Pourquoi le théâtre Shakespeare’s Globe transforme-t-il Jeanne d’Arc en « personne non binaire » ?

Par Julie Bindel, The Spectator, 12 août 2022

Les féministes ont tendance à être fascinées par l’histoire de Jeanne d’Arc. Elle était irrévérencieuse, impertinente, bien plus intelligente que ses ennemis, et a été fidèle à elle-même et à ses convictions jusqu’à la fin.

Héroïne de guerre et martyre religieuse, Jeanne a été décrite comme « Jésus avec une épée ». Une paysanne de 16 ans qui a décidé d’affronter une armée entière est une femme à admirer et à prendre comme modèle. Mais il semblerait que nous devions aujourd’hui tenir compte d’une approche « intersectionnelle » et « inclusive » et nous demander si Jeanne était une femme après tout…

Un tweet du théâtre britannique Shakespeare’s Globe explique : « Notre nouvelle pièce I, Joan montre Jeanne comme un leader légendaire qui utilise les pronoms ‘he/they’. Nous ne sommes pas les premiers à présenter Jeanne de cette façon, et nous ne serons pas les derniers. Nous sommes impatients de partager cette production avec le monde entier et de faire découvrir cette icône culturelle. »

Je ne sais pas pourquoi le titre de la pièce n’a pas été changé en I, John. Le prénom Joan n’est sûrement pas suffisamment androgyne ?

Comme l’a fait remarquer l’écrivaine féministe Claire Heuchan sur des médias sociaux, soutenir que Jeanne d’Arc n’était pas une femme représente une logique similaire à celle utilisée par l’Église catholique pour la brûler vive au bûcher en 1431 : soit l’idée que porter des vêtements d’homme et faire preuve de perspicacité militaire, de leadership et d’autorité politique sont des compétences réservées aux hommes. (Voici, par exemple, ce qu’a écrit Heuchan, sur le site AfterEllen: « Many of the same activists who once acted as feminist and gay-rights champions now have decided that the best way to “celebrate a woman’s achievements” is to “credit a man.”)

En fait, Jeanne fut d’autant plus impressionnante et courageuse qu’elle était une femme. Pour de nombreuses petites filles qui grandissent dans une société sexiste dominée par les hommes, avec des personnages historiques masculins, réels ou fictifs, qui dominent le programme scolaire et les bibliothèques, Jeanne a toujours existé comme une possibilité exaltante de ce qu’une jeune fille pouvait faire contre des rangs d’hommes puissants. La redéfinir comme n’étant pas une femme et présenter cela comme progressiste est profondément offensant et totalement ridicule.

Jeanne a été accusée du crime d’hérésie, tout comme celles et ceux d’entre nous qui s’élèvent contre l’orthodoxie transgenre, mais nous refusons les étiquettes de TERF, intolérante et fasciste, tout comme Jeanne a refusé de plier. Elle a affronté une armée entière, mais c’est ce que font les féministes lorsque nous résistons à la botte patriarcale.

Je me souviens avoir lu un article sur Jeanne dans un ouvrage sur les femmes courageuses de l’histoire, lorsque je suis devenue féministe. Peu de figures féminines sont passées dans la littérature et sans les historiennes féministes pour en parler, il y en aurait encore moins.

Les dramaturges et les metteurs en scène modifient depuis longtemps le sexe de personnages historiques célèbres pour brouiller un peu les cartes. Cela peut fonctionner brillamment pour faire comprendre, souvent par des dramaturges féministes, que tous les héros historiques n’ont pas été des hommes. Mais malheureusement, l’exigence que nous capitulions toutes devant l’idéologie transextrémiste a fait qu’il est aujourd’hui impossible que la re-présentation de Jeanne en tant que « héros non-binaire » soit autre chose qu’un pas de plus dans l’effacement des réalisations des femmes.

Alors que des pans entiers de jeunes femmes se voient offrir la possibilité de refuser leur puberté, comme nous l’avons vu avec le scandale médical émergeant à la clinique Tavistock et ailleurs, il est encore plus important que les femmes fortes soient acceptées et célébrées en tant que telles.

Jeanne d’Arc est depuis longtemps une icône féministe, et le mouvement des suffragettes a utilisé son image sur certaines de leurs affiches. Elle a vécu au 15ème siècle, à une époque où le sexe était la caractéristique déterminante et où les femmes n’avaient que peu ou pas de droits, de liberté ou de choix. C’est ce qui a rendu Jeanne extraordinaire : elle était une femme et a défié les contraintes imposées aux femmes. L’idée qu’une figure historique décédée puisse être dépeinte comme si elle avait existé sous une identité de genre différente est inconvevable.

Tout l’intérêt de Jeanne est qu’elle était une femme dans un monde d’hommes. Lorsque les Anglais l’ont gardée prisonnière et ont essayé de prouver qu’elle était une hérétique, ils n’ont rien trouvé qu’elle ait fait qui puisse justifier son exécution. Le seul crime odieux dont elle a été reconnue coupable était qu’elle s’était habillée en homme. Ils ont dit que c’était suffisant pour mériter la mort et l’ont déclarée coupable. Lorsqu’une femme est tuée parce qu’elle a osé transgresser les règles et les lois sur la façon dont nous devrions nous habiller et agir, des règles dont ont décidé des hommes, cela fait d’elle une martyre féministe, et non quelqu’un à désigner par les pronoms them et they.

Version originale : https://www.spectator.co.uk/article/why-is-the-globe-making-joan-of-arc-non-binary-?  

Traduction : TRADFEM

Julie Bindel est autrice, journaliste et militante féministe contre la violence sexuelle.

Une réflexion sur “Pourquoi le théâtre Shakespeare’s Globe transforme-t-il Jeanne d’Arc en « personne non binaire » ?

  1. « une femme à admirer et à prendre comme modèle » : pas vraiment, ou alors c’est ne pas comprendre le symbole Jeanne d’Arc.

    Comme l’idéologie transactiviste force à rappeler les faits, avant de pouvoir discuter sérieusement, il faut donc leur sacrifier une ligne et du temps de cerveau de féministe disponible : non, Jeanne d’Arc n’était pas « non binaire », ou trans. Elle était femelle, femme.

    Mais Jeanne d’Arc n’est pas non plus un modèle pour les femmes. Elle n’était acceptée au côté du roi et respectée par les hommes d’armes (enfin, un temps) que parce qu’elle avait fait une croix sur une part essentielle de la vie de tout humain : la sexualité.
    Jeanne d’Arc était un modèle chrétien de vierge guerrière, pas un modèle féministe de femme libre. Dans le contexte du Moyen Âge, c’était évident.

    Ce n’est pas un modèle de femme forte, qu’on peut vouloir imiter en 2022, mais un modèle de vierge forte, modèle valorisé dans le contexte médiéval et qui conditionnait que les hommes acceptent que la jeune fille sorte de son rôle social « féminin » : il fallait qu’elle s’ampute d’abord, volontairement et sans ambiguïté, d’une partie de sa vie. Pas de vie amoureuse et sexuelle = permission accordée de ne pas remplir le rôle social attendu des femmes. Le rôle de guerrier ou de chef de guerre ne peut être accordé à une femme qui a une vie sexuelle.
    Lors de son procès, c’était justement un point d’attaque : l’habiller en femme pour la remettre à sa place, une place d’inférieure qui ne pouvait pas prétendre au commandement de quoi que ce soit. Prétendre qu’elle avait des rapports sexuels, malgré sa réputation.
    Les femmes et les vierges ne sont pas de la même catégorie, dans le système médiéval.

    Donc, en 2022, on ne peut pas prendre une liberté conditionnée à amputation comme modèle.

    Il faut revoir les vidéos de Guillemin sur le personnage, pour ne pas comprendre de travers l’interprétation du personnage de Jeanne d’Arc :

    Pour revenir à l’actualité, une jeune femme qui ne veut pas de rapports sexuels n’est pas un homme dans un corps de femme, à moins que les transactivistes ne cherchent maintenant à imposer l’abstinence aux femmes qui s’imaginent être des hommes ?
    Mais c’est vrai qu’il y a une certaine cohérence : les femmes sont définies par l’idéologie patriarcale comme des trous, des personnes subissant la pénétration. Être un homme, c’est ne pas être un trou, c’est être celui qui ensemence, qui gagne, qui agit, qui…. « L’homme » est ce qui n’est pas pénétré, par opposition à « la femme ». On le voit avec les idées homophobes et la fameuse question « lequel d’entre vous fait la femme »…
    Dworkin a disséqué tout ça, dans Woman Hating par exemple…
    Ce qui tend à montrer, une fois encore, que l’idéologie transactiviste est tout à fait compatible avec le patriarcat, et même est une branche de la pensée patriarcale : une vierge guerrière n’est pas tout à fait une femme, c’est exactement ce qu’aurait dit un misogyne chrétien durant la guerre de Cent ans.

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