Entre deux traductions… quelques pages d’Isabelle Alonso

Le bouquin que tous les hommes qui se croient féministes devraient lire, parce qu’il leur est destiné. (Aard Crown)

https://www.leslibraires.ca/livres/les-vrais-hommes-sont-feministes-isabelle-alonso-9782350875491.html

« Le patriarcat établit autour des femmes une infinité d’interdits, comme autant de piquets à l’enclos où il les assigne à résidence. L’imagination masculine en la matière est illimitée. Je me souviens d’un des épisodes de Rendez-vous en terre inconnue, avec la comédienne Charlotte de Turckheim. L’équipe télé l’avait emmenée chez les Nénètses, en Sibérie, aux alentours du cercle polaire. Ces gens vivent dans un climat extrême, il gèle tout le temps, ils se déplacent, mangent et s’habillent grâce au renne, qui, à lui tout seul, leur sert de centre commercial. Leur village forme un cercle de tentes coniques façon tipi au centre duquel brûle un feu, pour autant que je me souvienne. À un moment, Charlotte s’apprête à traverser le cercle, aller d’un tipi à un autre en ligne droite. Elle est aussitôt rappelée à l’ordre par un mec qu’une telle ignorance des usages stupéfie et qui lui dit que non, les femmes n’ont pas le droit de passer par là, elles doivent faire le tour par derrière ! Les hommes, eux, passent où ils veulent. Charlotte s’arrête et s’exclame : « Le nombre de trucs que les mecs inventent pour faire chier les gonzesses, c’est quand même étonnant ! » Oui. Fascinant. Dans ce même village, les femmes tannent la peau des rennes pour en faire des vêtements et des chaussures, mais attention ! la peau de la tête de renne ne peut servir que pour des chaussures de mec. Autrement, ça voudrait dire qu’une femme marche sur la tête d’un renne, alors que l’animal est sacré, et ça, c’est juste pas possible ! Voilà. Ils s’emmerdent pas assez à survivre en se pelant le cul, il leur faut compliquer la vie des femmes, au cas où elles prendraient du plaisir à vivre. Chez nous, ce genre de brimades imbéciles existait tout autant jusqu’à récemment : pas de femmes dans une cave à vin, ni sur un bateau, ni sur une scène de théâtre, etc. « Ça porte malheur », assuraient-ils. Pour porter malheur, ça portait malheur. Mais pas à vous. Plutôt à nous, contraintes de respecter tout un tas de conneries sans autre fonction que nous tenir à carreau. Nous habituer à obéir.(….)Il y a hyper-longtemps, au paléolithique, nos ancêtres regardaient autour d’eux, cherchaient à comprendre le monde. Un truc ne leur avait pas échappé : y avait des mecs, et des nanas. Bon. Et les mecs furent fascinés par ce que les meufs savaient faire avec leur petit corps dodu : des bébés ! Qui leur sortaient du corps, floup tout riquiqui mais parfaitement complets. Et ces gueuses non seulement produisaient des petites répliques d’elles-mêmes, mais aussi d’eux ! Et eux ? Que dalle ! De leur corps à eux ne sortait personne ! Ça les énervait, c’est rien de le dire, mais ils ne la ramenaient pas, des fois qu’elles arrêtent de faire des petits mecs, ça leur foutait la trouille. Un jour, ne me demandez pas comment, ils prirent conscience de leur rôle dans l’affaire : l’élément déclencheur, c’était eux ! Et donc, le bébé était à eux ! Ils en déduisirent, car ils étaient déjà d’une modestie toute relative, que les nanas n’étaient que des supports, comme des pots de fleurs sans autre rôle que la terre qui nourrit la plante mais ne fournit pas la graine. Ça changeait la perspective ! C’est là que les mecs posèrent les scellés sur les nanas, pour affirmer que l’enfant était issu de leur graine à eux. À celles qui renâclaient, ils firent découvrir la baffe, la torgnole, principe de base fort efficace quand il s’agit de démontrer qui c’est qui commande. Les femmes devinrent une colonie masculine. Une dépendance. Ce fut la prédation première. L’appropriation initiale. L’origine de toutes les autres. Une fois cette étape franchie, d’autres suivirent. La baffe originelle structura la pensée, inspira d’autres modèles de domination. Avant même l’apparition de l’écriture, tout était en place, le monde défini en mode binaire. Masculin/féminin. Dominant/dominé. Masculin supérieur/féminin inférieur. Masculin positif/féminin négatif. Bon/mauvais. Actif/passif. Identique/différent. Intelligent/stupide. Fort/faible. Violent/calme. Chaud/froid. La catégorie perçue comme supérieure sera systématiquement affectée au masculin. Ça ne s’est pas passé exactement comme ça ? Peu me chaut : le résultat est là, et la preuve du pudding, c’est qu’on le mange. On se le mange, même.Ça ne s’est pas passé exactement comme ça ? Peu me chaut : le résultat est là, et la preuve du pudding, c’est qu’on le mange. On se le mange, même. Si on ne casse pas cette logique, il ne faut pas espérer transformer quoi que ce soit, et vous crèverez aussi. Il faut changer de paradigme. Remplacer la compétition par la coopération. L’économie linéaire par l’économie circulaire. Lepillage par la remise en circuit. La loi du plus fort par le respect du vivant. Le vertical par l’horizontal. Le gagnant par le solidaire. La hiérarchie par l’égalité, la vraie, celle qui accorde la même valeur à tout·e être humain·e. Tout·e. Je vous la mets en écriture inclusive, celle-ci, histoire de bien éclairer votre lanterne. Être une femme, c’est avoir grandi dans un monde dont vous n’avez pas idée. Comme Christophe Colomb, qui prit la mer en l’ignorant, vous avez une Amérique à découvrir. Un continent inconnu, qui multiplie par deux votre univers mental. Vous qui êtes, si j’ai bien tout saisi, des aventuriers dans l’âme, ne résistez pas à l’appel du grand large, du continent noir, de l’envers du décor. Vous pouvez changer le monde rien qu’en ouvrant vos yeux, vos oreilles. Et votre cœur. Autrement, c’est pas la peine.
ALONSO, Isabelle. Les vrais hommes sont féministes (pp. 27-28). Éditrice: Héloïse d’Ormesson. Édition du Kindle.

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