The prostitution of sexuality (1995) – un compte rendu de Monique Perrot-Lanaud

[En 1995, Kathleen Barry publiait The prostitution of sexuality [La prostitution de la sexualité]. L’ouvrage n’a jamais été traduit en français. Cependant une journaliste – Monique Perrot-Lanaud – en avait quand même publié un compte rendu. C’est celui-ci que nous publions plus bas avec son aimable autorisation.]

Exploitation mondiale des femmes

Contre les multinationales du sexe

Aujourd’hui la sexualité est devenue une industrie à l’échelle mondiale, explique l’Américaine Kathleen Barry. Au prix de souffrances psychologiques et physiques pour des millions de femmes séduites, vendues, exportées et maltraitées.

En 1979, Kathleen Barry, professeur de sociologie et féministe, affirmait dans L’Esclavage sexuel des femmes « il n’y a pas de prostituées “libres” ». Aujourd’hui, avec La Prostitution de la sexualité, publié aux Etats-Unis, elle passe en revue toutes les formes actuelles de l’exploitation des femmes et la relie à la banalisation de la violence sexuelle en général et de la pornographie. Devenu une économie souterraine mondiale, le marché du sexe rapporte des milliards de dollars aux proxénètes et autres trafiquants.

Un processus méthodique

Pourquoi parle-t-elle d’industrialisation ? Parce que l’exploitation des femmes est organisée selon un processus délibéré et méthodique. Après qu’une femme a été acquise, en général par “l’amour”, l’étape qui suit s’appelle l’“assaisonnement”. Il consiste à briser la résistance de la femme par une rupture totale avec sa vie antérieure. On lui donne même souvent un nouveau nom. Les violences physiques – coups, viol, torture – alternent avec la menace d’en subir. Son être est détruit jusqu’à ce qu’elle soit trop anéantie et terrorisée pour résister. Et les tentatives d’évasion sont atrocement punies.

C’est ainsi que des jeunes filles quittent leurs familles et leurs villages pour les grandes villes où elles ne connaissent personne, ou pour un pays étranger dont elles ne parlent pas la langue. C’est ainsi que la vie de millions de femmes est détruite, dans tous les pays du monde.

La violence sexuelle, stratégie de guerre

La prostitution est une composante de la logique de guerre. Les pays d’Asie sont les plus touchés par la prostitution – un demi-million aux Philippines, 1,5 million en Corée, 2 millions en Thaïlande – pour les mêmes causes : ils ont connu la guerre puis une occupation militaire. Enfin, une industrialisation et un développement économique rapides ont renforcé l’exploitation sexuelle. Le capitalisme et le patriarcat font très bon ménage : tout est bon pour faire des profits, y compris le commerce des femmes.

Aujourd’hui, à une échelle terrifiante, la violence sexuelle est une expérience quotidienne pour des milliers de femmes en ex-Yougoslavie. Dès le début du conflit des bordels ont été installés. Comment vont survivre les femmes brisées par les viols, rejetées par leurs familles, sinon en continuant à se vendre ?

Tourisme sexuel

Après le soldat est venu le touriste. L’Asie a développé le tourisme sexuel pour satisfaire la demande des hommes venus du Japon, d’Australie, des pays d’Europe et Amérique du Nord, et exporte ses femmes par milliers vers les bordels de ces mêmes pays.

Imaginons que la France compte 2 millions de prostituées… C’est le cas de la Thaïlande, dont la population est la même que la nôtre (près de 60 millions). Elles sont fréquentées chaque jour par 450 000 Thaïlandais et chaque année par 5,4 millions d’étrangers.

Malgré tout, Kathleen Barry donne des raisons d’espérer. La mobilisation des groupes de femmes, comme la Coalition contre le trafic des femmes, qu’elle préside, a permis d’une part d’apporter un soutien aux femmes prostituées et d’autre part de sensibiliser les gouvernements. Certains prennent le problème au sérieux, et le Vietnam, par exemple, s’est donné pour objectif l’élimination de la prostitution.

Pour de nombreuses féministes, la prostitution existe parce que toutes les femmes, en tant que sexe, sont victimes de discriminations au niveau des attitudes, des lois et des politiques. C’est pourquoi la lutte contre la prostitution est une lutte qui concerne toutes les femmes et tous les hommes.

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