HER PENIS : Le “pénis féminin” et autres faits que nous devrions tous et toutes connaître

Josephine Bartosch explique comment la pression à n’offenser personne a plongé le Royaume-Uni dans une « théocratie du genre ».

Par Josephine Bartosch

Le 27 janvier 2020

Article publié initialement dans THE CRITIC

Si vous croyez qu’il n’y a que deux sexes, les hommes et les femmes, vous pourriez bien être un-e doctrinaire. Et si vous choisissez d’exprimer cette croyance sur les médias sociaux, vous méritez d’être viré-e. Voilà le résultat d’une décision judiciaire rendue en décembre 2019 au Royaume-Uni et annoncée comme une victoire égalitaire par les transactivistes.

Maya Forstater

L’affaire en question était centrée sur la consultante Maya Forstater, dont le contrat dans le groupe de réflexion Centre for Global Development (CGD) n’a pas été renouvelé après qu’elle eût exprimé un point de vue dans des médias sociaux. Maya Forstater a alors saisi un tribunal du travail au motif que ses croyances « critiques en matière de genre » devraient bénéficier d’une protection en vertu de la loi.

Elle a perdu.

Défendant sa position, Mme Forstater a expliqué : « Fondamentalement, je crois en l’équité et l’égalité. Je n’ai aucun sentiment négatif à l’égard des personnes qui s’identifient comme transgenres ou transsexuelles, je pense simplement qu’il est important de ne pas oublier la dynamique du pouvoir entre les hommes et les femmes dans la société.

« L’identité de genre et le sexe sont différents. On soutient de plus en plus que l’identité de genre devrait l’emporter sur le sexe en tant que catégorie juridique et pratique. De nombreuses organisations ont adopté l’idée que c’est le sentiment d’identité personnelle (le genre), et non pas l’anatomie (le sexe), qui détermine si quelqu’un est une femme ou un homme. Redéfinir la féminité en tant qu’identité fondée sur le sentiment subjectif mine notre capacité à parler de la discrimination, de la violence et de l’oppression qui affectent toujours des gens parce qu’ils sont nés femme.

« Je sais que beaucoup de gens craignent des problèmes au travail s’ils ou elles expriment publiquement leur opinion sur cette question, même si c’est à titre personnel sur leurs propres comptes de médias sociaux, comme je l’ai fait. Une telle contrainte ne devrait pas exister dans une démocratie. »

Le juge, James Tayler, a statué que les opinions de Forstater n’étaient « pas dignes de respect dans une société démocratique » et qu’elles entraient en conflit avec les droits humains fondamentaux des autres. À peine deux semaines plus tard, en revanche, on a soutenu avec succès que le véganisme éthique était une conviction digne d’une protection juridique.

Il convient de noter que les groupes de pression pour les droits des transgenres Press for Change et GIRES sont tous deux mentionnés dans le « Equal Treatment Bench Book », le guide auquel les juges se réfèrent lorsqu’ils statuent sur des questions d’égalité.

On peut dire que le juge Tayler a eu raison au sujet d’une chose: la vision de Madame Forstarter qu’il existe deux sexes n’est pas une croyance — elle constitue un fait. Il serait plus logique de soutenir que c’est « l’identité de genre » qui est une croyance.

Au cours des trente dernières années, le « genre » s’est glissé des pages des « théoriciens queer », comme la professeure Judith Butler, dans les formulaires et dans la législation. Dans l’anglais courant, les termes « sexe » et « genre » sont utilisés de façon interchangeable, bien que, comme le souligne Forstater, ils ne soient pas synonymes. Le mot « genre » était un terme issu de la linguistique par les sexologues dans les années 1950 pour décrire le comportement masculin et féminin des garçons et des filles.

Il a ensuite été adopté par certains universitaires des sciences sociales, y compris des féministes, pour expliquer les différences socialisées entre les sexes — par exempler, les stéréotypes qui enseignent aux filles qu’elles doivent être jolies et aux garçons qu’ils ne doivent pas afficher d’émotions. Le mot « genre » a depuis filtré dans le langage commun, mais il y a amené la charge idéologique de la théorie queer.

Le changement social nécessaire pour répondre aux exigences du genre est profond, car pour croire au genre, il faut éluder la réalité matérielle du sexe.

Selon le NHS (National Health Service, la sécurité sociale britannique) et l’OMS, chacun de nous possède une identité de genre, innée, qui peut correspondre ou non à notre sexe biologique. Aucune preuve concluante n’a été trouvée quant à l’endroit où résiderait exactement ce sentiment de genre, ni comment il pourrait être exprimé sans s’appuyer sur des stéréotypes sexistes. On nous dit que la preuve repose sur la proportion infime de la population qui se sentirait “née dans le mauvais corps”. Que des gens ressentent de l’inconfort dans leur corps sexué ne peut être contesté, mais l’idée que c’est à cause d’un décalage entre l’identité de genre et leur sexe est invérifiable, outre le fait qu’elle relève d’une logique très boîteuse.

Le désir de n’offenser personne, associé à un lobbying réussi, a plongé le Royaume-Uni dans ce que l’on pourrait appeler au mieux une «théocratie du genre». Comme le montre le cas de Forstater, les apostats du genre peuvent s’attendre à faire face à de graves conséquences sociales et juridiques. Pour chaque Forstater, il y a des histoires moins connues d’autres personnes, chassées de partis politiques, arrêtées pour avoir «mégenré» quelqu’un et forcées d’utiliser pour des délinquants violents des pronoms du sexe qu’ils choisissent.

Des monuments au genre se voient érigés à un rythme effarant. Une foule d’expositions célèbrent le genre, de Beyond the Binary au Pitt Rivers Museum à Kiss My Genders à la Hayward Gallery; ses prosélytes incluent même le ministère de la Défense qui a dépensé 15 millions de livres pour créer des toilettes «non genrées».

Et ce n’est pas seulement le Royaume-Uni qui se prend la tête avec cette nouvelle priorité au genre : en juin dernier, la directrice exécutive d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, a annoncé que l’agence des Nations Unies pour les femmes ne se concentrerait plus sur les droits des femmes mais plutôt sur «l’égalité de tous les genres. » Toute résistance est futile; le genre est omniprésent et tout puissant.

Le culte du genre exige une obéissance totale de ses adeptes, obligeant les fidèles à nier ce qu’ils peuvent voir de leurs propres yeux et à s’élever au-dessus de la réalité matérielle de la chair. On pourrait espérer que la fonction d’un État juste et démocratique serait de contrôler un tel fanatisme, et non pas d’attiser les flammes.

Pendant que les auteurs et autricess comme moi sont encore libres de s’exprimer, je pense qu’il est important d’expliquer les conséquences dans le monde réel de ce qui peut sembler être un dilemme purement universitaire.

Le Rape Inspection Report (rapport d’examen des viols) de 2019 publié par le Her Majesty’s Crown Prosecution Service Inspectorate (Direction de l’inspection du service des poursuites pénales de la Couronne) consacre un paragraphe introductif expliquant que «les infractions avec pénétration ne sont pas genrées». Bien qu’il ne soit pas contesté que les deux sexes peuvent être victimes de violences sexuelles, la loi britannique stipule clairement que le viol ne peut être commis que par un homme, en utilisant son pénis (”his penis”). La façon dont le porteur du pénis s’identifie n’a pas d’importance. Les données du Bureau des statistiques nationales montrent que 98% des poursuites pour délits sexuels sont intentées contre des hommes. Compte tenu de cette vérité déplaisante mais bien empirique, on peut se demander à qui va profiter le changement culturel qui accorde la primauté au genre sur le sexe.

Comme pour tant de religions, se cache sous le toit du temple du genre une vérité crasseuse et indicible: pour certains hommes, utiliser des installations et des services pour femmes relève du fétichisme sexuel. L’existence de «transsexuels autogynéphiles», des hommes sexuellement excités à l’idée d’avoir un corps de femme, est un phénomène bien établi.

Une analyse menée dans le catalogue du plus grand fournisseur de pornographie gratuite au monde, Pornhub, suggère qu’il s’agit d’un fétichisme croissant chez les hommes, le vocabulaire relatif au transgenrisme ayant pris la cinquième place parmi les termes les plus recherchés des personnes âgées de 45 à 64 ans pendant l’année 2018. Les vidéos pornos d’hommes s’identifiant comme femmes et se livrant à des actes obscènes dans des toilettes pour femmes sont étonnamment populaires.

Pour la plupart des hommes, le désir de se pavaner dans une culotte en dentelle est assez bénin, et il serait profondément injuste de suggérer que tous ceux qui s’identifient comme femmes sont des prédateurs. Mais l’impact dépasse le seuil de la chambre à coucher; on estime aujourd’hui qu’environ la moitié des prisonniers masculins identifiés femme incarcérés en Angleterre et au Pays de Galles sont des délinquants sexuels condamnés. Ce schéma a conduit bien des gens, comme la professeure Sheila Jeffreys, chercheuse féministe lesbienne, à qualifier le transgenrisme de «mouvement de revendication de droits sexuels pour les hommes».

Ce sont en grande partie les féministes qui sont à l’avant-garde de la lutte contre l’orthodoxie de genre, mais ceux qui appartiennent à des camps opposés des guerres culturelles considèrent le féminisme comme l’ennemi. Les barjots libertaires fanatiques de la droite blâment les «féminazis» pour avoir instauré en critèere la “rectitude politique” alors que les fantassins fascistes de l’ultra-gauche luttent contre celles qu’ils qualifient de TERF, l’acronyme de « trans exclusionary radical feminists », doit des «féministes radicales exclusionnaires des trans».

Il y a un grain de vérité dans l’affirmation selon laquelle les féministes ont initié la tendance à remodeler le langage pour l’adapter à leurs objectifs idéologiques. Dans les années 1990, les guides de style distribués dans toutes les universités demandaient au lecteur d’utiliser plutôt des mots comme «chairperson» à la place de «chairman » et «firefighter» plutôt que «fireman» (des termes neutres à l’égard du genre plutôt que sexués ndt)

Mais leur but était quelque peu différent: ces tours de passe-passe linguistiques ont été créés pour briser les stéréotypes sociaux sexistes et ouvrir des possibilités. L’idée était de miser sur le vocabulaire pour refléter et construire une société plus juste, pour encourager les filles et les femmes à s’imaginer derrière les caméras, sur les chantiers ou en tant que juges. Cela est clairement différent de la doctrine rigide que manifestent aujourd’hui les institutions en matière de genre.

La conversion de la société civile au dogme du genre a été rapide et presque totale. Alors que la plupart se moquent aujourd’hui de l’utilisation de mots tels que «chairperson», l’accusation de «mégenrer» quelqu’un est rapidement devenue l’équivalent d’un blasphème.

La fin de règne pourrait bien être en vue pour le culte du genre, car plusieurs contestations juridiques de la primauté du genre sur le sexe sont en cours. Fait intéressant, la plupart ont été lancées par le sexe anciennement connu sous le nom de «femmes». Il s’agit notamment d’une mère interpellant le Conseil du comté de l’Oxfordshire au sujet de sa «Boîte à outils d’inclusion trans», une artiste chassée d’une tribune qui fait appel contre l’Université d’Oxford Brookes, un groupe de lesbiennes s’attaquant au National Theatre, une détenue portant plainte aprèsavoir été agressée par un détenu trans et l’ex-cheftaine d’une troupe d’ éclaireuses, expulsée pour ses positions «critiques du genre ».

Les apostat-e-s du genre se mobilisent également au niveau international. Lancée en 2019 par la Women’s Human Rights Campaign (Campagne pour les droits humains des femmes), la Déclaration sur les droits des femmes fondés sur le sexe réaffirme que les droits des femmes et des filles dans le droit international sont fondés sur leur sexe et non pas sur quelque «identité de genre».

Avec les conflits économiques, civils et environnementaux qui se dessinent à l’horizon, il semble probable que les jours du culte nombriliste du genre soient comptés. Mais cette leçon de crédulité et la prise en otage de nos institutions nous revient très cher. Leur coût tragique ne sera pas seulement inscrit dans notre code civil, il pourra être lu pendant des années sur le corps de personnes vulnérables.

Texte original : ‘Her Penis’ and other facts | Josephine Bartosch | The Critic

Traduction: Collective TRADFEM, avec l’autorisation de l’autrice et de l’éditeur original, la revue The Critic.

Josephine Bartosch

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