Projet Cassandre – Des organisations de Canadiennes s’insurgent contre le projet fédéral de loi C-6 (identité de genre)

Sous le nom informel de « Projet Cassandre », un groupe d’organisations canadiennes s’est réuni pour rédiger un éditorial sur le projet de loi C-6 – Loi modifiant le Code criminel (thérapie de conversion), qui doit être déposé en troisième lecture à la mi-février. Il s’est produit un quasi black-out des médias canadiens autour de cette législation très importante et très vaste (tout comme autour de son prédécesseur, le projet de loi C-16). Nous tenions à présenter au public un résumé des raisons de notre opposition collective à cette législation. Nous avons d’abord envoyé cet article au Globe and Mail, où il a été sommairement rejeté (on nous a écrit: « We will pass at this time »), puis en version réduite à moins de 750 mots – au National Post, qui n’en a même pas accusé réception.

Nous reconnaissons que la plupart des lectrices de Feminist Current n’ont pas besoin d’être persuadées de notre point de vue, mais les médias grand public au Canada continuent de refuser de reconnaître et valider les objections et les préoccupations des femmes concernant la législation sur l’identité de genre.

Nous voulons que ces objections et ces préoccupations s’intègrent au dossier documentaire croissant des médias canadiens qui font obstacle à toute perspective critique sur la législation et les politiques relatives à l’identité de genre.

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Le mythe grec ancien de Cassandre décrit une femme à qui le dieu Apollon a donné le don de prophéties véridiques. Lorsqu’elle rejette les avances d’Apollon, celui-ci ajoute au don une malédiction : elle va prédire l’avenir avec précision, mais personne ne tiendra compte de ses prédictions. La figure de Cassandre a pris une résonance particulière pour celles d’entre nous qui ont demandé, dans des mémoires, des témoignages et des lettres à nos député.e.s, que le projet de loi C-6, censé criminaliser la « thérapie de conversion », soit modifié ou abandonné.

Les lectrices et lecteurs qui n’ont pas suivi les audiences et le débat public plus large sur le projet de loi C-6 peuvent être surpris d’apprendre qui nous sommes : des féministes, des gays et des lesbiennes, et des jeunes qui ont mené un dur combat personnel contre les stéréotypes sexuels. Pourquoi serions-nous opposé.e.s à un projet de loi qui criminalise les traitements pseudo-thérapeutiques destinés à « convertir » les femmes lesbiennes, les personnes bisexuelles et les hommes gays à l’hétérosexualité ? En fait, nous n’avons rien contre la partie du projet de loi qui concerne l’orientation sexuelle.

Les aspects du projet de loi auxquels nous nous opposons sont ceux qui introduisent le terme « cisgenre » dans le lexique judiciaire canadien et qui contribuent à la consécration législative subreptice du concept de « l’identité de genre ». Le mot « cisgenre » a été récemment créé pour décrire les filles, les femmes, les garçons et les hommes qui s’identifient aux stéréotypes des rôles sexuels (le genre). Mais ce concept est une fausse appellation : personne ne s’identifie totalement à ces stéréotypes. L’utilisation de ce terme dans la législation ou la politique gouvernementale aura pour effet de cimenter dans la loi des notions sexistes, en imposant à la plupart des Canadien.ne.s des rôles sexospécifiques rigides et trop étroits. C’est particulièrement préjudiciable aux filles et aux femmes, car les stéréotypes sur les rôles sexuels limitent leur vie de manière oppressive ; mais c’est aussi, pour des raisons similaires, préjudiciable aux garçons et aux hommes.

L' »identité de genre » et l’idée étroitement liée d' »expression de genre » sont apparemment plus bénignes. Ces expressions décrivent la façon dont les filles, les garçons, les hommes et les femmes adoptent ou rejettent les stéréotypes sexuels traditionnels. Chacun devrait être libre de déterminer sa propre relation à ces rôles de genre, tant dans sa vie personnelle que dans ses relations avec les autres. Ces sentiments peuvent changer et s’adapter au fil du temps : un rôle adopté à un âge donné peut être rejeté à un autre. Cela se produit toujours dans le cadre d’un dialogue avec d’autres personnes : parfois avec des thérapeutes, parfois avec la famille et des ami.e.s. Les jeunes ont besoin de la liberté d’explorer et de discuter avec d’autres de leurs sentiments concernant le sexe, leur corps, leur santé mentale et le processus de puberté, mais le projet de loi C-6 restreint cette liberté. Le succès des mouvements de libération des femmes et des gays et lesbiennes dépend en grande partie de la remise en cause des stéréotypes sexuels, ce qui implique une réflexion critique sur l’identité et l’expression de genre. Le projet de loi C-6 s’inscrit dans la voie malavisée tracée par le projet de loi C-16, qui a ajouté « l’identité et l’expression sexuelles » au code pénal et à la loi sur les droits de l’homme en tant que « caractéristiques protégées ». En fait, le projet de loi C-6 illustre les graves conséquences des conflits réels entre le projet de loi C-16 et la Charte canadienne des droits et libertés, dans laquelle c’est le sexe qui est la caractéristique protégée.

Nous savons qu’aujourd’hui, 75 % des personnes orientées vers ce qu’on appelle des « cliniques d’identité de genre » sont des femmes qui souhaitent effectuer une transition pour devenir des hommes. Nous savons également que beaucoup de jeunes filles qui cherchent à effectuer cette transition sont confrontées à une attirance pour les personnes de leur sexe. De nombreuses « détransitionnistes » (il s’agit surtout de jeunes femmes qui s’étaient crues transgenres, mais qui ont ensuite changé d’avis) ont expliqué qu’à un moment donné, après ou pendant le processus de transition, elles ont réalisé que, plutôt que d’être des garçons « nés dans le mauvais corps », elles étaient en fait des filles lesbiennes nées exactement dans le bon corps.

Nous vivons dans une société qui célèbre beaucoup plus les hommes homosexuels que les femmes lesbiennes en tant que modèles, ce qui signifie que sortir du placard en tant que lesbienne est encore quelque chose que beaucoup de jeunes femmes hésitent à faire. Beaucoup de détransitionnistes disent se sentir bousculées par le processus de transition, et souhaiter que les problèmes auxquels elles sont confrontées en termes de santé mentale, de sexualité, d’image corporelle et de normes sociales aient été traités avant leur transition. On constate qu’au cas par cas, seule la transition leur a été proposée comme « solution » à leurs difficultés. Il existe un besoin de services et de thérapies qui n’encouragent pas une transition hâtive pour ces jeunes, mais le projet de loi C-6 propose de criminaliser ces services.

Le projet de loi C-6 a été conçu pour garantir que la transition médicale soit la seule option qui puisse être offerte aux mineurs qui souffrent de dysphorie de genre. Cette course à la médicalisation a un impact néfaste et disparate sur les jeunes filles vulnérables. Une fois qu’une fille est « affirmée » comme garçon, les clinicien.ne.s perdent la possibilité d’identifier et de traiter toute expérience distinctement féminine qui l’a amenée à chercher une transition. Nous sommes en mesure d’analyser et de comprendre cet impact à l’aide des dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés : c’est-à-dire en termes de sexe. À cet égard, les lois qui sapent la primauté des protections de la Charte fondées sur le sexe des femmes, comme le projet de loi C-16 et maintenant le projet de loi C-6, sont malavisées.

Plusieurs féministes, lesbiennes, homosexuels et jeunes gens détransitionnés constatent avec horreur que sous prétexte d’une « criminalisation de la thérapie de conversion », le projet de loi C-6 rendra de fait juridiquement obligatoire une nouvelle forme de thérapie de conversion (c’est-à-dire un processus qui convertit les jeunes lesbiennes en « hommes » hétéros).

Il n’échappe pas à notre attention que les promoteurs les plus bruyants de cette soi-disant « approche affirmative » obligatoire sont des hommes hétérosexuels adultes qui souhaitent vivre comme des femmes – une population dont les luttes et les préoccupations sont très différentes de celles des adolescentes.

Ces derniers mois, la Suède et le Royaume-Uni ont commencé à faire preuve de beaucoup plus de prudence en ce qui concerne la transition pédiatrique. Elles et ils se guident sur la science, plutôt que sur des considérations politiques. Il est frustrant de voir les législateurs canadiens procéder sans comprendre tous les faits entourant la tendance à la transition – en particulier en ce qui concerne les jeunes femmes – ainsi que les implications éthiques du projet de loi C-6. Ce sera finalement une source de honte nationale énorme que, lors de sa deuxième lecture, ce projet de loi ait été adopté avec un vote disproportionné de 308-7 en faveur. Nous, soussignées Les Cassandres, tenons à avertir la population canadienne qu’il est encore temps de retirer ce projet de loi insatisfaisant.

Si vous partagez nos préoccupations, veuillez contacter vos député.e.s et leur demander de voter contre le projet de loi C-6 lors de sa prochaine présentation.

SIGNATAIRES:

AB Radical Feminists

Association de défense des femmes de l’Alberta

Canadian Women’ Sex-Based Rights

Feminist Current

Alliance LGB – Canada

Pour les Droits des Femmes du Québec (PDF Québec)

We the Females

Campagne pour les droits de la personne pour les femmes – Canada

Traduit par TRADFEM

Version initiale: « Canadian women’s groups speak out in opposition to Bill C-6 » , Feminist Current, 16 février 2021

Un des rares reportages à avoir abordé cet enjeu: DESAUTELS LE DIMANCHE:

La dysphorie de genre chez les jeunes – un reportage de Janic Tremblay

Émission diffusée le dimanche 14 février 2021 – https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/desautels-le-dimanche

3 réflexions sur “Projet Cassandre – Des organisations de Canadiennes s’insurgent contre le projet fédéral de loi C-6 (identité de genre)

  1. Il suffit apparemment d’accuser de « transphobie » quiconque se rebiffe contre ce projet de loi pour mettre les médias de son côté. Merci à Janic Tremblay et à l’émission DESAUTELS d’avoir fouillé plus avant.

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  2. On se dirige droit vers ce qu’on a déjà vu avec les lobotomies ou autres fantaisies scientifiques : une expérience de grande ampleur, désastreuse, et des victimes parmi les plus fragiles. Je pense surtout aux risques accrus de cancer que les hormones provoquent à long terme chez celles et ceux qui rêvent de se libérer des carcans patriarcaux.
    Et, au bout de quelques décennies, un mea culpa général de la part des « soignants » qui ont mené l’expérience en question. Qui se moque des conséquences à long terme pour les cobayes, tant que l’expérience scientifique a pu être menée à bien ? La plupart de ceux et celles qui auront aidé à ces expérimentations seront âgés, après une carrière bien remplie, et alors comment les juger, donc les faire répondre de leurs actes passés ? Ils seront soit morts, soit ils plaideront la fragilité de la vieillesse (voire la prescription ?)

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  3. Le projet de loi C-6 est mort au feuilleton du Sénat canadien le 21 juin 2021, en prévision d’une élection cet automne, après que quelques députés aient fait écho aux inquiétudes des féministes, et de quelques thérapeutes et parents qui ont tenté d’avertir l’État de ce que seraient ses conséquences désastreuses du fait d’assimiler à une « thérapie de conversion » toute hésitation ou critique face au rouleau compresseur transgenriste.
    Mais il n’est pas dit que cette tentative d’imposer une « identité sexuelle » dite innée contre les droits des jeunes basés sur le sexe ne refera pas surface, puisque les trois grands partis canadiens n’osent pas contester l’orthodoxie genriste.
    Pour en savoir plus, lire « TRANS: When Ideology Meets Reality », de la journaliste britannique Helen JOYCE, publié en juillet 2021 par l’éditeur Onlyworld et dont TRADFEM a amorcé l’adaptation française sur le présent site.

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