Le véritable « backlash » anti-femmes n’a jamais pris fin

Trois décennies plus tard, le classique féministe de 1991 de Susan Faludi. BACKLASH, nous apprend toujours comment lire entre les lignes.

Par Molly Fischer, The New Yorker, 21 juillet 2022

« Il est plus facile d’être tuée par un terroriste que de trouver un mari quand on a plus de quarante ans », dit un mec au personnage de Meg Ryan, Annie, dans le film Sleepless in Seattle, tourné en 1993. Il répète en perroquet une statistique qui, à l’époque, était la coqueluche des médias. Soit les résultats dramatisés d’une étude prétendument menée en 1986 sur les tendances du mariage aux USA, qui avait explosé sur les couvertures des magazines, les journaux télévisés et les écrans de cinéma. Annie, cependant, est mieux informée. « Cette statistique est fausse ! répond-elle. Il y a pratiquement un livre entier sur le fait que cette statistique est fausse. » Le livre en question n’a même pas eu besoin d’être nommé : il s’agit de BACKLASH : The Undeclared War against American Women, de la journaliste d’enquête Susan Faludi (publié en français aux Éditions des femmes sous  le titre Backlash : La guerre secrète contre les femmes).

Publié en 1991, BACKLASH était rapidement devenu un phénomène marquant de l’époque. Faludi (qui a également écrit pour le New Yorker) y a présenté une évaluation méthodique accablante du statut des femmes aux États-Unis de l’ère Reagan. Les gains réalisés par les féministes de la deuxième vague dans les années 1970, écrit-elle, avaient inspiré une réaction vicieuse des protecteurs du statu quo. Après une brève période pendant laquelle les entreprises et les médias ont cherché à commercialiser le féminisme : pensez à la publicité des cigarettes Virginia Slims « You have come a long way, baby! » (Tu as fait du chemin, chérie!), ils ont plutôt choisi de diaboliser les femmes célibataires dotées d’un emploi, de vanter la maternité au foyer et d’inventer de toutes pièces des tendances comme le « nouveau traditionalisme ». Qu’elles soient proposées par des scénaristes, des journalistes, des politiciens ou des experts à la crédibilité douteuse, les figures de ce contrecoup ont souvent pris la forme d’un double message insidieux : premièrement, que le féminisme avait déjà tout changé et, deuxièmement, que le féminisme lui-même était la raison pour laquelle les femmes étaient maintenant « malheureuses ». Si une femme des années 80 avait du mal à concilier travail et famille, par exemple, c’était parce que le féminisme lui avait donné la confiance téméraire de penser qu’elle pouvait « tout avoir ». Ses difficultés ont été présentées comme un signe que le mouvement était allé trop loin – et non qu’il avait encore beaucoup à accomplir.

La publication de BACKLASH a coïncidé avec la confirmation de Clarence Thomas à la Cour suprême américaine, et l’indignation suscitée par le témoignage de sa victime de harcèlement sexuel, Anita Hill, et par son traitement lors de ces audiences a contribué à propulser le livre de Faludi sur la liste des meilleures ventes. Pourtant, si sa résonance avec le moment politique était évidente, BACKLASH était avant tout une critique des médias : en analysant la publicité, les films, la télévision et les informations publiées, Faludi a catalogué les écarts entre ces rcits médiatiques et les réalités de la vie des femmes. Elle s’est concentrée sur les voix les plus fortes de la vie publique et sur les personnes qu’elles considéraient comme leur public, une tranche de la population qui était en grande majorité blanche, de classe moyenne et hétérosexuelle. (C’est un livre sur la misogynie des années 80 qui n’aborde que brièvement la vilification particulière des femmes noires par la droite). Mais, là où Faludi porte son attention, elle va en profondeur. Son approche était une analyse culturelle fortifiée par des reportages d’arrière-plan.

L’étude sur le mariage menée en 1986 a attiré l’attention de Faludi alors qu’elle était une journaliste de vingt-six ans, et lui a donné l’impulsion nécessaire pour amorcer le travail qui allait devenir BACKLASH. Faludi l’avait découverte sur une page couverture du magazine Newsweek, représentée par un bouquet de mariée à côté d’un graphe en chute libre : apparemment, une femme ayant fait des études supérieures et qui ne s’était pas mariée à l’âge de trente ans n’avait que vingt pour cent de chances de se marier un jour. À l’âge de quarante ans, ses chances tombaient à 1,3 pour cent. Faludi a découvert que ces chiffres avaient fait surface pour la première fois lorsqu’un journaliste du Stamford Advocate avait contacté le département de sociologie de Yale en quête de statistiques pour étoffer un article sur la Saint-Valentin (« Romance : Is It In or Out ? »). Cette étude ne fut jamais complétée et n’a pas été publiée, mais elle a vite fait surface partout. Le problème, rapidement reconnu par Jeanne Moorman, démographe au Bureau étatsunien du recensement, était que ses « conclusions » étaient fausses. Elles reposaient sur des hypothèses inexactes et citaient des données non représentatives. (D’après les calculs de Moorman, les chances de mariage de cette femme hypothétique de trente ans étaient plus proches de soixante pour cent.) Et la notion selon laquelle une femme de quarante ans avait « plus de chances d’être tuée par un terroriste » que de trouver un mari, présentée comme un fait par Newsweek et largement reprise comme la preuve que l’éducation et l’indépendance condamnent les femmes au malheur, n’avait jamais été fondée sur une recherche. « L’un des journalistes du bureau se promenait en disant cela comme une blague », a raconté un ancien stagiaire de Newsweek à Faludi. « La prochaine chose que nous avons apprise, c’est qu’un des rédacteurs à New York avait pris cette rumeur au sérieux et qu’elle a fini par être imprimée. » Moorman a tenté de corriger le dossier, mais ses supérieurs au Bureau du recensement l’ont découragée au nom de leur volonté d’éviter toute « controverse ». Les articles de suivi réévaluant l’étude en question ont reçu peu d’attention. Les chiffres étaient peut-être faux, mais ils offraient un verdict sur la vie des femmes modernes que de nombreux Étasuniens étaient enclins à partager. (« Cela semble vrai », dit un troisième personnage de Sleepless in Seattle à propos de cette prétendue statistique sur les chances d’être tuée par un terroriste.)

Faludi poursuit en retraçant le mouvement de l’étude dans le réseau sanguin culturel. Fatal Attraction, l’un des films qui a rapporté le plus de recettes en 1987, racontait l’histoire d’une femme célibataire de trente-six ans qui fait des ravages meurtriers après qu’un homme l’ait rejetée. C’était « la manifestation psychotique de l’étude de Newsweek sur le mariage », a déclaré un cadre du studio à Faludi. L’autrice a toutefois découvert une révélation étonnante : ce film a été conçu à l’origine comme féministe. Le matériau source est un court-métrage sur un homme marié confronté à sa responsabilité d’avoir brisé le cœur d’une inconnue, et, lorsque la productrice Sherry Lansing l’a visionné pour la première fois, elle a dit à Faludi qu’elle avait pris parti pour cette femme célibataire. « C’est ce que je voulais transmettre dans notre film. Je voulais que le public ressente une grande empathie pour la femme. » Mais le studio voulait donner de cette femme une image plus prédatrice, et Michael Douglas, qui devait jouer le rôle principal, ne voulait pas jouer « un personnage faible et non héroïque », aux dires de la scénariste. Le film qui est finalement arrivé dans les salles de cinéma a poussé de nombreux spectateurs masculins à faire étalage d’une misogynie tapageuse. « Défonce le visage de cette salope », a hurlé un homme lors d’une projection à laquelle a assisté Faludi ; « Tue cette salope », a gueulé un autre. « C’est incroyable de voir à quel point ce film est devenu un film de participation du public », a déclaré à Faludi Adrian Lyne, le réalisateur. Fatal Attraction est devenu un film que les experts allaient citer comme preuve de tendances sociologiques dans le monde réel. Le backlash avait inventé sa propre preuve. Faludi a simplement articulé le lien entre les attitudes d’une administration républicaine et l’incapacité d’une démographe à corriger des faits, entre les vanités des hommes d’Hollywood et le vitriol de spectateurs criant des injures à des écrans de cinéma. L’année même de la sortie de BACKLASH, Faludi a remporté un prix Pulitzer pour son reportage dans le Wall Street Journal sur l’effet du rachat par endettement d’une chaîne de supermarchés sur des dizaines de milliers de travailleuses. Dans les deux cas, elle a suivi à la trace la façon dont des personnes puissantes et leurs priorités personnelles ont posé des choix qui ont remodelé le monde qui les entourait.

Aujourd’hui, certains aspects de l’argumentaire de BACKLASH peuvent sembler des artefacts d’une époque lointaine de la rhétorique féministe. D’une part, son point de vue très blanc et très hétérosexuel semble nettement limité en 2022. Ensuite, il y a la façon dont elle se prononce en faveur des costards féminins plutôt que de la haute couture hyperféminine, regarde d’un œil circonspect les produits de soins de la peau en général et considère comme évidemment absurde toute affirmation selon laquelle la chirurgie esthétique est une source d’empouvoirement. Pour un lecteur habitué à voir le style personnel revendiqué comme une praxis féministe, cela peut laisser perplexe. Mais ces préoccupations deviennent, à mon avis, plus convaincantes dans le contexte d’une inquiétude accrue pour l’autonomie corporelle des femmes. Faludi se méfie de toute force qui voudrait dicter aux femmes ce qu’elles font de leur corps, et elle est consciente du mal que de tels diktats peuvent infliger. Cela inclut les marques de mode qui vendent des vêtements restrictifs et peu pratiques et les chirurgiens plasticiens qui font la promotion de chirurgies électives risquées. (Ici aussi, Faludi jette un coup d’œil aux statistiques. Elle constate que si le nombre de chirurgiens plasticiens a quintuplé depuis les années 1960, la demande n’a pas suivi, d’où les publicités pour des procédures et des plans de paiement qui se sont multipliées dans les magazines des années 1980). La question du droit à l’avortement dominait toutes les préoccupations, bien sûr. Faludi écrivait à un moment où l’on s’attendait à ce que l’arrêt Roe c. Wade soit abrogé. Les présidents Ronald Reagan et George H. W. Bush nommaient des juges conservateurs à la magistrature fédérale et l’activisme radical anti-avortement gagnait en importance et en vigueur. C’est ce qui animait la détresse omniprésente dans l’œuvre de Faludi : la perspective d’un monde qui traite les femmes comme des récipients destinés à la procréation avant tout.

Dans la dernière section de BACKLASH, Faludi raconte deux histoires qui capturent l’horreur de donner à un fœtus – même un hypothétique fœtus potentiel – la préséance sur une personne réelle et vivante. La première concerne une femme de Washington, D.C., nommée Angela Carder, qui avait survécu à un cancer dans son enfance mais avait développé une tumeur aux poumons alors qu’elle était enceinte de six mois. Elle a été hospitalisée et, au lieu de lui administrer la chimiothérapie et la radiothérapie recommandées par son oncologue de longue date, une équipe médicale qui pensait que son cas était en phase terminale l’a plutôt mise sous sédatif (contre la volonté de Carder, selon sa mère). Les administrateurs de l’hôpital, quant à eux, craignaient l’éventualité d’une poursuite si un fœtus potentiellement viable était perdu. Malgré les objections des médecins, ils ont insisté pour qu’une césarienne soit pratiquée immédiatement, même si cela risquait d’accélérer la mort de Carder. L’hôpital a fait appel à un juge qui, après une brève audience, a ordonné aux médecins d’opérer. Le bébé est mort dans les deux heures suivant l’opération, et Carder deux jours plus tard. (Plus tard, l’émission télé L.A. Law a tourné un épisode basé sur cette anecdote ; à la télévision, la mère est morte, mais le bébé a survécu.) Le récit de Faludi a été écrit juste au moment où la notion juridique de « personnalité fœtale » prenait forme. Il anticipe les choix mortels que, en l’absence de Roe c. Wade, les médecins et leurs employeurs sont déjà obligés d’effectuer.

La deuxième histoire concerne un groupe de femmes qui travaillaient dans une usine de la firme American Cyanamid en Virginie occidentale. L’entreprise, qui possédait certaines des marques de produits de beauté que Faludi critique ailleurs dans son livre, a imposé à ses employées une « politique de protection du fœtus » qui excluait les femmes des postes les mettant en contact avec des produits chimiques qu’elle jugeait dangereux pendant une grossesse. (Des risques reproductifs comparables existaient pour les hommes, mais l’entreprise n’a imposé aucune mesure pour la « protection » de ces hommes). On a dit aux femmes qui occupaient déjà de tels emplois de choisir entre être licenciées et être stérilisées chirurgicalement. Cinq des sept femmes admissibles ont choisi la stérilisation. Pour Faludi, leur histoire illustre la logique du contrecoup antiféministe ; en effet, les femmes d’American Cyanamid ont perdu le contrôle de leur corps, pour se faire dire que c’était leur propre choix. L’usine a d’ailleurs supprimé leurs postes peu de temps après qu’elles aient subi ces hystérectomies « volontaires ». Des années plus tard, l’une d’entre elles, Betty Riggs, était avec des amies en train de regarder à la télévision les audiences de confirmation du juge Robert Bork à la Cour suprême. Riggs et ses collègues avaient intenté un procès contre American Cyanamid, et, en tant que juge d’appel, Bork avait statué en faveur de l’entreprise. Riggs a dit à Faludi qu’elle se souvenait avoir bondi de son siège lorsque Bork a dit au Sénat qu’il supposait que les femmes étaient « heureuses d’avoir eu le choix » entre leur gagne-pain et leur fécondité. « As-tu entendu ça ? » a-t-elle éclaté, abasourdie. « Cet homme est un menteur, un menteur! ».

Robert Bork n’allait finalement pas siéger à la Cour suprême. Il avait signalé sa volonté d’abroger l’arrêt Roe c. Wade et, en 1987, cela a mobilisé une opposition suffisante pour faire échouer sa nomination. Mais le mouvement anti-avortement qui se tenait derrière lui n’a pas lâché prise pendant les trente-cinq années suivantes, jusqu’à l’aboutissement, en 2022, d’un effort de plusieurs décennies pour contrôler les femmes et leur corps. Quelques mois après la publication du livre de Faludi, un article du San Diego Union-Tribune s’est demandé si l’on pouvait « envisager un contrecoup à ce mouvement de contrecoup ». « Ce qui unit les femmes, c’est la preuve flagrante et laide de l’oppression », a déclaré Faludi au journal. « Cela viendra avec la disparition inévitable de l’arrêt Roe c. Wade. »

Nous sommes maintenant arrivés au moment prévu par Faludi. Après la fuite du projet de décision de la Cour suprême américaine dans l’affaire Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, Michelle Goldberg, chroniqueuse d’opinion au Times, a écrit qu’elle était retournée au livre de Faludi pour essayer de comprendre « ce moment de contrecoup ». Il n’y a pas si longtemps, a écrit Goldberg, Beyoncé dansait sur un plateau devant le mot « FÉMINISTE », Sheryl Sandberg exhortait les femmes d’affaires à investir leur milieu, et le féminisme semblait triomphalement courant. Pourtant, alors que l’arrêt Roe était sur son lit de mort, Goldberg n’a vu que désengagement et désaccord au lieu d’une indignation féministe revigorée. (Sa chronique portait le titre « L’avenir n’est plus féminin. ») Les militantes étaient épuisées ; les organisations étaient divisées à l’interne. Elle a parlé aux rédactrices du magazine littéraire The Drift d’un recueil d’essais qu’elles avaient récemment publié sur le thème « Que faire du féminisme? ». Plusieurs des contributrices, des femmes âgées de 20 à 30 ans, ont décrit la récente incarnation pop du féminisme comme « embarrassante ».

En écrivant au début des années 90, Faludi a situé ce contrecoup dans un cycle continu d’essor et d’effondrement du féminisme dans l’histoire américaine : des périodes d’hostilité réactionnaire envers le féminisme faisaient suite à des périodes d’adhésion généralisée. Du point de vue de l’été 2022, il peut être tentant de considérer le présent comme « ce moment de backlash ». Mais cela soulève une question : Un contrecoup à quoi, exactement ? La dernière décennie de la vie américaine a été remplie de gros titres qui ont vanté la montée en puissance du féminisme, et, de manière prévisible, ces gros titres ont été accueillis par un repli rapide. Les réflexions des campus sur le consentement sexuel ont laissé la voie libre aux université pour protéger leurs intérêts institutionnels. L’élection très attendue de la première femme à la présidence a cédé la place à la misogynie ouverte de Donald Trump. Et, alors que l’élection de Trump a inspiré une résurgence d’organisation féministe, ces efforts n’ont pas connu un succès sans faille : la Marche des femmes a été un spectacle magnifique, mais son efficacité à long terme n’était pas claire ; les élections de mi-mandat de 2018 ont porté des féministes au Congrès, mais leur proéminence a attiré un flot incessant de bile et de menaces ; les commentateurs se sont inquiétés du fait que le mouvement #MeToo était allé trop loin presque depuis ses débuts. Christine Blasey Ford a raconté son histoire, et le Sénat a tout de même confirmé la nomination de son agresseur, Brett Kavanaugh. Pendant ce temps, tout au long de la décennie, les législatures des États conservateurs du pays ont rendu l’avortement de moins en moins accessible aux femmes.

Tout au long de BACKLASH, Faludi met en évidence une sorte de dissonance cognitive culturelle. Dans les sondages d’opinion publique ainsi que dans ses propres interviews, elle constate que les femmes sont enthousiastes à l’égard des principes et des réalisations féministes ; de grandes majorités ont dit aux sondeurs qu’elles soutenaient l’avortement légal et l’amendement sur l’égalité des droits. C’est l’appareil politique et médiatique de l’Amérique des années 80 qui a insisté sur le message que le féminisme ne représentait pas réellement les intérêts des femmes. Dans un discours intitulé « Le féminisme radical en retrait », une porte-parole de l’administration Reagan a qualifié le féminisme de « camisole de force » pour les femmes ; Michael Douglas, la star du film Fatal Attraction, a déclaré à un intervieweur : « J’en ai marre des féministes, vraiment marre d’elles » Ce fossé grandissant a posé un problème aux marchands de culture qui essayaient de persuader les femmes d’acheter leurs produits. Les cadres masculins des réseaux télé, par exemple, craignaient que les femmes ne soient « intimidées » par les héroïnes de la série policière Cagney & Lacey. Après l’annulation de l’émission, des dizaines de milliers de fans ont écrit pour réclamer son retour. « Les téléspectatrices accordent systématiquement leurs meilleures notes aux personnages féminins non traditionnels tels que les leaders, les héroïnes et les comédiennes, écrit Faludi. Mais les plus gros annonceurs de la télévision, les fabricants de produits alimentaires emballés et d’articles ménagers, veulent des émissions « familiales » traditionnelles. »

Cependant, au cours de la dernière décennie, le fait de mettre en scène un personnage féminin fort a cessé d’être un tabou et est devenu une catégorie Netflix. Les entreprises du secteur du divertissement, de la mode, de la beauté et des médias ont réalisé que le féminisme fonctionnait comme une marque. (Même le Parti républicain a occasionnellement prétendu s’intéresser à l’autonomisation des femmes, comme lors de la remarque du candidat Mitt Romney à l’effet qu’ils avaient « des classeurs remplis de femmes (de qualité) »). Rien de tout cela n’indiquait un triomphe inspirant des idéaux féministes dans la vie américaine : il s’agissait de cas où les spécialistes du marketing devenaient meilleurs en marketing. Parfois, les sentiments populaires qui ont passé pour du féminisme au cours des dix dernières années pourraient se résumer à « faire prendre conscience de la place des femmes ». Ou peut-être, comme le dit un porte-clés de l’espace de co-working pour femmes The Wing, « DES FILLES QUI FONT CE QU’ELLES VEULENT ». Dans la mesure où critiquer de telles banalités, ou qualifier les chapeaux tricotés en forme de chattes « d’embarrassants » constitue un retour de bâton, ce n’est pas le retour de bâton qui nous a donné la récednte décision Dobbs.

Faludi elle-même s’est penchée sur ce nouveau paysage politique le mois dernier, avec un article publié dans le Times qui se lit comme une sorte de réplique à celui de Goldberg. Elle a écrit que le féminisme pop des célébrités avait été une distraction du contrecoup qui se produisait depuis le début. Ce contrecoup, caché sous des années de moments « Lean In » et de baffes échangées sur les médias sociaux pour savoir si Taylor Swift était ou non féministe, n’a jamais perdu de sa force ni de son objectif, a-t-elle écrit. Sa violence demeure et sera toujours infligés aux personnes non célébrées et non fortunées. »

BACKLASH était une condamnation des médias et de la culture pop de son époque, et sa leçon, peut-être paradoxale, était qu’il ne fallait pas y prêter attention : une leçon qui n’a fait que devenir plus urgente à mesure que les médias et la culture pop sont devenus plus intimement envahissants, plus aptes à nous montrer ce que nous voulons voir. Pour ses lecteurs d’aujourd’hui, son livre est une incitation à remettre en question ce qui apparaît sur (toujours plus) d’écrans; Faludi offre un modèle de cette interrogation : un compte rendu exigeant de la façon dont le patriarcat commercialise ses saucisses.

Version originale: https://www.newyorker.com/books/second-read/the-real-backlash-never-ended?

Traduction : TRADFEM

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