Vortex: la crise du patriarcat — Susan Hawthorne, Éditions Spinifex

TRADFEM a été autorisée par la philosophe et poétesse australienne Susan Hawthorne à traduire les premières pages de son plus récent ouvrage, VORTEX, pour lequel nous cherchons une éditrice dans le monde francophone.

Préface
L’année de la pandémie

Le manuscrit de Vortex était presque terminé au moment du choc de la pandémie du coronavirus. Un tel événement mondial doit être pris en compte puisqu’un très grand nombre de questions abordées dans ce livre sont reliées à la rapide dissémination à l’échelle mondiale de la Covid-19. Vortex : la crise du patriarcat est issu de mes travaux précédents, soit Wild Politics : Feminism, Globalisation and Bio/diversity (2002) et Bibliodiversity : A Manifesto for Independent Publishing (2014). Tout aussi pertinente est mon implication dans le Mouvement de libération des femmes et dans d’autres mouvements sociaux, incluant ceux qui cherchent à en finir avec le racisme et la discrimination infligée aux personnes handicapées et à celles qui souffrent de la pauvreté.

La rapidité de la pandémie lui donne l’apparence d’un tourbillon qui descend en spirale de plus en plus vite.

Bien qu’il reste des questions à élucider au sujet des causes de la Covid-19, plusieurs facteurs sont déjà avérés :
• Où que le virus soit apparu, la mondialisation, le libre-échange et les flux rapides de marchandises et de personnes allaient veiller à ce qu’il se propage très rapidement.
• Les systèmes mondiaux d’exploitation agricole, forestière et de pêche industrielle rendent inévitable que les espèces sauvages dégénèrent en simples produits de consommation locale et mondiale.
• L’industrialisation de la pêche, de l’élevage et de la foresterie diminue la biodiversité et affaiblit les systèmes de survie du monde végétal et animal, ce qui a un impact sur toute l’humanité.
• La puissance des grandes sociétés pharmaceutiques a mené à des travaux de recherche qui font fi des mesures de biosécurité.
• La déforestation détruit les habitats de la faune, lui imposant une plus grande proximité avec les humains.
• Dans une planète jetable, des produits sanitaires essentiels sont produits dans les marchés les moins onéreux, amenant certains pays à perdre la capacité de produire ces biens pour elles-mêmes, ce qui crée des pénuries et entraîne des prix excessifs pour du matériel médical essentiel.
• Les manifestations #BlackLivesMatter qui ont eu lieu malgré les tentatives de les entraver se sont révélées inspirantes et innovatrices dans la mesure ou les gens ont formulé leurs revendications de manière (généralement) pacifique, réfléchie et avec des appels pondérés au changement qu’aucun gouvernement digne de ce nom ne devrait ignorer. Le fait que les femmes ont été insuffisamment représentées dans le mouvement #BlackLivesMatter est une question qui devra être sondée ailleurs. J’examine dans le présent ouvrage les nombreuses façons dont la crise du patriarcat à entraîné la pandémie actuelle, ainsi qu’une multitude d’autres séquelles nuisibles au commun des mortels. Cette crise du patriarcat se solde par une guerre contre la planète, contre ses résidents incluant les humains, la faune et la flore, et contre leurs environnements, que l’on parle des forêts ou des plaines, des fonds de mer ou des fosses océaniques, des sommets montagneux ou des déserts, des champs de neige ou des terres agricoles. La pandémie met aussi en lumière plusieurs autres événements d’envergure mondiale :
• La dépendance aux énergies fossiles mène à la création d’énormes profits pour la grande entreprise, mais laisse les peuples indigènes sans terre ou sur des territoires saccagés; elle a des effets délétères à long terme sur les terres agricoles, les rivières et les nappes phréatiques, et contribue à une catastrophe climatique.
• En Inde, le confinement soudain a forcé une main-d’oeuvre migrante à devoir rentrer à pied dans leurs villages, après avoir migré dans les villes pour trouver du travail et survivre, et que ce travail ait disparu lorsque la Covid-19 a frappé. Auparavant, ces travailleuses et travailleurs seraient restés dans leurs communautés pour y travailler.
• La fourniture des soins de santé a été retirée aux communautés humaines pour la mettre entre les mains des grandes compagnies pharmaceutiques et du système médical industriel; les personnes oeuvrant en-dehors de ce système sont souvent criminalisées.

Notons également les facteurs suivants:
• la dépendance du patriarcat commercial sur l’esclavage : la traite des esclaves de l’Afrique vers les Amériques ; les conditions d’esclavage des peuples autochtones partout ; les conditions d’esclavage de femmes partout dans le monde – un élément du processus de colonisation et de la montée du néolibéralisme, et en fait, les conditions d’esclavage des peuples colonisés du monde entier qui se perpétuent dans le capitalisme patriarcal et entrepreneurial (Patterson 1982 ; Galeano 1973/1987 ; Guillaumin 1995 ; Enloe 1983 ; Pateman 1988).
• Je note le risque de procès intentés contre des gouvernements par de grandes entreprises sur la base d’accords de libre-échange en alléguant une perte de profits résultant des arrêts de production encourus au cours de la pandémie. Patricia Ranald (2020) met en lumière le mécanisme de règlement des différends entre États et investisseurs (Investor-State Dispute Settlerment – ISDS). Les initiatives gouvernementales sujettes à de tels recours incluent les directives données aux hôpitaux privés les enjoignant de prendre en charge des patients souffrant du Covid-19 ou de produire du matériel médical. Chacune de ces mesures pourrait entraîner des pertes pour des partenaires commerciaux, qui pourraient alors décider d’intenter de tels recours.
• Le capitalisme patriarcal mise sur des guerres comptabilisées comme autant d’activités contribuant à la croissance par la production d’armes de guerre, les travaux de recherche sur des armes de plus en plus destructrices, la mobilisation de soldats sur des navires et des avions, la croissance de la prostitution près des bases militaires et l’opportunité de travaux de recherche sur des drogues testées sur du personnel militaire et des civils (Enloe 1983 ; McCoy 1999 ; Klein 2007).
• La dissociation persistante des corps et de la réalité et l’intensification de l’ingérence technologique dans les corps. Ceci inclut le micro-colonialisme, le mouvement de réification de ‘corps sans femmes’, les cyborgs et la désincarnation (Klein 1996 pp. 346-358), ainsi que la dysmorphose et le transhumanisme (Bilek 2020f).
Mais la pandémie offre aussi de l’espoir, grâce à certaines ouvertures qui pourraient nous conduire à un monde meilleur.
Par exemple, un effet immédiat de la pandémie a été la réduction de la pollution de l’air urbain. La qualité de l’air s’est améliorée au-dessus de la province de Hubei en Chine et au-dessus de Beijing et Shanghai quand la Chine a imposé un confinement strict. En Australie, les villes qui étouffaient sous la fumée des feux de forêts ont aussi connu un répit. En Inde, on peut maintenant voir des étoiles la nuit. La pollution des cours d’eau a aussi diminué dans des endroits aussi différents que Venise et Delhi. Comme l’écrit Arundhati Roy (2020), « qui ne serait pas enchanté par la montée des chants d’oiseaux dans les villes, les faisans qui dansent aux carrefours routiers et le silence des cieux ? » Au bord de la mer près de chez moi, de rarissimes dauphins et raies ont été aperçus près de la berge. J’ai lu dans le journal aujourd’hui qu’on a repéré un kangourou au centre-ville d’Adélaïde; que des cougars se promènent dans la capitale du Chili, Santiago, et des sangliers dans les rues de Haïfa. Qu’est-ce que ces animaux savent ? Est-ce la Terre qui nous dit que le changement est possible, si seulement nous empruntons la bonne route ?
Avant la pandémie, la Finlande était le seul pays à envisager l’introduction d’un revenu universel garanti. Quelques semaines après le début de la pandémie, cette idée était aussi débattue en Espagne (Zeballos-Roig 2020). Les paiements versés par l’État pendant la pandémie en Australie, Nouvelle-Zélande, au Canada et en Grande-Bretagne, par exemple, ressemblent à un tel revenu universel et il sera intéressant d’en examiner la portée.
La pandémie a aussi fait la lumière sur l’importance cruciale de systèmes de santé universels et publics. Les activistes devraient envisager de se mobiliser contre la privatisation croissante des systèmes de santé.

LE MAGAZINE Playboy a cessé d”être publié en version papier, et en Allemagne, Angela Merkel a demandé la fermeture de tous les bordels ; en Australie, les bordels ont été fermés ici pendant un certain temps; les entremetteurs qui n’ont pas tenu compte d’un appel à cet effet de l’État ont encouru des accusations au pénal. Les féministes radicales militent depuis des années pour de tels changements. L’abolition de la prostitution et la marginalisation des pornographes n’ont jamais eu autant de chances de se concrétiser.

Bien que la distanciation sociale ait été pénible pour certains (en particulier les pauvres et les sans-abri), pour d’autres elle a mené à de nouveaux modes d’interaction dans les ruelles, avec des applis internet, et de réduire la déconnection devenue inévitable avec la circulation de tant de gens aux quatre coins de la planète. Il peut en résulter une meilleure appréciation des ressources locaes. L’interconnexion peut se réaliser de plusieurs façons.
La démondialisation, la décroissance, la décolonisation et la désindustrialisation pourraient toutes prendre figure d’occasions d’avenir.

Il y a un an, le confinement de pays partout au monde semblait inconcevable. Même l’augmentation des allocations de chômage, comme le programme Newstart en Australie, semblait peu probable. La seconde vague a créé certains nouveaux défis, et chaque vague subséquente sera porteuse de nouvelles chances pour la création d’un mouvement porteur d’idées nouvelles et radicales. Les gouvernements ont bel et bien les fonds nécessaires à l’intérêt public lorsqu’ils se décident à agir. Il est temps pour eux de prioriser le bien public, en lieu et place du mercantilisme des grandes entreprises, qui ne profite qu’à quelques individus. Il reste à voir s’ils s’y mettront et dans quelle mesure, et si les femmes en bénéficieront.
Mission Beach, Queensland
8 juillet 2020

Nous parlons de Cassandre. Croire est aussi important que savoir.
Car qu’est-ce que le savoir si personne n’y croit ?
Maintes fois, la destruction aurait pu être évitée, alors que l’avenir nous menaçait déjà.
Tel fut le destin de Cassandre, dont personne ne croyait les prophéties, même si ses oreilles avaient été léchées par un serpent.
Ils se sont moqués de son histoire de cheval de bois –
et la cité tomba. Ils s’en moquaient encore en mourant.
Il y a eu plusieurs Cassandres. Plusieur.es d’entre nou.es.
Susan Hawthorne
The Falling Woman
(1992, pp. 83-84)

Introduction
Les deux dernières décennies ont été des périodes de guerre, de montée du patriotisme, de crise financière mondiale et de violence croissante contre les femmes, contre des peuples majoritaires dont les besoins étaient violés, et de crises grandissantes pour les peuples déplacés et les personnes réfugiées. Ce furent aussi des périodes marquées par le vandalisme environnemental et par le triomphe de l’économique sur le social, dont une des conséquences est la pandémie mondiale actuelle.
Le vortex dont parle le présent ouvrage semble devenir de plus en plus profond et tourbillonner de plus en plus vite, toujours plus hors de contrôle. La Covid-19 nous a révélé la rapidité de ce processus. Le vortex patriarcal comprend les profondes trahisons du capitalisme sous son pire visage, là où une légitimité factice, la furie du consumérisme et la culture du vedettariat sont présentées comme les marqueurs du bonheur, alors même que la majorité de la planète connaît une pauvreté abjecte et que l’on continue de piller l’environnement.
Ce vortex est particulièrement destructeur pour ceux qui se trouvent piégés dans son noyau central, comme le sont les personnes souffrant de handicaps, celles vivant dans la pauvreté, les autochtones, les sans-terre et les populations réfugiées. Dans tous ces groupes se trouvent des femmes, qui écopent d’une part déraisonnable de la pauvreté et de la violence exercée. Des guerres idéologiques ou menées pour des ressources continuent d’attirer les jeunes hommes dans des combats, qu’ils mènent pour réaliser les rêves d’hommes âgés. Mais la majorité des personnes qui y sont tuées et handicapées sont des femmes et des enfants – victimes collatérales du vortex patriarcal.
Ces contraintes globales n’affectent pas que les êtres humains : la planète, ses animaux et ses plantes, les glaciers, marécages, océans et montagnes, déserts et terres agricoles, forêts et rivières subissent tous l’effet du vortex. Le changement climatique, l’accélération des taux d’extinction et de la pollution de toutes sortes comptent parmi les désastres environnementaux d’un capitalisme dénué de compassion et de conscience.
Ce sont les crimes du patriarcat capitaliste néolibéral. Ce sont des guerres menées contre toutes celles et ceux qui habitent la planète. Nous avons atteint un point critique.
À propos de la vérité
L’histoire des régimes fascistes et des nations en guerre nous apprend que la vérité est une de leurs premières victimes. Autour du monde, nous voyons une résurgence au pouvoir d’ “hommes forts” qui font fi de la vérité. La survie de Donald Trump à ses mesures de destitution en 2020 n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Sa capacité de mentir constamment et sans ciller est d’une audace remarquable et d’autant plus avilissante pour un entourage qui demeure à plat ventre devant lui.
Grâce aux philosophes et aux politistes comme Hannah Arendt, nous comprenons que le mensonge éhonté est une méthode de propagande établie. Nous nous souvenons du Ministère de la Vérité imaginé par George Orwell dans 1984 (1976), dont la logique était la dissémination de mensonges présentés comme des vérités. Nous avons vu proliférer dans les milieux universitaires une philosophie qui insiste pour affirmer que toute vérité est relative ou n’existe pas du tout. Depuis les années 1990, le postmodernisme est la philosophie qui domine le monde des arts et des sciences humaines (même si cette ascension a débuté dix ans auparavant). J’ai lu plusieurs des textes clés de cette mouvance et, à ce jour, je les trouve décevants. Lorsque cette philosophie a conquis les sciences humaines, personne ne s’attendait à ce qu’elle s’impose aussi dans les sciences pures. La plus récente percée du postmodernisme et de la théorie queer dans le domaine scientifique s’est faite par le biais du transactivisme. Considérez les développements suivants :
(Dans le chapitre 11, “Le mouvement totalitaire”) Dans un monde toujours changeant et incompréhensible, les masses avaient atteint le point où elles croyaient simultanément tout et rien, où elles pensaient que tout était possible et que rien n’était vrai. Le mélange était déjà remarquable en soi, puisqu’il sonnait le glas de l’illusion qui veut que la crédulité soit une faiblesse des âmes primitives et sans méfiance, et le cynisme le vice des esprits supérieurs et raffinés. La propagande de masse découvrit que son public était prêt à tout moment à croire le pire, qu’elle qu’en fut l’absurdité, et ne répugnait pas particulièrement à être trompé, puisqu’il pensait que de toute manière, toute affirmation était mensongère. (…) dans de telles conditions on pouvait faire croire aux gens les déclarations les plus fantastiques un jour, et être sûr que, si le lendemain on leur donnait la preuve irréfutable de leur fausseté, ils se réfugiaient dans le cynisme. Au lieu d’abandonner les chefs qui leur avaient menti, ils protesteraient qu’ils avaient toujours su que la déclaration était mensongère et admiraient leurs chefs pour leur intelligence tactique supérieure. (Les origines du totalitarisme, chap. 11)

Il y a aussi cette injonction, projetée sur le mur de l’immeuble du ministère de la Justice à Londres en juillet 2018 (Linehan 2019) :
Répétez après nous, les transfemmes sont des femmes.
Ou,
2+2+5
Le caractère “relatif” de la vérité est un argument couramment utilisé par les politiciens. “Je ne me fie pas aux faits,” a lancé le sénateur libéral australien Jim Molan pour expliquer le fondement de sa position sur le réchauffement climatique (ABC-TV Australia. 2020). Ici, les tenants du postmodernisme et la droite néolibérale affichent les mêmes couleurs. Et malgré tout, plusieurs personnes se déclarant progressistes ne semblent pas avoir remarqué cette alliance, pourtant évidente pour les féministes radicales depuis plusieurs décennies (Brodribb 1992 ; Bell et Klein 1996).


À PROPOS DU LANGAGE

Les mots sont importants pour moi, en tant que poétesse et que femme intéressée au langage. Je pense à leur contenu, ce qu’ils signifient et ce qu’ils suggèrent. Dans Les Guérillères, Monique Witting écrit :
Elles disent, le langage que tu parles t’empoisonne la glotte la langue le palais les lèvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu’ils se sont approprié (1971, p. 123).

Les féministes sont confrontées à un nouvelle salve d’appropriation masculine et d’abus politiques du langage. Dans ce livre, j’utilise le mot ‘sexe’ quand je parle des femmes et des hommes, des filles et garçons. Je n’utilise le mot ‘genre’ que pour désigner les rôles assignés aux sexes – et en général je préfère l’expression ‘rôles assignés aux sexes’ au mot ‘genre’ qui est de plus en plus détourné ces derniers temps.

Le mot ‘identité’ fait aussi problème. On parle le plus souvent d’‘identité de genre’, mais il est aussi employé de plus en plus souvent dans la culture populaire. Si je dis que mon identité est femelle, je parle d’une réalité biologique. Si je dis que mon identité est australienne, ce n’est pas la seule facette de mon tout. L’identité individualise les personnes et brise les connections entre les parties constituantes d’une personne. Mon identité n’est pas seulement australienne ou femelle, ni seulement blanche, ou handicapée, ou lesbienne, ou du troisième âge, ou résidente en milieu rural, ou poétesse, ou toute autre facette de ma vie. Elle est tout ça et bien plus encore. L’identité ne contribue en rien à unir les forces des gens autour d’une cause politique. Si je m’imagine être un homme blanc riche, suis-je soudainement riche pour autant ? La réponse est évidente : Non. L’identité n’est plus un concept utile en politique parce que ‘l’identité’ nous dissèque et nous coupe les unes des autres. Elle rend quasi impossible l’action collective.

Comme ‘l’identité’ a créé un monde où l’individu a gravité au centre du positionnement politique, il est difficile de faire appel à un mouvement social. Les puissants ont toujours compris le principe de diviser pour régner. On l’a utilisé aux États-Unis des années 1600 jusqu’en 1967. Là-bas, l’État de la Virginie a mis en application des lois interdisant le mariage interracial et pour rendre cette notion véridique, il a créé une panoplie de mots en vue d’identifier une ascendance africaine. Ces mots incluaient Sacatra, Griffe, Marabon, Mulatto, Quadroon, Metif, Meamelouc, Quarteron et Sang-mêlé (Scoop It, 2018). Ces lois étaient racistes et oppressives.

L’on peut observer comment cette prolifération d’étiquettes a été reprise par le lobby transgenriste. Les échanges en cours sur les médias sociaux désignent environ 50 identités disponibles pour qui en veut, chacune dotée de son propre drapeau. Et ce n’est pas ce qu’elles ont en commun qui importe, mais leurs différences, de la même façon que l’État de la Virginie a divisé les Afro-Américains. Quand les opprimés ne peuvent pas voir ce qui les relie entre eux, ils ne peuvent pas lutter contre l’oppresseur.

Leur prétention la plus commune consiste à blâmer les féministes, surtout les féministes radicales qui ont été qualifiées de TERFS (acronyme de Trans Exclusive Radical Feminists – féministes radicales exclusionnelles des trans) ou de SWERFS (Sex Work Exclusive Radical Feminists – féministes radicales exclusionnelles des ‘travailleuses du sexe’). Mais le poids prêté aux féministes radicales est tout à fait exagéré. Cela me rappelle les propos du fondamentaliste religieux américain Jerry Falwell, au sujet de l’attentat du 11 septembre 2011. Il a dit: “…Vous les païens et les avorteurs, et les féministes, les homosexuels et lesbiennes… C’est vous qui avez rendu cela possible.” (cité dans Parenti 2002, p.47). Ici encore, on assiste à une répétition d’absurdités et de mensonges. Je ne connais aucune organisation féministe ou lesbienne ayant accès à des avions qu’elle pourrait lancer contre des immeubles. Je ne connais aucune féministe radicale ayant le pouvoir ou les moyens que lui attribuent les groupes de pression postmodernistes, queer, trans et pro-prostitution. Par contre, comme je le démontre dans chaque chapitre du présent livre, il existe des milliardaires qui financent les organisations politiques qui sous-tendent tous ces groupes.
Des guerres sémantiques continuent à être menées par les apologistes de la prostitution. Ici encore, cette guerre des mots procède d’une perspective néolibérale postmoderne, dont les adeptes affirment que la prostitution constitue un travail. Alors, disent-ils, parlons plutôt de ‘travail du sexe’ et tout va s’arranger. Quant aux personnes qui récusent l’expression ’travail du sexe’, elles ont quitté l’industrie et font pression pour l’adoption de lois qui, à terme, aboliraient la prostitution. Elles ont quitté la salle où on leur intime d’appeler la prostitution un travail, alors que les faits démontrent que c’est de la violence anti-femmes : Les femmes meurent, leur santé mentale et physique est compromise et elles se retrouvent souvent sans abri et isolées (Moran 2013 ; Norma Hotaling et Tankard Reist 2016).

Certains groupes qui ont réussi à collaborer malgré d’énormes différences manifestes sont les personnes handicapées, les peuples aborigènes et les féministes radicales. Ils l’ont fait en s’associant sur la base de ce qui les/nous rapprochait et ont procédé en partant d’une compréhension du pouvoir structurel et de son usage systématique contre eux et contre nous.

Le réseau des personnes handicapées est un mouvement constitué de personnes ayant des besoins extraordinairement différents, allant des handicaps physiques aux handicaps sensoriels et du cerveau et des troubles mentaux et sociaux. J’ai lu de merveilleuses études critiques dans ce domaine et j’en parle dans mon deuxième chapitre.

Les aborigènes du monde entier comptent parmi les peuples plus marginalisés et ils ont eux aussi réussi à franchir les barrières linguistiques et culturelles pour s’unir et parler de leur vision de l’avenir, qui est parfois pragmatique et parfois idéaliste. Ces idéaux pour l’avenir et pour des changements à instaurer aujourd’hui sont basés sur un sentiment commun de vécu structurel. Les colonisateurs ont, généralement, utilisé les mêmes techniques d’oppression et il est nécessaire de les défaire pour accéder à une vie meilleure. Ces enjeux sont au cœur des chapitres quatre et cinq de cet ouvrage. Pour ce qui est de désigner les peuples indigènes, je me réfère à la règle suivante : j’utilise le mot ‘indigène’ pour parler de plusieurs groupes, surtout quand je parle des personnes issues des Premières Nations à l’échelle internationale, en plus d’utiliser l’expression Premières Nations. En Australie, quand j’en parle en général, j’utilise à la fois les expressions ‘indigène’, ‘aborigène’ et ‘issus des Îles du détroit de Torres’. Lorsque je cite des individus, je fais parfois référence au nom de leur pays ou à celui qu’utilisent ces personnes elles-mêmes. La vie est compliquée et il arrive parfois que les règles d’affectation des noms le soient aussi.

Les femmes sont les plus pauvres des pauvres et les féministes radicales, en raison de leur analyse structurelle du pouvoir, se sont rassemblées dans le monde entier pour lutter contre l’oppression sous toutes ses formes. Les chapitres trois, six et sept examinent les crimes spécifiques perpétrés contre les femmes par les capitalistes patriarcaux néolibéraux.

Termes clés utilisés dans ce livre


Un vortex est un mouvement circulaire de gaz ou de liquide. Pour le visualiser, pensez à l’eau qui s’écoule dans un drain ; pensez aux images de tornades – une masse tourbillonnante d’air et d’eau autour d’un centre vide. Dans le premier cas, le vortex disperse rapidement des matières dans la plomberie ; dans le deuxième, c’est une force destructrice qui peut réduire en miettes les maisons, déraciner les arbres et tuer quiconque se trouve sur son passage.

Vortex : sens environnemental
Une masse d’air ou d’eau qui tourbillonne rapidement et attire des objets en son centre vide
Vortex : sens littéraire
Une situation dangereuse ou mauvaise posture où l’on se trouve de plus en plus piégé sans pouvoir s’échapper. (Dictionnaire anglais Cambridge 2020)

Dans ce livre, j’utilise le mot aux sens littéraire et environnemental. Le vortex résulte du patriarcat capitaliste néolibéral. Son centre est vide parce qu’il est fondamentalement nihiliste, uniquement préoccupé de données et de profits. Il est en crise et se dirige vers son impact de crise maximum depuis des décennies. La crise actuelle du confinement résultant de la Covid-19, la catastrophe climatique, et les crises économique, environnementale et sanitaire sont énormes. La mondialisation néolibérale a créé certains des catalyseurs de cette crise, qui vont de la déconnexion liée à de plus en plus de voyages internationaux à l’incapacité de fabriquer des masques et des équipements médicaux dans nos propres pays, intensification des violences masculines contre les femmes chaque jour partout dans le monde, et l’aggravation de la pauvreté de masse. Ces ingrédients et d’autres contribuent à la situation désastreuse de la planète à l’heure actuelle. Dans ce livre, je veux me pencher sur les façons dont cette crise s’est intensifiée et sur les conjonctures où elle nous conduit. J’essaie aussi de trouver des stratégies de ralentissement du vortex.

Pouvons-nous imaginer un monde différent ?

Le patriarcat est un élément fondamental dans le déroulement de ce désastre. C’est un système de gouvernance sociale qui, sans être universel, domine la planète depuis environ six mille ans. La racine du mot ‘patriarcat’ est “la loi des pères” et, bien que ce ne soient pas tous les pères qui font la loi et que certains dirigeants ne sont pas des pères, la grande majorité d’entre eux sont des hommes ; ils sont riches ; ils sont de grandes capacités physiques ; ils profitent du lobbying et du soutien d’autres hommes ; ils tirent bénéfice de l’accès à un pouvoir accru et comportant plusieurs formes. Regardez qui sont les dirigeants autour du monde. On n’y voit que quelques femmes. Et les femmes qui accèdent aux plus hauts échelons du pouvoir doivent presque toujours le payer cher. Regardez les dirigeants d’entreprise ; regardez au sein de votre famille. Le patriarcat est un système d’exercice du pouvoir au bénéfice des hommes et de leurs intérêts (pensez au foot, à la prostitution et au monde du jeu organisé). Le patriarcat n’est pas seulement mauvais pour les femmes ; il est aussi raciste et hiérarchique de multiples façons ; les origines du patriarcat nous suggèrent que l’esclavage (souvent issu des guerres) et l’oppression des femmes sont deux composantes intégrales des systèmes patriarcaux. Les hiérarchies de classe, l’oppression des personnes handicapées, la séparation des personnes en fonction de différences d’origine ethnique, de religion, de sexualité ou d’âge y constituent des éléments fondamentaux.
Les sociétés qui existaient avant l’avènement du patriarcat ne semblaient pas posséder de fortifications autour des villes, ce qui suggère que les guerres n’avaient pas encore beaucoup d’importance dans leurs cultures. Pensez aux guerres qui se mènent aujourd’hui (je ne parviendrai pas à toutes les nommer) : en Syrie, au Yémen, en Ukraine, en République démocratique du Congo ; voyez aussi la guerre contre les Ouïgours  en Chine, contre les Rohingyas en Birmanie/Myanmar ou au sein du Vénézuela ; la guerre anti-drogues ; la guerre contre les femmes ; les guerres coloniales des anciens empires ; la guerre qui crée des mouvements de résistance comme #BlackLivesMatter et #MeToo. Avant même qu’une guerre puisse se terminer, une autre prend sa place. Retracez l’histoire : les guerres sont des événements marquants dans le passé de tous les pays. Vous constaterez à la lecture des titres de mes chapitres que les guerres occupent encore une place centrale.
Les plus anciennes épopées mondiales décrivent des guerres. En Inde, c’est Le Mahabharata ; dans la littérature grecque, c’est L’Iliade et L’Odyssée. Ces deux grandes épopées grecques nous ont laissé l’histoire du Cheval de Troie et celle de Cassandre, la fille du roi troyen Priam et de la reine Hécube.
Cassandre était l’une des nombreuses enfants de la famille royale de Troie. Elle se distinguait par son talent à anticiper l’avenir. Cette habileté lui venait des dieux mais on dit que le dieu Apollon a interdit à quiconque d’accorder foi à ses prophéties parce qu’elle avait refusé ses avances. Elle a préfiguré le mouvement féministe avec le même problème que les féministes contemporaines: on ne la croyait pas. Ses prophéties incluaient la destruction de Troie et le sort de plusieurs membres de sa famille. Elle avait averti que les Grecs planifiaient de renverser Troie avec le stratagème du cheval de Troie. Au lieu de combattre les Troyens sur le champ de bataille, le filou Odysseus avait construit un énorme cheval de bois. Il a été offert à la ville de Troie après dix ans de guerre par les Grecs qui ont semblé l’abandonner et mettre les voiles pour partir. Odysseus et les meilleurs soldats s’étaient cachés à l’intérieur du cheval. Les Troyens, croyant que les Grecs avaient abandonné, ont tiré le cheval dans l’enceinte de la ville. La citadelle de Troie avait de très hauts murs impénétrables mais ce stratagème a permis aux Grecs d’y entrer. Au milieu de la nuit, les soldats sortirent du cheval et attaquèrent la ville. Les Grecs embarqués sur les navires revinrent et la ville fut saccagée.
Dans ce livre, je recours au cheval de Troie pour désigner les façons dont le patriarcat capitaliste néolibéral s’impose subrepticement et, avant qu’on s’en aperçoive, un nouveau système est en place. Voici quelques brefs exemples de chevaux de Troie néolibéraux auxquels je me réfère :
• Le dépistage prénatal offre aux femmes enceintes et à leur partenaire l’espoir de la perfection : la promesse qu’un dépistage plus poussé mettra fin aux imperfections de naissance. On vend cette idée aux femmes mais, en réalité, il n’existe aucune capacité à dépister toutes les imperfections, et les corps des femmes sont de plus en plus surveillés et contrôlés par l’industrie médicale. C’est l’eugénisme en action.
• L’expression ‘travail du sexe’ promet une fin à la discrimination anti-femmes dans le commerce du sexe, offrant ainsi de ‘bons emplois’ à des femmes désespérées, tout en comblant les désirs sexuels des hommes. En réalité, les femmes piégées dans ce commerce sont violentées, transformées en ‘produits’ et encourent des comportements racistes et misogynes. Tous ces actes sont justifiés sur la base d’une pulsion sexuelle masculine présentée comme incontrôlable.
• Les capitalistes affirment que la bio-prospection ouvrira une ère de prospérité pour les peuples indigènes et les cultures traditionnelles qui pourront vendre leurs savoirs à des entreprises et récolter des bénéfices pour leurs communautés ; c’est la promesse d’un nouvel accord écologique (New Green Deal) et d’un avenir haute technologie pour tous. Mais le nouvel accord écologique transformera la nature en marchandise et sera probablement aussi destructeur que la cooptation écologique précédente : la “révolution verte” (Shiva 1991).
• Quand j’écris sur le sujet de la déterritorialisation, je rappelle d’abord le point de vue des colonisateurs des siècles passés : leur mouvement planétaire avait pour objet l’avènement de la civilisation européenne dans le reste du monde. Aujourd’hui, la mondialisation a aussi promis la prospérité par les marchés et des chances d’occidentalisation ; cette promesse parle de sauver des vies et d’instaurer la prospérité. En réalité, la pauvreté augmente, des populations sont déplacées ou doivent migrer pour ne trouver que du travail mal payé, parfois dans des conditions d’esclavage.
• Le mariage gay a été célébré partout comme une façon d’intégrer les homosexuels et les lesbiennes dans le cadre du mariage et de leur permettre de créer des familles ‘normales’ ; soumettre à un cadre hétérosexuel les vies des lesbiennes et des gays est une façon de normaliser ce qui était autrefois des vies de résistance aux normes hétérosexuelles ; les mariages, les partys et les célébrations se tiennent parce que tout le monde sait que les homosexuels et lesbiennes sont les meilleurs pour faire la fête !
• Là où le mariage gai a été enchâssé dans les lois, on a aussi introduit des lois pour les personnes transgenres : on promet la diversité et l’égalité pour touˑteˑs, mais on efface les vraies filles, femmes et lesbiennes et un vortex menace quiconque remet en question ‘le genre’.
Bien que le patriarcat soit en crise, les patriarches ont plus d’une carte dans leur jeu. Le cheval de Troie est interprété comme un cadeau des dieux, mais j’expliquerai dans les chapitres qui suivent que les nouvelles offrandes sont elles-mêmes dangereuses. Briser le moral est un stratagème fondamental parce qu’il rend les gens plus faciles à manipuler.
Est-ce que c’est ce que nous voulons, en ces temps de dangers qui nous viennent non seulement des escroqueries mais aussi des désastres généralisés causés par les ravages des patriarches belliqueux qui nous dirigent ? Non satisfaits des gains immédiats de la guerre, les patriarches capitalistes veulent plus encore. Ils veulent la terre entière. Au cours de la guerre de Troie, les dirigeants ne voyaient que la Méditerranée, ses terres, ses populations et la maîtrise de ses mers. De nos jours, la guerre contre la planète s’est intensifiée et la majorité des peuples sont captifs d’une spirale descendante – un vortex de destruction.

La crise du coronavirus a jeté une intense lumière sur les fractures inhérentes au patriarcat néolibéral capitaliste. Cers fractures reflètent les points critiques dont je parle dans ce livre. Dans le premier chapitre, j’examine comment le système économique mondial structure le pouvoir, détermine qui aura des chances et qui n’en aura pas. Je parle de l’argent et de la façon dont il crée la pauvreté en même temps qu’il sert un petit groupe de multimilliardaires dotés de pouvoirs excessifs pour déterminer les politiques économiques, sociales et politiques.

Dans le deuxième chapitre, je discute des façons dont la notion de handicap est perçue au niveau gouvernemental, mais aussi à partir de ma propre expérience et du vécu et des analyses d’autres personnes handicapées. Le régime australien d’assurance universelle pour personnes handicapées (National Disability Insurance Scheme) (NDIS) avait promis des soutiens financiers, émotionnels et communautaires aux personnes handicapées. Ces soutiens étaient déjà fragiles, et la Covid-19 a soumis ce système à des pressions additionnelles: il n’y a pas suffisamment de personnel et d’aidantˑeˑs pour répondre aux besoins des personnes handicapées.

Dans le chapitre trois, j’examine les nombreuses formes de violence exercées contre les femmes. La crise de la Covid-19 a mis en lumière la quasi absence de services pour les femmes qui font face à ce qu’on appelle aujourd’hui communément le ‘terrorisme intime’. Il y a trop peu de maisons d’hébergement encore fonctionnelles à l’intention des femmes en détresse. Leur financement a même diminué au cours des dernières décennies. Les bordels, par contre, continuent à trôner; Angela Merkel a été la première à les fermer à l’échelle nationale. Quant à l’industrie de la pornographie, elle se prétend catastrophée de ce que le magazine Playboy n’est plus en vente dans les kiosques.

Dans les chapitres quatre et cinq, l’accent est mis sur l’interrelation entre la terre, l’environnement et les corps des personnes. Jusqu’à quel point est-ce que cette relation est entre les mains des gens ? Ou en ont-ils été dépossédés ? Est-ce que cette dépossession se fait au niveau macro des terres et de ce qui y pousse ou au niveau micro des corps eux-mêmes ?

Cet accent sur les corps se poursuit dans les chapitres six et sept avec les façons dont la dignité des corps est fondamentale au bien-vivre. Dans ces chapitres, je parle des lesbiennes qui sont trop souvent écartées des discussions politiques de ce genre. Les corps lesbiens sont attaqués par des violences exercées par des détenteurs de pouvoirs dans des institutions publiques et privées, ainsi que dans les grandes sociétés pharmaceutiques et le système médical industriel. Ceux-ci mettent en oeuvre des programmes patriarcaux qui ont pour effet de museler, assimiler et effacer les lesbiennes.

Dans le chapitre huit, j’examine la question de la catastrophe climatique telle que nous l’avons vécue en Australie récemment, alors qu’au chapitre neuf, j’offre des perspectives sur les façons de s’assurer d’un avenir viable et durable partout sur la planète. J’y cite des propos exprimés dans un discours de Lilla Watson, “Les femmes aborigènes et le féminisme”, livré dans le cadre de la Quatrième conférence sur les femmes et le travail, en 1984. Lilla Watson est une aînée Murri très respectée, une artiste visuelle, une philosophe et une militante issue du peuple Gangulu, au centre de l’État du Queensland.

Elle nous a fait remarquer que les peuples aborigènes considèrent que le futur s’étend aussi loin au-devant que le passé derrière. Elle dit que les Aborigènes disposent d’un plan pour les prochaines 40,000 années.

Ce que j’ai en tête est un monde qui s’apparente au plan de quarante millénaires de Lilla Watson. Quand on envisage un avenir aussi prolongé, il devient essentiel de considérer la gestion et la conservation pérennes des ressources, renouvelables et non renouvelables (voir aussi Hawthorne 2002, pp. 160 – 161).

Le discours de Lilla Watson en 1984 m’a bouleversée en m’indiquant une autre façon de voir le monde. La vie d’une féministe radicale est remplie de telles épiphanies épistémologiques, et je suis redevable à toutes celles qui m’ont mise au défi d’élargir ma compréhension du monde, en collaboration avec d’autres personnes. Le présent livre est un élément de ce parcours.

Susan Hawthorne

La grammaire du patriarcat
une façon de savoir que tout ce tu sais
est tout ce qu’il te faut savoir

une façon de parler qui mène tous les autres à comprendre
qu’il faut se taire

une façon d’être qui te laisse cheminer dans la vie
sans aucune conscience des souffrances des autres

une façon de mener une guerre asymétrique
contre les faibles

une façon d’utiliser ton corps comme d’une arme
et nommer ça amour.


Susan Hawthorne
The Sacking of the Muses
(2019, p. 77)

Traduction: Collective TRADFEM

Tous droits réservés à SUSAN HAWTHORNE et SPINIFEX Inc.

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Une réflexion sur “Vortex: la crise du patriarcat — Susan Hawthorne, Éditions Spinifex

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