Mais où sont toutes les féministes?

Nous sommes juste là, en train de nous faire effacer par vous.

par Meghan Murphy, Blog FEMINIST CURRENT, 24 mai 2022



(Environ 700 manifestant.e.s se sont rassemblés devant la bibliothèque publique de Toronto en 2019 pour protester contre ma conférence.)

À l’époque où les féministes ont commencé à essayer de mettre en garde la société contre les dangers de l’idéologie de l’identité de genre, peu de gens voulaient les écouter. Non seulement cela, mais ces femmes étaient activement réduites au silence : mises à l’index par les médias, ostracisées par la gauche et exclues des tribunes universitaires. Celles d’entre nous qui se sont exprimées quand même ont été diffamées et harcelées. Nos événements ont été annulés, les lieux loués ont été retirés et nous avons été accueillis par des manifestant.e.s à chaque tentative d’organisation, de rencontre ou de discussion sur l’idéologie de l’identité de genre et sur la menace qui pèse actuellement sur les femmes et les filles en particulier. Nos articles ont été censurés, tout comme nos contrats de livres.

Nous avons couvert ce combat, ici à Feminist Current, depuis de nombreuses années maintenant, quand personne d’autre ne le faisait.

En 2016, j’ai écrit un texte sur une conférence qui avait eu lieu à Conway Hall à Londres. Penser différemment : « Feminists Questioning Gender Politics » a présenté des intervenantes féministes telles que Sheila Jeffreys, Lierre Keith, Julie Bindel, Stephanie Davies-Arai, Mary Lou Singleton, Jackie Mearns, la regrettée Magdalen Berns, et l’organisatrice, Julia Long. Je crois que c’était le premier événement de ce genre. Toutes ces femmes ont été vilipendées et cruellement punies pour s’être exprimées contre l’idéologie de l’identité de genre. La plupart ont été ignorées non seulement par la gauche et les grands médias, mais aussi par la droite. Même des féministes ont refusé de soutenir ces femmes souillées, mais celles-ci ont continué à s’exprimer, à se battre et à s’organiser. Elles ont perdu des revenus, des emplois, des ami.e.s, des places sur des panels, des invitations à prendre la parole, et bien plus encore.

Nombre de ces femmes s’exprimaient depuis des années sur leurs préoccupations et sur le sexisme qui sous-tend l’idéologie de l’identité de genre, une idéologie déformée ou simplement effacée par l’histoire, les médias et les transactivistes.

Janice Raymond a écrit un livre sur le transgenrisme dès 1979, pour l’amour de Dieu! Julie Bindel nous a mis en garde dès 2004 contre la folie de permettre à des hommes d’accéder aux refuges pour femmes violentées. En 2012, j’ai interviewé Sheila Jeffreys (qui avait également écrit sur cette question depuis de nombreuses années) et la Canadienne Lee Lakeman sur le transgenrisme et les espaces réservés aux femmes. J’ai été expulsée de mon collectif féministe et de mon émission de radio en conséquence, car les autres femmes du collectif ont choisi de censurer ces interviews et je me suis battue pour les diffuser. J’ai lancé le blog Feminist Current après cet incident, pour qu’il y ait un endroit où parler de ces questions, et pour que je puisse publier l’impubliable, parler aux féministes annulées et fonctionner indépendamment, sans censure. En 2016, je me suis battue pour publier un article dans les grands médias canadiens, qui mettait en garde contre les dangers du projet de loi C-16, le projet de loi sur l’identité de genre au Canada, alors que personne d’autre ne voulait ou ne pouvait le faire. J’ai témoigné contre ce projet de loi au Sénat canadien avant son adoption en 2017.

Imaginez si les gens avaient écouté.

Depuis, beaucoup d’autres féministes ont commencé à se regrouper et à se défendre. Beaucoup d’entre elles ont été renvoyées de leur emploi, évincées de syndicats et de partis politiques, menacées et même soumises à des agressions.

Grâce au travail inlassable et courageux de ces femmes, cette question est enfin abordée dans la sphère publique, et non plus seulement lors d’événements organisés par les féministes elles-mêmes, dans des groupes ou des réunions privées en ligne, ou sur nos plateformes relativement restreintes. Nous avons eu quelques alliés en cours de route, qui ont tenté d’amplifier notre message, et je leur en suis reconnaissante.

Alors que la gauche reste fermement engagée dans son délire vertueux, la droite a commencé à riposter et, dans de nombreux cas, les féministes ont travaillé aux côtés de politicien.ne.s de droite pour faire pression en faveur de changements législatifs qui protégeraient les femmes et les enfants des méfaits de l’idéologie de l’identité de genre.

C’est, à mon avis, une bonne chose. Nous avons besoin de toute l’aide que nous pouvons trouver, et je ne divise pas les gens en « bons » et « mauvais » en fonction de leur position sur l’échiquier politique. En effet, les médias de droite ont été parmi les seuls à couvrir notre combat et à offrir aux féministes de grandes plateformes pour exprimer leurs opinions.

Mais la seule raison pour laquelle cette question a été couverte par les médias, au départ, est que les féministes ont imposé cette conversation. C’est parce que nous nous sommes battues pour organiser et pour accueillir nous-mêmes des événements, qui ont fait l’objet de protestations, puis ont été couverts par les médias à la suite de ces protestations (bien qu’habituellement de manière extrêmement biaisée). Le diffuseur public national du Canada, la CBC, a refusé d’assister à un événement auquel j’ai pris la parole à Vancouver en 2019, bien que leurs locaux soient situés juste en face du lieu de l’événement (la bibliothèque publique de Vancouver) et qu’elle ait organisé un panel radiophonique discutant de l’événement et de mes points de vue, auquel je n’ai même pas été invitée à participer.

Nous n’avons pas abandonné. Nous avons continué à nous organiser, à nous battre et à pousser cette conversation dans le domaine public. C’est parce que nous avons écrit des articles, des lettres, des pétitions et des livres que cette conversation est maintenant publique. C’est parce que nous nous sommes engagées dans un militantisme, et que nous nous sommes affichées dans des lieux publics, à nos risques et périls, pour faire entendre nos voix. C’est parce que nous en avons parlé dans les médias sociaux, et que nous avons été bannies pour l’avoir fait. Les féministes ont refusé de se taire, malgré des sanctions extrêmes, et ont ouvert la voie à d’autres pour qu’elles s’expriment elles aussi. Et maintenant, qu’entendons-nous ?

« Où sont toutes les féministes ? »

Il n’est pas étonnant que nous soyons en colère.

Pour être claire, je suis reconnaissante aux hommes qui se sont exprimés sur cette question et qui ont soutenu les femmes dans ce combat. Certains ont subi des conséquences pour l’avoir fait. Je veux que tout le monde s’exprime sur les absurdités de l’identité de genre, parce que c’est la bonne chose à faire. Bien qu’il s’agisse d’un problème qui touche particulièrement les femmes et les jeunes filles, il s’agit également d’un problème qui nous touche toutes et tous. Ce que je n’apprécie pas, ce sont les hommes de droite qui découvrent soudainement que ce problème est une réalité, et qui s’expriment comme s’ils étaient les seuls à l’avoir remarqué et les seuls assez courageux pour dire la vérité, puis qui ont le culot de prétendre que les femmes n’ont rien apporté dans ce combat.

Les femmes ont pris la parole alors que ce n’était pas une chose acceptable ou populaire à faire. Alors que nous n’avions pas de soutien, d’appui financier ou institutionnel, de pouvoir politique ou d’accès à de grandes plateformes. Une fois qu’il est devenu acceptable de parler de manière critique de l’identité de genre, les hommes qui n’avaient rien à perdre l’ont fait. Ce qui est bien. Il est préférable de se raviser un jour plutôt que jamais. Mais ils ne reconnaissent pas ou ne savent pas combien d’années les féministes ont lutté simplement pour pouvoir en parler. Et lorsque nous avons essayé d’attirer leur attention pour pouvoir en parler, ils nous ont pour la plupart ignorées. Beaucoup d’hommes qui s’expriment aujourd’hui sont célébrés pour l’avoir fait, augmentant leurs plateformes et leurs revenus, et non le contraire. Et maintenant, ils parlent entre eux, excluant les femmes qui ont ouvert la voie.

Cela semble plutôt injuste, n’est-ce pas ? Même plutôt… sexiste ?

Il y a une longue histoire d’hommes qui s’approprient les mots et le travail des femmes et les font passer pour les leurs, ou qui sont crédités pour ce travail, et il est frustrant de constater que cela semble se reproduire dans la lutte contre l’idéologie de l’identité de genre.

Cela pourrait sembler mesquin de le souligner si les hommes ne nous répondaient pas par le sarcasme, la moquerie et en se plaçant sur la défensive.

Je ne souhaite pas créer de division dans ce combat – tout le monde a le droit de parler de ces questions, et devrait le faire. Et je suis heureuse de parler avec quiconque de ces questions. Mais je ne supporte pas non plus de voir l’histoire se répéter – cette fois, ironiquement, en ce qui concerne le mouvement des droits des femmes.

Demandez-vous pourquoi une personne comme Jordan Peterson est devenue célèbre pour s’être prononcée contre le projet de loi C-16 en invoquant la liberté d’expression, et a gagné des millions, alors que des femmes comme moi, qui ont défendu les droits des femmes, ont été ignorées, punies financièrement, politiquement et socialement, puis ont disparu, même maintenant, dans leur propre combat.

Ce n’est pas parce que vous ne faisiez pas attention, ou parce que vos politiques vous demandent de rejeter tout travail féministe, que cela ne s’est pas produit et que cela n’a pas fait de différence. Et imaginez à quel point il serait exaspérant d’être ignorées, censurées et effacées, puis de voir des hommes disposant d’un pouvoir politique et financier, de grandes plateformes et n’ayant rien à perdre s’attribuer tout le mérite de cette prise de conscience.

Meghan MURPHY

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Traduction: TRADFEM

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