En Espagne, l’assaut mené par le lobby trans prend un tour inquiétant

par Debbie Hayton, dans The Spectator, le 23 janvier 2021

Lidia Falcón O’Neill est une figure légendaire de la politique espagnole. Il y a un demi-siècle, elle a tenu tête à Franco en tant que chef de cellule du Parti communiste socialiste unifié de Catalogne. En 1974, cette opposition lui a valu d’être brutalement torturée :

 »(…)Lorsqu’elle s’est évanouie, ils l’ont détachée et l’ont étendue sur le sol. Ils l’ont réveillée avec un seau d’eau. … Elle est restée par terre, trempée, pendant des heures, jusqu’à ce qu’ils la descendent dans la cellule. … Le sixième jour, les tortionnaires n’ont pas pu continuer les mêmes séances. Ils ne pouvaient plus la pendre au mur car elle perdait rapidement conscience. Aussi, quand elle se réveillait, elle continuait à recevoir des coups de poing et de pied alors qu’elle était allongée sur le sol (…) ».

Aujourd’hui âgée de 85 ans, Falcón, présidente du Parti féministe d’Espagne (PFE), est de retour sur la ligne de front de la politique espagnole — et ses nouveaux ennemis sont les transactivistes qui ne tolèrent aucune dissidence dans la discussion sur le genre. Le Parti féministe s’oppose vigoureusement à de nouvelles « lois sur les trans » proposées en Espagne. Cela les a mis en désaccord avec les autres partis de gauche, et l’année dernière, le Parti féministe espagnol a été expulsé de la Gauche unie.

Le gouvernement espagnol est une sorte de cocktail de gauche. Dirigé par le parti socialiste ouvrier de centre-gauche de Pedro Sánchez, il compte sur le soutien de la formation  »Podemos » (Ensemble, nous Pouvons »). Dans cette coalition, la Gauche unie (Izquierda Unida) s’emploie énergiquement à faire adopter de nouvelles lois sur le transgenrisme – une législation qui pourrait offrir des changements de genre sur simple demande et permettre la médicalisation des enfants identifiés comme transgenres.

De telles lois offrent peu d’avantages aux transsexuel-le-s comme moi, qui sont déjà bien protégés par la législation existante. En Espagne, tout comme au Royaume-Uni, les personnes souffrant d’un état psychologique diagnostiquable peuvent même changer de sexe légal, si elles le souhaitent. Mais cela ne suffit pas aux groupes de pression LGBTQ qui cherchent à secouer radicalement la société.

Le groupe espagnol de défense des droits des femmes Contre l’effacement des femmes (CEBM) m’a dit que le gouvernement se propose de supprimer tous garde-fous et contrepoids afin de permettre à quiconque de choisir son sexe enregistré, que cette personne soit ou non transsexuelle.

D’une manière générale, l’objectif est de remplacer le concept de « sexe » par celui de « genre », ce qui  »renforcera les stéréotypes sexistes et mettra en péril les acquis en matière d’égalité », m’a déclaré une représentante du groupe.

En Catalogne, la loi sur la violence masculine a déjà fait l’objet d’une réforme. Les militantes affirment que ce changement signifie désormais que les hommes qui s’identifient comme femmes peuvent être admis dans les foyers d’accueil pour victimes de violence conjugale. Il s’agit d’un précédent inquiétant qui pourrait faire courir des risques supplémentaires à certaines des femmes les plus vulnérables. Pourtant, en Espagne, comme en Grande-Bretagne, rares sont ceux et celles qui sont prêtes à dénoncer publiquement cette nouvelle orthodoxie trans.

Il n’est pas difficile de comprendre les raisons de cette réticence. L’autrice espagnole Lucía Etxebarria, qui s’est exprimée en appui à la romancière JK Rowling, a été victime d’intimidation, de harcèlement et d’agressions :

 »Il y a d’abord eu une campagne de diffamation, puis ils ont commencé à m’accuser de plagiat. Il y a eu des menaces de mort, mais le pire, c’est qu’ils ont trouvé une photo de ma fille de 17 ans et l’ont fait circuler. Soudain, ma fille a reçu des milliers de messages sur son compte Instagram. Même à l’école, elle recevait des menaces. »

Comme beaucoup de femmes en Grande-Bretagne, Madame Etxebarria n’a rien contre les transsexuels, elle s’inquiète simplement des implications pratiques de l’abandon du concept de sexe. Elle est préoccupée par le fait que la loi soit changée discrètement parce que les gens ont trop peur de la commenter. Tant de femmes ici ont arrêté de lutter parce qu’à chaque fois qu’elles en parlent, elles subissent du harcèlement », m’a-t-elle dit.

Et cela nous ramène à la formidable Lidia Falcón. Près de 50 ans après avoir été torturée par le régime franquiste, elle est confrontée à une nouvelle forme de totalitarisme. Le bureau du procureur de Barcelone contre les crimes de haine a amorcé une procédure contre elle. Cela s’est produit après que la Fédération des plate-formes trans se soit plainte qu’elle niait l’identité des personnes trans.

Falcón est imperturbable : elle affirme que ‘’cette notion de crime de haine désigne plutôt un crime politique « parce qu’il persécute des assertions au lieu d’enquêter sur des faits »… Dès que nous ouvrons la porte à la répression des opinions, qui sait où cela nous mènera ?’’

Alors que le gouvernement Sánchez se prépare à dévaler une pente qui abolira les droits sexuels des femmes et compromettra la protection des enfants et des personnes vulnérables en Espagne, nous ferions bien d’écouter la voix de Lidia Falcón.

Debbie Hayton est une activiste transsexuelle britannique.

Version originale : https://www.spectator.co.uk/article/spain-s-transgender-wars-are-turning-nasty?

Traduction de l’anglais : TRADFEM

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