Julie Bindel – Le nouveau harcèlement imposé sur les campus

par Julie Bindel, le 4 mai 2021, The Spectator (US)
(Illustration: Steve Bell, The Guardian – « This is what a feminist looks like »)

Il est considéré comme raisonnable de traquer publiquement une femme universitaire – si elle est qualifiée de « TERF ».

L’une des grandes réussites du féminisme contemporain tient aux campagnes de sensibilisation du public à la reconnaissance du harcèlement sexuel en milieu de travail. Les universités ont encouragé les dénonciations et les procédures de plaintes anonymes afin que les femmes puissent signaler en toute sécurité ce type de ciblage. Mais lorsque les femmes universitaires font l’objet d’insultes infâmes telles que « TERF », tout bascule ; il est considéré comme raisonnable de traquer et d’humilier publiquement ces femmes.

Il est intéressant de noter que la foule vicieuse des censeur.e.s n’a pas tendance à s’en prendre à la poignée d’universitaires masculins qui s’élèvent contre le type d’idéologie transgenriste extrême entraînant la suppression des droits sexuels chèrement acquis par les femmes.

Holly Lawford-Smith est professeure associée en philosophie politique à l’université de Melbourne (UM), en Australie. En 2020, elle a lancé le site noconflicttheysaid.org pour recueillir des données et des témoignages sur l’impact qu’avait sur les femmes l’utilisation par des hommes d’espaces réservés aux femmes, tels que les prisons, les vestiaires, les salles de bain, les services hospitaliers et les refuges pour les victimes de viol et de violence conjugale.

Avance rapide jusqu’à la traditionnelle lettre ouverte, aujourd’hui devenue standard, qualifiant Mme Lawford-Smith de « transphobe » et d' »intolérante », signée par plus de 100 universitaires de son établissement et réclamant contre elle des mesures « rapides et décisives ». En plus de demander qu’elle soit sanctionnée, les signataires ont dénoncé les cours universitaires de Lawford-Smith sur le féminisme, déclarant que « les TERF de haut niveau qui enseignent des cours sur le « féminisme » ne devraient pas être autorisées à le faire ».

Depuis le début de l’affaire, deux manifestations ont déjà eu lieu contre Lawford-Smith. Le deuxième de ces rassemblements, organisé en mars 2021, a eu lieu sur le campus où elle enseigne. La section universitaire de son syndicat a utilisé sa liste de diffusion pour encourager ses membres à se joindre aux manifestants pour obtenir le congédiement de Mme Lawford-Smith. Lors de la manifestation, à côté de la foule habituelle de femmes à coiffure bleue et de mecs barbus, un petit groupe de braves contestataires a été aspergé d’eau par des hommes qui les ont traitées de « cunts » et de « TERFS ».

« Plusieurs hommes se sont comportés de manière assez horrible, explique Lawford-Smith. Voir des étudiants masculins du campus hurler contre mes partisanes et les attaquer m’a fait comprendre viscéralement à quel point le harcèlement des femmes universitaires est devenu socialement acceptable sous le couvert du militantisme pro-‘identité de genre’. »

Complément d’information: « No conflict, they said » – Entrevue de Holly Lawford-Smith

Une autre sorcière que le lobby transgenriste tente actuellement de conduire au bûcher est une professeure de philosophie de l’Université du Sussex, Kathleen Stock, qui a subi des tentatives répétées de déprogrammation, de licenciement et de destruction de sa réputation depuis 2018. C’est à ce moment-là qu’elle s’est exprimée pour la première fois au sujet du projet gouvernemental de modifier sa Loi sur la reconnaissance du genre pour permettre à quiconque de s’auto-identifier inconditionnellement.

En janvier 2021, le gouvernement britannique a intronisé Kathleen Stock à l’Ordre de l’Empire Britannique (OBE) pour services rendus au monde de l’enseignement supérieur. Néanmoins, une nouvelle lettre ouverte signée par 600 personnes, dont plusieurs collègues de l’Université du Sussex, a suggéré que Stock avait obtenu l’OBE pour sa « transphobie » plutôt que pour la qualité de ses travaux. Ces personnes ont déclaré : « Nous sommes consternés que le gouvernement britannique ait choisi de lui rendre hommage pour cette rhétorique [transphobe] nuisible. »

Madame Stock, qui enseigne à certains étudiant.e.s trans, déclare : « Mon principal problème est celui de collègues non trans, parfois très haut placés, qui annoncent au monde entier que je suis un « danger » pour la sécurité et le bien-être des élèves trans de mon université et que mes idées elles-mêmes sont ‘violentes’. »

La campagne contre Stock déferle principalement sur le réseau Twitter, ou des messages hostiles sont ensuite systématiquement partagés par d’autres collègues et étudiant.e.s.

En mars, 40 de ses collègues et étudiants ont également participé à une conférence en ligne intitulée « Philosophy and Anti-Trans Thought » organisée à Sussex sur le thème de la « transphobie » de Stock. Cette conférence a véhiculé plusieurs affirmations fausses et diffamatoires à l’encontre de Stock, ainsi que des références infondées à un « antisémitisme » qu’on lui prête.

« Si je proteste que ce genre de diffamation m’empêche de faire mon travail d’enseignante et menace ma sécurité sur le campus”, dit Stock, “ils me répondent que, puisque je milite pour la liberté d’expression, est-ce que je ne devrais pas m’en accommoder ? Ils sont tout à fait toxiques et ma santé mentale en a définitivement souffert.”

Donna Hughes est professeure d’études féminines à l’Université du Rhode Island depuis 1996. Son important travail de lutte contre la traite des femmes lui a valu d’être invitée à cosigner des projets de loi à la Maison Blanche à trois reprises, y compris dans le bureau présidentiel.

En janvier, Mme Hughes a été convoquée à une réunion Zoom avec Rosaria Pisa, directrice du département d’études sur le genre et les femmes de son université, au cours de laquelle elle a été informée que l’on s’inquiétait du fait qu’elle ne « reconnaissait » pas tous les étudiants dans ses cours. Pisa entendait par là les étudiant.e.s transgenres et celles impliquées dans le « travail du sexe ». Hughes a donc reçu l’ordre de les « valider ».

Une plainte a également été déposée au sujet d’une lecture censée figurer au programme académique de Hughes et provenant du site Feminist Current, dirigé par Meghan Murphy. Pisa a déclaré que Murphy était une féministe « critique du genre » et que, par conséquent, Hughes ne devrait pas utiliser de matériel provenant de Feminist Current car cela « perturbe les étudiant.e.s ». Hughes n’a pu repérer dans son programme aucune lecture issue de ce site, mais elle m’a dit :  » Si jamais je trouve sur Feminist Current quelque chose qui me semble susceptible d’intéresser mes élèves et de faciliter leur aspprentissage, je m’en servirai. « 

Lors d’une deuxième réunion avec l’ensemble du corps professoral du département d’études sur le genre et les femmes, les participant.e.s ont été informé.e.s de la nécessité de s’inscrire à une session de deux heures de « formation à la zone de sécurité » donnée par le Gender and Sexuality Center on LGBTQ Issues afin « d’apprendre le vocabulaire » propre aux enjeux LGBTQ.

“On nous a dit que les étudiant.e.s transgenres devaient être reconnu.e.s, sinon nous serions en violation du Disabilities Act (Loi sur les handicaps) », explique Mme Hughes. Elle a depuis engagé un avocat pour intimer à l’université de respecter ses droits à la liberté académique et à la liberté d’expression.

Peu après, Hughes a publié un article intitulé « Fantasy Worlds o n the Political Right and Left : QAnon and Trans-Sex Beliefs », à la suite duquel l’enfer s’est déchaîné. Les attaques des étudiants se sont multipliées, avec des appels sur Twitter à « la démolir » et à porter plainte contre elle auprès de l’université.

L’Université du Rhode Island a mis en ligne une déclaration reconnaissant le droit à la liberté d’expression, mais en ajoutant que l’administration, le corps enseignant et les étudiant.e.s étaient dans leur droit de critiquer et de dénoncer publiquement Mme Hughes. « Il y a même eu une tentative de me retirer l’enseignement des cours de base, en ne me laissant que des cours facultatifs et des études indépendantes à enseigner », me dit-elle.

Des étudiant.e.s ont participé à une session communautaire sur Zoom. Suite à cela, une pétition a circulé pour demander le renvoi de Hughes : une revendication qui a été retweetée des centaines de fois par ses détracteurs. “Des collègues de la faculté publient encore des lettres ouvertes dans le journal étudiant pour me dénoncer, explique Hughes. Toutes les lettres, pétitions et déclarations qui ont été publiées sont pleines de fausses informations et de mensonges purs et simples à mon sujet.”

Dans un geste inhabituel, la présidente du département des études sur le genre et les femmes a adressé à tou.te.s les étudiant.e.s du département une déclaration dénonçant Madame Hughes, dans laquelle elle a répété la ligne habituelle selon laquelle « ces questions se passent de discussion. » Hughes ajoute : « Cela a encouragé le corps enseignant et les étudiants à me cibler pour encore plus de haine et de harcèlement. »

La dénonciation par les collègues de Hughes de son travail contre la traite sexuelle montre clairement que le ciblage des femmes universitaires est alimenté par la misogynie et non par une véritable préoccupation pour les droits des personnes transgenres.

« Ils ont dit que je ne tenais pas compte des enjeux raciaux et de l’intersectionnalité, explique Hughes, mais l’exploitation et la traite des femmes asiatiques sont au cœur de mes recherches et j’ai publié plusieurs articles sur ces questions depuis le milieu des années 1990. »

Lawford-Smith, Stock et Hughes sont toutes d’excellentes universitaires, féministes et ardentes défenderesses des droits de la personne; leur travail a entraîné des réformes concrètes au bénéfice des femmes et des jeunes filles. Malheureusement, elles sont loin d’être les seules à se retrouver dans le collimateur de cette nouvelle offensive digne du Maccarthysme des années 1950.

Ce que je réclame, c’est la même chose que ce que je demande depuis que les transextrémistes ont commencé à me cibler en 2004 pour avoir osé exprimer ma dissidence : levez-vous, exprimez-vous et cessez de m’envoyer des messages confidentiels de soutien en prétendant être « incapable » de dénoncer publiquement cette chasse aux sorcières. Ce qui arrive aux hérétiques féministes dans les universités du monde entier est le nouveau visage du harcèlement sexuel. Il doit être dénoncé, ou nous sacrifierons le droit de résister à cette situation ainsi que la lutte qu’il nécessite.

Julie Bindel

Version originale: https://spectator.us/topic/campus-harassment-university-terf-trans/?fbclid=IwAR1nwumbvAtNF2NjxaOoRXQf2kS9Ijbo6fsGqrflShiEjvVcu1–cYDd6kQ

Traduction: TRADFEM. Tous droits réservés à Julie Bindel et The Spectator (US).

3 réflexions sur “Julie Bindel – Le nouveau harcèlement imposé sur les campus

  1. Conclusion: les femmes, soit la majorité de l’humanité, font les frais d’un activisme fondé sur une pseudo-théorie indémontrable et agressive. Interdiction de penser, interdiction de lutter pour les droits fondamentaux des femmes. Hé bien je revendique le terme de TERF. Je n’emm*rde personne, je n’offense personne, je ne réduis personne au silence et je suis favorable à ce que tout être humain soit traité avec la même dignité, puisse s’habiller comme il le souhaite, mais nul n’a à m’imposer ce à quoi je dois croire ou pas, penser ou pas, contester ou pas. STOP au harcèlement.

  2. L’acronyme dit que les terfs seraient « trans exclusive » (qui exclut les personnes trans, sans distinguer homme ou femme).
    Mais les « terfs » n’excluent pas les personnes trans qui ne luttent pas contre les droits des femmes.
    Ni les femmes transidentifiées hommes.

    Les « hommes » trans, donc les femmes disphoriques de genre, ont leur place dans les réunions non-mixtes. Même si elles se rêvent dans le corps dominant, elles sont des femmes, leur voix est celle de dominées sociales, leur intérêt de classe de sexe (l’abolition du genre) est celui des femmes.
    Cela n’empêche pas que certaines ne seront pas féministes, en soutenant le genre à tout prix, quitte à se mutiler personnellement pour changer de catégorie de genre. Mais alors elles seront simplement des « femmes de droite », au sens dworkinien du terme : des féministes désespérées. Les femmes transidentifiées hommes sont des femmes de droite qui ont trouvé, avec les évolutions techniques, une nouvelle voie pour tenter d’échapper au patriarcat.

    Avec le mot TERF, c’est un programme politique que les transactivistes voudraient imposer au féminisme.
    Ce n’est pas qu’une insulte, c’est une tentative d’agir aussi sur le mouvement, en le nommant à leur façon. En le distinguant d’un féminisme libéral, qui se fait soutien actif des intérêts économiques des « scélérats de l’industrie pharmaceutique », comme les appelait Jean Ferrat.
    C’est différent de l’insulte essentialisante homophobe que tout le monde connaît. C’est blessant, stigmatisant : point commun. Il y a une dimension politique dans l’insulte : divergence. C’est une position politique qui doit être mise au pilori, c’est une insulte-slogan explicite. L’insulte homophobe ne comprenait pas cette dimension explicite, et pouvait donc être reprise et retournée contre les oppresseurs. Là, impossible de retourner le mot, il contient un mensonge qui rend confuse la position des féministes critiques du genre.

  3. Comme Don Quichotte combattait des moulins à vent, on nous met dans la position de devoir combattre des concepts bidon (transgenrisme, transphobie, TERF, identité de genre, « personnes à vulve ») qui n’ont ni définition ni cohérence et qui ne servent qu’à diaboliser les femmes qui tentent de protéger leurs droits, surtout lorsqu’elles rappellent des réalités qui nuisent à certains intérêts politiques et commerciaux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.