Donovan Cleckley a lu VORTEX de Susan Hawthorne

« La vie des femmes est représentée comme vide, mais en réalité c’est le vide du vortex qui apparaît ici », écrit Susan Hawthorne dans son livre Vortex : The Crisis of Patriarchy, publié par Spinifex Press l’année dernière.

Hawthorne nous rappelle la réalité de la désincarnation et du démembrement qui nous séparent et la connectivité requise pour créer des communautés humaines non définies par des systèmes de domination et de subordination. Comme nous le dit Hawthorne, Vortex est un développement plus poussé d’idées inscrites dans certains de ses autres ouvrages, notamment Wild Politics : Feminism, Globalization, and Bio/Diversity (2002) et Bibliodiversity : A Manifesto for Independent Publishing (2014).

Un thème central, que je souhaite que nous examinions ici, semble être la critique par Hawthorne du déni collectif de l’humanité des femmes. Qu’il soit religieux ou laïc dans sa justification, apparemment plus souvent laïc aujourd’hui, ce déni a été la base de diverses industries qui capitalisent avant tout sur la désincarnation et le démembrement d’êtres humains principalement féminins.

Ces industries comprennent la prostitution, la pornographie, la maternité de substitution et le transgenrisme, qui maintiennent tous l’asservissement des femmes et qui font l’objet d’un examen minutieux dans le livre de Hawthorne. Il semble également important que la gauche néolibérale, tout en affichant un soutien symbolique au « féminisme intersectionnel », semble néanmoins soutenir une guerre contre les droits des femmes sous le couvert du libre choix. Le « consentement » des femmes à être transformées en marchandises a toujours été fabriqué par des conditions coercitives imposées par les hommes.

Renate Klein, que Hawthorne cite, critique également la fausse conscience du « choix » sous la coercition dans la politique corporelle « féministe » postmoderne, analysée dans l’anthologie de 1996 Radically Speaking : Feminism Reclaimed. « Les femmes sont en première ligne pour être utilisées et violentées par des incursions technologiques sur le corps », écrit Hawthorne. « Le corps des femmes a été traité pendant des millénaires comme s’il était à prendre gratuitement : un acte de colonisation et de domination. »

Cette logique de colonisation et de domination du corps féminin s’étend à l’infanticide féminin et aux avortements sélectifs en fonction du sexe, parallèlement à l’avortement systématique des personnes handicapées qui ont été, diversement, considérées comme « inaptes ». Les êtres humains sont soumis à toutes sortes de médicalisations sous la promesse souvent profondément fausse que cela se fait « pour leur bien » – en particulier dans l’histoire toujours en cours de l’eugénisme médical.

En nous expliquant comment « le personnel est politique », Hawthorne écrit qu’elle vivait avec l’épilepsie et avait fait l’expérience, de première main, du fondamentalisme technologique croissant marquant la pratique moderne de la médecine. Elle avait résisté à la prescription d’un médicament particulier qui aurait eu des effets indésirables au cours de sa vie. Mais sa situation, en tant que personne handicapée, n’est qu’un cas parmi d’autres des luttes plus larges menées autour de la poussée vers une plus grande dépendance aux drogues, une méthode croissante de contrôle social dans la société moderne.

De plus, comme l’écrit Hawthorne, la mentalité fondamentaliste technologique de médicalisation des êtres humains n’apporte pas de libération, mais plutôt une plus grande méfiance et une séparation entre le corps et le soi. « Le corps des femmes est une ressource et un site majeur de la colonisation et du profit », écrit Hawthorne. « Comme la terre des peuples indigènes sous le régime de la « terra nullius », le corps des femmes est conceptualisé comme inerte, passif et vide, c’est-à-dire mûr pour l’exploitation et l’appropriation. » Cette observation, comme nous l’avons vu plus haut, coïncide avec ce que Robin Morgan a observé dans son essai de 1974 « On Women as a Colonized People », publié dans son livre de 1977 Going Too Far.

Nous constatons également que les femmes, en particulier les jeunes femmes, sont amenées à se considérer comme des systèmes de soutien sexuel principalement pour les hommes, ce qui est très visible dans la prostitution et la maternité de substitution. Sous le régime du sexisme et capitalisme, la marchandisation moderne des corps féminins, qui couvre le globe d’une désincarnation et d’un démembrement monétisés et sexualisés, semble bien éloignée de tout ce qui est vaguement humain.

Comme le recommande Hawthorne, deux autres textes contenant plus d’informations sur ces deux industries sont Prostitution Narratives : Stories of Survival in the Sex Trade (2016) et Broken Bonds : Surrogate Mothers Speak Out (2019). Sur la pornographie et le transgenrisme, d’autres ouvrages de référence sont Big Porn Inc : Exposing the Harms of the Global Porn Industry (2011) et Transgender Body Politics (2020).

La biotechnologie incarne la désincarnation des êtres humains démembrés sous le biocolonialisme. Il existe, comme nous le dit Hawthorne, une biopiraterie et une bioprospection, qui découlent de « la séparation et de la fragmentation », « une aliénation du moi et une philosophie enracinée dans la mort, et non dans la vie ». Le mouvement transgenriste moderne présente l’intégration du biocolonialisme comme un « progrès », une stratégie similaire au marketing de l’eugénisme médical, hier et aujourd’hui. La maternité de substitution a été vue de la même manière, avec sa croissance notée parallèlement au transgenrisme.

La logique liée au cliché d’être « né dans le mauvais corps », enracinée dans le dualisme corps-esprit caractéristique du colonialisme, célèbre la mort de la chair pour fabriquer « le soi authentique » par la médicalisation sur et contre le corps humain.

« Ce vortex a été créé par le patriarcat capitaliste néolibéral », écrit Hawthorne, ajoutant : « Il a un centre vide parce qu’au fond, il est nihiliste et que seuls les données et le profit comptent. »

L’œuvre de Hawthorne me rappelle une observation d’Ursula K. Le Guin sur la femme et la nature, qui rejoint l’œuvre de Susan Griffin, tirée de son propre ouvrage révolutionnaire de 1978 intitulé Woman and Nature. L’homme considère que les corps et la terre, la « nature », comme l’écrit Emily Dickinson, lui appartiennent, qu’ils doivent être « sculptés et façonnés dans de nouvelles formes », comme le montrent les actes du Dr Moreau dans le roman L’île du Dr Moreau de H.G. Wells (1896).

Le fait que l’homme se sente obligé de coloniser pour exister, en se forgeant une identité « taillée et façonnée » dans la chair et en la transformant en « viande morte » pour lui-même, traduit son sentiment de maîtrise sur la femme/le sauvage. Le solipsisme de l’homme, son sentiment monolithique d’être lui-même au-dessus de tous les autres à mesure que son identité s’inscrit en eux, tant dans son corps que dans son esprit, finit par le conduire à nier que les femmes sont humaines. Ce que l’homme considère comme de la créativité pour lui-même, sa volonté de puissance en tant qu’artiste, la « Culture », comme il pourrait l’appeler, peut tout aussi bien être de la cruauté envers les femmes et les enfants, ces derniers étant des dommages collatéraux pour sa cause. Ce qu’il considère comme la vie finit par être la mort, la nécrophilie placée au-dessus de la biophilie, l’artificialité devenant la seule authenticité. Pour lui, son relativisme lui permet de prétendre que rien n’est réel, sauf son désir pour tout ce qu’il imagine.

S’inspirant d’Erich Fromm et de Mary Daly, Lierre Keith a discuté de cette dynamique, dans un sens similaire à celui de Hawthorne, dans l’essai de 2016 de Keith intitulé The Girls and the Grasses. Et, vu dans son livre de 1989 Dancing at the Edge of the World, dans son discours de 1986 « Woman/Wilderness« , Ursula K. Le Guin nous dit : Mais l’expérience des femmes en tant que femmes, leur expérience non partagée avec les hommes, cette expérience est la nature sauvage ou la sauvagerie qui est tout à fait autre – qui est en fait, pour l’Homme, contre nature.

C’est ce que la civilisation a laissé de côté, ce que la culture exclut, ce que les Dominants appellent animal, bestial, primitif, non développé, non authentique – ce qui n’a pas été dit, et lorsqu’il a été dit, n’a pas été entendu – ce pour quoi nous commençons tout juste à trouver des mots, nos mots et non les leurs : l’expérience des femmes. Pour les hommes et les femmes identifiés comme dominants, c’est la vraie sauvagerie. La peur qu’ils en ont est ancienne, profonde et violente. La misogynie qui façonne chaque aspect de notre civilisation est la forme institutionnalisée de la peur et de la haine des hommes envers ce qu’ils ont nié et qu’ils ne peuvent donc pas connaître, ni partager : ce pays sauvage, l’être des femmes.

Le biocolonialisme n’est pas dû à la connaissance qu’a l’homme de « l’expérience des femmes en tant que femmes », comme ce qu’il pourrait souhaiter acheter en faisant des femmes des cosmétiques et des fantasmes, mais plutôt à sa peur de connaître réellement la femme. Sur la femme, en ce sens, l’homme ne sait rien, et c’est ce qu’il pense d’elle : une sorte de vide que son fantasme peut remplir, la désincarnant pour lui comme l’incarnation de son désir. L’inclusion de l’homme dans la féminité, véritable incursion, devient ainsi l’exclusion de la femme, en vertu de laquelle elle ne peut connaître son corps en tant qu’elle-même, le corps en tant que soi. La femme perd de vue qu’elle n’est pas toujours déjà la propriété intellectuelle et sexuelle de l’homme.

De Conundrum (1974) de Jan Morris à Females (2019) d’Andrea Long Chu, de Sandy Stone à Julia Serano, le « transféminisme » n’a rien fait d’autre que de projeter l’expérience des hommes, principalement des hommes blancs hétérosexuels, comme « l’expérience des femmes. »

Le patriarcat n’a jamais eu l’air aussi postféministe qu’il le fait maintenant, en imposant l’empiètement des hommes à l’existence des femmes, avec de nombreux progressistes qui pratiquent une diabolisation moderne des femmes et prétendent que l’empereur porte très bien sa féminité. Identifiés à la domination, les hommes et les femmes, toute l’humanité, peuvent en venir à mépriser la terre dont nous sommes toutes et tous issus, à apprendre à subordonner la matière elle-même à la forme, où le père prend le pouvoir sur la mère par la force. Sous cette idéologie de la domination, qui a été particulièrement vendue comme « progrès », comme on l’a vu ci-dessus dans diverses industries, il devient en effet profondément difficile, voire impossible, de voir le corps comme un soi.

Mais Hawthorne termine Vortex avec un vaillant espoir pour notre existence même. Elle écrit : La connectivité, et non la dissociation, est ce que nous devons développer. Il peut s’agir des connexions entre les personnes ou entre les personnes et leur environnement local. La connectivité signifie reconnaître qui nous sommes et l’intégrité de notre corps. La relation avec la terre et les uns avec les autres est essentielle pour notre avenir. Cela peut signifier passer moins de temps à faire du profit, à extraire et à exporter. Elle doit permettre les différences sans les transformer simultanément en armes.

Au début de son livre, Hawthorne fait référence à l’ouvrage de 1951 de Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, dans lequel, entre autres points, Arendt pose, comme le soutient Samantha Rose Hill, que la solitude semble être à l’origine de la raison pour laquelle les régimes totalitaires s’élèvent. La désincarnation et le démembrement, comme on l’a vu plus haut dans les industries susmentionnées, ne peuvent apporter la communauté dans la destruction collective de nos corps en tant que nous-mêmes.

Un sentiment de vide est devenu un lieu commun de la politique de notre mode de vie actuel, une pathologie sociale que nous devons, d’abord, accepter et, ensuite, surmonter pour les dommages causés. Ce vide menace de nous détruire, mais la connectivité pourrait bien être notre remède durable, pour toute vie contre la mort.

Donovan Cleckley

Version originale: https://www.womenarehuman.com/woman-and-nature-a-review-of-vortex/

Traduction: TRADFEM

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