Au Canada, une organisation pénitentiaire féminine rejette les préoccupations exprimées par des femmes concernant la violence de détenus trans

Par Karen Finlay, https://www.womenarehuman.com/ – 7 juin 2021 — Ottawa, Canada. Le 2 juin 2021, un groupe de femmes ayant déjà été incarcérées vient d’adresser une lettre ouverte à l’Association canadienne des sociétés Elizabeth Fry (ACSEF), pour “déplorer comment vous nous avez fait taire et refusé de tenir compte des menaces urgentes de violence pesant sur les femmes et les filles criminalisées – menaces que vous avez refusé de reconnaître ou d’adresser pour y préférer une politique opportuniste”.

Les signataires de cette lettre soulignent leur soutien aux « droits des personnes transgenres de vivre à l’abri de la violence » et « estiment que les transfemmes devraient disposer de leurs propres établissements, distincts des prisons pour femmes et dotés d’équipements spécifiquement adaptés à leurs besoins ». Ces ex-détenues déplorent comment elles ont été réduites au silence lorsqu’elles ont tenté de discuter des agressions sexuelles commises par des détenus de sexe masculin: l’ACESF refuse de croire ces ex-détenues et assimile leurs revendications à de la « transphobie »

“Certaines d’entre nous, et plusieurs de nos sœurs ayant subi de telles violences ont été réduites au silence, non seulement par des agresseurs masculins, mais à nouveau par le SCC [Service correctionnel du Canada] et par votre organisation. Nous connaissons des femmes à l’intérieur des prisons et d’autres qui sont à l’extérieur, à qui le SCC et l’ACSEF ont dit que toute plainte logée contre une personne transgenre constituait de la “transphobie”. Connaissant la position de votre organisation, beaucoup de nos sœurs à l’intérieur gardent le silence sur les sévices en cours de peur que les Sociétés Elizabeth Fry et l’ACSEF ne retirent le seul soutien en maison de transition dont elles disposent: des contrats sans lesquels elles ne peuvent obtenir de libération conditionnelle. Il est clair que vous ne nous croyez pas et que vous n’accordez pas foi aux témoignages des femmes.”

Ces ex-détenues déclarent que l’ACSEF ne peut ni les représenter, ni défendre leurs intérêts, et que le lien de confiance antérieur établi entre l’organisation et les femmes incarcérées a aujourd’hui disparu. Leur lettre se termine par l’appel à l’action suivant pour l’ACSEF : “Nous vous exhortons à faire le nécessaire pour atteindre les femmes à l’intérieur qui sont maintenant largement sans soutien féministe parce que vos positions et votre politique ont pris parti contre elles, niant leurs récits de violence et les qualifiant de transphobes. Nous vous exhortons à vous joindre à l’action urgente en faveur d’une enquête sur la question des transferts d’hommes dans les prisons pour femmes et à l’interdiction de toute présence d’hommes dans les prisons pour femmes. Enfin, si vous ne pouvez pas nous représenter adéquatement, alors nous vous exhortons à reconnaître votre privilège, votre manque d’expertise et à vous retirer des postes de pouvoir que vous détenez à notre égard.

Changement de mandat de l’ACSEF

Jusqu’en 2019, l’ACSEF fonctionnait comme « une association de Sociétés Elizabeth Fry autonomes et communautaires qui travaillent avec et pour les femmes et les filles (c’est nous qui soulignons) dans le système judiciaire, en particulier celles qui étaient ou qui pouvaient être criminalisées ». Dans son rapport annuel 2018-2019 , la présidente sortante a écrit qu’elle admirait «le personnel des Sociétés Elizabeth Fry de tout le pays qui travaille sans relâche et avec passion pour soutenir et défendre les femmes et les filles marginalisées, victimisées, criminalisées et institutionnalisées ». (c’est nous qui soulignons).

Mais comme les femmes le précisent dans leur lettre, lors de la conférence de l’ACSEF de mai 2019, l’organisation “a adopté une position globale d’inclusion des trans qui, entre autres, signifiait appuyer le transfert de tout homme s’identifiant comme transgenre des prisons pour hommes vers des prisons pour femmes “. Les signataires soulignent que cette position pro-trans « a été décidée par une grande majorité de femmes sans expérience de criminalisation ».

Réponse de l’ACSEF à la lettre

Le 4 juin 2021, l’ACSEF a fait une déclaration publique au sujet de la lettre ouverte que lui avait adressée les ex-détenues. Elle a déclaré: « Nous estimons qu’il doit y avoir une distinction entre les hommes ayant des antécédents de violence sexuelle et les transfemmes », et que l’ACSEF respecte « le droit des transfemmes d’être – à leur gré – dans un établissement qui correspond à leur identité de genre, et ce que ces personnes aient ou non opté ou eu accès à une chirurgie d’affirmation de genre”. Bien qu’il y ait seulement deux ans que l’ACSEF a élargi son mandat pour inclure les « personnes de divers genres » , leur déclaration publique affirme également qu’elle « a toujours défendu les personnes (c’est nous qui soulignons) incarcérées dans les prisons fédérales destinées aux femmes, et que ces prisons ont toujours accueilli des personnes de genres divers et pas seulement des cisfemmes. L’ACSEF déclare également n’avoir reçu aucun signalement de femmes incarcérées faisant état de harcèlement sexuel par des détenus de sexe masculin qui ont été transférés dans des prisons pour femmes – ce qui confirme les affirmations des femmes selon lesquelles les femmes incarcérées ne signalent pas ces faits à la CAEFS, par crainte de représailles. En fait, la propre expérience de Madame Heather Mason qui a essayé d’amener l’ACSEF à prendre au sérieux les préoccupations des femmes a non seulement été ignorée, mais elle a été à prime abord qualifiée de « transphobe » pour avoir soulevé ces questions. L’ACSEF semble interpréter l’absence de signalements comme un signe qu’aucun incident de ce type ne s’est produit – bien que cela laisse ouverte la possibilité que cela soit faux et que ces agressions aient pu être signalées ailleurs. Il semble que cette seconde hypothèse soit avérée car les femmes incarcérées se tournent vers des femmes comme Mme Mason pour obtenir de l’aide, car elle tire la sonnette d’alarme depuis 2019. Par exemple, en 2020, Mme Mason a parlé de femmes la contactant au sujet d’un prisonnier violent hébergé avec elles. Malgré son rejet des préoccupations des femmes, l’ACSEF conclut sa réponse en encourageant les signataires de la lettre « à contacter l’ACSEF par téléphone ou par courrier électronique pour assurer un suivi à ce dossier, notamment pour établir un processus de réparation ».

Réaction d’une directrice générale de Société Elizabeth FryÀ la suite de la publication sur Facebook d’un message de Heather Mason au sujet de leur lettre ouverte, la directrice exécutive d’une société Elizabeth Fry ontarienne a pris la peine de repérer les noms de chaque personne ayant ”aimé” le message de Mme Mason et a contacté chacune de celles que cette directrice connaissait, en écrivant avoir été personnellement « à la fois dégoûtée et déçue », et que ces femmes étaient des “êtres « horribles ».”

ACTION :

Pour exprimer vos préoccupations concernant le placement de détenus de sexe masculin dans des prisons pour femmes, veuillez communiquer avec les personnes suivantes :

Bill Blair, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile : Bill.Blair@parl.gc.ca

Shannon Stubbs, ministre fantôme de la Sécurité publique et de la Protection civile : shannon.stubbs@parl.gc.ca

Angela Arnet Connidis, sous-commissaire des délinquantes Service correctionnel du Canada : Angela.Connidis@csc-scc.gc.ca

Sénatrice Salma Ataullahjan, présidente, Comité permanent des droits de la personne : salma.ataullahjan@sen.parl.gc.ca

Dr Ivan Zinger, Enquêteur correctionnel du Canada : org@oci-bec.gc.ca

Marie-Claude Landry, commissaire en chef de la Commission canadienne des droits de la personne : fiona.keith@chrc-ccdp.gc.ca ;

complaint.plainte@chrc-ccdp.gc.ca

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Est-ce que les transfemmes sont des femmes? C’est sur cette base qu’on cherche à leur donner accès aux pénitenciers féminins. Une militante britannique a été congédiée pour avoir affirmé que non, mais un tribunal vient de lui donner raison en rejetant une plainte logée contre elle pour « propos haineux » et « transphobes ». https://mforstater.medium.com/i-lost-my-job-for-speaking-up-about-womens-rights-2af2186ae84.

2 réflexions sur “Au Canada, une organisation pénitentiaire féminine rejette les préoccupations exprimées par des femmes concernant la violence de détenus trans

  1. Il faudrait la même liste « Action » pour la France, dans notre pays aussi le problème commence à se poser pour les femmes incarcérées : à Seysses, les gardiennes de la prison pour femmes ne semblent pas ravies de devoir gérer un homme transidentifié femme, récemment transféré de la prison pour homme, au moment de la fouille (article de Ouest France 2021) :
    « La décision judiciaire pose «un problème au niveau des fouilles», car Jennifer, en pleine transition, a toujours «des attributs d’homme» selon le responsable du Syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS) à la maison d’arrêt de Seysses. «On demande à des surveillantes de fouiller une détenue qui a des attributs d’homme» explique le responsable du SPS, qui affirme que «la loi dit que cela doit se faire entre personnes de même sexe».
    Mardi, le SPS a envoyé une lettre au procureur de la République de Toulouse pour réclamer une issue légale, proposant qu’elle soit transférée au quartier transgenre de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, en région parisienne.  »

    Quant aux prisonnières, leur avis ne mérite pas apparemment pas d’avoir les honneurs de la presse. Qu’en pensent-elles ? Se sentent-elles autant en sécurité avant qu’après le transfert d’un homme dans l’établissement ? La présence d’un homme dans un milieu fermé ravive-t-elle des traumatismes ? Cause-telle un stress supplémentaire à ce que la vie en milieu carcéral produit déjà ?
    Déjà que côtoyer des codétenues en milieu fermé n’est pas une partie de plaisir, si on ajoute des codétenus d’une puissance physique supérieure… l’État ne doit-il pas protéger la santé et la sécurité des détenues, au moins autant que la sécurité et la santé mentale des détenus ?

  2. L’idéologie du genre invisibilise les femmes, c’est déjà énorme, mais, de plus, elle est mortifère pour elles en refusant de prendre en compte leur parole. Comme le patriarcat, elle décrédibilise les femmes au profit d’hommes qui se disent femmes, car tel est leur bon plaisir.

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