Kathleen Stock dans Charlie « Non, les lesbiennes n’ont pas de pénis »

 
Chères amies, chers amis,
« Je ne m’attendais pas à ce que le point culminant de ma réflexion philosophique soit de faire remarquer que les lesbiennes n’ont pas de pénis » Kathleen Stock.

La semaine dernière, j’avais invité via les réseaux sociaux à courir acheter Charlie  
« Heureusement qu’il y a Charlie Hebdo ! Dans le dernier numéro l’entretien de Robert McLiam Wilson avec Kathleen Stock « Non, les lesbiennes n’ont pas de pénis » alerte sur quelques unes des ramifications de l’idéologie masculiniste transactiviste des principes de Jogjakarta et leur toxicité. »

Le numéro n’étant plus en vente, je le copie/colle ci-dessous.

Je vous invite à lire le numéro de cette semaine, 7 ans après, toujours Charlie, notamment la tribune de Gérard Biard « Les perroquets de la gauche Alah Akbar »,  l’article de Laure Daussy « Enseigner la laïcité Le Chevalier de la Barre contre Daech », etc. Un numéro à conserver précieusement.

Cordialement,

Michèle VIANÈS
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Kathleen Stock : « Je ne m’attendais pas à ce que le point culminant de ma réflexion philosophique soit de faire remarquer que les lesbiennes n’ont pas de pénis »

Entrevue réalisée par ROBERT MCLIAM WILSON  · MIS EN LIGNE LE 31 DÉCEMBRE 2021  · PARU DANS L’ÉDITION 1536 DE CHARLIE-HEBDO DU 29 DÉCEMBRE 2021 

En France, il est souvent arrivé que la mode soit sauvée in extremis de l’iniquité gauloise par la cavalerie du chic anglo-saxon. Pattes d’ef, bustiers-bandeaux et épaulettes ont donné un peu de piquant à des générations de Françaises mal fagotées. Mais certains produits d’importation culturels et philosophiques ont été moins bien accueillis. Pas de petits cœurs pour le monétarisme, les Témoins de Jéhovah ou McDonald’s. Une nouvelle météorite nous fonce dessus – à vitesse grand V, et bien mûre. La guerre de l’identité de genre débarque en France, et le virage va être délicat.      

Quoi que vous croyiez savoir des droits des trans, ça ne va pas suffire. Il n’y a pas qu’en anglais qu’il va falloir progresser pour apprendre des termes comme idéologie du genre, gender critical (« critique de la notion de genre »), non-binaire, spectrumism,Afab (assignée femme à la naissance) et, par-dessus tout, Terf (trans-­exclusionary radical feminist – selon la définition respectueuse, donc provisoire et amendable, proposée par le Lexique trans, élaboré par le Planning familial : « désigne une fraction de féministes et d’individu·e·s luttant contre les droits des personnes trans au nom de la sécurité des femmes cis dans les espaces non mixtes »). La difficulté va confiner à la punition, et la moindre erreur se paiera cash. Ce sera comme apprendre une langue étrangère dans un pays où tout le monde vous ­déteste – et vous engueule quand vous vous trompez (et parfois même quand vous avez bon).

En bref, le lobbying des TRA (activistes des droits des transgenres) a obtenu qu’une femme trans (née homme) soit désormais officiellement considérée comme une femme, au même titre qu’une femme née femme, et bénéficie donc des mêmes protections et des mêmes espaces réservés (toilettes, vestiaires, refuges pour femmes battues et prisons). En outre, l’identification de genre (un homme déclare qu’il s’identifie femme) devient l’équivalent d’une femme trans ayant accompli une transition complète (médicamenteuse et chirurgicale). Une femme qui exprime publiquement son inquiétude face à ces nouvelles pratiques est aussitôt vilipendée, voire (de plus en plus) virée de son boulot.
Kathleen Stock était professeure de philosophie à l’université du Sussex jusqu’à il y a deux mois, quand elle a été forcée de démissionner au terme d’une longue série de manifestations et de pressions exercées contre elle par des militants trans et leurs sympathisants. Elle avait participé publiquement, à l’écrit et à l’oral, aux polémiques autour du militantisme trans. En 2021, elle a publié un livre sur ces questions,  Material Girls. Why Reality Matters for Feminism (« Filles matérielles. Pourquoi la réalité importe pour le féminisme »). Et pourtant, Kathleen Stock défend les lois protégeant les personnes trans. « Évidemment, je soutiens avec joie le droit des personnes trans à vivre leur vie sans peur, sans violence, sans harcèlement ni discrimination. Et je pense que parler des droits de la femme est parfaitement compatible avec la défense de ces droits. »

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Quand je l’interroge sur sa démission, elle se montre remar­quablement stoïque. « Je ne prétendrais pas un instant que j’ai été « cancelled ». Je n’ai pas perdu ma capacité à parler et à être entendue. On peut même dire que j’ai gagné la liberté de dire ce qui me chante maintenant que je ne suis plus sur le campus. Avant, j’avais des collègues qui me dénonçaient toutes les cinq minutes via le système de réclamations de la fac, souvent pour des propos que je n’avais pas tenus, alléguant que j’étais un danger pour les étudiants. Ces plaintes venaient en majorité de femmes, presque jamais transgenres (idem pour la majorité de celles qui manifestaient contre moi). »

La réaction du militantisme trans aux féministes inquiètes est d’une incroyable toxicité
Stock fait-elle contre mauvaise fortune bon coeur face à la perte de son poste, au harcèlement massif et aux menaces (elle va être brièvement protégée) ? « Je n’aime pas me plaindre, mais je ne veux rien minimiser non plus. On ne peut pas vraiment se rendre sur son lieu de travail et voir des affiches partout qui disent « Stock dehors ». Affronter des hommes cagoulés qui allument des fusées éclairantes. Ou voir une centaine de personnes qui crient à tue-tête « Virez Stock » un jour de portes ouvertes à l’université. » S’est-elle sentie trahie par l’université, par ses collègues ? « C’était plus un échec de l’imagination. Et une forme de bêtise. Confondre l’affirmation des droits des femmes avec le déni des droits des trans. Un tas de gens y voient de la lâcheté, mais ce qui me choque le plus, c’est la bêtise. Et l’adoption en bloc du discours de l’activisme trans. Où l’identification de genre annule et remplace les faits avérés. Oublions les faits concernant les droits des femmes, c’est censé annuler et remplacer la biologie. Et pendant que l’identification de genre gagne du terrain, le fossé avec le droit des femmes et leur sécurité se creuse. Il ne s’agit absolument pas de personnes transsexuelles qui ont transitionné. Comme tout le monde, la plupart des personnes trans ne sont pas militantes. Et si vous regardez les réseaux sociaux, la majorité des activistes trans ne sont même pas trans. »

Je suggère que le grand public est globalement ignorant de ces questions, ou indifférent. Les gens pensent probablement : si ces personnes veulent être vues comme des femmes, ou qu’on s’adresse à elles comme à des femmes, pourquoi pas ? Pourquoi devrait-on s’en soucier ? Alors elle, pourquoi elle s’en soucie ? « Au Royaume-Uni, la protection des personnes trans est inscrite dans la loi. La loi sur la reconnaissance du genre de 2004 leur permet de changer leur genre légal (et il y a davantage de basculements depuis la loi sur l’égalité). Elles sont légalement considérées comme appartenant à leur nouveau genre dans la plupart des situations. Il restait des exceptions : les toilettes publiques, les vestiaires, les refuges pour les victimes de violences domestiques et les prisons. Au cours des dix dernières années, le militantisme trans a fait campagne contre ces exceptions. Depuis cinq ans, les questions trans sont à la mode. Mais c’est une mode qui s’inscrit de plus en plus dans les pratiques institutionnelles et, dans certains pays, dans la loi. C’est une révolution des ressources humaines. Et ça affecte particulièrement les fonctionnaires. Nombre d’entreprises et d’institutions sont terrifiées à l’idée de s’attirer des problèmes et suivent servilement les protocoles de l’identité de genre. L’étendue de l’ethos militant a progressé à une rapidité vertigineuse, et la plus grande partie des gens ne se rendent pas compte de ce qui est en train de se passer. »

Et qu’est-il en train de se passer, d’après elle ? « Tout le monde a entendu parler du problème des hommes biologiques qui concourent dans des catégories féminines en sport, des questions sur les toilettes publiques ou les vestiaires – et peut-être même désormais des prisons, à cause de J. K. Rowling. Mais il y a énormément de choses que la majorité des gens ignorent encore. On commence à s’inquiéter publiquement pour ces enfants de plus en plus jeunes auxquels on propose des thérapies de conversion de genre et/ou des traitements médicamenteux puissants, potentiellement nocifs à long terme. Des bloqueurs de puberté qu’on prescrit désormais systématiquement, des doubles mastectomies rendues disponibles à des jeunes filles de 16 ans. Les homosexuels sont consternés par la fréquence à laquelle on conseille à des adolescents gays aux prises avec de sérieux problèmes d’identité de croire qu’ils ne sont pas nés dans le bon genre et qu’ils doivent changer ça. Il y a aussi beaucoup de gens légèrement plus âgés qui détransitionnent (essayant dans la douleur de renverser les effets d’interventions médicales lourdes). La plupart d’entre eux racontent la même histoire : la confusion et les doutes d’adolescents gays mal identifiés au prix d’une vie entière. Mais on ne prend pas en compte les victimes de violences domestiques ou de viol réticentes à l’idée de recourir à des centres d’accueil qui n’offrent plus de lieux exclusivement réservés aux femmes. » De fait, la directrice du Rape Crisis Centre d’Édimbourg, une femme trans non légalement transitionnée, a récemment annoncé à des femmes victimes de viol qu’elle estime transphobes : « Nous travaillerons avec vous… mais attendez-vous à ce que nous combattions vos préjugés » et leur suggère de « recadrer » leur traumatisme et d’« entretenir avec lui une relation plus positive ».

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En parlant avec Stock, j’ai brutalement pris conscience, et plus ou moins pour la première fois, que le type d’espaces unisexes crucialement réclamés ou défendus par des féministes critiques du genre comme elle (ou comme des survivantes de violences domestiques telle J. K. Rowling) ne sont ni un luxe ni un caprice. On ne parle pas d’une bouderie de privilégiées pour un accès refusé à des soldes privés. Ce sont des femmes qui réclament des espaces réservés pour des cas d’urgence – refuges contre les violences domestiques, centres d’accueil pour victimes de viol, prisons pour femmes. Ce n’est pas l’expression d’une préférence sexiste, il s’agit d’éviter un danger réel et permanent, celui de la violence masculine. Un bien étrange sujet de dispute. « Les gens sont myopes sur ce sujet parce qu’on part du principe que le groupe – injustement – craint est celui des femmes trans quand, en réalité, le groupe – justement – craint est celui des hommes. »

La réaction du militantisme trans aux féministes inquiètes est d’une incroyable toxicité. Des personnes comme Kathleen Stock sont systématiquement accusées de vouloir la mort des femmes trans, de persécuter une minorité qui souffrirait d’un taux d’homicides plus élevé qu’aucune autre (les chiffres disponibles les plus fiables montrent pourtant qu’en Europe les personnes trans sont en vérité moitié moins susceptibles d’être assassinées que le reste de la population – moins d’un meurtre par an au Royaume-Uni). Mais les opinions de Stock et les affirmations qu’on lui prête sont considérées comme des menaces de mort. Si vous voulez savoir à quoi ressemble une menace de mort (ou de viol), jetez donc un oeil aux commentaires sur le compte Twitter de J. K. Rowling chaque fois qu’elle aborde la sécurité des femmes – de quoi tapisser l’entièreté de ses murs, a-t-elle plaisanté. J’en ai personnellement lu des centaines. Et des vingtaines de selfies pugnaces de femmes trans, jupe relevée, jambes écartées, pénis en érection à la main, sous les mots « Étouffe-toi avec ma bite de fille, salope » (apparemment, cela ne pose pas de problème à Twitter).

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Quels que soient les mérites des deux camps dans cette dispute, les menaces de violences viennent systématiquement d’un seul côté (et pas celui des femmes biologiques). Et les hommes qui critiquent le militantisme trans sont largement épargnés dans cette affaire. Parce que les femmes sont les cibles préférées, et les lesbiennes, les meilleures de toutes. J’ai demandé pourquoi à Kathleen Stock, elle-même lesbienne. « C’est une mécanique. Aujourd’hui, la majorité des femmes trans ne font pas de transition chirurgicale, et beaucoup suivent leur précédente orientation sexuelle. Si une femme trans garde un pénis et une attirance sexuelle pour les femmes, les TRA ­insistent pour appeler cette personne une lesbienne – une femme attirée par les femmes. Du coup, les vraies lesbiennes qui refusent les relations sexuelles avec ces personnes sont naturellement vues comme transphobes – ou pire. Ainsi, les soi-disant progressistes sont autorisés à traiter les femmes gays de fascistes parce qu’elles n’aiment pas les pénis. Je ne m’attendais pas à ce que le point culminant de ma réflexion philosophique consiste à faire remarquer que les gens ne changent pas de sexe et que les lesbiennes n’ont pas de pénis. »

Il est pile dans l’air du temps, ce débat. Au sens où il ­oppose des gens incapables de croire que ceux qui ne sont pas de leur avis sont des êtres humains. Et dans ce sens, il est aussi déprimant. Stock est désormais une cible de premier ordre pour déver­ser sa haine. Peut-être juste derrière J. K. Rowling. Elle est à la fois la Méduse, Cruella De Vil et la Méchante Sorcière de l’Ouest. Pourtant, elle est humaine, elle est drôle et elle parle plus des autres que d’elle-même. Dans ses écrits, elle défend régulièrement les droits des trans et critique parfois leurs adversaires féministes. Ces gens devraient se trouver une meilleure sorcière parce que, dans ce rôle, Kathleen Stock est plutôt nulle. ●

Traduit de l’anglais par Myriam Anderson      
 
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