La vérité sur les meurtres de transgenres

Les gros titres racoleurs ne peuvent masquer les faits.

PAR Tish Still,  11 janvier 2022

Tish Still mène des recherches sur l’idéologie de l’identité de genre et son impact sur les femmes.

Au cours des deux dernières années, alors que le monde entier devenait paralysé par une nouvelle pandémie mortelle, une « épidémie » totalement différente a silencieusement dévasté l’une des communautés les plus marginalisées de l’Occident. L’année dernière, nous dit-on, a été l’année la plus meurtrière pour les personnes transgenres depuis que les registres existent. Face à une situation aussi grave, est-il surprenant qu’en novembre dernier, lors de la Journée du Souvenir Transgenre, une longue liste d’organisations publiques et privées du Royaume-Uni se soient alignées pour rendre hommage aux victimes de meurtres de transgenres ?

En tant que mère d’un fils qui s’identifie comme faisant partie de la communauté transgenre*, la perspective d’une épidémie de meurtres de transgenres a un poids supplémentaire : la vie de mon fils est-elle en danger ? Devrais-je être folle d’inquiétude lorsqu’il se rend au travail, et encore plus lorsqu’il sort à un concert le week-end ? Il suffit de dire que ce n’est pas une question que je peux me permettre de prendre à la légère.

Les faits sont toujours importants, mais ils prennent une importance particulière lorsqu’ils sont utilisés pour affirmer que votre enfant pourrait être assassiné. J’ai donc décidé de me plonger dans les recherches utilisées pour étayer ces affirmations. Pour moi, c’était un enjeu personnel.

Le gouvernement ne publie pas de données sur le nombre de personnes transgenres au Royaume-Uni, bien qu’en 2018 il ait estimé « provisoirement » que ce chiffre se situait entre « environ 200 000-500 000 personnes ». Quelle proportion de ce nombre doit avoir été tuée pour justifier les avertissements lancés d’aujourd’hui sur l’épidémie de meurtres de transgenres ? 10 ? 100 ? 1,000 ?

Pour le savoir, j’ai analysé les données recueillies par l’organisation transgenriste Transgender Europe, qui a reçu plus d’un million de dollars de la Fondation Arcus, basée aux États-Unis et qui s’intéresse de près aux questions transgenres. En plus d’avoir donné près de 150 000 dollars au lobby Stonewall, la Fondation Arcus a remis, en 2015, 312 000 dollars à Transgender Europe, spécifiquement pour fournir des données mondiales fiables sur les meurtres de transgenres. Le site web qu’elle a créé propose une carte interactive et des liens vers des documents nommant les victimes transgenres.

En consultant la liste des cas de Transgender Europe, j’ai constaté – à mon grand soulagement – que le nombre total de meurtres signalés au Royaume-Uni, depuis 2008, s’élevait à 11 personnes. Cela se traduit par un taux de meurtre d’environ 0,165 %.

Maintenant, cela reste considérablement plus élevé que le taux de meurtre pour le Royaume-Uni dans son ensemble : l’ONS rapporte que le taux d’homicide au Royaume-Uni pour l’année se terminant en mars 2020 était de 11,7 par million de personnes, atteignant 17 par million chez les hommes. Mais si l’on regarde d’un peu plus près la liste des victimes de meurtres trans, ce chiffre de 11 devient de plus en plus suspect.

Par exemple, deux des victimes répertoriées, Vikki Thompson et Jacqueline Cowdry, semblent avoir été incluses dans cette liste par erreur. Thompson s’est suicidée pendant son incarcération au pénitencier de Leeds, tandis que la mort de Cowdry a finalement été jugée non suspecte. Cela réduit le total à neuf décès illégaux, tous de sexe masculin (en revanche, le nombre d’homicides commis par des personnes transgenres entre 2008 et 2017 était de 12). Pour le contexte, le nombre de femmes tuées par des hommes pendant la même période était de 1800. Voilà pour notre prétendu « privilège cisgenre »…

En cherchant plus de renseignements, j’ai découvert le travail de Karen Ingala-Smith, qui a fondé au Royaume-Uni le projet Counting Dead Women en 2012, après avoir réalisé qu’il n’existait pas de registre central de l’ampleur des féminicides dans ce pays ; grâce à elle, une liste de femmes assassinées est lue chaque année à la Chambre britannique des communes pour imprimer le taux de féminicides dans l’esprit de notre classe politique. Le travail inlassable d’Ingala-Smith se concentre sur les femmes victimes de la violence, principalement masculine, bien qu’elle ait fait une exception pour souligner le décalage entre l’hystérie de masse concernant les victimes transgenres d’homicide et le traitement des meurtres de femmes relégué au statut de simple bruit de fond. (Il n’existe toujours pas d’équivalent à la Journée du Souvenir des Transgenres pour le nombre bien plus important de femmes victimes de la violence masculine).

Facteur crucial : ses recherches jettent un éclairage essentiel sur les neuf victimes restantes identifiées par le rapport Trans Murder Monitoring. À sa lecture, deux choses apparaissent clairement. La première est qu’il n’est pas totalement certain que toutes les victimes s’identifiaient elles-mêmes comme « transgenres ». La seconde est que les motivations de ces crimes sont plus complexes qu’une simple « transphobie ».

Trois des neuf victimes ont été assassinées par un prostitueur violent alors qu’elles travaillaient comme prostituées ; une autre a été tuée par son mari, qui vivait des revenus de sa prostitution. Une autre était un homosexuel qui se travestissait occasionnellement, et le motif du meurtre a été attribué à la fois à la transphobie et à l’homophobie. Deux de ces meurtres étaient liés à la consommation de drogues.

En d’autres termes, malgré la façon dont leurs décès sont souvent présentés dans les médias et par les transactivistes, la grande majorité de ces victimes transgenres n’ont pas été tuées parce qu’elles étaient transgenres. Près de la moitié de ces meurtres semblaient liés à la prostitution – un fait qui a été discrètement balayé sous le tapis.

Ce malentendu volontaire ne se limite pas non plus au Royaume-Uni : selon les statistiques mondiales, 58 % des victimes transgenres de meurtres sont nées de sexe masculin et travaillent dans la prostitution. Il semble donc assez remarquable que les mantras « Les transfemmes sont des femmes » et « Le travail sexuel est un travail » restent les slogans les plus lourdement promus dans les cercles trans-activistes. En effet, un certain nombre de vedettes de la communauté trans vont jusqu’à affirmer que c’est uniquement grâce à la prostitution qu’elleux ont pu se payer leur traitement et leurs interventions chirurgicales.

Prenez, par exemple, l’activiste transgenre Janet Mock, qui a décrit comment « le commerce du sexe devient une route bien fréquentée, aidant les femmes transgenres à atténuer leurs difficultés financières tout en faisant en sorte que beaucoup d’entre nous se sentent désirées en tant que femmes ». Pour être juste envers Mock, elle a également parlé publiquement des dangers de la prostitution, en soulignant les impacts de la coercition économique, des abus sexuels et de la traite sur la communauté trans. Elle a également souligné la forte racisation de la prostitution, les communautés noires et latines représentant un nombre disproportionné de « travailleuses et travailleurs du sexe » transgenres.

Pour des raisons de politique sexuelle, je n’utilise pas l’expression « travail du sexe », car l’intérieur de notre corps, qu’il soit masculin ou féminin, n’est pas un lieu de travail légitime. Cela ne veut pas dire que je crois que nous devrions réprimander les anciennes prostituées, ou celles qui se prostituent encore, pour avoir utilisé cette expression. Je connais d’anciennes femmes prostituées qui disent que cette description était une stratégie de survie et leur permettait de prendre de la distance par rapport à leur expérience.

Mais cela ne rend pas l’expression utile, surtout lorsqu’elle est utilisée pour décrire des personnes transgenres. Ces dernières années, la fétichisation du corps transgenre a été de plus en plus mise en évidence : Le rapport annuel de l’entreprise PornHub pour 2021 – oui, ils font un rapport annuel ! – a montré que les recherches de pornographie utilisant le mot « trans » avaient augmenté de 126 % cette année-là. Il existe clairement un « marché » pour les actes sexuels trans-identifiés ; et si l’on ajoute à cela la vulnérabilité des personnes trans à la violence et au meurtre lorsqu’elles se prostituent, l’association du transactivisme au «travail du sexe » devient encore plus dangereuse.

Dans cette optique, il me semble évident que nous devons repenser le récit accepté sur les taux de meurtres de transgenres, régurgité avec une régularité monotone par les politicien-nes et les médias. Par exemple, plutôt que d’organiser des veillées publiques aux chandelles, les personnes soucieuses des décès tragiques de personnes transgenres feraient mieux de regarder The Sex Map of Britain, un documentaire de la BBC qui suit deux jeunes hommes à la fois homosexuels et rejetés par leur famille. Dans l’une des scènes les plus déchirantes, Mia, aujourd’hui escorte transgenre, en vient aux larmes en parlant du rejet maternel pour le crime d’être gay. Plus tard, Mia cherche à rassurer un client sur le fait qu’ils aiment être en compagnie de l’autre. Le client lui répond qu’il ne veut pas l’offenser, mais qu’il n’est là que pour le sexe qu’on lui propose. Dans une autre scène, Mia parle de l’espoir de trouver l’amour dans le sexe filmé pour la pornographie.

Cela me fait mal de le dire, mais je vois mon fils dans Mia, et je suis certain d’une chose : chercher l’amour, la validation et l’estime de soi dans le porno et la prostitution ne l’aidera pas. De même, prétendre qu’il existe une épidémie de meurtres de trans, alors que les incidents sont isolés et largement confinés à la prostitution, est tout aussi inutile et même dangereux – non seulement pour des personnes comme mon fils, mais aussi pour les femmes dont les meurtres sont discrètement oubliés au profit de titres racoleurs sur une « épidémie » inexistante.

  • Mon fils utilise les pronoms associés à son sexe. J’ai choisi de rester anonyme pour protéger son identité.

Version originale : https://unherd.com/2022/01/the-truth-about-trans-murders/

Traduction : TRADFEM

Une réflexion sur “La vérité sur les meurtres de transgenres

  1. « Pour le contexte, le nombre de femmes tuées par des hommes pendant la même période était de 1800. »
    Pour ces 1800 homicides de femmes, nous ne savons pas si ces femmes ont été tuées parce qu’elles étaient de sexe féminin, sans aucun lien avec le proxénétisme ni la consommation de drogue (dont l’alcool fait parti). 1800 femmes tuées par des hommes ca ne fait pas 1800 féminicides non plus, des femmes peuvent être tuées par des hommes pour des raisons autres que sexistes d’autant plus si c’est ce que vous contestez aux transactivistes. Si pour vous toutes femmes tuée par un homme l’a été parce qu’elle est une femme, alors je ne voie pas pourquoi il n’en serait pas de même pour les personnes trans. Je trouve ce texte biaisé et il ne fait que jetter de l’huile sur le feu sans apporté rien de constructif.

    Le fait de limité le comptage des féminicides à ceux commis par conjoint permettait de mettre à jour une forme de meurtres et assassinat systémique. Cela montrait que :
    Les femmes sont plus tuées par les hommes que les hommes ne sont tués par des femmes.
    Lorsque les femmes sont tuées c’est la plus part du temps par leur conjoint.
    Les conjoints tuent les femmes la plus part du temps au moment de la séparation ou lorsqu’elles sont malade et qu’ils ne veulent pas prendre soin d’elles et s’en débarrassent.

    C’est un comptage important et on peu compté aussi avec ces féminicides, les assassinat des personnes proches qui ont été tuées avec ces femmes au moment des féminicides ( cad enfants, parents, nouveau.elle conjoint.e, ami·es, voisin·es, passant·es…ce qui fait en France une cinquantaine de personnes par an indirectement victimes de féminicides).

    Un compte des personnes tuées dans le contexte de la prostitution serait interessant à tenir aussi. Ca permettrait de savoir si c’est plus dangereux pour les femmes d’être « maman ou putain » ou si c’est pareil. Le nombre de femmes, d’hommes et de personnes trans assassinées dans le cadre de la prostitution serait interessant à connaitre et c’est dommage de le mettre en concurrence ainsi avec les féminicides par conjoints. Surtout qu’il ya parfois des limites floues entre un conjoint et un prostitueur, comme c’est le cas pour le transféminicide qui est contesté dans ce texte.

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