Je fais l’objet d’une enquête du British Columbia College of Nurses parce que je crois que le sexe biologique est réel

Par Amy Eileen Hamm

08 avr 2022

En novembre 2020, le British Columbia College of Nurses and Midwives (BCCNM) m’a informée que je faisais l’objet d’une enquête pour mon « comportement en dehors des heures de travail ». Mon audience disciplinaire doit avoir lieu du 30 mai au 3 juin, et ma carrière d’infirmière est menacée. J’ai travaillé pendant toute la durée de l’enquête, à part un congé pour cause de stress et divers jours de maladie que j’ai pris pour protéger ma santé mentale.

Le BCCNM est un organisme de réglementation dont l’objectif affiché est de protéger le public de tout préjudice et de veiller à ce que les infirmières et les sages-femmes respectent des normes de soins et des responsabilités professionnelles définies. Il délivre une licence d’exercicem, et sans elle, l’on ne peut pas travailler en tant qu’infirmière en Colombie-Britannique. Je n’avais jamais trop réfléchi au BCCNM avant l’annonce de cette enquête. J’ai fait mon travail, et je crois que je l’ai bien fait. Je payais mes frais de licence chaque année, tout simplement.

Mes ennuis ont commencé lorsque le BCCNM m’a informée que deux membres du public s’étaient plaints à l’organisation, en m’accusant d’être « transphobe » et que je pourrais donc être incapable de « fournir des soins sûrs et sans jugement aux patients transgenres et de genre différent ». L’un des plaignants est un travailleur social nommé Alex Turriff, qui se décrit comme « un défenseur passionné de la justice sociale… intéressé par la violence et l’oppression structurelles [et] influencé politiquement par le marxisme ». L’autre a obtenu le privilège de rester anonyme, même s’il ou elle a tenté de ruiner ma carrière : le BCCNM était apparemment d’accord avec la conviction de cette personne anonyme que je pourrais « me livrer à des représailles contre elle » si j’apprenais son identité.

Au cours de ma carrière d’infirmière, qui dure depuis dix ans, je n’ai jamais fait l’objet d’une plainte de la part d’un patient, ni reçu aucun type de sanction disciplinaire au travail. Au contraire, j’ai adoré mon travail et j’ai fait mon chemin jusqu’à des rôles de direction. J’ai travaillé avec d’innombrables patients transgenres. Je ne suis pas transphobe, quelle que soit la définition raisonnable ou défendable que l’on veuille donner à ce qualificatif. Pourtant, je risque maintenant de perdre mon emploi parce que des activistes prétendent que je suis intolérante.

Il y a environ six ans, j’ai commencé à m’intéresser à ce que certains appellent l’idéologie de l’identité de genre, qui est centrée sur l’affirmation selon laquelle une identité de genre auto-définie devrait l’emporter sur le sexe biologique dans tous les secteurs de la prestation de services et de l’élaboration de politiques. Comme beaucoup l’ont observé (y compris ici à Quillette), cette idéologie s’est propagée à partir de communautés Internet marginales et de facultés universitaires au monde réel des salles de bain, des prisons et des équipes sportives. Ma propre préoccupation publiquement exprimée à propos de ce phénomène remonte à la première fois où l’on m’a qualifiée de l’injure « TERF » (trans-exclusionary radical feminist), en 2016.

Avant cela, je ne m’identifiais pas comme une féministe active, et encore moins comme une féministe « radicale ». Cependant, je ne pouvais pas ignorer les préjudices que l’idéologie de l’identité de genre infligeait aux femmes et aux enfants. Et au cours des six dernières années, j’ai écrit et parlé sur la question du genre ; j’ai organisé de grands événements pour discuter de cette idéologie ; j’ai engagé des avocats pour empêcher la bibliothèque publique de Vancouver d’annuler un de ces événements ; j’ai assisté à un tribunal des droits de l’homme et à des audiences impliquant le célèbre arnaqueur connu sous le nom de Jonathan Yaniv ; j’ai fait l’objet d’une enquête et été menacée d’arrestation par la police lorsque l’arnaqueur susmentionné m’a faussement accusée de viol et de voyeurisme dans les toilettes d’un tribunal ; j’ai affronté des centaines de manifestants, dont certains étaient d’anciens amis, qui scandaient à mon intention et à celle de mon bébé de six semaines « Sauvez le bébé de la TERF » ; j’ai reçu des menaces de mort et de violence sexuelle ; mon député a refusé de me parler ; et, avec un ancien ami, j’ai aidé à ériger un panneau d’affichage à Vancouver pour exprimer mon soutien à ma collègue « TERF », J. K. Rowling.

C’est cette dernière action, le panneau d’affichage, qui a incité des transactivistes à tenter de me faire virer de mon emploi. Et lorsque cela s’est produit, j’ai engagé une avocate, Lisa Bildy, qui travaillait alors au Centre de justice pour les libertés constitutionnelles du Canada, car je n’avais aucune garantie que le représentant juridique fourni par mon syndicat ne serait pas idéologiquement favorable à mes accusateurs. Et il s’est avéré que c’était une bonne décision : Le syndicat des infirmières de ma province a depuis fait pression sur le gouvernement canadien (sans, à ma connaissance, avoir consulté ses membres) pour faire adopter un projet de loi controversé qui menace d’incarcération les travailleuses et travailleurs de la santé à moins qu’ils et elles ne « valident » immédiatement le sexe annoncé par tout·e patient·e, aussi jeune soit-il ou elle.

Près de six mois après le premier message que m’a adressé le BCCNM (se disant « inquiet » que je « partage les opinions transphobes de J.K. Rowling »), j’ai reçu plus de 300 pages de « matériel d’enquête », composé principalement de mes articles publiés et de mes messages sur les réseaux sociaux, ainsi qu’une série de questions auxquelles on m’intimait de répondre. Le Collège n’a jamais répondu à mon avocate lorsqu’elle a écrit à l’avocate interne du BCCNM, Me Aisha Ohene-Asante, pour demander si « la caractérisation des prétendues opinions de J.K. Rowling comme ‘transphobes’ étaient les mots du plaignant ou bien les vôtres en tant que représentante du collège ». Me Ohene-Asante n’a pas répondu à cette question, ni transmis le dossier à qui que ce soit d’autre, ce qui nous laisse avec la possibilité que le BCCNM a déjà pris parti.

Je n’avais aucune intention de revenir sur mes opinions, qui, comme mon avocat les a décrites au BCCNM, sont les suivantes :

« Les hommes ne sont pas des femmes. Les humains sont une espèce dimorphique. Les femmes et les hommes sont biologiquement différents les uns des autres. Les femmes et les filles ont des droits fondés sur le sexe en raison de ces différences. Ces droits sont menacés. C’est la vérité. Cela a toujours été la vérité. Dire la vérité ne devrait pas être un délit punissable. »

De même, lorsqu’on m’a demandé de « décrire les leçons que j’aurais apprises » jusqu’à présent, j’ai répondu ce qui suit :

    J’ai appris que le BCCNM ne défend pas les femmes ni leurs droits sexuels protégés par la Charte [des droits et libertés]. Alors que l’on m’accuse de jeter le discrédit sur ma profession, je pense que c’est le Collège – avec [son] négationnisme scientifique et son intimidation des femmes comme moi – qui jette un discrédit sur la profession. J’espère que vous savez le nombre de membres du BCCNM j’ai rencontrées qui se tiennent à mes côtés et se tiennent aux côtés d’autres femmes qui se battent pour préserver nos droits sexuels. Alors que la plupart des femmes sont réduites au silence par peur du harcèlement et des conséquences personnelles ou professionnelles (comme ce que le BCCNM me fait subir avec cette enquête), nous ne sommes pas une minorité. Je suis punie par ce processus, bien que je n’aie rien fait de mal … Mon employeur et mon organisme de réglementation devraient être fiers des personnes qui défendent les femmes et les enfants. Au lieu de cela, ils les persécutent et les intimident. Tout cela est particulièrement décourageant si l’on considère que la profession d’infirmière est une profession à prédominance féminine. Pourtant, le BCCNM ne parvient pas à comprendre que les femmes qui défendent leurs droits fondés sur le sexe ne sont pas transphobes, nous sommes pro-femmes – comme vous devriez l’être.

Le BCCNM a tenté de m’empêcher de parler de son enquête en affirmant que j’avais un devoir légal de confidentialité. Mon avocate m’a informée que les dispositions légales citées ne s’appliquaient pas à mon cas. Le BCCNM ne nous a jamais répondu sur cette question non plus. Nous avons donc décidé de rendre public un communiqué de presse. J’ai reçu un énorme soutien de la part de personnes du monde entier, et je continue à recevoir des messages positifs jusqu’à aujourd’hui, même s’il y a parfois des messages hostiles de trolls actifs sur Internet.

Après avoir rendu l’affaire publique, le BCCNM a tenté de me faire signer un accord de consentement, qui aurait mis fin à l’enquête. Mais j’ai refusé. L’accord proposé impliquait que je reçoive une réprimande publique, que je signe une déclaration de faits reconnaissant que j’avais fait des commentaires transphobes en ligne, que je reçoive une suspension de deux semaines qui resterait en permanence dans mon dossier, que je m’engage à ne jamais discuter de l’identité de genre en mentionnant que je suis infirmière, et d’autres éléments de la même eau (comme m’engager à une « éducation » concernant l’utilisation des médias sociaux). Le BCCNM voulait que j’accepte de reconnaître que j’avais enfreint mes normes professionnelles « liées à la pratique éthique, à la responsabilité professionnelle et à la reddition de comptes, et à la prestation de services axée sur le client ». Mais ils n’ont pas été capables d’articuler la manière dont j’aurais enfreint l’une ou l’autre de ces normes ; ils n’ont pas non plus pu étayer leur affirmation plus récente selon laquelle j’aurais fait des « déclarations médicalement inexactes ». La raison pour laquelle ils ne l’ont pas fait est qu’ils ne le peuvent pas.

J’ai mentionné plus tôt à quel point j’ai « adoré » mon travail. Au passé. Je ne l’aime plus, à cause de tout ce que j’ai décrit. Je suis une mère célibataire avec deux jeunes garçons, et mon travail est quelque chose que je fais pour payer les factures. Je me soucie des patients que je vois, et je fais toujours de mon mieux. Mais ces événements ont fait des ravages dans la façon dont je vois la profession. Et à moins que le climat idéologique ne change, je vais peut-être devoir trouver une nouvelle carrière (un changement qui, espérons-le, n’aura pas d’incidence négative sur ma capacité à subvenir aux besoins de mes enfants).

Pendant ma période d’enquête, la guerre culturelle sur l’identité de genre s’est poursuivie. Malheureusement pour le BCCNM, les développements récents n’ont pas renforcé l’argumentaire du Collège. C’est tout le contraire : la Britannique Maya Forstater a repoorté sa cause devant un tribunal du travail britannique après avoir perdu son emploi pour avoir dit que les humains ne pouvaient pas changer de sexe ; Keira Bell, une femme transsexuelle, a mis en évidence la façon dont la clinique britannique Tavistock spécialisée dans le genre avait nui aux enfants ; la Suède a interdit les bloqueurs de puberté pour les jeunes ; la Dre Marci Bowers, la célèbre spécialiste de la vaginoplastie qui a opéré nul autre que Jazz Jennings, a dénoncé les pratiques imprudentes des soins de santé transgenristes ; plusieurs livres compatissants et scientifiquement fondés (et très critiques) sur le mouvement transgenre sont devenus des best-sellers ; et le mouvement des femmes critiques de genre (dont les membres sont rabaissées par l’appellation de « TERF ») et le mouvement de soutien aux détransitions se sont développés dans le monde entier.

Des organisations de femmes critiques du genre apparaissent un peu partout dans le monde, notamment au Canada, aux États-Unis, en Italie, au Mexique, au Royaume-Uni, en France, en Écosse et dans d’autres pays. Il y a seulement un an ou deux, les journalistes auraient dû prétendre qu’une personne comme le transfemme Lia Thomas était une championne de natation féminine courageuse et authentique. Mais cela aussi a changé. Je déteste la notion simpliste selon laquelle l’histoire a un « bon côté ». Mais il est clair que la tolérance du courant dominant pour les exigences des transactivistes radicaux est devenue beaucoup plus mince récemment, et que le bon sens finira par l’emporter.

Selon l’issue de mon audience disciplinaire, qui pourrait inclure le retrait de ma licence d’infirmière, je ferai appel de la décision par le biais du système judiciaire canadien si j’estime que mes droits constitutionnels ont été violés. Mais quelle que soit l’issue, le processus lui-même est une sorte de punition. Ce qui m’a aidé à l’endurer, c’est l’expérience de rencontrer d’autres femmes qui partagent mes convictions – des femmes qui refusent de rester les bras croisés pendant que nos droits sont démantelés par les gouvernements et les institutions civiques. Nous n’allons pas reculer. Et nous nous moquons de ceux qui veulent nous chasser de la place publique pour avoir énoncé des vérités impopulaires.

Il y a des siècles, les scientifiques étaient parfois persécutés par l’église pour avoir rejeté les saintes écritures. De nos jours, ce sont des idéologues laïques qui exigent que la science cède face au dogme. Et bien que le phénomène soit devenu assez courant, c’est toujours un peu choquant de voir une organisation de soins rejeter des vérités simples sur la biologie humaine. Depuis quelque chose comme 300 000 ans, les êtres humains savent qu’ils sont une espèce sexuellement dimorphe, les hommes étant des hommes et les femmes des femmes. C’est ainsi que nous faisons des bébés. Personne n’aurait dû avoir besoin de moi, ou de quelqu’un d’autre, pour le signaler. Et c’est une honte pour le BCCNM qu’une de ses membres ait été mise dans la position grotesque de devoir prouver qu’il est normal de dire que deux plus deux font quatre, et non cinq.

Mais si je gagne mon procès, je pense que ses dividendes profiteront aux infirmières et aux sages-femmes de toute ma province, et peut-être même de tout le pays. Le précédent aidera à garantir que nous pouvons dénoncer l’idéologie de l’identité de genre sans craindre de représailles ou de perdre notre gagne-pain. Et je sais de source sûre que de nombreuses infirmières suivront mon cas de près. Même si la plupart d’entre elles n’ont pas élevé leur voix publiquement comme je l’ai fait, elles en ont assez de voir l’idéologie l’emporter sur la science, tandis que les véritables préoccupations des femmes sont ignorées, voire attaquées, par les organisations professionnelles chargées de protéger nos intérêts.

Traduction : TRADFEM

Version originale : https://quillette.com/2022/04/08/im-being-investigated-by-the-british-columbia-college-of-nurses-because-i-believe-biological-sex-is-real/?utm_source=substack&utm_medium=email

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