Harcèlement sexuel Cyber-harcèlement haineux = Même combat! (ARTE trilingue)

Une amie nous signale un documentaire qui n’est « pas si mal pour une chaîne mainstream, ça énonce entre autres choses que la haine en ligne fait partie du business model des reseaux sociaux type FB ou Twitter avec une analyse genrée assez pertinente. » Vous en pensez quoi?

Vous en pensez quoi?

https://www.arte.tv/fr/videos/098404-000-A/salepute/?fbclid=IwAR187jYBBFYsq_e6xxPlmkYbG0HJc7tydFy1eUCl2PtkfTUI68XwHud0_ow

7 réflexions sur “Harcèlement sexuel Cyber-harcèlement haineux = Même combat! (ARTE trilingue)

  1. Je n’aime pas le format documentaire, toutes ces longueurs, alors que la totalité tiendrait en un article lu en 10 mn maximum.

    À partir de 44mn, environ, le documentaire commence à entrer dans l’explication technique, et donc à devenir intéressant : le harcèlement est encouragé par les capitalistes à la tête des entreprises. Ils programment leurs réseaux pour attirer les gens et les pousser à rester en ligne. Comment ? En leur faisant espérer le spectacle du cirque 2.0. Le documentaire le dit en cinq minutes. C’est connu depuis des années. Parce que c’est ça le vrai problème : internet est dirigé, organisé, ceux qui font la censure, ce sont des hommes, blancs, riches. Ce sont eux qui choisissent ce qui va être censuré, ou pas. Qui suppriment des sites, des messages, des comptes.
    Le harcèlement patriarcal est donc renforcé par l’outil internet.
    La question est reprise dans le débat (vers 1h02, 03) : est-ce que les capitalistes d’internet vont « se responsabiliser ». C’est un fausse question, la journaliste elle-même dit deux minutes après qu’il est peu probable qu’ils reviennent sur le modèle qu’ils ont eux-mêmes mis en place.

    Dès la cinquantième minute, on en revient à l’expression du traumatisme de ces femmes. Il y a juste un passage rapide, où il est question de procès et de 6 condamnations, et l’avocat qui explique que le système est en voie d’amélioration, qu’un procès c’est long mais c’est utile.

    Le problème est à mon avis la disproportion entre le temps donné à la parole des victimes et le temps passé à parler des solutions. Si le but est de terroriser les femmes, c’est réussi. Si le but est de leur donner des outils pour s’en sortir, c’est raté. On aura appris qu’il faut porter plainte, mais qu’on sera mal reçue, et qu’en plus il n’y aura pas de condamnations…

    Autre (gros) problème, qui revient à deux reprises : c’est la solution (qui est présentée comme telle) de la fin de l’anonymat sur internet. Présentée comme un espoir intéressant, car présentée par une femme en costume, qui correspond aux stéréotypes de la femme stricte, sérieuse, une Merkel brune (à peu près au milieu du documentaire, une dame brune en veste et pull rouge). Présentée aussi durant l’interview, par l’avocat, là aussi gage de « sérieux » pour le téléspectateur. C’est cette solution qui clôt le reportage, c’est dire.

    Mais il faut vraiment se méfier de ces gens qui, sous prétexte d’aider les femmes, et même peut-être de bonne foi, appellent en réalité à supprimer une liberté. Peut-être qu’ils ne le voient même pas, parce qu’eux sont habitués à pouvoir donner leur avis, et à être entendus (en tout cas écoutés). L’avocat dit qu’il ne faut pas le voir comme une censure… Mais s’exprimer sur internet sous pseudo est une liberté volée au capitalisme. Sans anonymat sur internet, qui s’exprimait ? On en reviendrait à la situation précédente : les riches, les puissants. Ceux qui avaient accès aux journaux, ceux qui ont mis la main sur la radio très vite, donc ceux qui ne craignent pas le harcèlement, car ils en sont protégés par leur statut.
    Le harcèlement en ligne est un problème grave du patriarcat, mais ce n’est pas en supprimant une liberté que les femmes seront protégées.
    L’anonymat permet par exemple aux femmes de prendre la parole, en étant protégées des conséquences sociales de cette prise de parole. Avant, il fallait subir le contrôle social des proches, de son patron… Avec internet, ce n’est pas seulement les agresseurs qui ont la parole, mais aussi les femmes. Combien n’oseraient pas s’exprimer sans cet anonymat ?

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    • Je précise mon message :
      La loi (les hommes politiques qui la font, en réalité) peut bien limiter les libertés, mais la loi elle-même doit respecter quelques principes fondamentaux, marqués dans la constitution : la liberté d’expression en fait partie. Donc la sécurité est importante, mais la liberté d’expression l’est aussi.

      La loi n’est pas censée pouvoir transgresser ces droits sans de sérieuses raisons (enfin, en temps normal, et sauf dérive grave), et sans vérifier que la limitation n’est pas pire que le mal (proportionnée au problème rencontré, donc).
      Mon message portait sur cette question : est-ce vraiment une bonne solution (une solution proportionnée au problème) de supprimer ce nouveau et important moyen de la liberté d’expression pour la classe des pauvres, pour lutter contre le harcèlement en ligne ?

      Je pense qu’il y a un risque que le remède soit pire que le mal.
      Pour prendre un exemple au hasard, mon cas particulier, je ne serais jamais devenue féministe sans internet. Je n’aurais tout simplement pas été mise en relation, par mon cercle social, avec des femmes féministes.
      J’ai pu les lire grâce à internet. Et certaines d’entre elles écrivent anonymement.
      Je sais personnellement que si je peux faire des commentaires sur TRADFEM, c’est uniquement grâce à cet anonymat, sans lequel je devrais cantonner ma participation militante à certains cercles.
      Parce que dans le système capitaliste, nous sommes, sauf exception, sous la dépendance des financiers, des détenteurs des moyens de productions, ceux qui nous embauchent, qui nous tiennent par le salaire. Aurions-nous le même liberté de partager nos avis, nos expériences, si notre employeur avait un droit de regard sur les échanges de ses salariés en ligne ? Si un patron tapait notre nom dans la barre de recherche, pour vérifier notre activité en ligne, parlerions-nous aussi librement de ces questions ?
      Je prends l’exemple du patron, mais il y a d’autres formes de contrôle : mari, parents, groupe social. Ces « autorités » n’ont pas accès aux moyens de l’État pour contrôler la parole, et l’anonymat sur internet permet donc d’agir sans se soucier des pressions qu’ils pourraient exercer.

      Les femmes sont harcelées, c’est le problème que soulève le reportage. Mais quelles femmes ? Celles qui, justement, n’étaient pas anonymes. Le fait de ne pas être anonyme les a fragilisé. C’est aussi ça que je remarque. Une femme sous anonymat peut s’exprimer plus librement qu’une femme identifiée. C’est triste, mais il faut être pragmatique. Je préfère que les femmes s’expriment anonymement plutôt qu’elles se censurent, faute d’être protégée par un pseudo.

      Même si le harcèlement par M. Untel ou Mme Unetelle est évité, d’autres contrôles, et même d’autres harcèlements, pourront prendre le relais (les contrôles sociaux traditionnels) : groupe social, parents, amis, voisins…
      Le résultat ne sera-t-il pas le même ? Les femmes éviteront de prendre la parole. Et en plus grand nombre, cette fois. Ce ne sera pas seulement les femmes du reportage, connues, en première ligne (femmes politiques, journalistes..), qui, à cause de leur situation sociale, ou de leur courage, ont tenté de prendre la parole en public. Mais toutes les femmes, même s celles qui n’ont pas autant de confiance, ou autant de courage (ou qui ne sont pas suicidaires, selon l’appréciation des risques encourrus).
      Le harcèlement fait peur aux femmes qui veulent être identifiées sur internet, certes. Mais est-ce supprimer l’anonymat ne risque pas de faire taire les autres femmes dans la foulée ?

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  2. Est-ce qu’instituer l’anonymat ne revient pas – encore plus efficacement – à faire taire les femmes et autres personnes sujettes à l’oppression pour ne laisser sur internet que des phrases désincarnées, sans personnes à qui se rallier?

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    • Malgré le harcèlement, aujourd’hui, les femmes prennent la parole sur internet. Notamment sur les sites « féminins », qui sont un espace relativement protégé, parce qu’on est censée y parler chiffon, et ça fait fuir les hommes (comme les images de femmes lascives accrochées dans les garages font fuir les clientes, ou les mettent mal à l’aise).
      Et il y a des violences patriarcales en ligne, comme dans la vie « réelle », et des femmes sont usées par ces violences.

      Je ne suis pas en train de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ma position est qu’aujourd’hui, les femmes parlent sur internet (et les pauvres en général), et que si on interdit l’anonymat, ce ne sera peut-être plus le cas du tout, sauf pour quelques bourgeoises hyper protégées.
      Avec un anonymat, internet sera réservé aux hommes, blancs, riches. Ceux qui avaient le monopole des journaux avant. Pour moi c’est une conséquence logique : en rejetant l’avantage ,nouveau (internet qui permet les échanges anonymisés), on en reviendra à la situation d’avant. Le contrôle social se fera par auto-censure, ou par contrôle du cercle proche ou du patron.
      Et même, finalement, est-ce que supprimer l’anonymat empêchera vraiment le harcèlement ? il suffira de dire que c’était un échange de messages un peu vif qui a été mal pris, et d’utiliser les clichés de la femme trop sensible et trop fragile pour le débat public. Pas besoin d’insulter pour harceler, le harcèlement peut prendre d’autres formes : regardez le harcèlement au travail, ce n’est pas des « suicide toi », ça peut-être plus vicieux.

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