Les dangers des « soins d’affirmation du genre »

Des médecins américains font inutilement du tort aux enfants

Autrice : Eliza Mondegreen, sur la plate-forme UNHERD

Eliza Mondegreen est une étudiante diplômée en psychiatrie et autrice de la rubrique « Writing Behavior » sur le site Substack.

5 juillet 2022

L’administration Biden a récemment annoncé un plan visant à interdire la « thérapie de conversion de genre » et à démanteler les obstacles aux « soins d’affirmation du genre » pour les enfants et adolescent·es s’identifiant comme transgenres. Quelques jours plus tard, la députée du Congrès Pramila Jayapal a présenté au Capitole la « Charte des droits des transgenres », qui vise à légiférer ce que l’administration Biden a proposé d’imposer par décret.

Sur cette question, le Parti démocrate étatsunien endosse le manteau de la droiture. Qui pourrait s’opposer à des « soins d’affirmation du genre » présentés comme « sauvant des vies » ? Qui soutient des « thérapies de conversion », que l’administration Biden a qualifiée de « pratique discréditée et dangereuse qui cherche à supprimer ou à changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes LGBTQI+ » ?

Mais la réalité diverge fortement du langage biaisé que déploie actuellement l’administration Biden, qui cite ouvertement les transactivistes les plus radicaux, ceux qui occupent des positions à l’extrême limite d’un débat en cours entre différentes factions de clinicien·nes du genre.

Le conflit sur la meilleure façon de traiter les enfants qui se posent des questions sur le genre – questions que l’Administration Biden cherche à éluder en consacrant les « soins d’affirmation du genre » et en stigmatisant toute « thérapie de conversion » à ce sujet – se résume à celle de savoir si les clinicien·nes considèrent ou non les enfants dont ils ont la charge comme des exceptions à tout ce que nous savons sur le développement de l’enfant, la biologie humaine, l’orientation sexuelle, etc.

Si l’on s’intéresse de près au langage des activistes auprès desquels l’administration Biden s’est rangée, on découvre un cours magistral sur la façon de manipuler le langage pour normaliser une intervention médicale risquée et invasive sur une catégorie de personnes, les enfants, qui sont généralement considéré·es comme incapables de donner leur consentement dans d’autres contextes.

Pour les intervenant·es qui ont à cœur de bien explorer ces enjeux, le sentiment de l’enfant qui se croit transgenre doit marquer le début d’une enquête clinique qui parcourra la biographie de chaque patient·e, son contexte social et les modèles que la culture en général offre aux jeunes pour donner un sens à leur malaise. Rien de magique ou de transformateur ne se produit lorsqu’un·e patient·e souffre de dysphorie de genre ou exprime une identité transgenre. Les enfants et les adolescent·es restent des enfants et des adolescent·es. La pratique clinique n’est pas annulée lorsque des jeunes changent de prénoms.

Par contre, pour les clinicien·nes qui affichent l’approche dite « affirmative », la déclaration d’une identité transgenre et le désir d’une présentation de genre particulière suffisent. C’est ce que signifie la notion d’« affirmation » : aucune enquête approfondie n’est nécessaire. Ainsi, un transfert de loyauté a lieu lorsque les clinicien·nes de l’approche affirmative sont confronté·es à des enfants et adolescent·es se disant « trans » : le sens de la responsabilité des clinicien·nes passe du ou de la patiente à un « alter ego » transgenre attribué à l’enfant. Le médecin et le ou la patiente s’entendent alors pour opérer et médicaliser l’organisme afin de le rendre conforme au nouveau régime identitaire visé.

De l’autre côté de l’Atlantique, des pays comme la Suède, la Finlande et le Royaume-Uni prennent aujourd’hui du recul et s’éloignent des approches hormonales et chirurgicales pour se tourner vers une psychothérapie exploratoire, à mesure que s’accumulent les preuves des préjudices liés à l’approche dite « affirmative ». Il est remarquable que le gouvernement américain ait choisi le moment actuel pour durcir sa position, sans se référer aux enquêtes sérieuses en cours dans notre pays et à l’étranger.

Plutôt que de courber l’arc de l’histoire pour le rapprocher d’un souci d’équité, l’administration Biden a misé toute le poids de l’administration fédérale en appui à un modèle de traitement qui n’est guère plus qu’une expérience médicale non réglementée sur des enfants et des adolescent·es vulnérables. On ne doit pas se laisser tromper par le langage de droits civiques employé pour justifier cette politique.

Pour comprendre l’affirmation de genre et les personnes qui la préconisent, nous devons examiner de plus près leur croyance en un·e enfant « transgenre » qui serait tout à fait exceptionnel·le. Que croient les cliniciens « affirmatifs » à propos d’un·e tel·le patient·e, qui arrive dans leur bureau avec une étiquette fermement apposée ? Les soins affirmatifs ne débutent pas par une question ou une évaluation clinique mais par un impératif moral : valider l’identité transgenre prêtée au ou à la patiente.

Face à un·e patient·e « transgenre », qu’est-ce qui compte d’autre ? L’âge ou le stade de développement du patient a-t-il de l’importance ? Qu’en est-il de son sexe ou de son orientation sexuelle ? Quelles parties de l’histoire de vie d’un patient – ou de ses antécédents médicaux – se distinguent ?

Les clinicien·nes voué·es à la notion du genre, comme Johanna Olson-Kennedy, préfèrent désigner des enfants de trois ans qui se posent des questions sur le genre comme des « personnes ». Et ce sont effectivement des personnes. Mais lorsque nous parlons d’enfants de trois ans comme de « personnes », plutôt que comme de bambins, des informations importantes disparaissent du tableau, avec de lourdes conséquences. Lorsque nous parlons de « personnes », nous pensons à des adultes, nous pensons autonomie. Quand nous parlons de « bambins », nous pensons à de minuscules êtres humains qui ont besoin de soins et de conseils constants, auxquels on ne peut pas faire confiance pour se brosser les dents ou traverser une rue sans accompagnement, et encore moins pour s’engager dans un parcours médical.

C’est la raison pour laquelle Olson-Kennedy parle de « personnes » lorsqu’elle fait référence aux tout-petits. Les idées qui sous-tendent les soins d’affirmation du genre perdent leur force morale lorsqu’elles sont traduites de « les gens savent qui ils sont » pour devenir « les bambins savent qui ils sont ».

Qu’en est-il du sexe et de l’orientation sexuelle ? Jusqu’au milieu des années 2000, les prestataires de soins considéraient l’identification au sexe opposé dans l’enfance et l’adolescence comme une étape normale du développement homosexuel, se résolvant dans la majorité des cas lorsque l’enfant passait à l’adolescence et devenait à l’aise avec son développement sexuel et sa propre orientation sexuelle. Bien avant que le concept d’identité de genre ne prenne racine, l’idée d’être « né dans le mauvais corps » résonnait chez de nombreux jeunes gays et lesbiennes – sans parler des prestataires médicaux, qui considéraient les homosexuels comme des « invertis » ayant besoin de « correctifs » psychologiques ou chirurgicaux.

Les prestataires de soins inféodés à l’école « affirmative » négligent, minimisent ou nient carrément la surreprésentation des jeunes attirés par le même sexe parmi les jeunes en demande d’une transition. Mais les cliniciens qui évaluent la « présentation de genre » des enfants préscolaires dits « transgenres » sur une échelle allant du stéréotype de la fille (ajustée, pailletée, froufroutante) au stéréotype du garçon (habillé à la diable, sportif) ferment inévitablement les yeux sur les enfants dont le rejet des stéréotypes de genre est enraciné dans leur orientation homosexuelle. Des prestataires affirmatifs tels que Diane Ehrensaft affirment que « les jeunes futurs transgenres utilisent l’identité sexuelle [vers des êtres de leur sexe] comme un tremplin vers leur vrai moi transgenre », un raccourci rhétorique qui élude le lien entre le développement homosexuel et la dysphorie de genre, et assimile le fait d’accepter son orientation homosexuelle à l’acceptation d’interventions médicales irréversibles.

Tout comme leur vision de l’attirance pour le même sexe comme un « tremplin » vers le « vrai soi transgenre » d’un jeune, les prestataires affirmatifs traitent à peu près toutes les comorbidités de santé mentale comme secondaires à la dysphorie de genre. Les tentatives de suicide, les épisodes psychotiques, l’anorexie mentale, la dépression, l’anxiété, l’autisme, les troubles obsessionnels compulsifs, les expériences d’agressions et de traumatismes sexuels et la toxicomanie ne sont pas considérés comme des raisons de remettre en question ou de retarder une transition, mais plutôt comme des preuves de la nécessité d’en accélérer l’organisation.

Afin de faciliter ce processus, les prestataires affirmatifs ont inventé ou adapté une vaste gamme de nouveaux concepts médicaux, qui ont tous pour but de dissimuler ce qu’ils font au public et aux prestataires eux-mêmes, de brouiller les facteurs cliniques complexes qu’ils doivent analyser – et de manipuler les patients, les parents et les décideurs politiques. Ces notions factices comprennent la « puberté erronée », le « sexe assigné à la naissance », les « chirurgies reconstructives » et la « transphobie internalisée ».

Reconceptualiser les patient·es comme étant « du mauvais sexe » (et ayant donc besoin d’une reconstruction) et faire allégeance à l’ « alter ego » transgenre du patient plutôt qu’au patient physique et à ses antécédents sociaux et médicaux ont pour effet de biaiser les évaluations cliniques et d’abaisser les réticences des clinicien·nes à pratiquer des interventions médicales expérimentales. Les filles deviennent ainsi des « garçons », non dans la réalité, mais dans la façon dont les cliniciens du genre parlent de celle-ci. Les doubles mastectomies électives pratiquées sur des filles deviennent des « chirurgies reconstructives de la poitrine » fournies à des « garçons ». Toute thérapie exploratoire visant à comprendre d’où provient une détresse liée au sexe et au genre est qualifiée de « thérapie de conversion », ce qu’aucun clinicien éthique n’accepterait de pratiquer. Les interventions médicales drastiques qui altèrent la vie – par exemple, le fait de « suspendre » la puberté et tout le développement cognitif, physique et émotionnel qui l’accompagne – sont conceptualisées comme des non-interventions d’une part, ou comme « sauver des vies » d’autre part. Dans tous les cas, le langage s’écarte de la réalité, ce qui fausse l’analyse des risques en cause.

Ce langage d’identités prédéterminées et de « personnes » dites autonomes désigne clairement la façon dont les cliniciens affirmatifs voient leur rôle : s’en remettre à l’auto-identification des patient·es et faciliter les interventions hormonales et chirurgicales pour accorder leur corps avec la façon dont ils veulent « porter leur genre ». Pendant ce temps, les transactivistes logé·es dans la profession médicale font pression pour des changements de politique qui abaisseraient l’âge auquel les mineur·es peuvent consentir à la transition – une priorité de directives en préparation à la World Professional Association for Transgender Health (Association Professionnelle Mondiale pour la Santé Transgenre) – ainsi que pour supprimer les exigences d’assentiment parental. Les législateurs californiens sont sur le point d’adopter un projet de loi qui assimilerait tout refus de « soins affirmatifs du genre » à de la maltraitance infantile, une mesure qui, selon ses promoteurs, transformerait la Californie en un « État sanctuaire » pour les enfants auxquels on prête une identité « trans ».

Demandez des preuves plus solides ou des mesures de protection plus strictes et vous aurez droit à un discours convenu sur le suicide et l’automutilation des jeunes : l’affirmation à tout prix serait une « question de vie ou de mort ». (Peu importe que les chercheurs aient dû manipuler grossièrement de mauvaises données d’enquête pour pouvoir lancer des affirmations aussi effroyables).

Les cliniciens affirmatifs comparent fréquemment la dysphorie de genre à des maladies endocriniennes comme le diabète. Prenons Johanna Olson-Kennedy, qui rejette la nécessité d’explorer les causes de la détresse des jeunes en matière de genre : « Je n’envoie pas quelqu’un chez un thérapeute avant de lui prescrire de l’insuline. » Peu importe que les prestataires médicaux puissent tester le diabète (et vérifier si le traitement fonctionne), tout en s’appuyant sur le témoignage du patient pour amorcer la transition médicale. Peu importe que le diabète non traité tue. Les analogies avec le cancer abondent également, surtout lorsque les cliniciens doivent justifier des risques graves comme la perte permanente de la fertilité et la possibilité très réelle que les patients mènent une vie plus courte et marquée par la maladie après une transition médicale. Posez ces questions aux cliniciens et ils vous répondront que la dysphorie de genre, comme le cancer, est une maladie qui met aussi la vie en danger. En l’absence de preuves à l’appui, il s’agit d’un chantage affectif et rien de plus.

Les cliniciens affirmatifs éludent la possibilité de regrets et de « détransitions ». Ils préfèrent parler de « fluidité de genre » ou d’« itinéraires de genre » – des « itinéraires » qui peuvent inclure des bloqueurs de puberté, des hormones intersexes et des doubles mastectomies électives. En d’autres termes, des itinéraires qui ne pouvaient et ne devaient pas être évités.

Les prestataires affirmatifs s’accrochent également à un ensemble étroit d’explications sur les raisons pour lesquelles les patient·es éprouvent des regrets et « détransitionnent », en attribuant ces regrets et ces retours en  arrière au manque de soutien social pour l’identification transgenre des patient·es. En rejetant la faute sur des facteurs extérieurs à l’appareil médical, les prestataires évitent de suggérer que le regret et la détransition peuvent être le résultat d’une évaluation inadéquate ou d’interventions médicales inappropriées. Cette interprétation maintient également les patient·es fermement dans le cadre idéologique qui sous-tend les soins affirmatifs. Dans ce cadre, un patient reste « fondamentalement transgenre », même si des facteurs externes conspirent pour l’empêcher de vivre cette identité. Même si le ou la patiente désavoue entièrement cette prétendue identité transgenre.

***

Si la conviction des prestataires pro-affirmation quant à l’existence d’enfants « transgenres » exceptionnels se vérifiait, nous pourrions avancer de solides arguments en faveur de l’approche affirmative. Mais si cette croyance n’est qu’un article de foi et rien de plus, ces clinicien·es risquent de causer un grave préjudice à leurs patient·es sous la bannière de l’affirmation. En d’autres termes, si les enfants et adolescents dysphoriques de genre sont réellement des exceptions à tout ce que nous savons sur la formation de l’identité, le développement de l’enfant et de l’adolescent, la façon dont les humains donnent un sens à la détresse et leur sensibilité à l’influence sociale, le rôle de l’orientation sexuelle dans la dysphorie de genre, et plus encore, alors l’affirmation peut être la bonne approche.

Mais qu’en est-il si les adeptes de l’affirmation du genre se trompent ?

Si les enfants qui s’identifient comme transgenres n’étaient que cela : des enfants ? Et s’ils et elles souffraient, comme les autres enfants ? Et s’ils et elles essayaient de se découvrir et d’apprendre à naviguer dans le monde étrange où ils et elles se trouvent, comme d’autres enfants ?

Ce qui a changé, ce sont les idées et les attentes en fonction desquelles nous avons élevé les enfants et la façon dont nous les avons lâché·es dans un monde en ligne dont personne n’a cartographié le terrain. Beaucoup de ces enfants ont grandi avec des expériences prolongées de désincarnation cybernétique. Ils ne sont peut-être pas libres de courir dehors avec leurs amis, mais ils sont libres de parcourir les coins les plus sombres d’Internet. Qui sait quels inconnus et quelles idées étranges ils et elles y rencontrent?

Ces enfants ont grandi en entendant un ensemble très nouveau et déroutant de contes de fées sur des âmes sexuées qui peuvent se retrouver dans les « mauvais corps ». Les adultes qui devraient être mieux informés – les adultes qui le sont – ont fait des promesses impossibles à ces enfants.

Les enfants qui s’identifient comme trans ne sont pas des sages. Elles et ils ne sont pas sacrés et n’ont pas été dotés d’une sagesse au-delà de leurs années. Il n’est pas juste de les traiter comme des exceptions aux garanties que nous plaçons autour des enfants, de sorte que lorsqu’ils et elles grandissent et changent d’avis et demandent pourquoi nous les avons laissé·es faire cela, nous disons : « Tu l’as voulu. Tu l’as demandé. Tu étais si sûr·e de toi. Que pouvions-nous faire d’autre ? »

D’une certaine manière, tout ce qui touche aux trans doit être exceptionnel – les enfants, les enjeux, les sentiments, la possibilité de ne rien savoir avec certitude – car si ces enfants ne sont pas exceptionnel·es, alors nous avons jeté par la fenêtre tout ce que nous savions. Nous n’avons pas « aidé » des enfants exceptionnel·es, mais nous avons fait du mal à des enfants ordinaires, aux prises avec des défis ordinaires de développement, d’orientation sexuelle, d’identité, de sens et de recherche d’une direction.

Eliza Mondegreen

Version originale :  https://unherd.com/2022/07/the-dangers-of-gender-affirmative-care/

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