Pourquoi je crois que laisser des athlètes qui ont grandi en tant qu’hommes concourir dans des sports féminins provoquera une réaction négative du public

Par Helen Joyce pour le Mail On Sunday

Publié le 10 juillet 2021

Dans un nouveau livre percutant sur l’un des sujets les plus controversés de la société contemporaine, Helen Joyce, journaliste senior pour The Economist, affirme que « l’auto-identification sexuelle » est décrite à tort comme la bataille des droits civiques de la présente génération. Dans cette deuxième partie de notre série, amorcée le 3 juillet avec l’article “Why it’s wrong – and profoundly damaging – to make us all agree that someone is whatever gender they say they are” (https://www.dailymail.co.uk/news/article-9753017/HELEN-JOYCE-argues-gender-self-identification-lobby-harming-children-women-trans-people.html), elle affirme que le retour de bâton a déjà commencé dans le sport féminin.

Chaque année, dans presque toutes les disciplines sportives, des hommes battent des milliers de fois le record du monde féminin. Le temps le plus rapide jamais réalisé par une femme sur 400 mètres est battu plus de 15 000 fois chaque année par des hommes et des garçons. Au tennis, le service le plus rapide enregistré par un homme est de 263 km/h ; par une femme, il est de 204 km/h.

L’homme adulte moyen a 41 % de masse corporelle non grasse (sang, os, muscles, etc.) de plus que la femme moyenne, 50 % de masse musculaire en plus dans les jambes et 75 % dans les bras.

In this April 9, 2018 file photo, New Zealand's Laurel Hubbard lifts in the snatch of the women's +90kg weightlifting final at the 2018
Sur cette photo d’archives du 9 avril 2018, la Néo-Zélandaise Laurel Hubbard soulève un haltère à l’arraché dans la compétition féminine.

Hubbard, before identifying as a woman

Il y a quelques années, Gavin Hubbard avait commencé à s’identifier comme femme, et en 2019, elle a remporté l’or dans la division féminine des Jeux du Pacifique à Samoa, repoussant les femmes athlètes du pays hôte à la deuxième et troisième place.

Hubbard a été sélectionnée pour les Jeux olympiques de Tokyo plus tard ce mois-ci – en tant que première athlète ouvertement transgenre de l’histoire à concourir. Il pourrait s’agir de la vitrine parfaite pour montrer comment l’idéologie du genre nuit aux femmes et à la société.

Ses jambes sont 65 % plus fortes que celles d’une femme, et le haut de son corps est 90 % plus fort.

C’est la raison pour laquelle il existe des catégories distinctes pour les hommes et les femmes dans le sport : pour éviter que l’excellence chez un sexe ne soit pas submergée par l’avantage naturel écrasant de l’autre.

Les différences entre les hommes et les femmes, qui ont évolué au cours des millénaires, ne rendent pas un sexe meilleur que l’autre, mais simplement différent.

Quand une femme atteint l’âge adulte, son corps se prépare à la grossesse, à la naissance et à l’allaitement. En raison des grossesses difficiles et du long état de dépendance des bébés, le corps des femmes a évolué pour stocker les graisses. Leurs hanches sont moins stables que celles des hommes et leur démarche est moins efficace.

Les hommes, pour leur part, sont façonnés par des pressions évolutives telles que la longue préhistoire de l’humanité en matière de chasse et de combat.

Ils sont non seulement plus grands et plus gros que les femmes, mais ont des épaules plus larges et des hanches plus étroites, des muscles plus gros qui peuvent se contracter plus rapidement et avec plus de puissance, un cœur et des poumons plus gros, une capacité d’oxygénation du sang plus élevée et des os plus solides.

Les femmes ne peuvent pas se rendre aussi rapides et fortes que les hommes en faisant plus d’efforts, pas plus que les hommes ne peuvent devenir enceintes par un effort de volonté.

Cependant, depuis plusieurs décennies, des bureaucrates sont disposés à fournir à quelques personnes des documents attestant de leur appartenance au sexe opposé. Et, de plus en plus, sous la pression des transactivistes, les autorités sportives vont plus loin, autorisant les athlètes à concourir dans la catégorie de sexe de leur choix.

Notable British trans women players include Kelly Morgan (pictured) at Porth Harlequins Ladies rugby in Wales
Kelly Morgan

En 2019, le site de la BBC a publié un article sur Kelly Morgan, qui a joué au rugby pour les Harlequins Ladies de Porth, dans le sud du Pays de Galles. Bien qu’elle ait déclaré que le fait d’aller sur le terrain « lui donnait le sourire », cet article a également révélé que Morgan blessait régulièrement ses coéquipières pendant l’entraînement et que la capitaine avait plaisanté en disant que Kelly avait déjà frappé une opposante si fort qu’elle l’avait « pliée comme une chaise longue ».

En réalité, Kelly Morgan est née de sexe masculin et a fait partie des équipes de garçons de l’est du Pays de Galles pendant son adolescence jusqu’à ce qu’elle soit blessée. Mais World Rugby, comme la plupart des autorités sportives, avait suivi la directive du Comité international olympique (CIO), qui avait décidé en 2015 d’autoriser les hommes à concourir en tant que femmes, sans subir aucune sorte de chirurgie de « changement de sexe », du moment qu’ils avaient réduit leur taux de testostérone pendant un an.

Morgan, qui avait commencé un traitement à base d’œstrogènes 18 mois auparavant, avait donc le droit de concourir en tant que femme.

Cependant, l’article de la BBC a suscité l’inquiétude des experts médicaux et scientifiques ainsi que des arbitres du rugby. Au fur et à mesure qu’ils partageaient ces inquiétudes, les administrateurs de haut niveau ont commencé à s’inquiéter de s’être engagés en somnambules à l’instigation du CIO dans une position indéfendable.

Les collisions au rugby peuvent entraîner des lésions cérébrales et, parfois, des fractures du cou, et des tribunaux en ont tenu les arbitres et les administrateurs responsables. Si les conséquences de l’inclusion des transgenres vont au-delà du fait que des joueuses sont « pliées comme des chaises longues » et si elles se font briser le cou, plaider que tout le monde le fait également ne convaincra pas un tribunal.

Laurel Hubbard, une Néo-Zélandaise de 43 ans, qui a participé à des épreuves d’haltérophilie masculine lorsqu’elle était plus jeune, avec un succès modeste, est un autre exemple très actuel des problèmes causés par l’autorisation accordée aux hommes de concourir en tant que femmes.

Il y a quelques années, Hubbard a commencé à s’identifier comme femme et, en 2019, elle a remporté l’or dans la division féminine aux Jeux du Pacifique à Samoa, repoussant les athlètes du pays hôte à la deuxième et troisième place.

« Il n’est pas facile pour nos athlètes féminines de s’entraîner toute l’année pour concourir, et pourtant nous permettons que ces choses stupides se produisent, a déclaré le Premier ministre samoan. La réalité est que les médailles d’or reviennent aux Samoanes. »

Et pourtant, Hubbard a été sélectionnée pour les Jeux olympiques de Tokyo dans deux semaines – la première athlète ouvertement transgenre de l’histoire à concourir. Il pourrait s’agir de la vitrine parfaite pour montrer comment l’idéologie du genre nuit aux femmes et à la société.

**************

Dès les premiers jours des compétitions féminines, les administrateurs des Jeux olympiques se sont inquiétés de voir des hommes déguisés en femmes tenter de s’y infiltrer. Cela était rare, et l’on recourait à un test du sexe – un examen physique pour vérifier la présence d’organes génitaux masculins – pour l’empêcher.

Avant les championnats d’Europe d’athlétisme de 1966, les athlètes féminines ont dû défiler nues devant un panel de femmes médecins. Aux Jeux du Commonwealth de la même année, elles ont subi des examens gynécologiques sans préavis.

Plus tard, avec l’apparition des tests génétiques, les athlètes ont été soumis à un dépistage du chromosome féminin XX, puis des gènes qui régissent le développement masculin. Certaines athlètes souffrant de désordres rares du développement sexuel ont ainsi été injustement disqualifiées des compétitions féminines.

Mais à l’aube du XXIe siècle, la question de savoir ce qu’il faut faire des hommes qui changent de sexe pour vivre comme des femmes s’est posée avec acuité.

Lors d’une réunion à Stockholm en 2003, le CIO et l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (aujourd’hui connue sous le nom de World Athletics) ont décidé que les transsexuelles post-opératoires pourraient concourir en tant que femmes, à partir de deux ans après l’opération.

Cette nouvelle politique offrait un cadre simple et attrayant – mais factice. Plutôt que de reconnaître le fait que l’avantage sportif masculin provenait du fait d’avoir vécu la puberté masculine, les autorités ont agi comme si cela consistait à posséder des testicules et un corps capable d’utiliser de la testostérone. Elles en étaient donc arrivées à une définition de la femme aussi sexiste que celle des Grecs du IIe siècle de notre ère : une femme est un être humain dépourvu de parties masculines (fonctionnelles). Cette erreur a été à l’origine de la querelle subséquente sur la définition de la femme à des fins d’activités sportives.

South Africa's Caster Semenya waits to compete in the woman's 800m final at Carrara Stadium during the 2018 Commonwealth Games
La Sud-Africaine Caster Semenya attend de participer à la finale du 800 m féminin au stade de Carrara lors des Jeux du Commonwealth 2018

En 2009, l’adolescente sud-africaine Caster Semenya est sortie de nulle part pour remporter l’or au 800 m lors des championnats d’Afrique junior, puis des championnats du monde de l’IAAF. Des questions ont été posées sur son sexe, compte tenu de sa voix grave, de ses larges épaules et de sa puissance explosive, qui laissaient penser à une athlète s’étant développée sous l’influence d’hormones masculines.

Lorsque les autorités sportives ont enquêté, elles ont découvert que Semenya avait une « différence de développement sexuel » : une condition génétique appelée 5-ARD qui signifie qu’une personne de sexe masculin a été enregistrée comme étant de sexe féminin à la naissance. Cela signifiait que Semenya avait  connu une puberté stimulée par la testostérone et avait  bénéficié de l’avantage sportif masculin.

Cet avantage – connu sous le nom de viralisation – est si important que l’IAAF estime que les personnes présentant des conditions comme celle de Semenya sont surreprésentées dans les compétitions d’élite féminines par un facteur de 140, et encore plus parmi les médaillées. On lui demanda de se retirer temporairement de la compétition et de supprimer sa testostérone en prenant un hormonobloquant.

Une fois de plus, le concept de féminité avait changé : une femme n’était plus une personne dépourvue de testicules, il lui suffisait de manquer de testostérone. Mais comme cette hormone peut être supprimée par des médicaments, toute personne qui le souhaite peut devenir une femme aux yeux des autorités sportives, qu’elle ait ou non subi une puberté masculine.

British swimmer Sharron Davies, one of the few big sporting names to have called publicly for women’s sports to be reserved for females, is painfully familiar with competing against viralised bodies and knowing that no matter how hard you train, you will lose
La nageuse britannique Sharron Davies, l’un des rares grands noms du sport à avoir demandé publiquement que les sports féminins soient réservés aux femmes, a fait la triste expérience de la compétition contre des corps viralisés et sait que, quel que soit son degré d’entraînement, elle perdra.

En décidant qui pouvait concourir en tant que femme, le CIO n’a pas seulement ignoré l’équité, il a aussi passé outre à la sécurité des femmes athlètes. L’association World Rugby a donc décidé qu’elle devait combler elle-même cette lacune. L’année dernière, WR a organisé un atelier de deux jours à Londres – composé presque exclusivement de femmes – pour examiner les aspects scientifiques, médicaux, juridiques, les risques et les enjeux éthiques et sociaux liés à l’admission des transfemmes.

Un article de synthèse, exposant les problèmes scientifiques et médicaux en cause, a paru dans Sports Medicine, l’une des revues les plus prestigieuses dans ce domaine. On y a démontré que la réduction de la testostérone n’avait pratiquement aucun impact sur les performances sportives des personnes ayant subi une puberté masculine.

World Rugby a également chargé un expert en biomécanique d’étudier l’introduction de corps masculins dans le jeu féminin et ses impacts sur la tête et le cou des joueuses. L’association a constaté que les facteurs de risque augmentaient d’au moins 20 à 30 %. Ainsi, pour protéger les femmes et garantir une concurrence loyale, WR a exclu les transfemmes du football féminin international. Mais les fédérations nationales, notamment celles du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada et des États-Unis, ont déclaré qu’elles ne tiendraient pas compte de cette décision.

Le moment où Sharron Davies s’est le plus approchée d’une médaille d’or olympique se produisit en 1980, à Moscou, où elle est arrivée derrière l’Allemande de l’Est Petra Schneider, qui a admis par la suite avoir été dopée. « Vingt ans à nager contre des Allemandes de l’Est que l’on avait gavées d’hormones mâles, s’est exclamée Davies. Il est évident, de la même manière aujourd’hui, que permettre à des personnes au physique masculin et bénéficiant des avantages de la puberté masculine de participer à une course féminine est catégoriquement injuste. »

À l’époque, comme aujourd’hui, les athlètes féminines ont été victimes des échecs du CIO. Et à l’époque, comme aujourd’hui, les femmes qui s’en sont plaintes ont été traitées de mauvaises perdantes. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que les athlètes féminines ne sont pas seulement humiliées, mais qu’elles sont contraintes au silence – celles qui s’expriment risquent d’être exclues de leur équipe. Les politiques de diversité et de lutte contre les brimades, désormais universelles dans le sport, ont été rédigées en partenariat avec des lobbies LGBT et imposent des amendes et des suspensions en cas de comportement raciste et homophobe et, ces derniers temps, la « transphobie » est définie comme incluant toute remise en question de l’identité sexuelle d’une personne.

Je doute que plusieurs administrateurs de l’athlétisme aient compris toute l’importance de ces politiques lorsqu’elles ont été rédigées, mais lorsque les hommes ont été autorisés à s’identifier comme femmes, les personnes les plus touchées avaient été réduites au silence.

Outre Davies, l’autre sportive de haut niveau qui a le plus parlé de ces enjeux est la légende du tennis Martina Navratilova. Elle a été l’une des premières athlètes lesbiennes à sortir du placard, et n’a évidemment rien de transphobe. Mais elle est traitée d’intolérante pour avoir reconnu l’avantage sportif masculin.

Martina Navratilova

Navratilova a été attirée dans cette controverse en 2018 lorsqu’elle a découvert que les fédérations sportives passaient à l’autorisation de l’auto-identification. « Vous ne pouvez pas simplement vous proclamer femme et être autorisé à concourir contre des femmes, a-t-elle tweeté. Il doit y avoir des normes, et posséder un pénis et concourir en tant que femme ne devrait pas être inclus dans cette norme. »

Surprise par la réaction vitriolique à sa position, Navratilova s’est excusée, a supprimé le tweet et a accepté de faire des recherches. Mais le résultat fut loin d’être celui escompté par ses harceleurs.

Quelques mois plus tard, elle a écrit dans le Sunday Times : « Si quelque chose a changé, c’est que mes opinions se sont renforcées », en décrivant l’auto-identification dans le sport comme une « folie » et une « tricherie ».

Cela l’a rendue persona non grata auprès des groupes LGBT qui la considéraient comme une héroïne depuis sa « sortie du placard » en 1981. Des transactivistes ont été incit.é.es à harceler les entreprises dont elle soutenait les produits, et à écrire à la BBC, pour laquelle elle faisait régulièerement des commentaires experts, les pressant de couper les ponts avec elle également.

Navratilova trace une distinction entre la vie quotidienne et le sport : « Quelle que soit la façon dont vous vous percevez, c’est ainsi que je vous parlerai et que je parlerai de vous aux autres. Mais quand il s’agit de sport, il s’agit de biologie, pas de sentiments. » Et elle ne semble plus penser, comme le laissait entendre le tweet à l’origine de la polémique, que les transfemmes post-opératoires devraient être incluses dans les compétitions féminines.

Maya Forstater

La lutte contre l’idéologie de l’identité de genre s’accélère au Royaume-Uni et inspire des mouvements semblables dans le monde entier. L’une de ses principales protagonistes est Maya Forstater. La preuve de l’enracinement de cette idéologie de l’identité de genre a pris une envergure mondiale lorsque l’auteure de la série Harry Potter, J. K. Rowling, a tweeté son soutien à Mme Forstater pour ses 14 millions d’abonnées.

Navratilova et Davies considèrent toutes deux que prendre la parole est un impératif moral. « Ma vie a toujours été marquée par l’équité, et lorsque quelque chose n’est pas équitable, cela me rend furax », déclare Mme Navratilova.

En 2018, Maya Forstater a perdu son emploi dans le bureau londonien du Center for Global Development, un think tank basé à Washington. Ce dernier s’est opposé à ce qu’elle énonce un fait scientifique aussi incontestable que l’évolution – à savoir que, chez les humains, le mâle et la femelle sont des catégories distinctes et immuables, et qu’elle considère la reconnaissance de ce fait comme essentielle à la protection des droits.

Mais lorsqu’elle a saisi le tribunal du travail pour faire valoir qu’elle avait été traitée injustement, le juge s’est prononcé contre elle, déclarant que ses convictions étaient « absolutistes » et « non dignes de respect dans une société démocratique ».

Cette défaite initiale s’est cependant soldée par un triomphe au tribunal de l’opinion publique et elle a gagné en appel en avril.

La prise de conscience des ravages de l’idéologie de l’identité sexuelle s’est répandue dans le monde entier lorsque l’auteure de la série Harry Potter, J. K. Rowling, a tweeté son appui à Forstater pour ses 14 millions d’abonné-e-s en écrivant sur Twitter : « Habille-toi comme tu veux. Prends le nom que tu veux. Couche avec n’importe quel-le adulte consentant-e qui veut bien de toi. Vis ta vie au mieux en paix et en sécurité. Mais forcer les femmes à quitter leur emploi pour avoir déclaré que le sexe est réel ?… #IStandWithMaya #ThisIsNotADrill »

La floraison de groupes populaires qui appuient cette position et la vague de contestations judiciaires entreprises sont susceptibles de renforcer l’opposition à l’auto-identification, car chaque personne qui s’exprime donne à d’autres le courage de faire de même.

Comme l’a dit Mme Forstater lors d’une conférence donnée l’année dernière à l’occasion des 50 ans du Mouvement de libération des femmes: « Notre sécurité est dans le nombre : Ils ne peuvent pas nous virer toutes. »

Tout cela soulève une question intéressante : pourquoi la résistance féministe est-elle apparue au Royaume-Uni, plutôt qu’ailleurs ?

La culture est l’une des raisons. Beaucoup de femmes à la tête de la résurgence féministe au Royaume-Uni étaient adolescentes dans les années 1980, l’époque des nouveaux romantiques et des rockeurs glamour. Elles sont à l’aise avec les hommes qui subvertissent le genre et se considèrent toujours comme des hommes.

Cependant, plusieurs pensent que l’auto-identification sexuelle finira par bénéficier d’un soutien généralisé, de la même manière que l’on a assisté à un changement d’attitude de la société vis-à-vis de l’homosexualité.

Cependant, je ne pense pas que c’est ce qui va se produire.

Premièrement, la véritable transphobie, c’est-à-dire le dégoût ou l’animosité envers les personnes transgenres, est beaucoup plus rare que l’homophobie il y a 50 ans. Les sondages indiquent que les personnes qui s’opposent à l’auto-identification sexuelle ne le font généralement pas parce qu’elles ont des objections à l’égard des trans, mais en raison de leur évaluation des enjeux pour elles-mêmes et pour tous les autres.

La deuxième raison est que la visibilité accrue des trans n’aura pas le même effet que la visibilité accrue des homosexuels. Au fur et à mesure que les homosexuels ont fait leur coming-out, les hétérosexuels se sont progressivement rendu compte de deux choses : les homosexuels étaient comme tout le monde et leur orientation n’avait rien à voir avec celle des autres.

En revanche, je crois que l’idéologie transactiviste ne fera qu’attiser l’hostilité.

Par exemple, plus il y a d’hommes qui participent à des compétitions sportives féminines, plus l’injustice est évidente. Faire taire les opposants à cette dérive ne les fera pas changer d’avis – je suis convaincu que cela les rendra encore plus furieux, car on leur enlève quelque chose qu’ils apprécient vraiment.

Une autre raison est liée à la raison d’être des croyances.

Les croyances des gens et leur volonté de les exprimer peuvent changer remarquablement vite s’ils acquièrent une meilleure compréhension des véritables opinions des autres. Cela peut se produire si quelques personnes qui disent la vérité incitent les autres à s’exprimer en nombre croissant, comme le fait l’enfant dans la fable des habits neufs de l’empereur.

C’est ce qui se passe déjà, avec J. K. Rowling comme diseuse de vérité. En elle, la culture de l’annulation s’est heurtée à quelqu’une qui pesait trop lourd pour que sa voix puisse être étouffée – quelqu’une qui pouvait dire que l’empereur était nu.

Helen Joyce, le 11 juillet 2021

Helen Joyce, a senior journalist for The Economist, says that ‘gender self-identification’ is wrongly described as this generation’s civil-rights battle
Helen Joyce, journaliste senior à The Economist, estime que l' »auto-identification sexuelle » est décrite à tort comme la bataille des droits civiques de cette génération.

Un livre d'Helen Joyce qui paraît cette semaine
Trans : When Ideology Meets Reality, de Helen Joyce, est publié par Oneworld le 15 juillet au prix de 16,99 £. Pour précommander un exemplaire au prix de 14,44 £, rendez-vous sur mailshop.co.uk/books ou appelez le 020 3308 9193 avant le 18 juillet. Livraison gratuite au Royaume-Uni pour toute commande supérieure à 20 £.

Traduit par TRADFEM

VERSION ORIGINALE : https://www.dailymail.co.uk/news/article-9775491/HELEN-JOYCE-Letting-athletes-grew-men-compete-womens-sports-cause-public-backlash.html

8 réflexions sur “Pourquoi je crois que laisser des athlètes qui ont grandi en tant qu’hommes concourir dans des sports féminins provoquera une réaction négative du public

  1. Faire participer des hommes dans les olympiades pour femmes fera éclater publiquement cette espèce de croyance du « ressenti » qui fonde le transactivisme. Même les idéologues les plus convaincus ne pourront pas résister à cette confrontation avec le réel : l’oppression de sexe est fondée sur une différence de force physique. Comme les enfants sont soumis (maltraités dans le pire cas) aux adultes parce qu’ils sont plus faibles, les femmes sont oppressées, violentées par les hommes parce qu’elles sont plus faibles, en moyenne. Jusqu’à il y a peu dans l’histoire de l’humanité, toutes les femmes courraient le risque d’être enceintes, donc de connaître des moments de fragilité extrême de plusieurs mois. Même celles qui étaient dotées d’une force physique au-dessus de la moyenne.
    Et une oppression ne se ressent pas. Elle façonne l’individu, dès le berceau. Elle brise, elle bride, elle désespère, elle ampute intellectuellement. Elle n’est pas « imaginaire ». On ne naît pas femme, on le devient. Par l’action conjuguée de toute la société, pas par la force d’une envie personnelle.

    D’ailleurs les soutiens des transactivistes ont l’air de ne pas s’y tromper, finalement : pas un (en tout cas parmi les plus connus de l’internet français) n’a fait la publicité de cet événement olympique sous le prisme transactiviste. Eux qui sont si promptes à prendre la défense des hommes déguisés en femmes, sous prétexte qu’ils souffrent (alors qu’on peut souffrir et être misogyne en même temps), à demander le droit pour les hommes à être incarcérés avec des femmes, et pourtant ils gardent le silence là-dessus. Pourtant cela devrait être une victoire, ils devraient s’en féliciter, tout comme ils se félicitent de chaque « avancée » transactiviste.
    Et là, rien.
    À mon avis, ils doivent sentir qu’il va y avoir un os (pour rester dans le thème de la préhistoire), et qu’il va falloir sortir les rames quand leur théorie va heurter le mur du réel. Parce que tant que ça reste dans l’obscurité des murs des prisons, dans les couloirs des refuges pour femmes battues, qui s’intéresse à ça, à part quelques féministes radicales ? Qui s’intéresse sérieusement au sort des femmes les plus exposées ?
    Il va être en tout cas plus complexe de couvrir les conséquences réelles de l’idéologie quand celles-ci éclateront aux yeux de tous, à la grand-messe olympique du capitalisme…
    C’est comme la chasse aux sorcières, finalement : tant que ça ne touchait que les paysannes, qui s’en moquait ? Mais dès que ça a commencé à toucher les enfants de citadins, donc de riches, là, les pouvoirs publics y ont mis un frein, et les bûchers se sont fait plus rares.

    Je me réjouis que le transactivisme prenne cette voie : à force de vouloir écarter les femmes, de prendre leur place, ça va finir par se voir. Et aux JO, plus tôt qu’ailleurs, et de façon plus évidente.

    Par contre, je trouve le raccourci préhistorique de l’article assez mauvais : on ne sait presque rien de la période, alors faire des hypothèses sur le partage des tâches : chasse et combat pour les hommes ? Alors qu’on sait qu’il a au moins existé des amazones (Dahomey), et des femmes cheffes de guerre, chez certains peuples du Nord de l’Europe. Qu’est-ce qui permet sérieusement d’affirmer que c’était ce partage des tâches qui prédominait à la préhistoire ? Pas grand-chose en fait, car il n’y pas de preuve.

    J'aime

    • « Et une oppression ne se ressent pas. Elle façonne l’individu, dès le berceau. Elle brise, elle bride, elle désespère, elle ampute intellectuellement. Elle n’est pas « imaginaire ». On ne naît pas femme, on le devient. Par l’action conjuguée de toute la société, pas par la force d’une envie personnelle. »

      Je pense que Simone de Beauvoir s’est fourvoyée en écrivant « on ne naît pas femme, on le devient », c’est justement ce que peut dire un homme qui se « sent femme »!

      Les femmes ne sont pas oppressées parce qu’elles seraient faibles physiquement même si elles n’ont pas la même masse musculaire que les hommes, elles sont capables de résistance et d’agir collectivement. Il y a de nombreux exemples de mouvements de femmes qui ont obtenu des succès (les zapatistes, le mouvement Chipko en Inde, The Green Belt movement etc.)
      L’oppression vient plutôt de leur atomisation et de leur enfermement dans la sphère domestique, c’est-à-dire de leur socialisation sous le patriarcat.

      Quant à la préhistoire, je pense qu’on lui fait dire n’importe quoi, que des femmes aient pu chasser avec les hommes est tout à fait possible: il existe encore des sociétés de chasseurs/cueilleurs, comme la population Agda aux Philippines, où les femmes, les mères, participent à la chasse, seules ou en groupe (Madeleine Goodman et al., 1985).

      J'aime

      • Pour vous répondre, je dois être un peu longue.

        La phrase de Beauvoir a été dévoyée par les transactivistes, comme ils ont détournés le sens du mot « genre » (en le confondant, dès que ça les arrange, avec la notion de sexe, tout en faisant mine de bien dissocier les deux).

        Beauvoir ne pouvait pas prévoir que ses écrits allaient être réinterprétés des années après sa mort.
        Le site TRADFEM ne permet pas de mettre de liens internet, mais en tapant chez google « ina », « 1975 : Simone de Beauvoir explique son « on ne naît pas femme, on le devient », vous devriez arriver à une vidéo (environ 4’40mn) où la philosophe explique elle-même ce qu’elle voulait dire par là.
        Elle explique sa phrase dans cet entretien (je transcris) :
        « Être femme n’est pas une donnée naturelle. C’est le résultat d’une histoire. Il n’y a pas un destin, biologique, psychologique, qui définisse la femme en tant que telle. C’est une histoire qui l’a faite, d’abord l’histoire de la civilisation (!) qui aboutit à son statut actuel, et d’autre part pour chaque femme particulière, c’est l’histoire de sa vie, en particulier c’est l’histoire de son enfance, qui la détermine comme femme, qui crée en elle quelque chose qui n’est pas du tout une donnée, une essence, qui crée en elle ce qu’on a appelé quelquefois l’éternel féminin, la féminité. Et plus les études psychologiques sur les enfants, s’approfondissent, plus on voit avec évidence que vraiment le petit bébé féminin est fabriqué pour devenir une femme ».

        Elle conseille un « excellent » livre d’Elena Belloti, Du côté des petites filles, « et on montre que déjà bien avant que l’enfant ne soit même conscient, on inscrit dans son corps, dans la manière de le faire téter, de le porter, de le bercer, etc on inscrit dans son corps ce qui plus tard apparaîtra peut-être comme un destin. »

        Sur les différences biologiques, le journaliste lui demande (par l’affirmative) : « vous pensez que les différences biologiques ne jouent pas de rôle » ?
        Réponse de Beauvoir : « Je pense qu’elles peuvent en jouer un, si, elles en jouent un certainement. Mais l’importance qui leur est accordée, l’importance que prennent ces différences, vient du contexte social dans lequel elles se situent. Je veux dire que, bien entendu, c’est très important qu’une femme puisse être enceinte, avoir des enfants, tandis que l’homme ne le peut pas, ça fait une grande différence entre les deux, mais ça n’est pas cette différence qui fonde la différence de statut et l’état d’exploitation et d’oppression auquel est soumis la femme. C’est en quelque sorte un prétexte autour duquel se construit la condition féminine. Mais ça n’est pas cela qui détermine cette condition. »

        Ensuite l’entretien part dans des considérations historique.
        Beauvoir dit : « Les plus forts (les hommes) se sont appropriés les droits, le pouvoir, de manière à avoir également la prééminence économique, grossièrement pour être toujours sûr de manger »…
        Elle donne l’exemple des interdictions faites par les hommes, sous peine de prison, d’amendes etc, aux femmes d’exercer la médecine si elles n’avaient pas suivi certaines écoles dans lesquelles on ne les acceptait pas, alors qu’elles étaient médecines, parfois efficacement, avant la chasse aux sorcières.

        Pour le dire différemment, si je comprends ce que dit Beauvoir, dans la phrase « on ne naît pas femme, on le devient », il y a une dimension collective : « on ne naît pas opprimée, on le devient. »
        L’enfance est primordiale, Beauvoir le dit, c’est là que l’oppression marque les petites filles. Une oppression physique, économie, alimentaire aussi. Contrairement donc à ce que prétendent les transactivistes, un homme, même persuadé d’être une femme, bénéficiera d’avantages dès sa naissance, grâce à son seul prénom, et durant toute la période qui est pour Beauvoir la plus formatrice de l’individu : l’enfance. Même en imaginant que ces parents le traitent de façon neutre, parce que les parents ne sont pas les seuls personnes qui influencent un enfant.

        Les transactivistes font mine de l’oublier, à mon avis avec une bonne dose de mauvaise foi : être une femme, c’est avoir été physiquement contrainte à le devenir, par la société : les maillots de bain qui cachent la poitrine, tandis que les garçons sont libres de déambuler torse nu, par exemple, les cheveux tirés quotidiennement par le peigne, tandis qu’on ne fait pas subir ce genre de chose aux garçons, en tout cas pas au niveau de ce que subisse les petites filles etc, ne pas avoir la même liberté de parole, de mouvement, avoir même moins d’argent de poche, être moins prise au sérieux par les adultes, ou au contraire trop responsabilisées dans le domaine des soins aux autres (on pourrait continuer les exemples).

        C’est cette dimension collective et historique du discours de Beauvoir que font semblant d’ignorer les transactivistes, ils ne gardent que la dimension individuelle (chaque femme particulière), et encore, là aussi il y a des incohérence. Mais la phrase a bien deux dimensions.
        Tout cela ressemble beaucoup au racisme : il n’y a pas de racisme anti-blanc parce que le racisme est un système historique, collectif, étatique, et non un simple échange conflictuel entre individus, en dehors de tout contexte social.

        Le « problème » est que Beauvoir a formulé sa citation de façon large, parce qu’à l’époque le message n’avait pas besoin d’être précisé. Les transactivistes qui le reprennent à leur compte profite de cet aspect, qui à l’époque ne posait pas de difficulté, pour modifier le sens de la pensée de Beauvoir. Comme les racistes en manque d’humoristes de talent se réclament de Desproges, qui était tout sauf de leur bord, en faisant mine d’ignorer que Desproges maniait l’humour noir.

        J'aime

        • Merci mais vouloir se définir d’un groupe majoritaire opprimé me semble délirant…pour le moins. et il existe bel et bien un racisme anti-blanc: il s’appelle l’antisémitisme.

          J'aime

        • De ce que j’ai compris, les juifs et juives sont des personnes qui sont racisées socialement, et leur exemple montre plutôt que la notion de race n’a rien à voir avec la couleur de l’épiderme.
          Ils ne sont pas « blancs » selon la théorie raciste, ils sont « sémites », et les racistes du début du siècle insistaient lourdement sur leurs (prétendues) différences physiques avec les « aryens » (je reprends les mots de l’époque) : nez crochu, ou autre invention de ce genre. Les nazis opposaient donc les blancs et les personnes racisés, et cette fois le racisme ne s’appuyait pas sur la couleur de la peau, mais sur d’autres critères. Durant la Seconde Guerre mondiale, les juifs et juives n’ont pas été assassinés en tant que « blancs », mais bien en tant que « juifs ».

          J'aime

  2. Heureusement que vous mettez cette vaste supercheries à la lumière .Le patriarcat n a de cesse que de briser ‘es femmes et ces trans là en dont le cheval de Troie.
    Merci pour votre travail.

    J'aime

  3. En réponse à Mercredi:
    Nombre de juifs n’avaient aucune différence phénotypique avec les non-juifs: la preuve c’est que les nazis faisaient vérifier la circoncision en regardant le sexe des hommes.
    La socialisation des filles dans les pays patriarcaux est une forme de passivité et de docilité à leur subordination. Les Transfemmes (à quelques exceptions près) ont été socialisées comme des hommes dont l’agressivité est valorisée, il n’est guère étonnant qu' »elles » parlent plus FORT que les femmes et qu’elles les réduisent au silence. Elles se moquent comme d’une guigne de lutter pour de droit à l’avortement, contre la prostitution, la GPA, ou les mutilations génitales car ça ne les concerne pas (à part la prostitution mais dans leur cas, « elles » sont plus physiquement capables de se défendre que les femmes).
    Bref, les femmes et les lesbiennes sont menacées par cette idéologie mortifère.Si les filles veulent transitionner c’est bien parce que la vie des femmes est insupportable.

    J'aime

    • Catherine Albertini :
      À propos du racisme antisémite, je précise, à tout hasard, que mon message parlait de l’idéologie nazie, mais ne présentait bien sûr pas une opinion personnelle (j’ai utilisé le mot « prétendu », peut-être était-ce trop rapide, je pensais que c’était suffisant). Personne ne doute que le concept de race soit inapplicable aux humains.

      Pour le reste, nous sommes d’accord : des hommes qui fétichisent la féminité, donc l’oppression subie par les femmes, au point de se grimer en stéréotypes d’oppressées, ne peuvent être des alliés sérieux du féminisme, car leur fétichisme montre une adhésion sans réserve aux théories sexistes.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.