Feminist Current a 10 ans – trinquons à une autre décennie d’annulations !

par Meghan Murphy, éditrice

Vaille que vaille, cette aventure dure depuis 10 ans.

Le 1er juillet 2012, j’ai lancé Feminist Current, avec l’aide de mon ami Ernesto Aguilar, qui a travaillé sans relâche pour mettre le site en ligne – une entreprise qui m’aurait été impossible autrement, n’ayant ni les connaissances ni les moyens de construire un site Web fonctionnel. À l’époque, je terminais une maîtrise en études féminines (rebaptisée depuis « Études sur le genre, la sexualité et les femmes » dans le cadre du grand genrage des femmes qui s’est produit vers 2010) à l’Université Simon Fraser (SFU), ainsi qu’une maîtrise en journalisme à l’Université de Colombie-Britannique (que j’ai abandonnée dans ses dernières heures, par manque de temps et d’argent) ainsi qu’un stage connexe, tout en occupant plusieurs emplois.

De toute évidence, je n’avais rien de mieux à faire que de lancer mon propre podcast et site Web… Je plaisante, bien sûr. Bien que je ne puisse pas imaginer ce que serait devenue ma vie sans cela. Feminist Current a vu le jour par nécessité – à partir de quelque chose de toxique qui est devenu quelque chose de puissant.

Avant de lancer mon propre site, j’avais traversé une bonne dose de bouleversements, bien que des bouleversements incroyablement utiles, vus rétrospectivement.

J’avais quitté mon emploi de bureau sans avenir pour le gouvernement canadien (imaginez si j’avais essayé de garder cet emploi, comme mes parents m’y ont poussé hahaha – je serais sûrement en prison aujourd’hui), qui me payait à peine assez pour acquitter le loyer et le bus ; j’ai eu une liaison avec un homme marié rencontré au travail ; je l’ai quitté parce qu’il était toujours marié et avait l’intention de le rester ; j’ai fréquenté une école de cinéma sur une minuscule île du golfe de Vancouver; j’ai déménagé sur une île du golfe encore plus minuscule pour vivre dans une tente et travailler au café local ; j’ai emménagé dans une caravane ; je suis tombée enceinte ; j’ai programmé un avortement mais j’ai fait une fausse couche avant mon rendez-vous (délibérément selon moi) ; suis tombée dans une relation avec l’homme violent qui m’avait fécondée et qui s’était occupé de moi pendant et après ma fausse couche, et ce par nécessité (je n’avais ni argent, ni maison, ni permis de conduire), ce qui est devenu une sorte de lien traumatique qui a duré un an, pendant lequel j’ai créé une émission de radio féministe avec des interludes hip hop underground sur la radio pirate locale, située au milieu d’un champ de moutons, que je traversais dans l’obscurité totale, en faisant attention aux couguars et en portant des bottes en caoutchouc à embout d’acier, de peur qu’un bélier ne tente de me buter et que je sois obligée de lui donner un coup de pied dans la tête.

Si l’on prend ma vie comme preuve, les retours de Saturne sont indiscutablement réels.

J’ai voulu retourner à l’école, après avoir suivi quelques cours du soir à l’université au début de la vingtaine, mais je n’ai pas vraiment réussi à obtenir un diplôme avec un travail à plein temps et des notes horribles. J’ai donc commencé à faire la navette par ferry et autoroute, de ma petite ville insulaire au Malaspina College sur la grande île, comme nous l’appelions, (qui est devenu le Vancouver Island College en 2008). J’ai suivi quelques cours de création littéraire (dont un, par hasard, avec la poétesse canadienne Kate Braid, qui a été une professeure d’écriture incroyable), quelques cours d’études médiatiques, quelques cours d’histoire et d’études féminines. Lentement, j’ai réussi à accumuler des crédits et améliorer ma moyenne générale jusqu’à ce que je puisse quitter ma relation e et la marquée par la violence sur cette petite île étouffante où je n’avais pu échapper ni à cet homme ni aux conséquences communautaires d’avoir discuté publiquement de son comportement, et j’ai pu transférer à Simon Fraser University, à Vancouver, commençant ainsi ma carrière de féministe la plus détestée du féminisme canadien.

En 2009, j’avais 29 ans, j’étais de retour à Vancouver et je voulais continuer à faire de la radio féministe. Je me suis associée à un collectif féministe local, qui produisait une émission hebdomadaire appelée The F Word (ce qui prouve mon manque d’originalité puisque j’avais par coïncidence donné le même nom à mon émission de radio pirate de fin de soirée rap + féminisme) sur Vancouver Co-op Radio.

Il n’a pas fallu longtemps pour que je commence à aborder des sujets controversés, à la fois à l’antenne et sur le blog du collectif.

J’ai regardé ce qui passait pour le féminisme moderne et j’ai vu de la culture pornographique reconditionnée et une foule d’absurdités. Les jeunes féministes avaient presque entièrement rejeté leurs sœurs de la première et de la deuxième vague, traitant le mouvement des femmes qui avait ouvert la voie aux droits et libertés dont nous jouissons aujourd’hui comme s’il était démodé et pas cool. Le féminisme moderne a embrassé l’objectification, la recadrant comme un choix, et – voici le coup de théâtre – parce que les femmes *choisissaient* leur propre objectification, choisissant de participer à des films pornographiques, de se mettre nues sur scène dans des spectacles burlesques ou de vendre du sexe :  ces pratiques n’étaient plus contestables. Tout était un acte d’autonomisation – et même un acte « féministe » – parce que les femmes le choisissaient.

Et en effet, je soutiens le droit d’une femme à choisir ce qui lui plaît. La liberté, bébé! Mais le problème, c’est que tout a été décontextualisé et que la vérité sur les choix des femmes a été effacée; c’est comme si les femmes avaient reçu une lobotomie analytique : ne réfléchissez pas à la façon dont les femmes finissent par se prostituer et à qui les achète, ne réfléchissez pas à la raison pour laquelle les jeunes femmes peuvent poster des photos pornos sur Internet, ne vous demandez pas pourquoi le strip-tease est « valorisant » pour les wannabe hipsters riches mais dégradant pour la femme de la classe ouvrière coincée dans un club de strip-tease sombre et sale au bord de l’autoroute.

Les choses qui ont longtemps été considérées comme existant en raison du manque de choix des femmes et de leur statut d’objet sexuel, à baiser, à acheter et à vendre – leur avilissement transformé en matériel de branlette pour les hommes – ont été recadrées comme le nouveau féminisme.

J’ai critiqué des choses comme la SlutWalk, un phénomène originaire de Toronto qui dit affronter le blâme des victimes avec des foules de jeunes femmes dans la vingtaine défilant dans la rue en sous-vêtements avec le mot « Slut » griffonné sur la poitrine. J’ai critiqué le concept de « sexe-positivité », qui signifie apparemment embrasser la pornographie et le bondage de façon acritique, et refuser de nommer la prostitution comme, tu sais, une mauvaise chose pour les femmes, parce que d’une certaine manière, à l’époque moderne, cela équivaut à « culpabiliser » des femmes. J’ai critiqué la tendance du burlesque, où les femmes peu sûres d’elles pouvaient se remettre de leur impopularité au lycée en se mettant nues sur scène sous les acclamations garanties, mais en appelant cela de l’art, pas du strip-tease. J’ai critiqué la drague, le pole dancing, Playboy et Emily Ratajkowski.

J’adorais critiquer les choses ! Mais tout était devenu tellement tordu : c’était comme si nous vivions dans une sorte de féminisme ultra-bizarre. J’étais loin de me douter que les choses allaient devenir beaucoup, beaucoup plus graves.

Juste avant de commencer à réduire au silence les féministes qui n’étaient pas d’accord avec le fait que les hommes étaient des femmes, on a commencé à marginaliser et à démolir les femmes qui critiquaient la prostitution, et j’ai presque immédiatement été qualifiée de « putophobe », non pas parce que je craignais les « putes », mais parce que j’insistais sur le fait que la prostitution n’était pas bonne pour les femmes et que la grande majorité des femmes et des filles dans le commerce du sexe étaient là par manque de choix. Si j’avais la « phobie » de quelqu’un, c’était celle des clients, qui me semblaient être les gens les plus inhumains, violents et égoïstes au monde : le genre d’hommes qui se rendaient dans le Downtown Eastside de Vancouver et ramassaient une femme sans-abri toxicomane qui avait probablement été agressée sexuellement depuis son enfance, puis la payaient 20 $ pour une pipe, sachant qu’elle ne dirait jamais non. Tout homme qui a réfléchi à la question pendant une demi-minute a dû reconnaître qu’aucune femme saine et vraiment autonome ne choisirait de faire l’amour en échange d’argent avec des étrangers qui ne la connaissent pas, ne se soucient pas d’elle et ne la respectent pas. Les prostitueurs étaient le genre d’hommes qui ne voulaient pas être responsables de leur traitement sexuel ou de leur violence envers les femmes. Pourtant, les féministes modernes défendaient ces hommes, sous prétexte de défendre les femmes qu’ils achetaient. Et elles étiquetaient ceux et celles qui, comme moi, énonçaient l’évidence, comme étant non seulement « putophobes », mais aussi anti-féministes.

S’ils m’avaient traitée de détesteuse d’hommes, cela aurait eu plus de sens. Critiquer les pratiques sexistes et être traitée de détesteuse de femmes pour l’avoir fait s’avéra une étrange expérience. J’avais l’impression de perdre la tête, et j’étais persuadée que c’était le cas de tout le monde.

On aurait pu penser qu’être tournée en dérision et dénigrée par la quasi-totalité de l’Internet féministe et la plupart des progressistes du Canada serait mauvais. Mais l’adhésion du monde occidental à l’activisme trans et la réécriture de la réalité façon 1984 étaient encore à venir.

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En 2012, le collectif The F Word s’est attaqué aux débats entourant le burlesque, la prostitution et les costumes sexy d’Halloween, mais il n’était apparemment pas assez solide pour aborder la controverse entourant le transgenre, qui, à l’époque, n’avait vraiment lieu qu’au sein du féminisme radical. À l’époque, peu de personnes avaient abordé la question de savoir si un homme pouvait ou non devenir une femme et quelles en seraient les répercussions pour les femmes en dehors du féminisme radical. Si quiconque d’extérieur à ces cercles avait abordé cette question, il n’y avait certainement pas de débat qui faisait rage à ce sujet, comme c’était le cas au sein du féminisme.

Des femmes comme Sheila Jeffreys, Janice Raymond, Lierre Keith et Lee Lakeman ont fait partie de celles qui se sont battues, dès le début, contre l’insistance d’hommes à s’intituler femmes et à avoir accès à l’espace des femmes en tant que tels, et elles ont été sévèrement punies pour l’avoir fait. Même Gloria Steinem, en 1977, a écrit au sujet de James Humphrey Morris, un officier de l’armée britannique qui avait « transitionné » pour devenir Jan Morris, et de la transition du joueur de tennis Richard Raskind, devenu Renée Richards, en écrivant :

« Les féministes ont raison de se sentir mal à l’aise face à la nécessité et aux utilisations du transsexualisme. Même si nous protégeons le droit d’un individu informé à prendre cette décision et à être identifié comme il le souhaite, nous devons préciser que ce n’est pas un objectif féministe à long terme. L’objectif est de transformer la société pour qu’une femme puisse « sortir pour une partie de basket » et qu’un homme n’ait pas besoin d’être « le plus fort ». Mieux vaut tourner la colère vers l’extérieur pour changer le monde que vers l’intérieur pour mutiler nos corps en conformité.

En attendant, nous ne devrions pas être surpris de la quantité de publicité et d’exploitation commerciale conférée à une poignée de transsexuels. Les traditionalistes des rôles sexuels savent reconnaître un hommage politique quand ils en voient un.

Mais la question demeure : Si la chaussure ne nous va pas, devons-nous changer le pied ? »

Steinem s’est depuis rétractée de ses déclarations très raisonnables à mesure que l’idéologie de l’identité de genre est devenue une doctrine.

En 2012, la notion butlerienne de « genre » et l’idée que personne ne pouvait savoir ce qu’était une femme (elles sont toutes si différentes !) étaient en train de devenir un courant dominant, et nous ne parlions plus seulement de quelques hommes se disant « transsexuels », mais de l’idée que le simple fait de dire que tu étais une femme signifiait que tu devais être acceptée dans les espaces réservés aux femmes, sans remise en question. Les féministes classiques de la troisième vague étaient d’accord avec cela. Seules les féministes radicales les plus obstinées ont dit « non », et même dans ce cas, beaucoup de membres de ce contingent ont eu trop peur pour s’exprimer.

C’est parce que j’ai vu comment les femmes de mon entourage, que je respectais, admirais et dont j’avais tant appris, étaient traitées, que je me suis lancée dans ce débat. À l’époque, je ne me sentais pas particulièrement passionnée par la question du transgenrisme, mais je me sentais passionnée par la protection des femmes et la lutte contre l’intimidation et le silence. Voir des femmes qui avaient passé leur vie à travailler pour les femmes être harcelées, menacées, ostracisées, agressées verbalement et expulsées de leurs communautés, partis politiques et groupes d’activistes était inacceptable pour moi. Voir des jeunes hommes et femmes qui n’avaient rien apporté au monde et certainement rien fait pour lutter contre la violence envers les femmes tenter de détruire tout ce que les femmes avaient construit pendant des décennies était inacceptable pour moi. Les femmes qui faisaient du bien étaient réduites au silence, accusées de la chose même qu’elles subissaient : l’effacement, l’intimidation, l’intolérance, voire la violence.

C’est pourquoi j’ai lancé Feminist Current il y a 10 ans – pour créer un espace où je pourrais parler librement, et où je pourrais mettre en avant les voix des femmes qui ne se faisaient entendre nulle part ailleurs. Un espace pour les femmes, par les femmes, où nous ne serions pas réduites au silence pour n’avoir pas respecté la ligne juste. Où nous pourrions dire la vérité et contrer les récits biaisés et souvent diffamatoires provenant des transactivistes et des médias. Et c’est pourquoi je l’ai maintenu depuis lors.

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En 2012, l’année où j’ai lancé Feminist Current, j’avais proposé au collectif The F Word d’aborder le débat sur les trans dans l’émission de radio. J’ai interviewé Sheila Jeffreys et Lee Lakeman sur leurs points de vue concernant l’idéologie trans et les espaces réservés aux femmes, et l’une de mes collègues du collectif a interviewé l’universitaire trans Susan Stryker et la militante trans Barb Besherat, pour des points de vue contraires. L’émission que nous avons produite, « Affronter nos peurs : transgenrisme contre féminisme radical », a été supprimée par cette même membre du collectif, qui a décidé qu’elle ne voulait pas participer à la controverse, même si elle avait choisi le côté « bonne fille » du débat; ces archives ont disparu pour toujours, à part les enregistrements de mes propres interviews. Mes efforts pour simplement permettre au débat d’avoir lieu – controverse, critique et tout le reste – m’ont valu d’être exclue sans cérémonie de tous les comptes de la station et d’être évincée du collectif.

Les guerres trans avaient vraiment commencé, et Feminist Current aussi.

À l’époque, en 2012, il y avait peu d’endroits où les femmes comme moi pouvaient publier leurs idées. Il y avait beaucoup de place pour les célébrations jézabeliennes de « travailleuses du sexe » empouvoirées et les défenses gauchistes de la prostitution légalisée. Des essais personnels sur la façon dont le bondage guérit les femmes de leurs traumatismes liés aux viols et sur la façon dont les selfies sexy sont une forme d’« expression de soi » où les jeunes femmes peuvent montrer au monde leur vrai moi (risible, si l’on considère la pratique de la pose et de l’airbrushing qui entre dans ces présentations), et non un moyen pour les jeunes femmes peu sûres d’elles de chercher une validation temporaire et superficielle auprès d’étrangers. Le monde universitaire, les études de genre, en particulier, s’est lancé à corps perdu dans le discours « le genre est fluide/qu’est-ce qu’une femme de toute façon ». Janet Mock a fait son coming out en tant que « transfemme » dans Marie Claire, Julia Serano, autrice de Whipping Girl, a publié un article sur le « trans-féminisme » dans Ms Magazine, et TIME a publié « The Transgender Tipping Point », avec Laverne Cox et la notion qu’une personne peut avoir une « identité de genre » différente de son sexe, et que le « genre » d’une personne peut être « assigné comme masculin à la naissance » mais qu’en réalité cette personne est une femme.

La conversation était devenue grand public, bien que les choses ne soient pas vraiment devenues désordonnées jusqu’en 2015, date à laquelle, semble-t-il, chaque institution et groupe militant a succombé à l’emprise masculine de la psychopathie trans.

Bruce Jenner est devenu Caitlyn, le MichFest, le festival de longue date réservé aux femmes et aux lesbiennes, célèbre (pour ceux qui y prêtent attention) pour avoir été mêlé à un débat sur l’autorisation ou non des « transfemmes » sur leur terrai, a pris fin après 40 ans, Laverne Cox a posé nue sur la couverture d’Allure, Germaine Greer a rappelé que les transfemmes sont des hommes, pas seulement une fois, mais à plusieurs reprises, ce qui a conduit à des appels massifs à la faire déprogrammer. Plus précisément, Greer a dit qu’elle ne « croit pas qu’une femme soit un homme sans bite » et que « ce n’est pas parce que tu te coupes la bite et que tu portes une robe que tu es une putain de femme », campant sur ses positions malgré les pressions : « On peut me frapper sur la tête avec une batte de baseball : ça ne me fera pas changer d’avis. »

À ce moment-là, cela faisait quelques années que les féministes radicales tentaient de discuter du fait que les transsexuels sont des hommes, mais elles avaient surtout été ignorées. Maintenant, elles n’étaient pas ignorées, mais ouvertement persécutées.

La journaliste féministe lesbienne Julie Bindel a été déprogrammée à maintes reprises pour avoir écrit un article critique, en 2004, sur l’affaire Kimberley Nixon, dans laquelle Nixon, un transsexuel d’homme à femme, avait tenté de suivre une formation de conseillère de l’organisation Vancouver Rape Relief, une maison de transition et un centre d’aide aux victimes de viol pour les femmes. Nixon a déposé une plainte pour violation des droits de l’homme contre cette organisation, mais a perdu son procès devant la Cour suprême. Bindel a conclu son article en disant : « Je n’ai aucun problème avec le fait que les hommes se débarrassent de leurs organes génitaux, mais cela ne fait pas d’eux des femmes, de la même façon que fourrer un bout de tuyau d’aspirateur dans tes jeans ne fait de toi un homme. »

Toujours en 2015, une pétition a été lancée par Maggie’s Toronto – un groupe de pression pro-travail du sexe – ou l’on exigeait que je sois démise de mes fonctions de rédactrice et d’autrice du média rabble.ca, un site d’information canadien de gauche où j’étais employée à l’époque. Les auteurs de la pétition m’accusaient de « racisme, de transmisogynie et de putophobie » en raison de mon travail à Feminist Current. Je n’ai pas été renvoyée, car les accusations ont été jugées sans fondement à l’époque (maintenant, bien sûr, je suis qualifiée de véritable putophobe !), mais j’ai été ostracisée et dénigrée dans tout le Canada, ce qui fait que tous les événements auxquels j’ai pris la parole depuis ont fait l’objet de menaces et de protestations.

Mon site Web a été attaqué de nombreuses fois par des pirates informatiques, ciblé par des attaques visant à le pasralyser, notre identifiant Twitter demeure volé par un énergumène misogyne qui m’a également doxxé (ce que Twitter refuse de résoudre), et de nombreuses femmes, au fil des ans, qui ont publié sur Feminist Current ont demandé que leur travail en soit retiré, de peur que leur association avec des personnes qui pensent que les hommes ne sont pas des femmes ne les ruine.

Toute personne associée à celles d’entre nous qui sont cataloguées comme « transphobes » a été jugée coupable par association, et évincée du féminisme et de la gauche. Des emplois de femmes ont été menacés simplement pour avoir aimé nos publications sur Facebook.

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Au cours de la dernière décennie, j’ai publié des centaines et des centaines d’articles sur ce site : les miens et ceux de nombreuses autres femmes. J’ai également produit et animé des centaines de podcasts, en interviewant des femmes du monde entier – universitaires, militantes, écrivaines, chercheuses, artistes, journalistes, avocates, etc. Pas seulement sur la lutte pour les droits sexuels des femmes, mais aussi sur le mariage des enfants, la maternité de substitution, les gangs de manipulation de jeunes filles, le mouvement pour la santé des femmes, la violence conjugale, la santé hormonale, le système de tutelle en Arabie Saoudite, les agressions sexuelles, le contrôle coercitif, la traite des êtres humains, l’industrie pornographique, et bien plus encore. Tellement plus.

Je ne peux même pas commencer à énumérer l’étendue des sujets que nous avons couverts, les femmes avec qui j’ai parlé et tout ce que j’ai appris en faisant ce travail. Feminist Current est devenu pratiquement un emploi à plein temps il y a plusieurs années, et s’est depuis étendu à d’autres écrits à la pige, à la création d’une nouvelle émission YouTube et d’un podcast, au lancement de mon propre Substack et à la rédaction d’un livre, de sorte que j’ai maintenant l’impression d’avoir environ trois emplois à plein temps.

Je ne me plains pas. Cela a vraiment été un cadeau. J’ai évolué personnellement, politiquement et émotionnellement au fil des ans. J’ai évolué en tant qu’écrivaine et penseure. Je ne serais nulle part sans tout ce que j’ai appris en pilotant Feminist Current au cours de la dernière décennie, et sans avoir à me battre aussi fort juste pour pouvoir continuer. Je ne suis plus en mesure de produire autant ici qu’avant, mais ce que nous avons produit au fil des ans est vraiment incroyable : probablement les plus grandes archives d’interviews féministes au monde, et certainement le site qui s’est le plus battu pour soutenir les droits sexuels des femmes et les femmes qui se battent pour ces droits. Je suis tellement fière d’avoir fourni une plateforme à tant de femmes et d’avoir pu promouvoir leur travail et leurs voix. Je suis si reconnaissante envers toutes les personnes qui ont contribué ici, qui ont été assez courageuses pour s’exprimer, et dont j’ai tant appris. Je suis extrêmement reconnaissante – plus que je ne pourrai jamais le décrire – pour tout le soutien que notre public nous a apporté au fil des ans. Pour toutes les femmes, partout dans le monde, qui ont soutenu et contribué à Feminist Current au fil des ans.

Ce site a été la preuve d’un mouvement de femmes. Pour de vraies femmes.

Le combat continue, tout comme notre travail ici à Feminist Current.

Merci.

Meghan Murphy

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Une réflexion sur “Feminist Current a 10 ans – trinquons à une autre décennie d’annulations !

  1. Beaucoup de choses à retenir dans cet article, de mon côté je trouve très percutante l’image de la chaussure et du pied.

    Une critique malgré tout, car « mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde », disait Camus.

    C’est vrai pour les hommes qui se disent femmes, et pour les femmes qui pensent que la solution est dans le déni de leur condition sociale.

    Mais c’est toujours vrai pour ceux qui persistent à nommer « de gauche » ou « gauchistes » les ordures qui défendent l’esclavage des femmes sous prétexte de sexe et de liberté, ou les hommes qui font passer leurs volontés avant les droits des femmes. Des idées pareilles sont des idées de droite, des idées capitalistes qui se torchent avec la misère humaine. Que le loup soit déguisé en brebis ne change rien.
    Quand on accepte de jouer leur jeu, on contribue à obscurcir le débat. Pour convaincre, à mon avis, ça n’est pas la bonne solution. Il faut au contraire dénoncer les militants trans et pro-esclavage pour ce qu’ils sont : des exploiteurs déguisés en humanistes.

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