leurs prérogatives.

         Les maris transitionnent du fait de leur droit sexuel masculin, qui est particulièrement rigoureux dans les domaines qui ont trait à leur satisfaction sexuelle. Mais les épouses ne sont plus aussi soumises et effacées qu’aux débuts du transgenrisme. Certaines d’entre elles ressentent de plus en plus d’irritation et l’on voit émerger les prémisses d’un effort collectif d’organisation. Les voix des épouses doivent être entendues, car elles ont la capacité de dissoudre le fantasme libéral du transgenrisme essentialiste. Les épouses disent que leurs maris ne sont pas, et ne peuvent pas être des femmes. Il est insensé pour elles que les hommes dont le sperme a été essentiel à la création de leurs enfants, et dont les efforts d’incarner la « féminité » les ont faits ressembler à des poupées Barbie, soient appelés « elle » et acclamés socialement. Malheureusement, les voix des femmes ne sont pas puissantes en sociétés patriarcales où les voix des pères, sous la forme de sexologues, de psychiatres et d’endocrinologues, sont prises au sérieux alors que l’expérience de vie des femmes est méprisée.


Notes de la traductrice:

[1] NdLT : les raisons pour lesquelles les hommes s’engagent dans un processus de transition sociale et médicale n’ont strictement rien à voir avec les raisons pour lesquelles le font les femmes. Les hommes sont en majorité bien plus âgés, alors que les femmes sont aujourd’hui surtout des adolescentes confuses qui cherchent à échapper aux stéréotypes misogynes des représentations de la féminité, tandis que les hommes se travestissent principalement pour des raisons d’excitation sexuelle.

[2] NdLT : Gender Hurts a été publié en 2014. Aujourd’hui nous avons aussi accès à de nombreuses autobiographies d’hommes transidentifiés, majoritairement autogynéphiles. Leurs récits autobiographiques sont stéréotypés, présentant un même récit de leur enfance, une même découverte de l’excitation liée à revêtir les vêtements de leur mère ou sœurs, etc., et les mêmes comptes rendus de ce comportement comme étant irrépressible et plus fort qu’eux.

[3] NdLT : Référence biblique au psaume 23 de l’Ancien Testament.

[4] NdLT : l’autrice parle d’une « date rape ». Elles sont malheureusement devenues plus « courantes » à l’ère des rencontres virtuelles via les applications de rencontres de type Tinder.

[5] NdLT : Aucune femme ne le sait, sauf à être entièrement colonisée par les injonctions patriarcales et le regard masculin. Je repense à une jeune psychologue qui m’avait confié s’être « sentie femme » pour la première fois avec tel partenaire particulier. Lorsque je la questionnai sur ce qu’elle entendait par là, et lui fis remarquer que bien que je ne vive pas de manière conventionnelle, ait fréquenté des femmes, ne porte pas de jupes ni ne me conçoive comme la moitié d’une unité appelée « couple hétérosexuel », je n’en suis pas moins une femme. Elle réalisa brutalement que ce qu’elle appelait « se sentir femme », c’était le sentiment de sa conformité aux attentes particulières de notre société patriarcale vis-à-vis des femmes. Ce fut comme un choc, elle le reconnut. (A.A.)

[6] NdLT : les mères médiatiques, telles que Susan Green — visage de l’organisation Mermaids — et Janet Jennings, connues pour leurs fils qu’elles ont identifiés comme transgenre à un âge très précoce sont surtout des parentes maltraitantes manifestant un syndrome de Munchhausen par proxy. Susan Green reconnaît elle-même, dans l’une de ses conférences les plus notoires, que le père de son fils (maintenant « fille ») était homophobe et manifestait une forte désapprobation aux goûts de son fils non conforme aux stéréotypes sexistes de la masculinité. Au lieu de questionner le rôle de l’homophobie du père dans l’identification du petit garçon aux filles, elle a intériorisé cette homophobie, « affirmé » la détresse du petit garçon en le menant tout droit à la clinique de genre, pour lui faire vivre une transition sociale, puis médicale. Il suffit de regarder la série « I am jazz » pour réaliser l’ampleur des violences psychologiques que Janet exerce sur Jazz, qu’elle a fait mutiler.

Traduction: Audrey Ard pour TRADFEM

Texte intégral de GENDER HURTS: https://www.docdroid.net/MCIzEYO/gender-hurts-sheila-jeffreys-pdf

3 réflexions sur “Gender Hurts, chapitre 4 – Sheila Jeffreys a décrit la vie des femmes dans la vie des hommes transidentifiés

  1. Sans entrer dans le détail, on peut dire que tout cela confirme que le transgenrisme est un sexisme : des hommes qui prennent les femmes pour des infirmières, ou qui attendent d’elles qu’elles se plient à leurs volontés en souriant, et qui mettent progressivement au service de leur cause les institutions étatiques.

    J’aime

      • Médias qui sont eux-mêmes aux mains de financiers pour qui seul compte le dieu argent (comme le montre la carte du Monde Diplomatique pour les médias français https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA).

        Le sexisme et le capitalisme s’appuient l’un sur l’autre, c’est encore une occasion de le constater.
        On voit leurs efforts en France aussi, avec par exemple le pseudo débat organisé par Léa Salamé sur France TV il y a peu de temps : le but était évidemment de faire de la propagande transactiviste, en donnant l’impression que la critique de ce sexisme était le fait d’une minorité de femmes proches de l’extrême droite, et que la majorité « raisonnable » (c’est à dire un plateau d’hommes incarnant forcément la raison et un public pour partie sélectionné pour faire la claque, car dans un spectacle, il n’y a pas de hasard) était transactiviste…

        Les organisateurs de l’émission aurait pu choisir d’inviter des féministes de gauche à la réputation connue du public, comme Isabelle Alonso, ou une scientifique comme la prix Nobel de médecine Christiane Nüsslein-Volhard, ou de faire un plateau équilibré.
        Cela aurait été alors plus dur de mettre en scène les larmoiements que les transactivistes nous sortent à toutes les sauces, sûrs que leurs larmes ont plus de poids que celles versées par les femmes…

        Non. Ils ont choisi de faire un plateau avec d’un côté, le bon peuple raisonnable, actrice et acteur bon teint, maire éploré et les deux jeunes filles en détresse, qui passaient sans doute dans le public par hasard ? et de l’autre la sorcière désignée à la vindicte médiatique, choisie parmi les féministes les moins consensuelles des RS, présentée comme si proche de la droite que l’association avec les fascistes en devient possible dans la tête d’un spectateur lambda, pour peu que le reste du plateau l’y pousse… (je n’ai absolument pas vérifié si cette association était fondée ou non, ayant autre chose à faire que de décortiquer les tweets de la totalité des gens choisis pour jouer le rôle de l’épouvantail du moment par les financiers.).

        Et voilà le travail : à la fin, ce que le spectateur perçoit est qu’être critique du transactivisme, c’est être d’etrême droite et minoritaire, être pro-transactiviste, c’est bien et majoritaire. Le message a été passé, sous la forme d’un débat truqué.

        La ficelle est connue car les médias l’ont aussi appliqué pour essayer de pourrir les idées de gauche dans l’opinion, en faisant « porter » la parole de la gauche par le seul PS tendance droite-complexée (à de très rares Ruffin près), donc par des libéraux convaincus. Le résultat est que la parole de gauche n’existe plus réellement médiatiquement, et que la parole de droite est partout.

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