Il n’est pas réactionnaire de protéger les enfants

Les progressistes doivent faire le ménage dans leur propre cour.

Par Josephine Bartosch, Rubrique Artillery Row, The Critic, le 6 octobre, 2022

En règle générale, tout adulte qui dit à un enfant qu’il est normal de cacher certaines informations à ses parents ne devrait pas être chargé de s’occuper de jeunes gens. Pourtant, c’est exactement ce que l’association de transition pour enfants Mermaids a été accusée de faire.

Les colonnes de plusieurs quotidiens, du Guardian au Daily Telegraph, ont été remplies d’allégations et de témoignages de parents en colère, qui ont conduit à une enquête de la Commission britannique de surveillance des associations caritatives. Parmi les manquements à la protection portés à l’attention de cet organisme, citons le fait que l’organisation Mermaids a donné des conseils imprudents aux enfants sur les inhibiteurs de puberté et qu’un modérateur de leur centre d’aide s’est arrangé pour envoyer secrètement un bandeau de compression des seins (binder) à une jeune fille de treize ans, en sachant parfaitement que cela allait à l’encontre de la volonté de ses parents. En réponse, Mermaids a accusé les médias de faire de « fausses déclarations » dans le cadre d’une « attaque ciblée et cynique ».

La plus récente de ces histoires peu édifiantes est la démission de M. Jacob Breslow du conseil d’administration de Mermaids, suite à des informations selon lesquelles il aurait prononcé il y a dix ans un discours devant un groupe de soutien aux pédophiles. En réponse à cela, Mermaids a déclaré aux médias : « Une fois informés, nous avons pris des mesures rapides et décisives pour enquêter ». Pourtant, les opinions de Breslow sur la pédophilie ont été signalées par le magazine 4WPub six mois avant sa nomination au conseil de Mermaids en juillet de cette année.

Mermaids a adopté une position défensive, se positionnant comme la véritable victime.

Plutôt que de s’excuser pour ces manquements répétés en matière de protection des jeunes, Mermaids a adopté une position défensive, se positionnant comme la véritable victime dans cette affaire. Cette approche est courante dans le secteur LGBT, où l’on présente toute critique de l’idéologie trans comme la version contemporaine de l’homophobie des années 1980. C’est devenu la méthode privilégiée pour éviter les questions délicates. Le mois dernier, la présidente de Mermaids, Belinda Bell, a évoqué cette comparaison lorsqu’elle a soutenu, lors d’une audience judiciaire, que l’Alliance LGB n’aurait pas dû se voir accorder le statut d’organisation caritative. Elle a déclaré que « les craintes que les enfants soient transformés en homosexuel-les » par le « lobby gay » étaient très répandues » et que « cela a conduit au dépôt de l’article 28 du Local Government Act de 1988 ».  Cette législation désormais tristement célèbre aurait interdit aux autorités locales de faire quoi que ce soit qui puisse être perçu comme une « promotion de l’homosexualité ».

L’article 28 était clairement répréhensible. S’il n’a pas été adopté, c’est uniquement parce que le parti Conservateur était homophobe à l’excès, mais aussi en partie parce que des agresseurs sexuels d’enfants et leurs défenseurs avaient infiltré le mouvement de libération gay. Leur argument était que les homosexuels et les pédophiles étaient des minorités sexuelles marginalisées. Au Royaume-Uni, une organisation appelée le Paedophile Information Exchange (PIE) était à l’avant-garde des campagnes visant à normaliser les pratiques de molestation d’enfants.

Cette bataille interne s’est propagée dans la conscience publique en 1983, avec la publication du livre Jenny Lives with Eric and Martin. Ce conte pour enfants était un roman-photo sur une fillette ayant deux papas; une photo montrait l’enfant au lit avec ces hommes adultes nus. Dans son autobiographie, l’universitaire féministe lesbienne Sheila Jeffreys (autrice de Unpacking Queer Politics) se souvient : « Nous avons essayé de faire comprendre aux gays que cette photo de la fillette au lit était troublante pour les femmes qui avaient subi des agressions sexuelles dans l’enfance ». Au lieu de cela, le débat s’est fracturé selon les lignes tribales d’un affrontement entre gauchistes et conservateurs. Lorsque cette controverse a atteint le grand public, l’analyse féministe de Jeffreys a été noyée dans le tapage.

On peut soutenir que des tendances contemporaines telles que les spectacles pour enfants de Drag Queen Story Hour subventionnés par les bibliothèques publiques ont ouvert une nouvelle ligne de division, laissant les féministes aux côtés des fondamentalistes religieux et de factions d’extrême droite. Par-delà ce fossé, l’équivalent contemporain de la vieille gauche déjantée (loony left) tourne en dérision ses adversaires en les qualifiant de sympathisants fascistes, sans se soucier apparemment du fait qu’elle-même se retrouve alignée par défaut avec le contingent pédophile.

Car ne vous y trompez pas, les pédophiles participent à ce débat et, grâce à l’anonymat d’Internet, ils sont plus reliés et mieux organisés que jamais. L’un des membres les plus éminents du PIE (aujourd’hui dissous), Tom O’Carroll, continue de bloguer au sujet de son attirance pour les petits garçons.

Heureusement pour O’Carroll, de nouvelles formes d' »expression queer » lui ont permis d’accéder à des contenus grand public qui auraient autrefois été jugés socialement inacceptables. En 2019, il a publié un article dans lequel il roucoulait au sujet d’un travesti « sexy » de 11 ans, ajoutant que « les enfants qui plongent aujourd’hui avec audace dans la culture du travestissement ont provoqué des paroxysmes d’indignation morale chez les réactionnaires de droite ». En tant que pédophile qui s’assume ouvertement, O’Carroll voit apparemment très bien ce sur quoi beaucoup de progressistes bien intentionnés ont appris à fermer les yeux.

Le rejet par O’Carroll comme étant « réactionnaires » et « de droite » des personnes qui expriment des inquiétudes sur le défaut de protection des jeunes est une tactique usée jusqu’à la corde. Bien que la propension à molester des enfants ne corresponde à aucune affiliation politique, la tendance de la gauche à repousser les limites sociales la rend particulièrement ouverte à des idées aussi toxiques. Par le passé, l’association Liberty (anciennement le National Council for Civil Liberties) a donné au PIE un statut de membre affilié. Aujourd’hui, elle défend le droit de n’importe quel enfant s’identifiant comme « trans » à accéder librement à des agents bloqueurs de puberté.

Mais alors que la gauche déjantée a toujours été marginale, la gauche woke contemporaine a maintenant  envahi toutes les institutions, accueillie comme porte-drapeau des valeurs progressistes. Pour les cadres supérieurs et les décideurs, il suffit d’ajouter leurs choix de pronoms dans leur signature de mails pour signaler leur soutien organisationnel à cette mouvance. Pour les jeunes et les enfants en détresse, celles et ceux qui n’ont pas de pouvoir, le prix payé passe déjà par leur propre chair et leur avenir. C’est là que les choses s’assombrissent encore plus.

De plus en plus d’organismes médicaux de premier plan récusent la transition sexuelle d’enfants

Au début de cette année, les autrices du web-magazine féministe Reduxx ont publié une enquête sur le fonctionnement du lobby transgenre international WPATH. Elles ont révélé qu’un universitaire de premier plan de cette organisation était membre depuis des décennies d’un forum privé en ligne connu sous le nom d’Eunuch Archives, où les utilisateurs partageaient des fantasmes pornographiques écrits sur la castration d’enfants. Les normes de soins récemment publiées par la WPATH « en faveur de la santé des personnes transgenres et de genre divers » suppriment toute référence à un âge minimum auquel les enfants peuvent avoir accès aux bloqueurs de puberté, aux hormones transsexuelles et à la chirurgie de réassignation sexuelle. (Pour l’anecdote, Susie Green, directrice générale de Mermaids, est citée comme l’une des autrices des normes de soin de la WPATH.) Plus inquiétant encore, des traitements physiques sont recommandés pour les personnes qui s’identifient comme eunuques, y compris les enfants.

Heureusement, on voit aujourd’hui dans le monde entier les principaux organismes médicaux abandonner les recommandations de transition infantile.  Même aux États-Unis, où la nouvelle industrie de la transition est en plein essor, la Food and Drug Administration a mis en garde contre les agents bloqueurs de puberté en soulignant leur risque d’effets secondaires graves, y compris le gonflement du cerveau et la perte de vision.

Comme l’indique clairement l’existence des Eunuch Archives, tous ceux qui encouragent l’utilisation de médicaments pour arrêter la maturation sexuelle de corps pré-pubères n’ont pas à cœur les meilleurs intérêts des enfants. Le lien entre  le PIE et la gauche déjantée il y a quarante ans aurait dû servir d’avertissement, à la fois que les causes à la mode ne sont pas toujours progressistes, et que ceux qui veulent molester des enfants utiliseront tous les outils mis à leur disposition. Pourtant, lorsque des adultes responsables insistent sur le fait que la protection est importante et que les enfants n’ont pas la capacité d’agir conformément à leur propre intérêt, ils sont toujours traités d’ignorants et de « phobiques ».

Tout comme son homonyme mythique, la sirène, l’organisation Mermaids est actuellement fascinée par son propre reflet parfait : elle refuse de détourner le regard de ce miroir magique et assumer la responsabilité du désastre qu’elle a créé. Mais alors que l’organisation caritative peut encore croire en son propre mythe, le reste du monde a perdu cette illusion.

Josephine Bartosch

Traduction : TRADFEM

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