Recension du nouvel ouvrage de Kajsa Ekis Ekman – Om könets existens

Recension du plus récent ouvrage de la Suédoise Kajsa Ekis Ekman, Om könets existens (Sur l’existence du sexe)

Par Nina, sur le blogue Karenina

«Alors que vous retiriez les robes des enfants ayant un pénis, vous voulez maintenant retirer leur pénis aux enfants qui aiment les robes.»

J’ai lu ce livre décisif. Comment a-t-il pu ne pas s’enflammer entre mes mains?

Comme je connais la façon dont les gens, principalement les féministes, sont maintenant généralement traitées lorsqu’elles examinent les théories sur le genre, je tiens à préciser que vous pouvez le faire sans être transphobe. Non pas que l’on diffuse des propos haineux à l’égard de personnes ou sur des personnes, mais parce que l’on se met souvent en colère lorsqu’on se sent menacé-e, soi-même ou ses ami-e-s.

Je soupçonne que j’ai moi-même été déraisonnable dans les discussions sur la race et le racisme et que j’ai certainement «joué la carte du racisme» dans l’affect. Mais plus je vieillis, plus l’état des choses m’apparaît complexe. Il n’y a bientôt plus de règle qui tienne sauf une chose: les discussions, conversations, enquêtes et histoires sont toujours bonnes.

Que l’on arrête de s’intéresser au discours sur le genre et le genre ou qu’on ne réagisse pas à une nouvelle théorie du genre, pour ne pas risquer de blesser les personnes transgenres, je considère cela comme une exigence déraisonnable.

J’ai aussi un sexe. “Le nouveau discours sur le genre conserve les concepts féministes de base mais les évide pour y substituer leur contraire. Le concept de construction sociale demeure et les signaux appartenant à la critique féministe de la société et le concept de sexe inné demeurent et signifient quelque chose de fixe et d’éternel. Mais leurs places se sont interverties. Maintenant, c’est le genre qui devient le véritble sexe. La féminité n’est plus un utérus, mais des boucles et des poupées rose; la masculinité n’est plus un pénis, mais des guerres et des machines. Et les rôles de genre, dit-on maintenant, sont innés dès la naissance.”

Dans mon souci de prendre les personnes transgenres au sérieux et d’être “inclusive et tolérante”, je ne suis pas entrée directement dans le débat sur les enjeux transgenres. J’ai failli le faire plusieurs fois, mais je me suis laissée réduire au silence avant même de commencer. Je n’ai jamais compris le concept théorique d‘identité de genre, mais laissons tomber. Parce que j’accepte et respecte les trans en tant qu’êtres humains. Et je souffre avec ceux qui souffrent. Mais le nouveau récit du genre en tant qu’identité peut être problématique, notamment pour les enfants.

Heureusement, Ekman, qui possède l’une des intelligences les plus aiguisées de Suède, s’attaque à cette question. Et en le faisant, elle nous sort de l’impasse intellectuelle qu’est devenue la question du genre. Elle élève le niveau du débat et argumente objectivement et sur de bonnes bases. Le livre comporte une solide liste de sources. C’est extrêmement intéressant et bien écrit.

La recherche de l’essence du soi existe probablement depuis que l’humain existe. On trouve des discussions sur la philosophie de la conscience dans des écrits remontant à Platon. La question de la relation entre le corps et l’âme et de ce qu’est l’identité continuera d’être débattue. L’explication la plus probable réside dans une interaction dialectique entre la nature et la culture.

Par conséquent, l’affirmation selon laquelle le genre est une partie innée de l’identité d’un individu est controversée. Certains prétendent que le sexe est inscrit dans le cerveau, malgré l’absence de soutien scientifique et empirique pour cette affirmation. La définition de l’identité sexuelle est extrêmement floue. Cependant, nous savons que les chromosomes xy et xx sont associés à des organes sexuels spécifiques, aux gonades, à la capacité de développer la masse musculaire, à des prédispositions à la croissance des cheveux, etc. Aussi postmodernes que nous soyons, nous ne pouvons échapper à la réalité matérielle du sexe. La langue a une influence, mais n’est pas le seul facteur. Les organes génitaux ne sont pas une identité, ce sont des parties du corps destinées à la reproduction, au désir, à la miction.

« Les stéréotypes sexuels ont refait surface sans qu’on s’en aperçoive ! Mais le sexe et le genre se sont intervertis. C’est le genre qui est maintenant la réalité et le sexe qui est qualkifié d’irréel. On affirme que le sexe est « assigné » à la naissance, pour en faire une construction sociale que la société imposerait à l’enfant. L’identité de genre, en revanche, est dite innée: un essentialisme de genre – le genre comme essence indépendante du corps ».

Je suis d’avis qu’une personne a le droit de s’exprimer comme elle le souhaite, que les adultes subissent les traitements qu’ils veulent, cela ne me regarde pas. Mais la vision théorique, structurelle, sociétale et juridique du genre me préoccupe. Médicamenter et découper des corps sains me préoccupe, qu’il s’agisse de traitement d’affirmation de genre ou de lissage de peau vieillie. Le fait que des traitements médicaux puissent être prescrits à des enfants qui se perçoivent comme “trans” dépasse les bornes. C’est une trahison des enfants. Je suis sceptique quant aux hormones en tant que médicament en soi, qu’il s’agisse de la pilule, des symptômes de la ménopause ou des traitements d’affirmation du genre.

La politique identitaire est un produit de notre climat néo-libéral où chaque individu devrait avoir droit à tout par libre choix, y compris maintenant en ce qui concerne le genre. Mais quelles pourraient en être les conséquences ?

Les droits des homosexuels et des femmes progressent lentement après de nombreuses et longues luttes. Mais le progrès avance à un rythme effréné et on peut craindre d’avoir à composer avec la grande ‘industrie pharmaceutique. Parce que les personnes transgenres en tant que clients constituent un excellent groupe-cible, puisqu’il a besoin de médicaments à vie.

Les sports féminins sont en voie de disparition parce que les femmes n’ont aucune chance contre des hommes s’identifiant comme trans. Cela peut être le début d’un retour de bâton en termes d’égalité des sexes et, pire, un désastre pour de nombreuses personnes.

Aucune étude n’a encore été en mesure de prouver qu’un traitement de correction du sexe améliore la santé mentale des jeunes dits transgenres. Cependant, il existe un risque que la capacité de se reproduire soit endommagée à vie. Comme le dit sagement Christian Rück, je crois que l’anxiété, l’insécurité, la dépression, les sentiments d’insuffisance et d’intégration relèvent rarement des soins médicaux.

Les jeunes trans n’aiment pas leur corps. N’est-ce pas le cas de la plupart des jeunes? La protestation contre la puberté est un genre féminin classique dans une société patriarcale sexualisée. Une société qui bénéficie de plus en plus, avant tout, de l’idéalisation du corps féminin.

Se sentir aliéné-e de son corps n’est pas exceptionnel. Les violences, la sexualisation, les exigences en matière d’apparence peuvent être à l’origine de l’augmentation considérable des candidatures à ces interventions, notamment chez les jeunes filles qui souhaitent subir un changement de sexe. Les mêmes causes se traduisent par des maladies mentales, des comportements nocifs et de l’anorexie, entre autres.

C’est peut-être un facteur social qui fait que tant de jeunes filles ne veulent pas devenir des femmes. Je trouve significatif qu’Ekman ne veut pas que les jeunes soient forcé-e-s à changer. Elle veut que les normes de la société changent pour que les gens sentent qu’ils et elles peuvent être ce qu’iels veulent être. Nous ne résolvons pas le problème au niveau causal en atténuant les symptômes.

Ekman cite de nombreux exemples et cas concrets pour souligner les risques de la transition et de l’auto-identification du genre. Certains cas semblent extrêmes et je n’aime pas que l’on tente de gagner un argument en utilisant comme exemple les plus gros échecs de la partie adverse. J’aurais également apprécié quelques bons exemples; cela aurait rendu le texte plus nuancé. Mais je suis d’accord avec Ekman pour dire qu’il ne s’agit pas seulement de cas individuels. Ensemble, ils constituent le fondement même sur lequel repose la théorie de l’identité de genre. L’exemple des hommes condamnés à l’incarcération qui veulent changer de sexe pour aller dans une prison pour femmes est extrême, mais reste pertinent, étant donné qu’il n’y a pas un seul cas connu où le contraire s’est produit.

Des situations qui posent problème à 0,5 % de la population entraînent la revendication de solutions qui affectent tout le monde, ce qui risque finalement de limiter les femmes. Il serait peut-être préférable que la législation proposée soit limitée aux adultes qui ont déjà subi une transition.

Ekman examine l’évolution de la vision des femmes, du genre et du féminisme au cours de l’histoire. Ce qui est clair, c’est que la phase postmoderne, que Butler et d’autres ont contribué à lancer, où rien « n’est » mais où tout se fait et se crée à travers le langage, a atteint son apogée absolue. Avec la nouvelle théorie, les choses changent. Le genre est à nouveau quelque chose de fixe et de déterminé, mais maintenant non pas matériellement au niveau du corps mais à celui du cerveau. Et ce qui est stable, c’est l’identité de genre.

L’essentialisme est de retour, un biologisme sans biologie, et la catégorie des femmes risque d’y perdre son sens. N’est-ce pas une arme parfaite contre le féminisme? Ce qui demeure, cependant, c’est la logique patriarcale et tout ce qu’elle implique, quelle que soit notre vision du sexe et de l’identité de genre.

« Pour ce qui est de la question de la nudité dans les vestiaires. La règle patriarcale primordiale et très illogique en matière de nudité est la suivante : un homme veut voir des femmes nues, une femme ne veut pas voir des hommes nus. Un homme veut aussi se montrer nu aux femmes, tandis qu’une femme ne veut pas se montrer nue aux hommes. La vieille pratique masculine de l’exhibitionnisme a été stimulée par l’internet, où des millions d’hommes envoient sans vergogne des photos de leur sexe à des femmes qu’ils n’ont jamais rencontrées et se délectent à l’idée que des femmes voient leur pénis. Quand elle voit son pénis, selon la logique patriarcale, il a du pouvoir sur elle. Mais même quand il la voit nue, il a du pouvoir sur elle. Un homme qui voit une femme nue peut bouleverser toute sa vie. […] Une femme, cependant, n’a aucun pouvoir sur un homme qu’elle voit nu : sa seule consolation est de faire courir le bruit qu’il a un micropénis. »

Pour Ekman, cette nouvelle théorie du sexe semble complètement déraisonnable. Elle l’est aussi pour moi. Comment les organes génitaux peuvent-ils, d’une part, n’avoir rien à voir avec le sexe, et d’autre part, devoir être corrigés pour « correspondre » à l’identité de genre ? Malheureusement, l’autrice adopte un ton inutilement badin et expose parfois ses raisons de manière inappropriée. Par exemple, elle écrit que le guide de la santé suggère que nous devrions éviter d’utiliser le mot femme, mais que le mot homme ne devrait jamais être évité. Mais ce n’est pas le cas. (En fait, il est également dit que nous devrions aussi éviter le mot homme.) Mais d’une manière générale, je pense qu’elle a raison.

Je prends aujourd’hui position dans ce “backlash” (ressac) néo-patriarcal libéral qui s’est imposé de lui-même. Il a failli me renverser en exploitant les arguments de la tolérance et de la modernité. Mais le débat est enfin bien lancé grâce à Ekman. Le substantif « non-homme » pour désigner les femmes est maintenant derrière nous. Il en sera peut-être également du concept de “cis”. Cette appellation implique qu’en tant que personne cis, vous êtes privilégié-e et satisfait-e du genre dans lequel vous êtes né. Mais les féministes tentent de montrer depuis le 18e siècle que les rôles de genre sont socialement construits et donc pas à notre goût, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est pourquoi je suis devenue féministe. Et je continuerai à l’être.

Merci aux Éditions Polaris !

Tags: Faits, Féminisme, Philosophie, LGBTQ, Kajsa Ekis Ekman, Politique, Sexe, Identité d genre.

SOURCE: https://karenina.se/om-konets-existens-av-kajsa-ekis-ekman/

Traduction automatique relue par TRADFEM

2 réflexions sur “Recension du nouvel ouvrage de Kajsa Ekis Ekman – Om könets existens

  1. La théorie de Butler est tellement compatible avec le patriarcat néolibéral qu’elle est surtout encensée par des hommes qui se prétendent féministes et envahissent les études universitaires Genres et Sexualités.

    • C’est bien le souci : le féminisme, mouvement révolutionnaire à l’origine, s’est étendu (ce qui est très bien).
      Mais il subit les effets de tout groupuscule politique qui s’étend : la dilution de la dimension révolutionnaire de ses idées, au fur et à mesure que le mouvement intègre de personnes. Beaucoup de médias s’y sont mis, mais en présentant un féminisme « débarrassé » de sa dimension politique, et donc, capitalisto-compatible (le capitalisme étant adossé au patriarcat, comme l’a montré Silvia Federici).
      C’est le choix entre avoir un mouvement fort d’un grand nombre de soutiens, mais mollement intéressés par la question féministe, et un petit nombre formé mais… peu nombreux, forcément.

      Butler et ses disciples, c’est une récupération du mouvement féministe par, au mieux des ambitieuses, au pire des ennemies de classe, femmes de droite qui ne veulent que s’appuyer sur un mouvement pour faire leur beurre et asseoir leur notoriété professionnelle (je prends le vocabulaire marxiste pour être claire, vocabulaire daté mais qui a le mérite d’appeler un chat un chat). Merci au passage à TRADFEM pour avoir mis en ligne les articles sur Butler, et d’avoir été voir sa prose pour pouvoir comprendre où était le problème.

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