Le Canada traite trop rapidement avec des hormones et de la chirurgie la dysphorie de genre chez les enfants mineurs

D’autres pays ont fait marche arrière et les inquiétudes des critiques sont étonnamment partagées par certaines figures de proue du monde médical transgenre lui-même.

Tom Blackwell, National Post
3 décembre 2021

« Pendant des années et des années, les gens ont été homophobes, transphobes. Nous essayons maintenant de corriger cela, mais en faisant cela, nous mettons d’autres personnes en danger. Et ces autres que nous mettons en danger sont des enfants. »


La fille troublée de Mary avait déjà parlé de son identité sexuelle changeante auparavant, mais lorsqu’elle a annoncé à l’âge de 16 ans qu’elle était un garçon transgenre, ces propos ont semblé sortir de nulle part.


Malgré cela, un médecin lui a ensuite rédigé une ordonnance pour de la testostérone après une paire de rendez-vous de 15 minutes, dit sa mère. En quelques mois, l’adolescente avait également subi une double mastectomie. Elle était désormais un « homme trans ».
Mais Mary dit que la dépression et l’anxiété de longue date de son enfant n’ont fait qu’empirer. Et l’année dernière, la jeune femme a fait un aveu stupéfiant à sa mère : alors même qu’on l’emmenait dans la salle d’opération pour lui enlever les seins, elle doutait de sa décision.


Aujourd’hui, la jeune femme de 21 ans est en train de « détransitionner », c’est-à-dire de revenir à son identité féminine d’origine. Et Mary fait partie d’un mouvement naissant qui appelle à freiner un système de soins de santé orienté vers l’affirmation des sentiments transgenres d’une jeune personne à l’aide de médicaments et d’opérations chirurgicales, parfois après une évaluation limitée d’autres problèmes psychologiques pertinents.
Ce mouvement de correction s’est accéléré au cours de l’année dernière. Des pays comme la Finlande et l’Australie ont pris un certain recul par rapport à l’approche dite « affirmative », tandis que les préoccupations des critiques sont étonnamment partagées par certaines des figures de proue du monde médical transgenre lui-même.


Mais au Canada, la poussée va plutôt dans l’autre sens, ce qui, selon les partisans de cette approche, est une chose positive.


Des sonnettes alarmes sont tirées dans le monde entier, et le Canada semble complètement sourd à cela.


Un projet de loi actuellement soumis à l’assemblée législative de l’Ontario met l’accent sur l’accélération de l’accès à la transition médicale, la réduction du besoin d’être référé.e par un praticien pour obtenir un tel traitement et la définition de services tels que les doubles mastectomies comme étant d’importance vitale.
Et mercredi, la Chambre des communes a adopté une loi qui interdirait la pratique largement condamnée de la thérapie de conversion, malgré les inquiétudes que cette loi pourrait également criminaliser la fourniture de toute thérapie à des patients aux prises avec un sentiment différent d’identité de genre et explorant des problèmes psychologiques plus larges.


« On tire la sonnette d’alarme dans le monde entier », déclare Aaron Kimberly, un homme transgenre et un infirmier accrédité vivant en Colombie-Britannique, qui a des scrupules à propos de l’approche actuelle. « Et le Canada semble complètement sourd à cela ».
Les parents, les transsexuels et les autres critiques disent qu’ils soutiennent l’amélioration de l’accès à la transition médicale pour ceux et celles qui en ont besoin et décrient le sectarisme et la violence transphobes. Ils ne s’opposent pas aux salles de bain sans distinction de sexe ni au financement public des traitements de transition.


Mais ils affirment que le pendule est allé trop loin par rapport à l’époque où les personnes souffrant de dysphorie de genre – un sentiment que leur sexe de naissance ne correspond pas à leur identité de genre – rencontraient souvent de résistance et de préjugés dans le système de soins de santé.


« Pendant des années et des années, les gens ont été homophobes, transphobes », a déclaré Mary, qui a demandé que son nom complet ne soit pas publié afin de préserver la vie privée de sa fille. « Nous essayons maintenant de corriger cela, mais en faisant cela, nous mettons d’autres personnes en danger. Et ces autres dont nous compromettons la santé sont des enfants ».


La résidente de Toronto a déclaré qu’elle et sa fille ont même envisagé de poursuivre les professionnels de la santé responsables de sa transition. Mary cite le cas de Keira Bell, la Britannique qui a obtenu une décision de justice interdisant la prescription de médicaments bloqueurs de puberté aux mineurs, une décision qui a récemment été annulée en appel.

Mais la députée néo-démocrate qui a présenté le projet de loi 17 de l’Ontario affirme que son objectif principal est de répondre à un signal d’alarme beaucoup plus fort qu’elle entend de la part des médecins et des électeurs. Selon Suze Morrison, le pendule n’est pas allé trop loin, mais les listes d’attente pour les chirurgies de changement de sexe sont si longues qu’elles poussent des patients au suicide.


« Des gens meurent sur des listes d’attente, il y a donc clairement une lacune dans les soins et une lacune dans la qualité des soins qui doit être comblée », a déclaré Mme Morrison. « En fin de compte, je ne pense pas qu’une liste d’attente de cinq ans soit acceptable pour toute forme de soins de santé en Ontario. »
Un éminent expert du monde du traitement du genre ici est d’accord, disant que les préoccupations concernant la précipitation de la transition ne s’appliquent tout simplement pas au Canada, où les cliniques hospitalières, au moins, sont exhaustives dans leur évaluation des jeunes patients.


« Personne ne prend ces décisions à la légère », a déclaré la Dre Margaret Lawson, directrice médicale de la clinique de la diversité des sexes au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO). « Elles sont prises très lentement, très prudemment, après de longues discussions avec ces jeunes et leurs parents. »
Quoi qu’il en soit, elle affirme que la question des patients comme la fille de Mary ayant des problèmes psychologiques distincts de la dysphorie de genre est relativement mineure. Selon la Dre Lawson, à peine un patient sur dix que voit sa clinique présente de tels troubles.


Mais certains traitements de la dysphorie de genre se font désormais en dehors des hôpitaux, et la remise en question du statu quo actuel s’est faite parallèlement à un boom de la demande et à l’évolution démographie des patient.es. Les critiques voient dans ces deux phénomènes des signaux d’alarme.


Alors que les personnes présentant une dysphorie de genre étaient autrefois principalement de jeunes garçons ou des hommes d’âge moyen, les cliniques d’identité de genre voient maintenant surtout des adolescentes nées filles. Le nombre de patientes pédiatriques accueillies dans 10 cliniques hospitalières du Canada est passé de presque aucune en 2004 à plus de 1 000 en 2016. Environ 80 % d’entre elles étaient des filles de naissance, la plupart ayant moins de 16 ans lorsqu’elles se sont présentées pour la première fois dans les cliniques, selon le projet de recherche Trans Youth Can !


Une importante étude en cours sur la santé dans les collèges américains a révélé que le pourcentage d’étudiant.es s’identifiant comme transgenres ou non-conformes au genre a grimpé en flèche, passant d’environ 0,05 % entre 2008 et 2015 à trois ou quatre pour cent récemment.

  1. Le boom du traitement des adolescents transgenres au Canada : Services salvateurs ou expérimentation dangereuse ? (https://nationalpost.com/news/canada/canadas-teen-transgender-treatment-boom-life-saving-services-or-dangerous-experimentation
  2. Un éminent chercheur canadien sur le sexe quitte un groupe scientifique après avoir été blâmé pour ses opinions sur le transgenrisme. (https://nationalpost.com/news/canada/top-canadian-sex-researcher-quits-scientific-group-after-being-blasted-for-views-on-transgender-issues)

Une étude américaine de 2018 sur les parents sceptiques à l’égard du traitement du genre a émis l’hypothèse de l’existence d’un nouveau phénomène, la « dysphorie de genre à déclenchement rapide », impliquant des jeunes filles qui étaient parfois influencées par des influenceurs en ligne et par une contagion sociale.


Mais les professionnels de la médecine du genre affirment que cette explosion reflète simplement une acceptation croissante du transgenrisme après des années de stigmatisation et de haine – et pourrait en fait sous-estimer le nombre de jeunes dans le besoin.


Une étude publiée cette année par le lobby Trans Youth Can ! – qui promeut généralement l’approche thérapeutique actuelle – a rejeté l’hypothèse du ROGD, ne trouvant aucune preuve que les adolescentes qui avaient récemment fait leur coming out en tant que transgenres étaient influencées par une détresse psychologique, des proches favorables au phénomène transgenre ou des influences exercées en ligne.


Malgré cela, les critiques se plaignent qu’au lieu d’explorer les problèmes de santé mentale souvent complexes des jeunes qui se présentent comme transgenres, les praticiens de la santé mettent trop facilement les enfants sous « bloqueurs de puberté » – des médicaments dont ils allèguent qu’ils « mettent en pause » le développement de la puberté – puis sous hormones transgenres, suivis souvent d’une chirurgie de réassignation sexuelle.


« Nous avons le sentiment que le système de soins de santé a été complètement pris en otage par un programme politique au détriment d’éléments réels de preuves », affirme Kimberly, qui dirige le groupe Gender Dysphoria Alliance.


Une autre enquête de Trans Youth Can ! a révélé que cinq cliniques sur dix ne font pas évaluer leurs patients par des psychologues ou des psychiatres avant de leur prescrire des bloqueurs de puberté ou des hormones.


Mais la Dre Lawson déclare que ces cinq cliniques font tout de même appel à des travailleurs sociaux ou à d’autres professionnels pour effectuer des évaluations de santé mentale. Au CHEO, de telles évaluations sont suivies de deux ou plusieurs rendez-vous chez un médecin, puis d’une séance de deux heures avec un endocrinologue comme elle, dit-elle.


Pourtant, ces préoccupations ont entraîné des changements dans certains pays au cours des derniers mois. L’année dernière, la Finlande a encouragé le recours à une psychothérapie avant le traitement de transition, tandis que le régulateur psychiatrique d’Australie-Nouvelle-Zélande a qualifié cette démarche d’essentielle. En Suède, les cliniques ont cessé cette année de prescrire des médicaments bloqueurs de puberté et des hormones transsexuelles aux patient.es de moins de 18 ans.


Et de manière plus frappante, trois personnalités de premier plan dans le domaine ont récemment fait écho à ces inquiétudes.


Il s’agit notamment de la Dre Marci Bowers, une femme trans et une chirurgienne de réassignation de genre très respectée qui deviendra l’année prochaine présidente de l’Association professionnelle mondiale pour la santé des transgenres (WPATH). Elle a suggéré dans une interview que les enfants sont parfois mis sous bloqueurs de puberté trop tôt, ce qui entraîne des complications dans la chirurgie de réassignation qui peuvent potentiellement les priver de plaisir sexuel à vie.


Selon la Dre Margaret Lawson, « il serait incroyablement inquiétant » que le Canada adopte les mêmes mesures que des endroits comme la Finlande et la Suède pour adopter une approche plus prudente à l’égard des transitions de genre.


Dans un article d’opinion paru ce mois-ci dans le Washington Post, les psychologues Erica Anderson, une femme transgenre, et Laura Edwards-Leeper, toutes deux cadres supérieures de la WPATH, se plaignent d’une évaluation bâclée et dangereuse des jeunes gens se présentant comme transgenres, avec une prescription trop hâtive d’interventions médicales. Ils remettent également en question l’hypothèse selon laquelle les retards dans l’obtention d’un tel traitement – par opposition à la détresse mentale générale – augmentent le risque de suicide.


Des critiques s’inquiètent du fait que le nouveau projet de loi C-4 du gouvernement fédéral sur la thérapie de conversion, adopté par les Communes avec un consentement unanime mercredi dernier, pourrait par inadvertance interdire une évaluation plus minutieuse avant toute transition – ou du moins décourager les thérapeutes de la fournir.


Cette loi a été saluée comme un triomphe pour les droits des LGBTQ, criminalisant les traitements qui tentent de changer l’orientation d’une personne en hétérosexuelle ou son identité de genre en celle de son sexe de naissance.


Les opposants s’inquiètent du fait que le projet de loi est formulé de manière suffisamment vague pour qu’il puisse également remettre en question la légalité d’une thérapie qui explore d’autres problèmes de santé mentale ou les raisons de la dysphorie de genre avant une décision de transition médicale.


Le projet de loi ontarien – adopté en deuxième lecture sans opposition du gouvernement conservateur – ne reflète également aucune des mises en garde des autres pays ou des experts du WPATH.


Il prévoit la création d’un comité consultatif composé majoritairement de personnes LGBTQ pour donner des conseils sur la façon d’accélérer l’accès aux traitements de transition et mettre en œuvre un modèle de « consentement éclairé » avec moins de besoin de références de la part des professionnels de la santé, ce qui permettrait aux patients d’obtenir plus facilement des hormones et une chirurgie en fonction de leurs sentiments d’être transgenres.


Mme Morrison dit que les électeurs lui disent que le processus est trop lourd maintenant, une personne le décrivant comme étant comme un Catch-22:
« Je dois prouver que je suis à la fois assez bien mentalement pour me faire opérer, et que je suis assez mal mentalement pour avoir besoin d’une opération », a-t-elle dit.


Michelle Zacchigna dit qu’elle a été parmi les premières personnes en Ontario à être traitées selon le type de modèle encouragé par le projet de loi, et qu’elle a maintenant de profonds regrets.


Nous avons l’impression que le système de soins de santé a été complètement pris en otage par un programme politique au détriment d’éléments réels de preuves.


Au troisième de trois rendez-vous superficiels avec un médecin, à l’âge de 21 ans et armée d’une courte lettre d’un thérapeute, on lui a prescrit de la testostérone, puis elle a subi une double mastectomie et une hystérectomie partielle.


Mais ses problèmes de santé mentale n’ont fait qu’empirer et Zacchigna a finalement reçu un diagnostic d’autisme, d’anxiété, de TDAH et de dépression – des problèmes qui, selon elle, avaient été largement ignorés par les professionnels avant sa transition médicale. Puis, l’année dernière, la jeune femme de 33 ans a détransitionné, même si elle ne pourra jamais devenir enceinte.


« Dans les soins de santé transgenres, les patients se diagnostiquent eux-mêmes et se prescrivent leur propre traitement », a-t-elle souligné dans un mémoire au sujet du projet de loi ontarien 17. « Les professionnels de la santé sont encouragés à accepter la conviction d’une personne sans poser de questions, en partant du principe qu’elle ne changera jamais. »


La Dre Lawson a déclaré que la critique de Mme Zacchigna va à l’encontre de son expérience dans le domaine et soutient que les mesures prises par des endroits comme la Finlande et la Suède ne feraient que créer des retards plus dommageables ici.


« Ce serait incroyablement inquiétant », a déclaré la professeure de l’Université d’Ottawa. « Cela nuirait à tant d’enfants. Je détesterais penser à ce qui leur arriverait. »


Quant à la fille de Mary, elle souffre toujours psychologiquement alors qu’elle s’adapte à sa nouvelle ancienne identité sexuelle. Mais il y a de l’espoir, dit sa mère : la jeune femme ne souhaite plus être morte.


Quand je lui parle de son état de santé, elle me dit : « Je veux vivre. Je suis toujours en vie, je veux vivre. »


Traduction TRADFEM
VERSION ORIGINALE: https://nationalpost.com/news/canada/canada-transgender-treatment

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