Journée internationale de la non-prostitution — Il n’y a pas de prostitution anodine

À l’occasion de la Journée internationale de non-prostitution, vous trouverez ci-joint un document précisant dix bonnes raisons de ne pas décriminaliser l’achat de sexe, le proxénétisme et la tenue de maisons closes au Québec, au Canada et dans le monde.

Bonne lecture !

Johanne Jutras
Administratrice
Responsable du Comité sur la prostitution, la pornographie et les violences sexuelles à la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

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Depuis une vingtaine d’années, le 5 octobre, est soulignée la Journée internationale de non-
prostitution. Alors qu’au Canada, la Loi sur la protection des collectivités et les personnes
victimes d’exploitation (2014, c. 25) concernant la prostitution a été remise en question par
les promoteurs de ce commerce sexuel devant le Comité permanent de la justice et des
droits de la personne (CPJDP) de la Chambre des communes, au début 2022, cette Journée
apparaît comme l’occasion d’exposer dix raisons de s’opposer à la décriminalisation de
l’achat de sexe, au proxénétisme et à la tenue de maisons closes au Québec, au Canada et
dans le monde. Vous pouvez lire le mémoire et l’analyse du rapport bâclé déposé par le
CPJDP aux adresses suivantes :
https://site.pdfquebec.org/files/M%C3%A9moires/M%C3%A9moire%20sur%20la%20L
PCPVE%20mars%202022%20VF.pdf (mémoire)
https://site.pdfquebec.org/files/Prostitu%20Pornographie/Analyse%20du%20Rapport%2
0du%20CPJDP%20VF%20FR.pdf (analyse)
Le mouvement visant à décriminaliser complètement le commerce du sexe a pris de
l’ampleur ces dernières années, prodiguant des efforts pour modifier les politiques et les
lois aux États-Unis et au Canada.
Les partisans de la décriminalisation complète attribuent les méfaits de la prostitution à la
nature illégale de l’industrie et affirment que la dépénalisation complète résoudra tous ces
problèmes. Cependant, cette affirmation ne reconnaît pas les méfaits inhérents à l’industrie
du sexe commercial — les méfaits physiques et psychologiques qui ne peuvent être
éliminés.
C’est pour cette raison que les femmes, les hommes et les enfants touchés par ce commerce
ne doivent pas être arrêtés et punis pour leur propre exploitation. Ajoutons aussi que les
partisans de la dépénalisation totale ne veulent pas simplement dépénaliser les personnes
prostituées; ils veulent décriminaliser tous les acteurs du commerce du sexe que sont les
acheteurs de services sexuels, les propriétaires de maisons closes et les proxénètes.
Pour ce faire, les partisans de la décriminalisation complète présentent la prostitution
comme un métier comme un autre, ce qui est un leurre. Les systèmes de prostitution
prospèrent sur l’inégalité entre les sexes, les injustices sociales profondément enracinées,
ainsi que la force, la fraude et la coercition. Voici dix raisons pour lesquelles envisager
cette politique publique est désastreux :
1. Les systèmes de prostitution profitent de la vulnérabilité des personnes. Les
expériences négatives courantes qui mènent à la prostitution comprennent les abus sexuelspendant l’enfance, l’itinérance et la pauvreté. On trouve d’autres facteurs associés à la
prostitution : des antécédents en famille d’accueil, l’absence de diplôme d’études
secondaires, le fait d’appartenir à une minorité raciale, une minorité autochtone ou d’être
un·e immigrant·e, une personne LGBT+, ainsi que « l’entrée » dans la prostitution en tant
qu’enfant (soit du trafic sexuel).
2. La décriminalisation totale de la prostitution ne rend pas la prostitution sûre,
puisqu’elle crée un traumatisme qui ne peut être ni réglementé ni décriminalisé. La
prostitution est intrinsèquement nocive et entraîne un large éventail de dommages
physiques dévastateurs ou de traumatismes psychologiques pour ceux qui sont vendus,
même lorsqu’elle est légale ou entièrement décriminalisée, qu’elle se produise à l’intérieur
ou à l’extérieur, en ligne ou hors-ligne.
3. La décriminalisation complète du commerce du sexe crée une voie rapide vers plus
d’exploitation sexuelle. La suppression des lois ciblant les acheteurs de sexe, qui sont
majoritairement des hommes, normalise la demande masculine de rapports sexuels
rémunérés. Ainsi, les hommes qui étaient dissuadés d’acheter du sexe par d’éventuelles
sanctions pénales ne sont plus inhibés. À mesure que de plus en plus d’hommes achètent
des services sexuels, de plus en plus de personnes sont entraînées et exploitées dans la
prostitution. Cette approche profite aux hommes qui veulent acheter un accès sexuel au
corps des femmes; elle affirme le droit sexuel masculin et perpétue la violence sexiste.
4. La décriminalisation de l’exploitation diminue la capacité des forces de l’ordre à
détecter le trafic sexuel et à enquêter sur celui-ci. Le commerce du sexe entièrement
décriminalisé fonctionne avec peu ou pas de surveillance, dissimulant les indicateurs de
fraude, d’usage de la force et de coercition et réduisant les possibilités d’enquête découlant
d’opérations policières axées sur l’application des lois sur la prostitution. Lorsque la
prostitution à l’intérieur a été décriminalisée dans le Rhode Island de 1980 à 2009, les
enquêtes policières ont été entravées, créant une « zone d’impunité » pour les trafiquants
sexuels.
5. La prostitution normalisée augmente le trafic sexuel, car elle accroît la demande de
rapports sexuels rémunérés, ce qui enhardit les trafiquants sexuels qui y voient une
occasion « commerciale » propice. Des études transnationales ont révélé des niveaux plus
élevés de traite des êtres humains dans les pays où la prostitution est légalisée ou
décriminalisée. La recherche a également révélé que 100 % des trafiquants sexuels
condamnés soutiennent la dépénalisation complète de la prostitution.
6. La prostitution ne remplace pas les filets de sécurité sociale. Certaines personnes
soutiennent que la prostitution est nécessaire, parce qu’elle fournit des revenus aux
populations pauvres et marginalisées. Ce point de vue transforme la prostitution en un faux
système de sécurité sociale qui exige l’exploitation sexuelle des pauvres et des minorités,
en particulier des femmes, car la grande majorité des personnes qui se prostituent sont des
femmes. C’est régressif, misogyne et dystopique. Les gouvernements ne devraient jamais
réduire à un état de servitude sexuelle les personnes en situation d’insécurité économique
parce qu’elles sont pauvres.7. La prostitution de rue est susceptible d’augmenter, car elle s’intensifie déjà à Brooklyn, New York où le procureur de district a « effacé » plus de 1 000 cas ouverts de
prostitution. Sans instituer également une application rigoureuse des lois concernant le
proxénétisme et l’achat de services sexuels, cela a entraîné de facto une dépénalisation
complète.
8. La non-application ou l’application inégale (comme au Canada) des lois sur la
prostitution nuit aux communautés défavorisées. Sont typiques les quartiers jonchés de
préservatifs et d’accessoires de consommation de drogue, les résidents du quartier —
femmes et enfants — sollicités pour la prostitution par des acheteurs de sexe itinérants et
les effets néfastes sur les entreprises. Les communautés pauvres et minoritaires n’ont pas à
supporter le poids de ces impacts.
9. Les acheteurs de sexe peuvent être dissuadés. Les preuves montrent l’efficacité des
tactiques de réduction de la demande pour lutter contre la prostitution. Des études ont
montré que l’arrestation et l’éducation des hommes pour sollicitation de prostitution
produisaient une réduction de 40 à 75 % de la prostitution. Les efforts de réduction de la
demande fonctionnent : la plupart n’engendrent aucun coût et certains génèrent des revenus
qui peuvent être utilisés pour soutenir les programmes destinés aux survivantes. Alors que
de nombreux hommes ont acheté des services sexuels, la plupart ne l’ont pas fait. Acheter
du sexe n’est pas une fatalité.
10. La décriminalisation totale de la prostitution n’est pas juste. Les expériences vécues
par des personnes dans le commerce du sexe à travers le monde révèlent les abus, les
préjudices et les traumatismes chroniques intrinsèques à la prostitution. Non seulement
c’est impossible à ignorer, mais cela exige une réponse juste, y compris la dépénalisation
des personnes vendues dans les systèmes de prostitution, la responsabilisation de ceux qui
facilitent ou achètent des personnes à des fins sexuelles et la fourniture de services de
soutien à ceux qui cherchent à en sortir.
Il est impératif de dissiper le grave malentendu selon lequel la décriminalisation complète
rend la prostitution sûre et non exploitante. PDF Québec est opposé à la décriminalisation
de la prostitution, car cela contreviendrait aux engagements du Canada à l’égard de la
Convention pour l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes
(CEDEF), notamment à l’article 6, qui veut que « Les États l’ayant signée prennent toutes
les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour supprimer, sous
toutes leurs formes, le trafic des femmes et l’exploitation de la prostitution des femmes1 ».


Sources :
https://endsexualexploitation.org/articles/10-reasons-to-oppose-full-decriminalization-of-
prostitution/
1 Nations Unies, Convention pour l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes,
https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-elimination-all-forms-
discrimination-against-women

Une réflexion sur “Journée internationale de la non-prostitution — Il n’y a pas de prostitution anodine

  1. Dans notre monde où les exploiteurs se croient très fins à appliquer à la lettre les recettes orwelliennes, en parlant par ex de « plan de sauvegarde de l’emploi » pour parler de licenciement, de « modernisation » pour parler de retour aux conditions sociales ignobles du XIXe siècle (travail des enfants, de nuit, disparition des inspecteurs du travail par manque de recrutement suffisant, etc…), la prostitution sera donc nommée « liberté ». Un « choix », contre toute évidence.

    Aucune subtilité, ils appliquent bêtement le slogan « La liberté, c’est l’esclavage ».
    Il y a quand même une cohérence : ils nous prennent pour des abruties. Ils espèrent qu’on le soit.

    Une autorisation de la prostitution nuit à toutes les femmes, qu’elles soient ou non prostituées.
    Ce genre de décision correspond à une déclaration officielle des représentants de la société (les députés) que toute femme est un objet achetable, pour un usage potentiellement contraire à ses droits fondamentaux.
    Qu’il existe des humains qui peuvent être objectifiés, pour un certain temps, par d’autres humains.
    C’est une atteinte à la dignité humaine, tout simplement.

    Même si on y réfléchit avec les mots des proxénètes, en essayant d’oublier les données réelles, si on réfléchit avec la propagande qui met en avant le fantasme de la prostituée heureuse de son sort, qui va « travailler » le sourire aux lèvres, sans drogue, sans menaces, sans traumatisme ingérable, sans détresse financière : même dans ce cas, cela n’est pas acceptable. Personne ne peut revendiquer une quelconque « liberté » de vendre sa dignité humaine, parce que l’opération ne concerne pas deux individus, mais la société entière.

    À moins d’être prêt à autoriser les accords où un individu accepte de se faire découper un bras pour le plaisir d’un autre, parce qu’après tout, n’est-il pas libre, n’est-ce pas son choix ?

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