Paraît cette semaine en librairie un livre iconique d’Andrea Dworkin, Pornographie: Les hommes s’approprient les femmes (Éditions LIBRE)

En voici l’avant-propos par Dora Moutot.

Illustration: Jess Aubin Traduction: Martin Dufresne et Ann Leduc


« S’il y a une féministe que j’aurais vraiment aimé rencontrer,
c’est bien Andrea Dworkin.
Elle fait partie des femmes que j’admire, car elle a su parler de sexualité de façon novatrice, critique et incisive.
Mais je n’ai pas eu cette chance. J’avais 18 ans quand elle est décédée et à cette époque, je n’avais pas encore de conscience féministe.
Pourtant à 18 ans, je consommais déjà du porno sur internet, je pensais naïvement que c’était « cool » et même « progressiste ». Pendant de longues années, l’industrie porno a conditionné mes fantasmes et ma vie sexuelle, comme celles de tant de femmes et d’hommes, sans que je sois capable de percevoir les scripts misogynes qui avaient été implantés dans mon imaginaire sexuel par ce biais. Pornographie, Les hommes s’approprient les femmes d’Andrea Dworkin, initialement publié en 1979 dans sa version originale, est un pilier du féminisme radical, un livre visionnaire sur l’industrie pornographique et son impact sur les rapports femmes-hommes et sur la société.
À l’heure où les scandales sur l’industrie pornographique éclatent au grand jour, ce livre doit être lu et relu, car il permet de poser un regard féministe aiguisé et critique sur la pornographie, sa signification et les problèmes qu’elle pose.

En 2020, le New York Times révélait que le site Pornhub était infesté de vidéos monétisées de véritables viols. Pornhub retira alors plus de 13,5 millions de vidéos de leur plateforme. Ce qui en dit long, très long…
La même année, en France, trois associations féministes déposaient plainte contre la plateforme porno Jacquie et Michel pour viols et proxénétisme. En janvier 2022, le journal Le Monde publiait un article dont le titre était «L’enquête qui fait trembler le porno français ».
Plus de trente ans après la sortie initiale de Pornographie, Les hommes s’approprient les femmes, ça commence à bouger, et cette nouvelle prise de conscience, on la doit sans doute à Andrea Dworkin. Car dans la lutte féministe anti-porno, c’est surtout elle qui a ouvert la voie et qui a montré aux femmes qu’il était possible de se lever contre cette industrie.
Avant même que les « tubes » pornos n’explosent et qu’internet rende le porno hyper accessible accessible partout et par tous, même de jeunes enfants, depuis un simple téléphone portable, avant même que la production ne s’accélère pour devenir de plus en plus trash dans une terrible course à la violence et à la nouveauté pour obtenir plus de clics, Andrea Dworkin avait compris que le porno était un outil patriarcal d’oppression et d’exploitation des femmes.
En 1982, avec l’avocate Catherine Mckinnon, elles avaient proposé une ordonnance de droit civil anti-pornographie aux États-Unis. Leur ordonnance caractérisait la pornographie comme la subordination sexuellement explicite des femmes à travers des images ou des mots et comme une forme de discrimination sexuelle. L’ordonnance prévoyait entre autres que les femmes, actrices pornos ou pas, puissent facilement lancer des poursuites en invoquant la subordination des femmes contre les producteurs et distributeurs de porno agissant dans ce sens. Évidemment, l’ordonnance finit par être rejetée, mais une pensée féministe critique du porno avait pu se former.

À l’heure où le féminisme « pro travail du sexe » semble être très à la mode, où tous les questionnements sur le porno ou la prostitution se font rembarrer avec accusation de «putophobie» à la clé, lire Andrea Dworkin, c’est oser remettre en question, c’est se donner le droit de penser un sujet censuré.
Mais je dois vous prévenir. Lire Andrea Dworkin est parfois douloureux.
Elle invite à des prises de conscience parfois terriblement inconfortables sur ce que raconte la pornographie au sujet des désirs sexuels masculins. Ce livre parle de domination masculine, de sadisme et de déshumanisation des femmes à travers le médium de la pornographie.
Bonne lecture.


Andrea, où que tu sois, merci pour nous, les femmes. »

Dora Moutot, créatrice du compte Instagram @tasjoui et autrice de Mâle Baisées, le livre
qui dénonce le patriarcat sous les draps.

€ 20,00 EAN: 9782490403264 GTIN: 9782490403264
https://www.editionslibre.org/produit/pornographie-les-hommes-sapproprient-les-femmes-andrea-dworkin/

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