Convergences et divergences entre le féminisme radical et la théorie queer

par Debbie Cameron et Joan Scanlon, dans Nouvelles Questions Féministes 2014/2 (Vol. 33), pages 80 à 94.

Debbie Cameron et Joan Scanlon animaient en 2010 un atelier de réflexion sur le concept de genre et sur sa signification pour le féminisme radical, dans le cadre d’un « féminaire » destiné aux membres du London Feminist Network. Deux mois plus tard, les auteures publiaient leurs propos sur le site de leur revue Trouble & Strife, sous l’intitulé « Talking about gender » : [www.troubleandstrife.org/new-articles/talking-about-gender]. En 2013, le site de Sisyphe publiait une traduction de ce texte réalisée par Annick Boisset et Martin Dufresne, éditée en deux parties :

  1. « Qu’est-ce que le genre ? D’où vient la confusion qui l’entoure ? », [http://sisyphe.org/spip.php?article4426].
  2. « Genre et sexualité : convergences et divergences du féminisme radical et de la théorie queer », [http://sisyphe.org/spip.php?article4430].

La rédaction de Nouvelles Questions Féministes vous propose ici la retranscription des deux parties publiées par Sisyphe, unifiées en un seul article que nous avons intitulé « Convergences et divergences entre le féminisme radical et la théorie queer » et auquel nous avons ajouté quelques notes (ndlr). Nos chaleureux remerciements vont aux auteures, à Sisyphe et aux personnes qui ont traduit « Talking about gender », toutes nous ayant aimablement accordé l’autorisation de cette publication.
Le comité de rédaction de NQF

1Debbie Cameron : Le but de la discussion d’aujourd’hui est de tenter de déblayer une partie de la confusion théorique et politique qui entoure présentement le concept de genre. Il est probablement utile de commencer par se demander d’où vient cette confusion.

2De nos jours, les conversations sur le « genre » achoppent souvent sur des problèmes parce que les personnes qui en parlent emploient le même mot en lui donnant en gros la même signification, alors qu’en y regardant de plus près, elles ne parlent pas des mêmes questions à partir de la même approche. Par exemple, quand nous avons lancé l’anthologie The Trouble & Strife Reader[1][1][www.bloomsburyacademic.com]. à la Foire du livre radical d’Édimbourg, des étudiantes sont venues nous dire leur satisfaction de voir ce livre publié, mais aussi leur surprise qu’il y soit si peu question du genre. Pourtant, ce livre ne parle que de cela, du genre, au sens féministe radical du mot, soit les relations de pouvoir entre femmes et hommes, de sorte qu’à nos yeux, cette réaction était assez surprenante. Joan ne la comprenait tout simplement pas au départ. Pour ma part, j’ai saisi ce qu’elles voulaient sans doute dire car je suis toujours universitaire, et à l’université, on entend beaucoup le mot « genre » utilisé de cette manière.

3Voici la clé de l’énigme. Pendant les années 1990, les théoriciennes et les activistes queer ont élaboré une nouvelle façon de parler du genre. Leur approche présentait bien sûr des points communs avec le vocabulaire féministe plus établi, mais elle présentait un accent différent ; une théorie différente la sous-tendait. Il s’agissait au fond de la théorie postmoderniste de l’identité, associée à la philosophe Judith Butler, bien que je doute que Butler elle-même dirait que les féministes n’avaient pas d’analyse critique du genre. Il découla de cette nouvelle approche des choix de politiques très différents. Pour les gens qui ont acquis leur formation dans ces années-là – soit en côtoyant la théorie féministe universitaire, soit en s’impliquant dans le système de pensée et l’activisme queer –, c’est le sens que prit le concept de « genre ». Ces personnes crurent ce qu’on leur avait dit, à savoir que les féministes des années 1970 et 1980 n’avaient pas d’analyse critique du genre, ou qu’elles n’avaient pas la bonne analyse, dans la mesure où leurs idées sur le genre relevaient de « l’essentialisme » plutôt que de « la construction sociale » de l’identité.

4Ce n’est pas notre appréciation des choses, et nous verrons tantôt pourquoi. Mais commençons plutôt par comparer l’« ancien » concept, féministe, du genre et le plus « nouveau » concept qui a émergé de la théorie et de l’activisme queer des années 1990.

Qu’est-ce que le genre ?

5A. « Ancien » concept du genre

6Il s’agit d’un système de relations sociales/de pouvoir structuré par une division binaire entre « les hommes » et « les femmes ». Le partage en catégories se fait habituellement sur la base du sexe biologique. Mais le genre tel que nous le connaissons est une réalité sociale plutôt que biologique (par exemple, la masculinité et la féminité ont des définitions différentes à différents lieux et à différentes époques).

7B. « Nouveau » concept du genre

8Il s’agit d’un aspect de l’identité personnelle/sociale, habituellement attribué à la naissance sur la base du sexe biologique (mais cette correspondance « naturelle » est une illusion – de même que l’idée qu’il doit exister deux genres puisqu’il y a deux sexes).

Pourquoi ce système constitue-t-il une oppression ?

9A. « Ancien » concept du genre

10Parce qu’il est fondé sur la subordination d’un genre (les femmes) par l’autre (les hommes).

11B. « Nouveau » concept du genre

12Parce que c’est un système binaire rigide. Il oblige chaque personne à s’identifier soit comme un homme, soit comme une femme (c’est-à-dire pas ni l’une ni l’autre, pas les deux à la fois, pas quelque part entre les deux, et pas de façon complètement autre) et punit quiconque ne se conforme pas à cette règle. (Cela opprime les hommes et les femmes, et surtout les personnes qui ne s’identifient pas complètement au modèle prescrit pour leur genre.)

Que serait une politique radicale du genre ?

13A. « Ancien » concept du genre

14Le féminisme : Les femmes se mobilisent pour renverser le pouvoir masculin et ainsi le système du genre dans son ensemble. (Pour les féministes radicales, le nombre idéal de genres serait… aucun.)

15B. « Nouveau » concept du genre

16« Le queer » : Femmes et hommes rejettent le système binaire, s’identifient comme des « hors-la-loi du genre » (c’est-à-dire, des queer ou des trans) et exigent la reconnaissance d’une palette d’identités de genre. (Dans cette perspective, le nombre idéal de genres serait… infini ?)

17Il existe à la fois des similitudes et des différences entre ces deux versions. Dans les deux, le genre est relié au sexe, mais ce n’est pas la même chose ; dans les deux, le genre tel que nous le connaissons est un système binaire (il y a, à la base, deux genres) ; et les deux approches conviendraient sans doute que le genre est affaire de pouvoir ET d’identité ; mais elles diffèrent dans l’importance accordée à l’un et l’autre facteur. Ces deux versions diffèrent également parce que les adeptes de la version queer ne pensent pas en termes d’oppression des femmes par les hommes ; ils et elles considèrent que les normes de genre sont plus oppressives que le pouvoir hiérarchisé, et ils et elles veulent plus de genre plutôt que moins ou pas du tout.

18Pour bien comprendre ces concepts et décider ce que vous en penserez, il est utile de connaître un peu d’histoire, l’histoire des idées féministes radicales et sexuelles radicales. Il y a trois questions principales que nous croyons utile d’explorer de façon plus détaillée :

191. Est-il vrai que le féminisme radical est, ou était, essentialiste dans sa conception du genre ?

202. Quelle est, et était, la relation entre la politique du genre et la sexualité ?

213. Qu’ont en commun le féminisme radical et la politique queer (aussi appelée gender queer), quelles sont leurs différences de base et quels sont leurs objectifs politiques respectifs ?

Le féminisme radical est, ou était-il, essentialiste ?

22Commençons par convenir d’une chose : il existe bel et bien des variétés essentialistes de féminisme, des courants de pensée pour lesquels, par exemple, le corps des femmes se voit assigné des pouvoirs mystiques, ou les hommes sont perçus comme naturellement mauvais ; certaines femmes qui souscrivent à ces idées pourraient se revendiquer ou être estampillées du label « féminisme radical ». Mais si l’on envisage plutôt le féminisme radical comme une tradition politique qui a produit, entre autres, un corpus de textes féministes qui en sont venus à être considérés comme « classiques », on constate à quel point leur conception du genre a toujours été non essentialiste – ce qui peut surprendre, compte tenu de l’insistance avec laquelle on accuse les féministes radicales d’être essentialistes.

23Afin d’illustrer ce point, j’ai assemblé quelques citations de femmes généralement reconnues comme les archétypes des féministes radicales, dont Simone de Beauvoir, que l’on considère souvent comme la fondatrice du féminisme moderne de la « seconde vague », avec son livre Le deuxième sexe (publié pour la première fois en 1949, soit vingt ans plus tôt que l’éclosion de cette vague). Beauvoir n’avait rien d’essentialiste et, bien qu’elle n’utilise pas de terme équivalent à « genre » (un mot qui n’est toujours pas d’usage courant en français), nombre de ses commentaires sont axés sur la distinction entre l’aspect biologique et l’aspect social de la féminité. L’une de mes phrases favorites du Deuxième sexe, à cause de son côté froidement sarcastique, est la suivante : « Tout être humain femelle n’est donc pas nécessairement une femme ; il lui faut participer à cette réalité mystérieuse et menacée qu’est la féminité. »

24Une autre féministe des débuts de la « seconde vague », Shulamith Firestone, auteure de La dialectique du sexe (1970), a souvent été taxée d’essentialiste (pour avoir émis l’hypothèse que la subordination des femmes avait sans doute trouvé son origine dans leurs fonctions reproductives et nourricières). Mais en réalité, Firestone ne voyait ni comme naturelle ni comme inévitable l’existence d’une hiérarchie sociale bâtie sur la différence des sexes. Au contraire, elle écrit dans La dialectique du sexe :

25Et exactement comme le but final de la révolution socialiste n’était pas l’élimination du privilège de l’économie de classe, mais celle de la différenciation entre classes elles-mêmes, ainsi le but final de la révolution féministe doit être… non seulement l’élimination du privilège masculin, mais la distinction sexuelle elle-même : les différences génitales entre humains ne compteront plus culturellement.

26Dans les écrits légèrement postérieurs de la féministe radicale matérialiste Christine Delphy, le genre n’a de sens théorique qu’en tant qu’effet de rapports hiérarchiques de pouvoir ; ce n’est pas une différence préexistante sur laquelle ces relations de pouvoir seraient ensuite superposées. La position de Delphy peut sembler extrême aux yeux des féministes moins radicales, mais quoi qu’on en pense, elle ne pourrait guère être moins essentialiste. Comme elle-même le dit (2001 : 259-260) :

27Ce que seraient les valeurs, les traits ou la personnalité des individus, la culture d’une société non hiérarchique, nous ne le savons pas et nous avons du mal à l’imaginer. […] peut-être ne pourrons-nous vraiment penser le genre que le jour où nous pourrons imaginer le non-genre.

28Les auteures que je viens de citer sont toutes des femmes qui « peuvent imaginer le non-genre »… et qui le font. Cette volonté de penser sérieusement à ce qui, pour la plupart des gens, y compris bien des féministes, est impensable – à savoir qu’un monde vraiment féministe serait un monde non seulement sans inégalités de genre, mais aussi sans distinctions de genre – cette volonté, dirons-nous, est un des marqueurs du féminisme radical, une des façons par lesquelles ce féminisme se distingue comme « radical ».

29Un autre élément qui distingue le féminisme radical est la manière dont il relie le genre à la sexualité, et le genre et la sexualité au pouvoir. Les écrits de Catharine A. MacKinnon insistent fortement sur cette relation, comme le passage suivant de son livre Le féminisme irréductible (2005) :

30Dans la théorie féministe du pouvoir, la sexualité est marquée par le genre, de même que le genre est sexualisé. Autrement dit, la théorie féministe analyse comment l’érotisation de la domination et de la soumission crée le genre, la femme et l’homme, sous les formes sociales que nous connaissons. La différence des sexes et la dynamique de domination-soumission se définissent ainsi mutuellement. L’érotique est ce qui définit le sexe comme inégalité, donc comme différence significative. C’est là pour moi la signification sociale de la sexualité et la contribution spécifique du féminisme à la prise en compte de l’inégalité de genre.

31Cela montre que certaines féministes radicales les plus connues ont adopté une conception non essentialiste de la sexualité aussi bien que du genre. En fait, un des comptes rendus les plus radicalement non essentialistes ou anti-essentialistes que nous connaissons – une conception aussi radicale que celle de n’importe quelle théoricienne queer par sa façon de rejeter l’idée d’identités sexuelles fixes et finies – vient de la féministe radicale Susanne Kappeler, dans son livre Pornography of Representation (1986) :

32Dans une perspective politique, la sexualité, comme le langage, pourrait entrer dans la catégorie des relations intersubjectives : une question d’échange et de communication. Les relations sexuelles – le dialogue entre deux sujets – détermineraient, articuleraient une sexualité des sujets, tout comme les interactions du discours génèrent des rôles de communication entre les interlocutrices. La sexualité serait alors moins une question identitaire, celle d’un rôle fixé en l’absence d’une praxis, qu’une possibilité, dotée d’un potentiel de diversité et d’interchangeabilité, dépendant de façon cruciale d’un interlocuteur/trice, d’un autre sujet, et codéterminée par lui.(Notre traduction)

33Nous expliquerons tantôt pourquoi nous pensons que les idées de ces féministes radicales au sujet du genre, de la sexualité, de l’identité et du pouvoir lancent en fait un défi beaucoup plus radical au statu quo que les idées des analyses queer.

34Joan Scanlon : Comme l’a dit Debbie, j’ai été complètement abasourdie quand les deux jeunes femmes rencontrées à Édimbourg m’ont demandé pourquoi The Trouble & Strife Reader (2009) ne parlait pas davantage de genre. J’ai donné un coup de fil à Su Kappeler (que nous venons de citer) et elle m’a dit : « Tu sais, Joan, c’est comme ce que Roland Barthes écrit quelque part : ‹Si vous avez un guide de voyage pour l’Italie, vous ne trouverez pas le mot Italie dans l’index, vous y trouverez Milan, Naples ou le Vatican… » J’y ai repensé et j’ai compris que, malgré la justesse de sa remarque, il y avait autre chose là-dessous : c’était comme si la carte de l’Italie avait complètement disparu – une carte tout de même bien utile pour situer respectivement Milan, Naples ou le Vatican – et que l’on avait remplacé la réalité géographique, politique et économique de l’Italie par un espace virtuel dans lequel l’Italie pouvait aussi bien être un bal masqué, un drapeau tricolore, un bar à glaces, ou n’importe quelle combinaison de « signifiants flottants ». Et ainsi, en revenant au concept de genre, j’ai compris qu’il nous fallait reconstruire cette carte, et que nous avions besoin de regarder la question en mode historique pour trouver un sens à ce glissement de signification.

35Bien sûr les cartes évoluent, comme le font les frontières, mais on ne peut aller bien loin sans elles. Il nous faut donc analyser pourquoi des féministes ont adopté le terme « genre » pour décrire une réalité matérielle – l’imposition systématique du pouvoir masculin – et pour en faire un outil de changement politique. Je vais commencer par quelques définitions, puis je parlerai brièvement de l’histoire de la sexualité, du rapport entre le genre et la sexualité et de l’évolution de ce rapport entre deux constructions depuis le début du siècle dernier. Je donnerai un aperçu des points communs et des différences clés entre le féminisme et les analyses queer.

Définitions : le féminisme, le genre, la sexualité

36À la fin des années 1980, alors que Liz Kelly et moi étions en train d’écrire quelque chose ensemble, nous avons décidé qu’étant donné la prolifération des « féminismes », nous devions affirmer que le terme « féminisme » était vide de sens s’il signifiait simplement ce que n’importe qui voulait bien lui donner comme sens. Autrement dit : on ne peut avoir de pluriel si l’on n’a pas un singulier. Alors nous avons défini le féminisme tout simplement comme « une reconnaissance du fait que les femmes sont opprimées et comme un engagement à changer cet état de fait ». Par-delà cette définition, on peut avoir toutes sortes de différences d’opinion quant au pourquoi de l’oppression des femmes et toutes sortes de points de vue différents quant à des stratégies pour transformer cette situation.

37Pour le 10e anniversaire de la revue Trouble & Strife, en 1993, nous avons ensuite demandé à plusieurs femmes de définir le féminisme radical. Leurs définitions ont toutes eu le point commun suivant : poser comme élément central que le genre est un système d’oppression et que les hommes et les femmes sont deux groupes socialement construits, qui existent en raison précise de la relation de pouvoir inégalitaire entre eux. De plus, ces définitions affirment toutes que le féminisme radical est radical parce qu’il remet en question toutes les relations de pouvoir, y compris les formes extrêmes comme la violence masculine et l’industrie du sexe (qui a toujours été très controversée dans le mouvement des femmes et l’objet d’une lutte très impopulaire à mener). Au lieu de s’en tenir à des ajustements périphériques à la question du genre, le féminisme radical s’attelle au problème structurel qui la sous-tend.

38C’est dire que définir le genre semble être un passage obligé pour comprendre la prolifération de sens ayant accompagné son utilisation devenue plurielle. Le terme de « genre », tel que les féministes radicales l’ont toujours compris, décrit l’oppression systématique des femmes, en tant que groupe subordonné, au bénéfice du groupe dominant : les hommes. Ce n’est pas un concept abstrait – il décrit les circonstances matérielles de l’oppression, y compris le pouvoir masculin logé dans les institutions et dans les relations personnelles : par exemple, la division inégalitaire du travail, le système judiciaire pénal, la maternité, la famille, la violence sexuelle et ainsi de suite.

39Je tiens à préciser ici que très peu de féministes soutiendraient que le genre n’est pas socialement construit. Je crois que si on accuse d’essentialisme biologique le féminisme radical, c’est parce qu’il a joué un rôle aussi central dans la campagne menée contre la violence masculine. D’où le fait que l’on nous accuse, pour une raison ou une autre, de croire que tous les hommes sont violents par nature. Je n’ai jamais compris cet illogisme : si vous vous impliquez dans une politique de changement, il serait tout à fait absurde de croire que ce que vous souhaitez changer est inné ou immuable.

40En fait, considérer que le genre, dans le système patriarcal, émane du sexe biologique, a pour effet d’« essentialiser » encore plus la sexualité, et elle est peu à peu perçue comme émanant de notre nature même, de désirs et de sentiments qui échappent entièrement à notre contrôle, même si notre conduite sexuelle peut être régulée par des codes moraux et sociaux. Alors, pour conclure avec quelques définitions, je vais emprunter à Catharine A. MacKinnon sa définition de la sexualité comme « un processus social qui crée, organise, oriente et exprime le désir ». Cela indiquant clairement que le féminisme radical interprète la sexualité comme étant socialement construite, je n’en dirai pas plus long à ce sujet pour le moment, dans la mesure où j’espère que la suite de mes propos éclaircira tout cela.

Une brève histoire de la sexualité

41C’est seulement à partir de 1870 environ, que le discours médical, scientifique et juridique a commencé à classer et à catégoriser les personnes par types sexuels – et qu’il a produit l’idée, aujourd’hui reconnue par les historiennes, d’une identité spécifiquement homosexuelle ou lesbienne. Avant la fin du XIXe siècle, on concevait la conduite sexuelle en termes de péché et de crime, donc en termes d’actes sexuels plutôt que d’identités sexuelles. Au Royaume-Uni, l’homosexualité masculine a été pénalisée jusqu’à 1967, et le lesbianisme, sans avoir jamais été illégal, s’est vu réprimé par d’autres moyens ; jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, c’était une option économiquement possible pour une très petite minorité de femmes privilégiées et financièrement indépendantes. La sexualité des femmes a toujours été contrôlée par la coercition, la dépendance économique aux hommes et, en très grande partie, par l’idéologie. L’essai d’Adrienne Rich de 1979 (1981 pour la version française), La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne, détaille l’étendue et l’inventivité de ces moyens de contrôle.

42Le genre est un des moyens les plus efficaces de contrôler la sexualité : vu la constante réaffirmation du système binaire de genre comme appareil de contrôle social, si vous sortez du rôle de genre qui vous a été assigné, vous êtes susceptible d’être stigmatisée comme homosexuelle. Autrement dit, si vous renoncez aux gratifications de la féminité, par exemple en devenant plombière, ou en ne vous rasant pas les jambes, ou en disant à un homme qui vous harcèle d’aller se faire foutre, on va probablement vous accuser d’être lesbienne. (Un homme qui ne se conforme pas aux conventions de la masculinité, et qu’on voit pousser un landau, qui porte du rose ou qui n’aime pas le foot sera tout aussi probablement traité de gay.)

43De la même façon, si vous êtes lesbienne, on s’attend à ce que vous vous conduisiez comme un homme, à ce que vous fassiez montre d’un désir masculin – et les femmes hétérosexuelles craignent sans doute que vous vous intéressiez à elles, et sont encouragées à éviter les espaces réservés aux femmes, de peur qu’on leur saute dessus. (Cela est peut-être moins vrai maintenant, mais le problème se posait toujours lors des événements « pour femmes seulement » au début de mon engagement féministe, en ce sens que les hétérosexuelles croyaient que « réservé aux femmes » signifiait « pour lesbiennes » et prenaient donc pour acquis que ces lieux et ces événements allaient tous être sexualisés.) De toute façon, c’est en partie ce que désignait MacKinnon quand elle disait que « le genre est sexualisé et la sexualité est genrée » – autrement dit, que le différentiel de pouvoir entre les hommes et les femmes est érotisé, et on ne reconnaîtrait pas quelque chose comme sexuel s’il n’y était pas question de pouvoir – de sorte que tout ce qui est perçu comme sexuel, telle l’identité gay et lesbienne, est lu à travers ce prisme, et est ainsi genré.

44Les premiers sexologues ont joué un rôle important en créant et en consolidant le mythe selon lequel les lesbiennes étaient foncièrement des femmes masculinisées et selon lequel les hommes homosexuels étaient par nature féminins. C’est également dans leurs œuvres – par exemple, celle de Richard von Krafft-Ebing [2][2]Ndlr : Sexologue austro-hongrois. Il semble que Cameron et… – que l’on trouve d’abord la notion d’un homme né dans le corps d’une femme, et vice versa. Bien que les premiers sexologues aient démystifié beaucoup d’autres croyances au sujet des conduites sexuelles et qu’ils aient contribué à contester la criminalisation de l’homosexualité en présentant celle-ci comme « naturelle » et « innée », ils ont, ce faisant, confirmé l’idée selon laquelle la sexualité était une part essentielle de la nature humaine, qui était soit un danger qu’il fallait contrôler médicalement, soit une force positive qu’il fallait libérer des contraintes répressives de la civilisation. Ces sexologues étaient souvent en désaccord et emmêlés dans des contradictions, mais, collectivement, ils ont créé et confirmé le mythe selon lequel nous avons tous et toutes une « véritable identité sexuelle », que la sexologie peut aider à révéler. Certains de leurs écrits apparaissent maintenant comme un complet tissu d’absurdités, mais l’on ne saurait sous-estimer l’importance de ces textes dans la littérature et l’imaginaire populaire de cette époque.

45Pour n’en donner qu’un exemple : Richard von Krafft-Ebing (dont les études de cas ont servi de modèles aux personnages de Radclyffe Hall [3][3]Ndlr : Romancière et poétesse britannique (1880-1943). Le puits… dans son roman lesbien Le puits de solitude publié en 1928 [1932 pour la version française]) a soutenu que les personnes homosexuelles n’étaient ni malades mentales, ni moralement dépravées – elles avaient simplement subi une inversion congénitale du cerveau pendant la gestation de l’embryon. De plus, il était convaincu que l’on pouvait trouver des marqueurs de masculinité chez les « inverties » de sexe féminin, confirmant ainsi la cause génétique de leur état. Havelock Ellis, qui a préfacé Le puits de solitude, partageait cette position et allait jusqu’à soutenir que l’on pouvait faire une distinction entre les vraies « inverties », à la nature permanente et innée, et les femmes attirées par les « inverties ». Les secondes, bien que plus féminines, n’étaient « pas bien adaptées à la maternité », et elles étaient en conséquence mal disposées à une sexualité hétérosexuelle procréative.

46Une position plus éclairée fut celle d’Edward Carpenter, réformateur socialiste et philosophe utopiste [4][4]Ndlr : Carpenter (1844-1929) a notamment lutté pour les droits… : Carpenter, qui utilisait le mot uranien (un adjectif qui signifie « céleste ») pour désigner les personnes attirées par celles de leur propre sexe, avait une perspective plus mystique et lyrique sur toute cette question. (On se moque volontiers de lui car une sorte de culte se forma autour de lui ; non content de fabriquer ses propres sandales, il fabriquait aussi toutes celles de sa communauté, qui vivait dans une commune près de Sheffield, en Angleterre.) Mais sous bien des aspects, Carpenter a été le plus radical de tous. Il s’est beaucoup plus intéressé aux caractéristiques de tempérament et de sensibilité des gens qu’à leurs signes (biologiques) apparents de déviance par rapport aux conventions de la masculinité et de la féminité. Il croyait aussi que les personnes qui appartenaient au « sexe intermédiaire » pourraient un jour servir de passerelles entre les différentes classes et races, et agir comme interprètes entre les hommes et les femmes, du fait de partager les caractéristiques des deux groupes. Les économistes et les politiciennes du mouvement rejetèrent les vues de Carpenter comme autant de fadaises sentimentales mais c’est lui, de tous les sexologues, qui vint le plus près d’affirmer que c’est le genre en soi qui est le problème, et que les pôles extrêmes du système binaire de genre sont préjudiciables à la société idéale qu’il imagine.

47Je ne vais pas passer en revue l’ensemble des sexologues du XXe siècle – sans doute êtes-vous au fait des travaux de laboratoire de Masters et Johnson, et des excellentes études par sondages sur les conduites sexuelles menées par Alfred Kinsey [5][5]Ndlr : Alfred Kinsey, Sexual Behavior in the Human Male (1948),… et Shere Hite [6][6]Ndlr : Shere Hite, Le Rapport Hite (1976), Le Rapport Hite sur…, respectivement dans les années 1950 et 1980. Leur travail ébranla les institutions en montrant, entre autres, la diversité des conduites sexuelles et la prévalence du désir homosexuel dans l’ensemble de la population hétérosexuelle américaine. La principale caractéristique commune à ces sexologues de la deuxième vague, c’est qu’ils firent du sexe un sujet d’étude scientifique, et que bien peu d’entre eux et d’entre elles étudièrent le genre en lui-même, ou le contexte social et la signification de la sexualité.

L’influence du mouvement des femmes et du mouvement gay

48La relation du genre à la sexualité changea à la fin des années 1960 et durant les années 1970, en grande partie à cause de l’émergence du mouvement des femmes et du mouvement de libération gay. Avec la montée du féminisme et la publication de nombreux textes clés comme La politique du mâle, de Kate Millett (1970), on ne considéra plus le lesbianisme comme une sous-catégorie de l’homosexualité masculine, et non plus seulement comme une identité sexuelle, mais comme une identité politique, dans un contexte de relations de pouvoir genrées. En d’autres mots, il devint possible de voir qu’être lesbienne avait un rapport avec le fait d’être une femme, de remettre en question l’hétérosexualité en tant qu’institution, et de contester le pouvoir dans les relations intimes. Je considère pour ma part avoir eu énormément de chance de rencontrer le féminisme à la fin des années 1970 (au début de la vingtaine), faute de quoi, si j’étais née plus tôt, on m’aurait complètement persuadée que j’étais une « invertie » ou, Dieu m’en garde !, une « Uranienne », ou quelque autre identité. Le mouvement des femmes de la fin des années 1960 et des années 1970 a offert à beaucoup de femmes une occasion sans précédent de faire sens de leur vécu de femmes, de le théoriser et d’agir pour le transformer.

49On oublie souvent que les théoriciens du mouvement de libération gay avaient, aux débuts de ce mouvement, beaucoup en commun avec le féminisme : la déconstruction de la masculinité, une remise en question de la famille nucléaire, la contestation de la misogynie et la recherche d’une sexualité égalitaire. Même si les féministes ont continué à beaucoup travailler en collaboration avec des hommes gays – face à une oppression commune, l’hétérosexualité institutionnalisée – nous avons aussi constaté que l’accent que nous mettions sur la construction sociale de la sexualité dérogeait à la conception dominante au sein du mouvement gay, selon laquelle la sexualité était innée.

50Par exemple, à la fin des années 1980 en Grande-Bretagne, lors de la campagne menée contre la clause 28 du Décret de gouvernement local (qui interdisait aux autorités locales de « promouvoir » à l’école l’homosexualité et les « fausses » familles, c’est-à-dire celles qui étaient homoparentales), l’argument principal utilisé par le mouvement gay était que l’on ne pouvait rendre quelqu’un gay, que les gays ne constituaient que 10% de la population, que l’on naissait gay, et que ce groupe ne représentait donc aucune menace pour l’ordre établi. Et nous, bien sûr, en tant que féministes, nous soutenions le contraire, nous disions que l’on pouvait en fait changer sa sexualité, et nous essayions bel et bien d’être une menace pour l’ordre établi.

51L’épidémie du sida politisa beaucoup d’hommes gays autour de la sexualité, dans une défense de leur liberté sexuelle individuelle contre la politique répressive de l’extrême droite. Mais en appelant une fois de plus à la tolérance de la part du monde hétérosexuel, et en réclamant l’accès aux privilèges des hétérosexuels (partenariats civiques, etc.) – ce qui s’avéra une stratégie efficace pour l’atteinte de ces objectifs, précisément parce qu’ils ne semblaient pas menacer l’ordre établi – il se peut que ce mouvement ait ouvert la voie à une politique qui non seulement remettait en question les conduites hétéronormatives, mais cherchait à créer un espace pour toutes les victimes du genre expulsées du système binaire de genre et d’une conception binaire parallèle de la sexualité. On peut répondre à cela que le féminisme semblait précisément ouvrir la voie à une telle politique et à un tel espace ; voilà pourquoi il est important de nous pencher sur les différences entre le féminisme et le mouvement queer.

Ce que le féminisme radical a en commun avec le mouvement queer

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  • Une intelligence du fait que le genre et la sexualité sont construits socialement.
  • Une reconnaissance du fait que les rôles binaires de genre sont oppressifs.
  • Une intelligence du fait que les rôles de genre sont produits par une performance et sont confirmés par leur constante remise en scène.
  • Un engagement à remettre en question les postulats et les pratiques hétéronormatives.

Les différences entre le féminisme radical et le mouvement queer

Le féminisme radical

53Le féminisme radical est une analyse matérialiste qui soutient que le genre n’est pas produit seulement par du discours et de la performance, mais que c’est un système dans lequel un genre (le masculin) possède le pouvoir économique et politique et l’autre (le féminin) ne l’a pas – et un système où le groupe dominant a intérêt à préserver cet état de fait.

54Le féminisme radical inclut une reconnaissance du fait que l’on ne peut pas produire (ou remettre en question) le système de genre seulement par le discours ou la performance individuelle – du fait d’adopter certains vêtements, un certain langage, ou même par des changements anatomiques. En dehors de certains contextes limités, la culture dominante interprétera toujours ces gestes à la lumière des codes sociaux dominants, et elle cherchera à vous classer dans la catégorie homme ou femme. (Autrement dit, dans le métro, au supermarché ou au travail, ces gestes individuels ou énoncés performatifs seront inintelligibles et tout à fait inefficaces comme contestation du système de genre.)

55Judith Butler soutient que le féminisme, en affirmant que les femmes constituent un groupe ayant des caractéristiques et des intérêts communs, a renforcé la conception binaire du genre, où les genres masculin et féminin sont construits sur des corps masculins et féminins.

56Les féministes disent en effet que les femmes ont un intérêt politique commun (plutôt que de simplement présenter des caractéristiques communes). Elles disent que les femmes souffrent d’une oppression commune (qu’elles vivent de différentes manières liées à d’autres formes de relations de pouvoir, dont la race et la classe), et que le corps des femmes est le lieu d’une bonne part de cette oppression. Mais cela n’implique en rien que la catégorie femmes soit une catégorie indifférenciée. C’est simplement soutenir que, tant que les femmes sont opprimées en tant que femmes, elles ont besoin d’une identité politique commune, afin de se mobiliser efficacement en résistance à cette oppression.

57Le féminisme radical a pour projet de transformer le système de genre et de contester l’oppression sous toutes ses formes. Ainsi, nous n’attendons rien de l’idée d’être des hors-la-loi, idée qui découle d’une conception romantique de l’oppression. Par ailleurs, se sentir opprimée n’est pas la même chose qu’être opprimée. Pour célébrer son identité en tant que hors-la-loi, on doit tirer quelque chose du système qui fait de soi une hors-la-loi.

Le queer

58Le mouvement queer me semble fédérer les parias les plus extrêmes du système de genre et inventer un parapluie recouvrant, d’une part, les personnes qui sont des hors-la-loi involontaires (venues généralement des catégories les plus pauvres et les plus aliénées de la société, sans couche de protection contre les préjugés sociétaux, et donc marginalisées sans l’avoir choisi) et, d’autre part, les personnes pour qui jouer à être des hors-la-loi est un exercice intellectuel pour privilégiées plutôt qu’une dure réalité vécue.

59Le queer regroupe, selon sa propre définition, tout ce qui dévie de la normale, du légitime, du dominant. Donc, le queer se démarque « non par une positivité, mais par une positionnalité en regard du normatif » (Halperin, 2000). Il s’ensuit que le mouvement queer n’a pas de buts politiques particuliers, à part défier les discours normatifs dominants ; et si ces discours venaient à changer, les mouvements queer devraient alors changer de position, en s’opposant à quoi que ce soit qui deviendrait alors normatif. Je ne vois donc pas très bien quels sont ses buts politiques particuliers.

60Le queer embrasse un large éventail d’identités et de pratiques sexuelles non normatives, dont certaines sont hétérosexuelles :

61Le sadisme et le masochisme, la prostitution, l’inversion sexuelle, le transgenre, la bisexualité, l’asexualité et l’intersexualité apparaissent aux yeux des théoriciennes queer comme des occasions d’analyser des différences de classes, de races et d’ethnicité, et comme des occasions de reconfigurer les conceptions du plaisir et du désir.(Wikipedians, 2011 : 137)

62Par exemple, Pat(rick) Califia (2008) vante la façon dont le sadomasochisme encourage la fluidité et remet en question l’aspect naturel des dichotomies binaires dans la société :

63La dynamique entre une top et une bottom est assez différente de la dynamique entre un homme et une femme, entre Blancs et Noirs, ou entre bourgeois et ouvriers. Ce système est injuste parce qu’il assigne des privilèges en fonction de la race, du genre et de la classe sociale. Pendant une rencontre SM, les rôles sont attribués et joués de plusieurs manières. Si vous n’aimez pas être une top ou une bottom, passez dans le camp d’en face. Essayez donc de faire ça avec votre sexe biologique, votre race ou votre statut socioéconomique.

64Cette opinion place ces théoriciennes du queer en conflit avec la conception féministe radicale selon laquelle le sadomasochisme, la prostitution et la pornographie sont autant de pratiques oppressives.

65Le féminisme radical soutient que toutes les différences de pouvoir sont sexualisées, y compris celles construites au moyen de la race et de l’ethnicité, de la classe et du handicap, et que la pornographie et l’industrie du sexe en général en sont une des manifestations les plus claires et les plus pernicieuses. La différence de pouvoir érotisée est l’essence même du porno, et elle est mise en acte sur de vrais corps et non seulement dans l’imagination du consommateur. De plus, il importe d’élucider du plaisir de qui et du désir de qui on parle, dans le contexte d’une industrie fondée sur l’exploitation et sur la violence sexuelle. Le SM a fait l’objet de beaucoup de débats houleux au sein du féminisme des années 1980, et là encore, le féminisme radical n’a rien vu de nouveau ou de radical dans le fait de recréer dans des relations non hétéronormées la dynamique de domination-subordination déjà prédominante dans l’hétérosexualité.

66Tous ces phénomènes, acclamés comme anti-hétéronormatifs par le mouvement queer, sont déjà acclamés par le patriarcat, et n’ont donc rien de très révolutionnaire. Les féministes radicales cherchent non seulement à remettre en question les structures du patriarcat, mais à les démanteler, alors que le défi offert par le queer à la culture normative est une provocation, sans objectif politique de démantèlement de la norme, dont il dépend, de par sa propre définition, pour exister en tant que posture d’opposition. Il apparaît ainsi que le queer ne cherche pas à se libérer du système de la différence de genre, mais simplement à prendre des libertés avec lui.

67Si l’on souhaite transformer l’appareil social qui crée la différence de genre que nous connaissons, on doit prendre en compte les structures sous-jacentes qui engendrent et soutiennent cette différence – et l’on doit chercher à éradiquer le genre lui-même.

68Sans le genre, sans différentiel de pouvoir, la sexualité pourrait être simplement l’expression du désir entre sujets égaux (voir la citation de Su Kappeler).

69Au début de cette conversation, Debbie a cité Shulamith Firestone, et il me semble donc tout à fait approprié de conclure en paraphrasant un argument clé de sa Dialectique du sexe, argument qui résume bien la vision féministe radicale du genre. La tâche intellectuelle et théorique du féminisme, dit-elle, est de comprendre le genre comme un système qui crée et maintient l’inégalité. La tâche politique du féminisme est d’éradiquer le genre.

Notes

  • [1] [www.bloomsburyacademic.com].
  • [2] Ndlr : Sexologue austro-hongrois. Il semble que Cameron et Scanlon fassent ici référence à son livre Psychopathia Sexualis (1888).
  • [3] Ndlr : Romancière et poétesse britannique (1880-1943). Le puits de solitude (1932 [1928], Paris : Gallimard).
  • [4] Ndlr : Carpenter (1844-1929) a notamment lutté pour les droits des homosexuels.
  • [5] Ndlr : Alfred Kinsey, Sexual Behavior in the Human Male (1948), Sexual Behavior in the Human Female (1953).
  • [6] Ndlr : Shere Hite, Le Rapport Hite (1976), Le Rapport Hite sur les hommes (1983), Les femmes et l’amour. Un nouveau rapport Hite (1988).
  • [7] Ndlr : La rédaction indique ici tous les ouvrages ou articles dont Debbie Cameron et Joan Scanlon citent des extraits.

Mis en ligne sur Cairn.info le 16/10/2014 https://doi.org/10.3917/nqf.332.0080

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La tâche intellectuelle et théorique du féminisme, dit Shulamit Firestone, est de comprendre le genre comme un système qui crée et maintient l’inégalité. La tâche politique du féminisme est d’éradiquer le genre.

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